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MINI-CRITIQUES COURTS MUBI 3 (2019)

7 Jan

Ultra Pulpe ** (France 2018 – 36min) : Original, coloré, outrancièrement ringard. Cite et prolonge l’underground ‘glam gore’ des années 70-80. Ces raffinements et dégueulis kitschs passent, les dialogues sont un cauchemar de balourdise et d’insignifiance maniérées – indéniablement tout ça est amusant, peut-être même fascinant. On ne peut pas faire cent fois et pendant trente ans le reboot bis des Prédateurs. À retenir : « C’est ça que tu veux maman !? Voir ta fille nue violée sur Mars !? ». (46)

L’opéra-mouffe ** (France 1958 – 16min) : Court de Varda prenant la misère du bon côté. Nudité en abondance, romantisme, sympathie envers les gueules d’atmosphère et esprit ‘carpe diem’. Quelques scènes plus étranges (les colombes enfermées) et une musique/chanson d’accompagnement pesantes. (52)

Salut les cubains ** (France 1963 – 29min) : ‘Salut les révolutionnaires’ aurait été aussi approprié. Petit documentaire alignant 1.800 photos, régulièrement mises en mouvement (avec abus éventuellement – trois fois la même série où danse un type). Part dans tous les sens et ne se soucie pas d’aller au fond des choses, parfois même pas de la véracité : l’emphase écrase le reste (c’est plus critique concernant la peinture, plus attendu et ‘excusable’ s’agissant de mœurs ou de politique). (48)

Uncle Yanco ** (USA 1967 – 19min) : Varda chez son oncle hippie à San Francisco. Énonce des choses bien fraîches et joyeuses, entre banalités de positionnement, bizarreries arbitraires et poésie. Des répétitions dont je ne comprends pas l’intérêt et pour lesquelles je n’ai aucun goût (principalement les retours vers la réalisatrice). (48)

Travel Songs ** (USA 1981 – 24min) : Compilation d’images en mouvement capturées au cours de deux décennies de voyages et de tournages. Bon si on veut jouer au touriste expéditif à Moscou, Assise et Stockholm en 1971-67-80, donc apercevoir les tenues et ambiances d’époque – plus encore si on veut apercevoir les amis et rencontres de Mekas (je vous laisse cette partie). Ou si on est sensible à l’art photographique ; il y a bien de jolies images (davantage que dans Réminiscences en Lituanie avec sa famille) sous de beaux éclairages et avec des jeux de montage (montant en qualité et intensité). La projection en accéléré est un choix heureux, si on met de côté la souffrance oculaire. Pas de son la plupart du temps ; tant mieux car lorsque c’est le cas (lecture du journal de Mekas par Angus MacLise – info Mubi), les banalités biologiques, sentimentales et personnelles de la voix-off sont au moins aussi accablantes que leur supposée vocation méditative – les bruits de bouche achèvent de m’ennuyer. Troisième et dernier film signé Jonas Mekas pour ma part, sauf si j’ai l’occasion de voir d’autres courts sur des thèmes m’intéressant spécialement (mais comme l’apport documentaire est nul ça ne devrait pas valoir le coup), ou si son fameux As I Was Moving Ahead (de cinq heures et à la cote formidable) m’est accessible (il pourrait me faire changer d’avis). (46)

Une sale histoire ** (France 1977 – 47min) : Moyen de Jean Eustache en deux parties, la première jouant l’authenticité et la seconde étant sa version ouvertement mise en scène. Lonsdale est un excellent conteur et excellent exemple d’hypocrite ou de baratineur à soi-même. La deuxième partie est plus concise, expulse les bafouilles et les redites, mais est sûrement moins marquante. Dans le premier, une des trois femmes (Josée Yann) fait penser à Elie Semoun et certains de ses personnages ! (52)

Non réconciliés ou Seule la violence aide où la violence règne * (Allemagne de l’Ouest 1965 – 53min) : Second film de Straub – Huillet, adaptation du roman Billard à neuf heures et demie d’Heinrich Boll (1959). Une collection de scènes et d’impressions (en de rares moments, superposées) plongeant dans l’Allemagne des soixante dernières années. On montre ou suggère l’objectivation par la culture politique ou religieuse, l’agencement des gens par rapport aux normes collectives exigeantes. Belle photo, beaux acteurs, aucun intérêt sérieux – hormis ce qu’on peut ‘deviner’ politiquement et socialement, comme la prolongation à de bons postes de notables et de ‘bonnes personnes’ impliquées dans des fonctions ‘à responsabilité’ sous le IIIe Reich ; ou le maintien de l’état d’esprit servile et idéaliste qui a préparé le terrain au nazisme. Mais tout ça est à déduire ou raccommoder, le film apporte un point de vue dérisoire et éthéré. (36)

Au passage : la présentation des films par Mubi [ou Mubi France] est déplorable, non plus seulement à cause de l’emphase et de l’intellectualisme débile mais carrément car il arrive que les phrases n’aient pas de sens, égarés des mots ou des caractères. Le ‘Synopsis’ est devenu aussi bête que le carré ‘Opinion’.

