Tag Archives: pingouin

LE MYSTÈRE DES PINGOUINS ***

16 Août

3sur5 Ce film d’animation s’intéresse au développement de l’enfant sans le ramener compulsivement aux adultes et aux normes. Ou du moins il s’en donne les moyens en se concentrant sur un protagoniste plus doué et pressé que ses camarades, encore sous influence des représentations niaises mais déjà peu impressionnable. Ce gamin à l’esprit scientifique, ambitieux, arrogant et droit montre du sang-froid face aux épreuves et de la gêne devant la révélation de ses envies et petites faiblesses. Victimisé par une brute, il saura la duper et garde son répondant en toutes circonstances. Son intelligence et sa curiosité sont encouragées ou du moins pas refrénées.

Tout dans ce caractère est valorisant et juste pour les enfants. On s’inscrit dans le culte du ‘petit génie’ à l’heure de la valeur refuge et narcissique du ‘surdoué’ (le fruit faux et normal du malaise quand règne la foi dans la compétition), mais le film évite de se fourvoyer en incitant à l’empathie avec la personne plutôt qu’avec son ego. Son copain est un froussard et son entourage n’est pas brillant mais rien ni personne n’est rabaissé, aucune justification émotionnelle ou biographique tortueuse n’entre en compte pour le flatter. Il sert plutôt de modèle, humain donc animé, limité mais déterminé, d’autant plus méritoire.

Le film prend son jeune cœur de cible au sérieux et élève le niveau du scénario et des sentiments, à mille lieux des gros tirages américains du moment, de leurs gags et de leurs connivences vaseuses. Sans être renversant pour les adultes, notamment ceux qui auront grandi devant les Miyazaki, il sait aussi leur parler et potentiellement les divertir. Il peut être rapproché et favorablement comparé aux œuvres d’Hosoda (plus directement percutantes et tire-larmes).

L’animation numérique est posée et ravissante, riche en détails, le dessin exploite toutes sortes de nuances de bleu (du vert au violet jusque dans les yeux), le style est enveloppant, aérien tout en restant matérialiste. Un court passage dans une ville fantôme de type méditerranéen évoque la peinture symboliste et surréaliste (la référence pour une fois n’est pas galvaudée). Seule fausse note : les sons d’ambiance sont décents mais la musique atrocement aiguë et le tout bien lisse (aussi, « jeune homme » devient lassant la 20e fois en VF).

L’explication du mystère ouvre à d’autres totalement laissés de côté à ce stade. L’enquête occupe l’ensemble de la séance et les découvertes sont relativement cohérentes ou indépendantes ; les réponses sont a-priori valides mais un peu alambiquées, car les buts demeurent obscurs. Il y a là-dessous des motivations plus poétiques et intimes – comme si la part ‘rationnelle’ devait conduire à cet essentiel. Le film apparaît alors définitivement comme un rêve d’enfance issu d’une époque d’éveil décisif et enrobé par une fantaisie bien défendue. On flirte avec la science-fiction or c’est bien Un été 42 pour enfants qui s’est joué (avec pour climax la sorte de dépucelage accompagnant la révélation concernant les canettes).

Note globale 68

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Blob + The Stuff + Piano Forest + Le garçon et la bête + Solaris + Les maîtres du temps

Voir l’index cinéma de Zogarok

Publicités

HAPPY FEET ***

26 Déc

4sur5 La mode du pingouin allait bientôt atteindre son climax lorsque Happy Feet sortait en 2006. Depuis le succès de La Marche de l’Empereur, l’animal était subitement devenu bankable, s’invitant bientôt parmi les productions Dreamworks [le diptyque Madagascar, ou ils sont les seuls personnages amusants] ; il faudra attendre le tristement célèbre hululement du  »Papa Pingouin » [mais si, rappelez-vous, il y a trois ou quatre ans…] pour que le phénomène touche à son déclin.

