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THE SKY CRAWLERS **

13 Fév

3sur5 Adaptation par Oshii (l’homme d’Avalon et de Ghost in the Shell) d’un seinen de Hiroshi Mori, centré sur l’existence ambiguë d’un jeune pilote. Dans un futur apparemment proche et délivré des conflits, Yuichi Kanmani est affecté à une nouvelle zone. Il n’a pas de souvenirs et de motivations que celles de sa vocation artificielle. Il fait partie des kildrens, ces jeunes soldats qui suite à leurs engagements cessent de grandir, quoique l’ordre soit incertain dans le regard offert au spectateur.

Le film est d’une lenteur radicale, avec les écueils fréquents et les compensations du ‘contemplatif’. Les démonstrations dans le ciel, avec ou sans simulations de batailles, offrent les moments les plus enchanteurs et ludiques. Les modèles sont inspirés de prototypes japonais réalisés pendant la seconde guerre mondiale, la base est sous influence européenne. Plusieurs séquences hors des bureaux et des repères quotidiens flattent l’œil, l’ensemble est mis en scène avec soin : prises de vue, panoramiques, éclairages raffinés, profondeur du dessin. Mais la balade manque de substance ; trop de secrets ou de non-dits appuyés. Les thèmes sont forts, l’environnement sous-employé, la cohérence respectée.

Fidèle à son sujet, Sky Crawlers est répétitif et plongé dans une expectative gommée. La trajectoire du protagoniste est emblématique d’une absurdité collective. L’état de Kanmani reflète un évanouissement global, contre-coup du dépassement des conflits. L’Humanité s’est maîtrisée en sacrifiant le sens de l’Histoire et les souvenirs de ses petits prodiges avec ; c’est le temps où les héros ne voient et ne savent plus rien, sont dépossédés, inaptes au martyr, incapables de savourer la sérénité dans laquelle ils sont insérés. La vie éternelle devrait multiplier les risques ; alors on entre dans une boîte très étroite. Les badauds viendront admirer la situation. Le spectateur a le droit aux coulisses, avec son luxe compartimenté, ses divertissements fades.

Note globale 62

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Appleseed + Fourmiz + Blood the last vampire + Jin-Roh + Memories

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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PERFECT BLUE **

25 Mar

perfect blue

3sur5  Premier long-métrage d’un génie de la japanim, mort avant d’élever sa notoriété au niveau de Miyazaki ou Takahata, Perfect Blue est une démonstration remarquable mais aussi un spectacle intensément frustrant. La découverte d’un style neuf et une intelligence roublarde font de ce film une référence classique de l’animation japonaise mais un parfum d’escroquerie flambante reste. Inspirant considérablement Black Swan de Arronofksy, Perfect Blue renvoie lui-même à des références très fortes : De Palma et surtout David Lynch.

Satoshi Kon crée une atmosphère lynchéenne, casse les repères, instaure une ambiguité avec la réalité, d’autant mieux cultivée que l’héroine doit créer un rapport à son nouveau milieu (une chanteuse passant au cinéma). La dépersonnalisation connue par l’héroine sert cette démarche tout en donnant à ressentir la condition d’idole, la puissance acquise par son image, la perte de soi et les menaces de cette exposition. Satoshi Kon se réfère à cette catégorie comme à une institution impersonnelle et durable, ce que ses figurants ne sont pas.

Audacieux en apparence, l’édifice est fragile et l’originalité chiquée. Le film s’appuie sur des images sensationnelles, parfois brillantes, mais vides ; tisse son histoire sur des clichés culturels, mais aligne de jolis motifs en faisant de la schizophrénie latente une méthode de mise en abyme. Néanmoins les ficelles sont trop volumineuses et l’agacement règne, même si une tension très esthétique maintient l’intérêt en toutes circonstances. À ce moment-là, cet ambitieux bricolage ne fait pas seulement la synthèse de Lynch, il se rapproche (et sans doute se nourrit) fortement du De Palma le plus théorique et clinquant.