La Libertad * (Colombie 2017 – 30min) : Documentaire produit par le Sensory Ethnography Lab d’Harvard. Placide et fidèle à son registre, avec tout de même une pointe d’expectative/interrogative. Laura Huertas Millan filme des artisans à l’œuvre et les interviewe. Il se pourrait que ça rationalise méchamment – pour se défendre dans un mode de vie frustrant. À la 26e minute je crois entendre une déclinaison locale de Réussir sa vie – ce merveilleux hymne de Bernard Tapie. (42)

Sol Negro * (Colombie 2016 – 42min) : Plus raffiné, plus copieux, plus investi que La Libertad. Pas plus séduisant ni convaincant me concernant. Certaines discussions sont interminables et leur pertinence fondamentale m’échappe. Au demeurant ce cinéma n’est pas très fort pour communiquer l’émotion : tout de même de jolies scènes en ce sens (le chant final), sinon c’est en montrant ces femmes en proie à leurs émotions, déclarer leurs souffrances, qu’on peut la percevoir et éventuellement la ressentir. (38)

Les îles ** (France 2017 – 24min) : Une fugue libidinale avec orgie de sentiments. À la vue d’un tel film il devient impossible de ne plus associer Yann Gonzalez et Mandico. Ce court est justement une contribution au film à sketches Ultra rêve (2018, leur ‘année’ à tous les deux mais surtout celle de Mandico grâce aux Garçons sauvages) où ils sont réunis (Mandico a donné Ultra pulpe). Évidemment ces Îles sont originales mais Land of my dreams avait le mérite de ne pouvoir être associé à aucun autre créateur contemporain précis. Les dialogues et le surgissement d’un homme masqué mal intentionné annoncent avec précision le long-métrage Un couteau dans le cœur. (58)

Black Panthers * (USA 1968 – 28min) : Reportage assez pauvre qui n’a rien des arguments déjà minces habituellement au bénéfice de la réalisatrice (le pittoresque, les rencontres un peu approfondies, les élans surréalistes, le catalogage consistant d’œuvres, de laïus ou de personnalités). Bavarde sur ‘l’avant-garde’ de la cause noire qui se raccordait naturellement avec le marxisme-léninisme, en dépassant la part ‘mentale’ de l’idéologie par le tribalisme. Un bon sujet pour l’approche servile, ‘téteuse’ et geignarde propre à Agnès Varda. Elle se focalise longuement sur la fierté capillaire et le retour au naturel ‘black’ avant d’approuver candidement la violence contre la police et les milices noires, sans trop quadriller le terrain ni se soucier des suites – même de celles des frères ou camarades. Elle passe simplement de bonnes vacances auprès de ces gens du côté de la revendication. (28)

Les dites Cariatides ** (France 1984 – 12min) : Gardera une valeur de témoignage et a intérêt à ne pas avoir de concurrence tant c’est finalement quelconque. Dommage que Varda impose sa voix si gentiment saoulante, quoique la tournure de son écriture soit le plus vivement rasant. Les anecdotes concernant Baudelaire élèvent le niveau dans l’absolu mais l’incurable niaiserie de l’auteure salope tout comme d’habitude. (52)

MINI CRITIQUES MUBI 6 (2019-2/2)

3 Jan

Seconde et dernière partie des mini de 2019 pour Mubi. Dernier semestre nettement moins rempli.

Sogongnyeo / Microhabitat ** (Corée du Sud 2018) : Sentimental opérationnel centré sur les difficultés à s’installer en vie d’adulte de coréens aux alentours de 30 ans. Problèmes de logement, de ‘rangement’ de soi et de marginalité douce. Sur le sujet Dream Home m’avait marqué ; bien sûr il y a aussi le tout frais Parasite. Plusieurs niveaux de comique et de l’empathie pour la protagoniste un peu ‘paumée’ de nature. (58)

Suggestions : Sans toit ni loi, Burning.

Bure Baruta / Baril de poudre / Cabaret Balkan ** (Serbie/Macédoine 1998) : L’Europe de l’Est aime pondre des farces sinistres ; celle-ci est plus ludique et dispersée que Filantropica (le ‘chef-d’œuvre’ de l’industrie roumaine). Focus, en une nuit et des poussières, sur une galerie d’amochés et d’excités, d’escrocs et de victimes. Dans Belgrade à l’époque où elle tenait une forme médiocre. Superficiel et fracassant. Pourrait plaire à Tarantino et à la fraction moins ‘gregarious nerd’ de son public. Serait tiré d’une pièce yougoslave de 1995. Mubi le proposait sous son nom américain ‘Cabaret Balkan’. (58)

Suggestions : Seul contre tous.