 

Après le succès de Babe 2, Happy Feet a, même si ce ne fut qu’éphémère, relancée la donne dans le domaine de l’animation tout-public : cette nouvelle pépite n’avait rien à envier aux petits génies de Pixar, elle allait (en Amérique) indirectement assurer le succès des Rois de la Glisse grâce à une confusion entre les deux films, et surtout, en profitant du contexte glacier pour en faire l’écrin de vertigineux numéros musicaux ou purement  »physique », elle ringardisait définitivement L’Age de Glace [techniquement bien sûr, mais surtout stylistiquement parlant – les chansons elles, sont plutôt impeccables]. Seul regret à l’arrivée, c’est que Georges Miller ne se décide pas à devenir un des nouveaux parrains de l’animation, surtout à une heure ou celle-ci est de moins en moins centralisée.

 

Si Happy Feet est en moyen de réjouir à peu près tout le monde, c’est qu’il a su digérer de façon insolente quelques exigences ou passages obligés [comme notamment les intermèdes musicaux issus d’un répertoire mainstream, pour les opérer dans l’allégresse la plus totale ; ou encore la notion -a priori- de la quête initiatique un brin niaise] pour, par son propos de fond, déstructurer cette mécanique qu’il est censé poliment resservir [avec virtuosité éventuellement, et c’est le cas ici]. Happy Feet invite à allez au-delà du décors et alors qu’il aspire à permettre aux spectateurs de dépasser le stade de l’illusion, il émerveille plus encore.

 

Le pitsch est pourtant presque benêt, il s’agit de présenter un bébé pingouin qui avec ses claquettes, fait tâche au milieu de la belle harmonie que les autres savent composer, en chantant. A cela s’ajoute l’histoire d’amour : comment convaincre Gloria, si convoitée – dilemme plutôt gentil et convenu ? Mais la morale qu’on s’apprêtait, sans gêne aucune, à voir asséner, ne consiste pas en un propos poussif sur la différence, ses joies et ses peines [façon, en assez beauf, Gang de requins]. En lieu et place, c’est une apologie de la nature et de celles qu’on a trop vite qualifiées comme ses  »erreurs » ; l’oeuvre va jusqu’à décaler le problème vers un mobile social, et en faire d’heureux mauvais canards. Les tares présupposées ici ne sont pas qu’un atout racoleur et complaisant [l’alternative consensuelle], car bientôt les pingouins se serviront de leur potentiel spectaculaire pour amadouer les humains ; le petit Mumble devient vedette en exposant son pas de danse et c’est lorsque sa  »différence » contamine son entourage que celui-ci évite d’être broyé par des autorités qui tireraient les fils de leurs destins.

 

Le spectacle pour (sur)vivre, c’est le fil conducteur du film et somme toute une thématique très crue et très adulte, généralement contournée par ceux qui pourrait s’offrir les moyens de s’y frotter. Dans le nouveau monde que découvre le héros [celui interdit par les vieux pingouins conservateurs, les mêmes qui l’accuseront d’être la cause de tous les maux de leur communauté (maux qu’ils ne nomment pas, source qu’ils ne précisent pas)], Loveless, personnage putassier, est décrit d’abord sous la forme qu’il donne à voir au monde, puis il s’agit de le découvrir nu, c’est-à-dire comme un individu n’ayant fait que fabriquer un mythe qu’il diffuse en profitant de la crédulité de la plèbe [une pièce pour une réponse des êtres mystiques dont il prétend être la voix – c’est un peu Elisabeth Tessier, c’est aussi le lot commun des héros populaires]. On a rarement vu un film d’animation exhiber les rouages du genre, pour tout désacraliser, en n’épargnant que la dite  »magie » : c’est la démonstration que tout peut être plus ébouriffant les yeux ouverts. Ainsi ce film, finalement vaguement écolo [c’est de bon ton et ça ne le distingue pas sur le papier], évite la leçon pour vous gratifier d’un happy-end bien senti, aussi férocement malin qu’énergique.

 

Happy Feet***    Notoriété>42.000 sur IMDB ; 2.700 sur allociné

Votes public>6.7 sur IMDB (sensible tendance féminine) ; USA : 5.9 (metacritic) ; France : 6.4 (allociné)

Critiques presse>USA : 7.7 (metacritic) ; France : 6.6 (allociné) ; UK : 6.5 (screenrush)

Note globale = 7- (3/5)

 

Pingouins sur PS….  Les Rois de la Glisse + Madagascar

Ecolo sur PS….  Un jour sur Terre + Le Jour d’Après + Home

Suggestions…. 1001 pattes + Cars + Robots

.

Voir l’index cinéma de Zogarok

.