Les références sont spécifiquement Body Double et Dressed to Kill. Même aspiration au calcul virtuose, au film de malin étourdissant et implacable ; même propension kitsch malgré une prodigieuse élégance, ou au moins une tension vers elle. Perfect Blue n’a pas leur grâce et son intelligence apparaît du coup plus frelatée, le tour de magie plus grossier. À la place, Perfect Blue est plutôt le Machinist de la japanim : un délicieux objet laqué, puissamment stylé, doté d’un certain pouvoir d’envoûtement, si creux malheureusement, si pâle fondamentalement tant il investi des sentiers éculés comme un fantôme arrogant aux parures luxueuses.

Les autres réalisations de Satoshi Kon seront généralement plus convaincantes que cette œuvre-clé là. Le Satoshi Kon expérimental et conceptuel a toujours été plus pesant et Millenium Actress, malgré son initiative lumineuse, sera assez pénible tout en suscitant le respect. Au contraire, Tokyo Godfathers, simple chronique avec des marginaux est un spectacle grisant et émouvant, un film de Noël exceptionnel. Puis Paprika sera le chef-d’oeuvre, où la dialectique sert la profusion et non la supercherie virtuose. La mort prématurée de Kon en 2010 est tragique car elle coupe dans son élan ce qui s’annonçait, dès ce Perfect Blue adulte et introspectif quelque soit ses défauts, comme un nouveau maître de l’animation, tout court.

Note globale 60

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Suggestions…

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NINJA SCROLL ****

21 Nov

ninja scroll

4sur5  Dans le Japon médiéval, Jubei Kibagami, samouraï vagabond, s’associe à la kunoichi (ninja) Kagero pour combattre les huit démons de Kimon. Féodalité, pouvoirs spéciaux, maisons divergentes et réseaux d’ennemis ou d’alliés sont au programme. Malgré cette profusion, Ninja Scroll est un spectacle limpide, agencé à merveille et aux qualités esthétiques remarquables. Conçu en 1993, il possède une large postérité, avec des déclinaisons en série et bande-dessinée, ainsi qu’une fausse suite américaine, rappelant les pseudo-sequel opportunes de Zombie notamment.

Même s’il n’y a pas eu de saga au cinéma, Ninja Scrolla vait de quoi en alimenter une très riche. Le film a une place méritée au milieu des Totoro, Akira et Ghost in the Shell dans les grands classements, qu’il doit en Occident principalement à ses spectateurs de l’époque, qui l’ont découvert en VHS. Chevauchant les genres (histoire, action et fantastique), il jouit de s’un vaste univers, si bien que la séance ressemble à l’exploration d’une carte de référence, avant d’éventuels plongeons encore plus profonds. C’est-à-dire qu’il y a ici la consistance matricielle d’un Star Wars.

Cette multiplicité présente un risque, le manque de profondeur. Comme pour une majorité des anime, le scénario ne se distingue pas par ses qualités particulières, sinon en tant que fournisseur insatiable. Le film est loin d’en souffrir, car les éléments mis en avant sont puissants et les personnages percutants. Le rythme est extrêmement intense, la violence courante, les femmes fatales et objets aussi, dans des proportions licencieuses assez corsées. Peu importe la légèreté de son écriture par endroits, Ninja Scroll est un divertissement étincelant, frappant comme un classique instantané dans son domaine.

Sa beauté plastique, la fluidité de l’animation et la fureur qui la soutient lui garantissent de résister aux outrages du temps. Les fans pourront y revenir en redécouvrant le film et captant de nouveaux détails, car le potentiel de Ninja Scroll comme manne geek est profond. Le réalisateur Yoshiaki Kawajiri a confirmé par la suite, contribuant à Memories en 1995 et à Animatrix, puis mettant au point l’admirable Vampire Hunter D.

Note globale 80

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Suggestions… Urotsukidoji + Massacre à la tronçonneuse 2

Voir le film sur FilmVF.net ou Dailymotion en français ou anglais

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MIND GAME *

19 Mai

2sur5 La souffrance au cinéma a un nom, c’est Mind Game. Catalogue de tous les effets possibles dans son domaine, Mind Game est le Tueurs Nés de l’anime. Il aligne tous les aspects traditionnels, le pire notamment, comme ces attitudes à l’expressivité obscène ou ces visages démesurés, manie faisant douter de la santé psychique des créateurs et amateurs de mangas, mais surtout, pire, de leur jugement et de leur goût.