Walk the Walk * (USA 1970) : Un film psychédélique égaré jusqu’à sa restauration par l’équipe du ‘ByNWR’ (attachée à des nanars, films bis ou obscurs généralement de cette époque – l’enfance du réalisateur de Drive et Bronson). Bavard, un peu confus dans l’action et niais dans les propos. Difficile à suivre mais pas tant qu’Orgy of the Dead grâce à sa variété de ressources. Contexte underground avec des hippies déterminés et leur nouvel establishment (mariage, morale, coutumes). Un film pour voir gens se droguer, se livrer à la débauche, se complaire dans leur sentiment d’exclusion, de perdition ou simplement de transgression, puis aussi être aux prises avec le doute, la tristesse, une supposée vocation tragique. (26)

Sarah joue un loup-garou ** (Suisse 2017) : Suit une fille de 17 ans en plein égarement existentiel, désireuse de fuir, de préférence avec un ou une autre qui la comprenne. Dans une solitude psychologique large, mais aliénée par son entourage et en premier lieu sa famille (père narcissique, réactions curieuses, ambiances incestueuses). (58)

Ma mère ** (France 2004) : Accumulation de scènes de transgressions, presque toutes odieuses. De rares intermèdes le museau en l’air et l’humeur introspective. On en profite pas car les énoncés de Louis Garrel sont incompréhensibles. Même hors de son cas les problèmes de son sont récurrents. Mise en scène crue, on peut pas dire que ce cloaque soit esthétisé – sinon par son cadre géographique (îles Canaries). Loin d’être génial mais sûrement lynché à tort – sauf que je n’ai pas lu Bataille. (52)

Faust **** (Allemagne 1926) : à revoir, critique éventuelle. (8+)

L’enfant secret * (France 1979) : Le « vive l’anarchie » de poivrot amorphe aigri au lancement est à prendre comme un avertissement. Le protagoniste ânonnera des niaiseries : oui, « l’exil intérieur », c’est bien, tu sais placer de grandes et belles notions ! Pas de chance, l’écrasante majorité des humains est outillée pour comprendre, mais c’est pas grave poursuis sur ta voie de l’expérimentation visionnaire. Et puis comme la majorité des spectateurs d’un tel film est acquise d’avance, il n’y a pas de raison de mûrir un propos, travailler des dialogues, dans le sens du valide et de l’intelligible.

Garrel dirige n’importe comment, avec quand même de la ressource ; donc, des qualités pointent ; les analystes de complaisance n’en peuvent plus de tant de maîtrise ! Ce film doit posséder une valeur esthétique pour ceux qui l’ont découvert et décortiqué en contexte académique ; ou pour les amoureux de l’amour. Eux apprécieront de voir cette pauvre malade, ce brave amant en proie à mille petits tourments obscurs. Ces films-là veulent assister ces introvertis émouvants mais ne connaissent que des langages d’émotifs rongés et bloqués par une espèce d’intellectualité vide. Dans le monde de ces gens la concentration ou le retour vers soi signifient nécessairement ‘catatonie romantique’ avec jeunes gens ‘rebelles’ ou souffrants à deux de tension.

Par rapport à ça Le lit de la vierge était génial et prolifique. Mais hormis Le révélateur, Garrel pointe très bas à mes yeux ; j’ai peut-être eu le malheur de voir le pire, une période junkie prétentieuse par exemple ? (22)

Emerald Cities ** (USA 1983) : Très bien noté sur Mubi (3,7/5 avec 215 notes en fin de parcours), ce « byNWR » laissait un vague espoir. Demi-victoire, car c’est au-dessus de la moyenne, voire au second étage qualitatif de la collection. Deux versants : il observe des gens déglingués d’une façon un peu punk et décontractée ; enchaîne les extraits vidéo, issus de journaux télévisés ou de radio-trottoirs. Ces gens sont parfois ennuyants, les bouts de concerts sont finalement plus attrayants (grâce aux gueules et aux gesticulations des interprètes ; ensuite c’est affaire d’affinités). Le film veut certainement parler de politique mais semble y comprendre autant que les gens interrogés, soit que dalle. Heureusement ce politicard populiste centriste ou libertarien égaye la séance, sans quoi la valeur était juste celle d’un zapping poseur. Les amateurs de Strip-Tease et de cinéma underground pourront apprécier. Plus inégal que The Last Movie d’Hooper. (48)

Keep the river

Un crocodile tiré de ses méditations, bientôt décidé à bouffer du cannibale occasionnel !

