PERFECT BLUE **

25 Mar

perfect blue

3sur5  Premier long-métrage d’un génie de la japanim, mort avant d’élever sa notoriété au niveau de Miyazaki ou Takahata, Perfect Blue est une démonstration remarquable mais aussi un spectacle intensément frustrant. La découverte d’un style neuf et une intelligence roublarde font de ce film une référence classique de l’animation japonaise mais un parfum d’escroquerie flambante reste. Inspirant considérablement Black Swan de Arronofksy, Perfect Blue renvoie lui-même à des références très fortes : De Palma et surtout David Lynch.

Satoshi Kon crée une atmosphère lynchéenne, casse les repères, instaure une ambiguité avec la réalité, d’autant mieux cultivée que l’héroine doit créer un rapport à son nouveau milieu (une chanteuse passant au cinéma). La dépersonnalisation connue par l’héroine sert cette démarche tout en donnant à ressentir la condition d’idole, la puissance acquise par son image, la perte de soi et les menaces de cette exposition. Satoshi Kon se réfère à cette catégorie comme à une institution impersonnelle et durable, ce que ses figurants ne sont pas.

Audacieux en apparence, l’édifice est fragile et l’originalité chiquée. Le film s’appuie sur des images sensationnelles, parfois brillantes, mais vides ; tisse son histoire sur des clichés culturels, mais aligne de jolis motifs en faisant de la schizophrénie latente une méthode de mise en abyme. Néanmoins les ficelles sont trop volumineuses et l’agacement règne, même si une tension très esthétique maintient l’intérêt en toutes circonstances. À ce moment-là, cet ambitieux bricolage ne fait pas seulement la synthèse de Lynch, il se rapproche (et sans doute se nourrit) fortement du De Palma le plus théorique et clinquant.

Les références sont spécifiquement Body Double et Dressed to Kill. Même aspiration au calcul virtuose, au film de malin étourdissant et implacable ; même propension kitsch malgré une prodigieuse élégance, ou au moins une tension vers elle. Perfect Blue n’a pas leur grâce et son intelligence apparaît du coup plus frelatée, le tour de magie plus grossier. À la place, Perfect Blue est plutôt le Machinist de la japanim : un délicieux objet laqué, puissamment stylé, doté d’un certain pouvoir d’envoûtement, si creux malheureusement, si pâle fondamentalement tant il investi des sentiers éculés comme un fantôme arrogant aux parures luxueuses.

Les autres réalisations de Satoshi Kon seront généralement plus convaincantes que cette œuvre-clé là. Le Satoshi Kon expérimental et conceptuel a toujours été plus pesant et Millenium Actress, malgré son initiative lumineuse, sera assez pénible tout en suscitant le respect. Au contraire, Tokyo Godfathers, simple chronique avec des marginaux est un spectacle grisant et émouvant, un film de Noël exceptionnel. Puis Paprika sera le chef-d’oeuvre, où la dialectique sert la profusion et non la supercherie virtuose. La mort prématurée de Kon en 2010 est tragique car elle coupe dans son élan ce qui s’annonçait, dès ce Perfect Blue adulte et introspectif quelque soit ses défauts, comme un nouveau maître de l’animation, tout court.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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