On s’oriente vers la logique d’accumulation, le sample et une animation plus occidentale dans certaines séquences, franco-belge pour être précis, avant de revenir vers les visages incrustés bien maladroits et les diapositives ringardes dans l’idée et absurdes sur la forme. Yuasa et son équipe balancent tout aveuglément, sans vision, sans cohérence, mais avec style, qu’on apprécie ou pas. Leur Mind Game est une sorte de Iskanov (Nails, Philosophy of a Knife) en anime ripoliné par Amélie Poulain.

Masaaki Yuasa, d’accord, ton, film est un OCNI, c’est bien compris. L’intention est une chose, il faut voir comment elle est accompagnée. Et Mind Game est vulgaire, criard, laid, le plus lourd y est au rendez-vous et la séance devient rapidement une souffrance, intense, sans répit. Mais une séance d’une rare générosité et une démonstration de furie créatrice. Toute imaginative qu’elle soit, il s’agirait de juguler la logorrhée automatique. Même les surréalistes se mentaient à eux-mêmes, aussi nous pouvons constater les ravages de l’intégrisme du non-sens et regretter d’être son cobaye.

Par ailleurs il est extrêmement suspect et déroutant de savoir qu’un essai comme Immortel (ad vitam) de Enki Bilal a suscité le dégoût quand cette torture haute-en-couleur est portée aux nues, certes par un cercle restreint de spectateurs. Mind Game a su intégrer les tops, même généraux, grâce à ces ressources, mais la notoriété risquerait d’abîmer sa réputation, aussi sa distribution réduite à travers le Monde (pas de sortie en France, tardive en vidéo) est un atout paradoxal.

Note globale 42

 

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Suggestions… Paprika + Matrix

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LES MILLE ET UNE NUITS (1969 – YAMAMOTO) ***

24 Avr

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4sur5  Les Animerama sont une trilogie de films japonais tournés entre 1969 et 1973, tous produits par Osamu Tezuka (auteur de courts-métrages expérimentaux comme Le saut) et réalisés par Eiichi Yamamoto. Les Mille et Une Nuits est le premier d’entre eux et constitue le démarrage du cinéma d’animation pour adultes au Japon. Ouvertement inspiré du recueil persan et indien des Mille et Une Nuits, il porte une vision de l’animation et un style très originaux.

Assez cynique, le film traite de choses crues sur un ton badass : la prison, la torture, sont représentées sous une forme allégée, avec une vision naive même dans les situations les plus borderline. Au lieu de mettre l’accent sur la gravité des situations, Yamamoto installe un climat extravagant et diffuse de la musique rock. Lui et son équipe façonnent un univers très riche, où se répand une sexualité figurative et hallucinée. Le jardin est désirs est aussi inventif et généreux qu’un Urotsukidoji ; moins virulent, évidemment, ce dernier étant proche du hentai et du gore.

La sexualité prend souvent des proportions vagues ou mesurées lors de ses nombreuses irruptions ; et est paradoxalement plus épanouie dans les séquences d’abstraction ultime. L’opus suivant, Cleopatra, sera plus explicite dans ses démonstrations, mais l’accent potache mis par Tezuka ne vaut pas les fulgurances de Yamamoto (confirmées sur Belladonna, le dernier opus). Comme dans celui-là en revanche, les dessins sont de qualité mais le scénario assez bancal.

De plus, les gadgets et les références sont matures, mais le trait reste superficiel et, c’est contradictoire mais c’est ainsi, somme toute très enfantin. Il y a des manques sur le fond, qui entament l’intérêt – et que l’effusion compense mais n’annule pas. Ce premier opus a cependant plus de vision que son successeur et surtout il a doublement valeur de pionnier. D’abord, en tant qu’anime pour adultes ; mais aussi en tant qu’objet psychédélique au cinéma, tout court.

Il est tôt, nous sommes en 1969, à l’aube de la décennie fourmillant de pépites et tentatives psyché ; et à cette tendance naissante de l’époque, ces Mille et Une Nuits ont pour supplément d’âme tout un univers oriental, l’inventivité débridée et le brio à créer des ambiances sensuelles de Yamamoto et Tezuka. Ça fait une somme d’exotismes inespérée. Le film sera un succès commercial, les deux suivants pas tellement, desservis de surcroît par leur exploitation confuse à l’étranger.

Note globale 73

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Suggestions… Le Roi et l’Oiseau

Voir le film sur YouTube : 2h05 ou 2h10 (langue US)

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