Keep the River on Your Right : A Modern Cannibal Tale ** (USA 2000) : Une bien belle rencontre, d’un type aux expériences remarquables (et déviantes). Malheureusement ce documentaire, avec ses manières hyper douces, omet tout ce qui pourrait noircir ou simplement nuancer le tableau. Évidemment en premier lieu les actes de cannibalisme, mais surtout la façon dont ils se sont produits : avec une tribu, partie en bouffer une autre. Le film s’obstine à retarder ou éviter les précisions, se réoriente vers les considérations existentielles ou la gaudriole involontaire du passage à la télé. Si vraiment ce documentaire veut inviter à voir autrement, qu’il le fasse pleinement ; pas avec sa jolie carte postale aseptisante. Au lieu de ça il cite les réponses élégantes mais vaseuses de Tobias et ne va pas en chercher d’autres, ne l’interroge pas – ou plutôt, fait semblant et rapidement (manifestement les réalisateurs sont habiles). Idem pour la complaisance : soyez complaisants envers ce qu’est le bonhomme, mais pas envers ce qu’il présente ou ce qui est établi a-priori de lui-même ! Finalement cette séance potentiellement enrichissante et atypique s’avère une espèce d’hommage mou, une publicité visant à normaliser un cas et des faits extraordinaires (la tradition de circoncision bénéficie de la même indulgence souveraine). Tout ce qu’il en reste est un point de vue sceptique envers l’occident et la normalité, signé d’occidentaux naviguant entre New York et le tiers-monde luxuriant. Le tout sans avancer d’images ou d’arguments susceptibles de fâcher ou d’inquiéter – seulement l’ouverture, qui d’ailleurs peut générer les mêmes sentiments chez des gens spécialement ‘vigilants’. (54)

Nos héros sont morts ce soir ** (France 2013) : Démarre fort, patine à peine arrivé au milieu. Engage enfin les conflits avec la scène d’éclatage de face au bar puis celle où les deux amis se rabaissent mutuellement, mais continue à préférer ‘les scènes’ et les tableaux de son écorché à tout le reste. (58)

Suggestions : Les héros sont immortels/Guiraudie.

Trop tôt, trop tard * (France 1982) : Révolution trop tôt au Sud (colonies) et trop tard au Nord (chez les français). Dans la partie A on récite Engels auquel le film est dédié, puis dresse des comptabilités redondantes, sans plus d’analyse, tout en filmant des paysages bucoliques, champs et entrées de villages. La partie B) Mahmud Hussein (28e minute) s’intéresse au colonialisme Égypte et s’étend jusqu’aux cinq minutes d’archives en noir et blanc formant la conclusion. Les citations seront moins assommantes, la voix est relativement agréable. Ce film capture la réalité brute où l’humain ne fait que passer, ce que les autres n’affichent pas (dans les fictions) ou peu et moins (dans les autres documentaires de témoignages). Cette formule passive a parfois des vertus immersives, c’est le cas ici, où on conserve également une distance et n’a jamais à faire à des actions intenses ou compliquées, lorsqu’il y en a. La caméra rotative et la place donnée aux sons contextuels enrichissent cette approche végétative, même si les abus demeurent : cinq minutes plantés devant une probable sortie d’usine avec les passants et une atmosphère de marché aux puces ; quatre autres à voir deux petits groupes et d’autres types diversement affairés sur un chemin, frôlant la caméra pour la dépasser ; puis onze minutes à ‘flotter’ au-dessus de ce chemin de terre. Dans un cas comme celui-là c’est du tourisme relax.. ou de la surveillance désintéressée via drone. Le tandem de cinéastes marxistes a trouvé une parade honorable pour travestir ses faiblesses, sans trahir sa vocation. Il reste donc incapable de confronter l’Humanité, incapable d’envisager ses contradictions et d’accepter les nuances traversant tous, y compris les éclairés du dogme. Tout ce qu’on peut en tirer de solide politiquement n’est que ce vieux jus d’après lequel les petits-bourgeois seraient partout à prendre la relève des despotes antérieurs. (38)

Blizna / La cicatrice ** (Pologne 1976) : Comme Visconti (avec Bellissima) Kieslowski a démarré avec un film social crasseux sur les bords, montrant la corruption et les cartels dans son pays. Il est inondé de dialogues, la plupart très concrets, les autres abstraits et généralistes. Presque tous ont en commun d’être opaques ou lointains, car on ignore de quel dossier particulier il est question. L’ordre du jour et les combines se déroulent sous nos yeux ou plutôt sous nos oreilles mais nous ne savons pas de quoi il retourne finalement, sauf dans les grandes lignes de ce projet d’aménagement. S’agit-il de nous mettre en état d’impuissance abrutie comme l’étaient les sujets communistes ? Sur le fond aussi le film me laisse sceptique : voyons ce pauvre homme, contraint d’utiliser les outils de ses vils camarades, de pratiquer la purge ! Pauvre chevalier blanc entouré de pourris, respirant le pourri.. à tel point qu’on ne sait trop pour qui ou quoi il s’obstine ainsi à poursuivre le ‘bien’. On ne sait trop non plus en quoi ce ‘bien’ doit tellement en être un, ou pourquoi il serait si automatique (on se rapproche des films de gauche centriste fadasses pour ‘jeunes’ et joyeuses masses attardées comme il en pleut régulièrement – bien sûr le niveau de lucidité et de maturité est ici supérieur). Forcément notre preux camarade finalement se retire sur sa sphère privée, jouera sur son statut comme les autres, ou ne jouera rien (et après tout chez les soviets aussi on peut avoir de belles rentes). (48)

Le jardin des délices **** (Espagne 1970) : Sur une identité brisée que l’entourage tente de restaurer. Malheureusement l’intérêt financier et le pouvoir, certes mince et ‘provincial’, de la famille semble davantage motiver les équipes que l’affection pour l’homme – et l’admiration paraît inexistante, ou engloutie sous la raison de la concurrence ou les sentiments trop vifs des parents immédiats (comme ce fils ingrat lui attribuant ses fautes ou tentations manifestes). On flirte avec le surréalisme bien qu’on sache ou devine rapidement que les bizarreries soient dûes à un mélange de mise en scène de l’entourage et de souvenirs. La charge politique est limpide, la bourgeoisie locale s’affole en voyant son champion décrépit et ses associés (industriels) auront moins de scrupules à balayer les sentiments et traditions (ou pas de légitimité ni d’instinct pour les avoir comme masques). Dans les flash-back le richissisme amnésique tient des discours creux de pré-giscardien capitaliste. Signé Carlos Saura, bientôt auteur de Cria Cuervos. (78)

Elisa mon amour *** (Espagne 1977) : Accessible vu de loin, mais assez nébuleux finalement. Il maintient le doute et l’étend quant à la réalité de ces événements ; déjà dans Le jardin des délices, souvenirs et fantasmes se confondaient, mais cette fois l’intégrité de l’histoire est finalement sacrifiée au bénéfice de la retransmission générique des souvenirs et leurs recompositions, de la réparation de scènes et liens familiaux. (68)

Le hasard ** (Pologne 1981) : Malheureusement c’est aussi indécis, rigide et indulgent que son héros – un mix entre un jeune Macron et l’acteur d’Oslo 31 août. (62)

Brève histoire d’amour *** (Pologne 1988) : Une jolie histoire un brin lamentable. Les trois personnages principaux sont excellents. Trop court en tous points. Bonne mise en scène, inhabituellement épurée pour du Kieslowski. (72)

Général Idi Amin Dada *** (France 1974) : Des images assez précieuses qui rétrospectivement ne peuvent qu’amplifier la caricature, ou la compléter en soulignant la grande part de ‘parlotte’ candide du papa-dictateur. La mise en scène relève le niveau technique, avec quelques effets judicieux dans des moments critiques [de solitude ou de surcroît de fureur contenue du roi]. Les scènes sont très longues et peuvent donc mener à l’ennui, car les laïus du despote sont accablants à tous points de vue. Tourné par Schroeder (La vierge des tueurs, Maîtresse, JF partagerait appartement, Koko) avec des équipes de la chaîne télé française FR3. (66)

Je ne regrette rien de ma jeunesse ** (Japon 1946) : Plus explicitement la réalisation d’un américanophile (du cinéma), mais très pudique à un second niveau, avec une écriture radicalement verrouillée. Expressif, compositions de qualité, mais toujours difficilement accrocheur si on est pas très près du thème ou adepte de l’actrice principale. À moins qu’il soit d’autant plus frustrant dans ce cas, car le politique (le social moins) passe finalement pour un prétexte. Du Ozu mièvre, glamour et ‘limpide’ aurait peut-être ce goût-là. (58)

Tricheurs ** (France 1984) : Placide. Les acteurs secondaires se donnent du mal, le couple Ogier/Dutronc reste tranquille y compris pour jouer pics d’émotion ou emportements. Ce n’est pas assez vif ou déterminé pour sonner ‘théâtral’. Avec en plus ces enchaînements raides, ces plans larges dans des moments inopportuns (ou simplement laids), Schroeder montre une nouvelle fois ses limites de réalisateur et de directeur d’acteur. Malgré tout ces flottements ne manquent pas de charme grâce aux lieux de tournage, décors chics aujourd’hui ‘vintage’ ou même aux diverses postures humaines. Par rapport à Rien ne va plus les personnages sont peut-être plus engageants sur le papier mais en pratique ils sont encore plats et les acteurs sont beaucoup moins convaincants (spécialement Dutronc, surtout dans un versus avec Serrault). (56)

Une vie ** (France 1958) : Une adaptation de Maupassant par Astruc (déjà signataire du Rideau cramoisi tiré d’une nouvelle de Barbey d’Aurevilly). Bien propre, exécuté au mieux dans la mesure du possible (l’imitation de la mort dans le final ne prend pas), précis mais très partiel paraît-il. Je n’ai pas saisi ce que ce film apportait ou était censé apporter. Il peut ajouter une pierre à l’édifice des représentations de femmes aliénées, mais c’est bien tiède. (54)

Secrets et mensonges ** (UK 1996) : Voisine Kean Loach mais plus subtil et moins concluant. Excellent casting mais c’est un peu futile. On éclairera rien sur la conception – or si, c’est important, autant que le présent ou d’être réunis. Concernant l’obtention de la Palme, ça reste un peu aberrant, car le film n’a rien de brillant – peut-être qu’attribuer une fille noire à une femme blanche a envoûté le jury ? (62)

Trois couleurs : Blanc *** (France 1994) : N’atteint pas la joliesse et la prestance de Trois couleurs Bleu, mais m’a davantage convaincu et sans faiblir à terme. Les coups que se prend et surtout qu’accepte ce type rendent forcément la séance excellente. (72)

Trois couleurs : Rouge *** (France 1994) : Davantage de libertés dans les mouvements de caméra et l’introduction retraçant les ‘fils de la conversation’ – amène une proximité avec le cinéma de Jeunet. Excellente conclusion à la trilogie, malheureusement encore une fois avec Kieslowski je sent un plafond au moment où j’y adhère. Avec le recul Une brève histoire d’amour est peut-être le plus élégant. (72)

Le crime de monsieur Lange *** (France 1936) : À tous points de vue c’est un peu court mais j’apprécie ces petits films entre pathétique et satirique, qui contiennent beaucoup, témoignent de mœurs (et, pour nous un siècle après, d’une époque) et de rapports de force ou simplement d’humanités. Le numéro de Jules Berry, propre à ces temps-là et improbable aujourd’hui, engendre un méchant truculent – assez pour donner envie de pardonner les petits sacrifices en vraisemblance à la fin. Globalement le film cultive les qualités de la naïveté, l’utilise certainement pour mieux orienter vers des affinités idéologiques et des sympathies mutualistes (sinon carrément socialistes ?). (66)

Le déjeuner sur l’herbe *** (France 1959) : voir la critique. (68)

La tentation d’Isabelle * (France 1990) : Film romantique inepte. Réalisation inégale, acteurs valables pour des personnages à la fois caricaturaux et imbitables. Ça remue, ça fout quelques acteurs nus et met des grossièretés dans leur bouche pour ‘faire’ passionné, sauf que c’est trop décousu et théâtral pour qu’on y croit ou me donner envie d’aimer. (28)

MINI-CRITIQUES SDM 2019

2 Jan

Même pour les sorties présentes voire des mois précédents, je ne tiens plus à faire de critique systématique. Pour certains cas je recourrais à des mini-critiques, soit en-dessous de 300 mots. Cela revient à reprendre le principe des ‘SDM/Sorties Du Moment’ au début de ce blog, sans la perspective d’un texte nécessairement équilibré. Les 49/61 critiqués sont à retrouver dans le Top annuel.

Pour cette première vague, les films vus dans les quarante derniers jours de l’année :

  • J’accuse *** (drame-histoire, France, Polanski)
  • Child’s Play / Jeu d’enfant ** (horreur, USA) – saga Chucky
  • Le daim ** (comédie dramatique, France, Dupieux)
  • Seules les bêtes *** (comédie dramatique, France, Dominik Moll)
  • Gloria Mundi *** (drame, France, Guédiguian)
  • Vice ** (comédie, USA, Adam McKay)
  • Le Chant du Loup ** (drame, France)
  • The Dead Don’t Die ** (comédie horrifique, USA, Jim Jarmusch)
  • The Prodigy ** (thriller surnaturel/horreur, USA)
  • Glass ** (drame/fantastique, USA, Shyamalan)
  • Dragons 3 *** (animation, USA, Dreamworks)
  • The King ** (historique, Netflix)

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J’ACCUSE ** : J’ai étrangement été happé pendant un long moment, malgré la relative modestie de la réalisation et même des passages aux filtres proches de l’amateurisme. L’exposition de l’époque et du milieu, son ambiance sérieuse, la propreté de l’ensemble des intervenants, m’ont rendu la séance agréable. Dujardin est définitivement un acteur brillant et arrive à rendre irréprochables des réparties appelées à glisser vers l’esprit OSS 117. Mais sur l’affaire et la précision du témoignage je reste tiède. Le récit élude ou minimise les éléments à charge, ridiculise l’argumentaire graphologique, décrété fruit d’un scientiste allumé – qu’on voit mesurer les cranes pour l’amalgamer avec des pseudo-sciences ou supposées telles. Cet amalgame avec le racisme de l’époque fait partie du lot de maux attribués aux adversaires, avec la corruption ou plus précisément le cynisme et le mensonge généralisés. En somme le film ne fait que nourrir la vision d’un ordre établi inique envers le juif et d’une droite française sacrifiant systématiquement la vérité au profit de son idéal ; rien de nécessairement faux mais c’est utiliser un levier douteux pour la défense du camp Picquart. Lorsque viennent les conclusions les flous ne sont pas résolus et la nervosité des anti-dreyfusards est finalement le seul bloc d’arguments complet et évident. Oh bo l’assassin a disparu dans les fourrées – c’est la vie enchaînons ou dramatisons un coup. Enfin l’homme de l’affaire devenu secondaire apparaît taciturne et sensible, fragilisé en plus et certainement vertueux, or Dreyfus comme Picard n’étaient probablement ces braves hommes effacés, moraux et au-dessus de tout soupçon. Enfin Garrel ne s’exhibe pas et sur ce point cet énième Polanski mineur sort des sentiers battus. (58)

CHILD’S PLAY : LA POUPEE DU MAL ** : Plus fort que l’oubli des suites ou le simple remake, voici une remise à zéro (un ‘reboot’). Pas sûr que la franchise Chucky puisse en profiter, finalement elle n’a produit de bon jusqu’ici que de l’humour gras, une poupée marquante avec des saillies agressives et quelques plans excellents d’horreur kitsch (l’usine dans Poupée de sang, le second opus). Et la révolution ne vient pas avec ce septième essai. Il contient quelques grosses scènes de farce (trois personnages seront cruellement malmenés), est sanglant sans faire gicler des hectolitres mais quand même en renvoyant à Saw lors d’un cruel passage à la cave. Le jeune héros est convaincant (servi par un de ces enfants/ados interprètes irréprochables et intenses dont même Stranger Things n’a pas pu se revendiquer – Drew Barrymore en était une à l’époque de Charlie). Le reste de la troupe n’est pas brillant ou sous-exploité, mais facilement sympathique ou agréable à détester. La nouvelle allure de Chucky est réussie, c’est une imitation perverse de l’attachement des humains à leurs amis, plutôt qu’une sorte d’humain méchant, lourdingue ou déviant comme il l’a été, ou comme l’est l’ours Ted. L’humour en-dehors du gore est ras-du-bitume et souvent gentillet, avec quelques quiproquos durables efficaces. On en retiendra quelques détails ou moments insolents. (54)

LE DAIM ** : Confirmation après Au poste que Dupieux ne souhaite plus se renouveler ni faire d’efforts. Je fais ce constat en ayant revu et revalorisé Steak, plus carré que dans mes souvenirs. La flemmardise et le cynisme d’Au poste étaient compensés par l’abondance de petites phrases, de bons morceaux, par les numéros d’acteurs ; cette fois c’est le régime sec, les perles sont rares, tout est simplement propre dans son registre insolite et résolument vain. Ça met trop de temps à démarrer puis s’arrête trop tôt. Je dirais bien que c’est du niveau de Rubber mais il est possible que je revalorise celui-là aussi et il me semble qu’il poussait plus loin l’originalité – et le décalage Dupieux était encore frais, n’était pas devenu une méthode déjà ‘finie’. (48)

SEULES LES BÊTES *** : Comédie dramatique vaguement absurde, sensible mais peu compatissante. Entre dans la vie des gens, leurs réalités sociales et affectives, sans verser dans le téléfilm usé ou l’engagement miteux. Divisé en plusieurs parties concentrées sur un protagoniste et vivant la disparition ou ses effets, même éloignés. Alice au début essaie de recouper les morceaux mais on se doute qu’elle est fatalement dépassée et dans l’ignorance ; les segments suivants sèment des détails qui seront tous résolus pendant la dernière partie centrée en Afrique. Le final laisse la morosité l’emporter du point de vue de ceux qui rechignent à se faire grand-remplacer ; la position des principaux intéressés apparaît définitivement symbolique, du cuck précipitant tout ce manège à l’égoïste repliée sacrifiée, avec la jeune paumée utilisée sans états d’âme, la conjointe lésée (elle n’a même pas rempli sa fonction de pondeuse) travaillant dans le ‘social’, jusqu’à l’espèce de notable trouvant de quoi égayer sa retraite. Mais avant tout ce film donne l’occasion d’apprécier les humains comme des bouffons involontaires, embarqués dans des mécaniques assez tristes mais sur lesquelles on aurait tort de pleurer ; à la place on peut constater l’ironie de cet arnaqueur riant des sentiments de son pigeon mais lui-même sous le joug du numéro encore plus grotesque d’une espèce de curé arriéré. (72-74)

GLORIA MUNDI *** : Comme du Loach en radicalement moins pleurnichard, plus lucide que partisan quasiment tout le temps, bien qu’empathique. Un brin lourdingue sur plusieurs détails et via les performances du couple de jeunes beaufs riches et agressifs, mais dans des proportions raisonnables. Tout en faisant partie d’un univers misérabiliste et populiste, ce film pose les ambiguïtés et responsabilités personnelles ; évoque le poids de l’indulgence, le prix de la solidarité ; la relativité de certaines expériences de vie, de leur valeur – le sacrifice final est aussi un choix du moindre mal ou de la moindre errance ! Compte tenu de mes préférences au sens large je devrais être peu réceptif à un tel film, mais sa méthode et son humilité me plaisent. Même s’il est probablement un peu trop ‘nourricier’ à l’égard de ses personnages, plaintif et bien-pensant quand l’occasion se présente, son attitude face à la misère m’a plu – c’est celle de la (grand-)mère et à la limite de ses deux amants. On se retire des illusions criardes sans être assommé par le désespoir ; accepte la bêtise et l’incurie, tâche de s’arranger avec ce qui existe ; pas de magie dans la vie, pas de gain à se mentir, même en sachant que ‘aller de l’avant’ quand on est col bleu ou exclu c’est peut-être simplement accumuler un sous-capital en médiocrité. De quoi me rendre les situations significatives et les personnages aimables, même quand ils commettent des erreurs. Par contre je n’ai pas pu trouver de respect ou de complaisance envers Nicolas, antipathique car il enchaîne les niaiseries, ni envers Richard dont l’axe de vie semble être la négligence et la soumission bovine. Tous les deux expriment des tendances superstitieuses et semblent incapables de concevoir la réalité comme elle est. (68)

CHANSON DOUCE ** : Vu en salles, comme l’écrasante majorité des films de cette année et trois des cinq précédents dans cette liste (les mieux notés). Voir la critique. (54)

THE LIGHTHOUSE **** : Vu en salles (plusieurs femmes ont déserté en milieu de séance), contrairement à ceux en-dessous. Voir la critique. (78)

VICE ** : Rapidement classé dans ma liste des « Déséquilibrés ». Les acteurs sont excellents et le couple remarquable, encore en mettant de côté leur spectaculaire transformation physique et leur vieillissement. Pour le reste c’est généralement déplorable mais indéniablement efficace. J’ai eu l’impression de regarder l’œuvre de QI à deux chiffres se sentant très engagés et briefés par des QI normaux ou supérieurs leur filant les notes adéquates. Le factuel a une place importante dans les passages accélérés, ce qui ne fait pas du film un pamphlet carré mais le sauve de la partialité criarde et tarte à la crème. Ce n’est pas les préférences idéologiques ou la lourdeur qui posent problème – parfois c’est au service de judicieuses bien que grotesques intuitions, comme la présentation de Dick Cheney comme un mix entre François Hollande et Dark Vador. C’est quand elles sont mal étayées ou sans compensations ni compromis et quand elles ne se reposent que sur elles-mêmes (et s’étirent avec gourmandise comme cette fausse fin). L’épilogue confirme lamentablement le niveau de l’approche – même si c’est un peu drôle et hypnotisant, c’est davantage gênant de suffisance infondée – d’imposture. Aujourd’hui je ne peux plus être indulgent envers ce style crétinisant digne des heures grasses de l’investigation made in Canal+ ou des effets accompagnant les démonstrations dans Cash Investigation. Et comme dans Chanson douce, je sens le regard suspicieux d’extravertis/grégaires sur les plus réticents ou détachés qu’eux, nécessairement sombres ou malins ; aucune raison de valider ce préjugé de retardé bien partagé en communauté. Dans le cas présent, un habitué des allées du pouvoir n’est que le reflet traître de ces artistes et intellectuels publics avides de reconnaissance et d’idées faciles, mais ‘du bon côté’, du bord crémeux et mondainement approprié, contrairement à celui des cyniques de droite impérialiste. (48)

LE CHANT DU LOUP ** : Entre kitsch et sérieux, avec des interprètes aimables davantage que convaincants. La sous-intrigue sentimentale est mignonne et fait partie de ces nombreux éléments au goût de service commandé (comme l’emphase sur le jargon du milieu) – mais service à demi enthousiaste, bien intériorisé. La partie sonore reste le plus consistant, le reste laisse dubitatif tôt ou tard. Plusieurs plans ou métaphores sont d’un pompeux un peu déconcertant, souvent avec Kassovitz qui a dû trouver ici une bonne occasion de blâmer les torts d’institutions que les droitards croient vertueuses. (56)

THE DEAD DON’T DIE ** : J’étais un peu honteusement dans l’accueil et l’indulgence jusqu’à ce que le film tourne définitivement en blague bâclée et croule sous son pauvre discours. Les deux tiers du film sont une caricature néanmoins fantaisiste, où l’auteur Jarmusch débarque en terrain conquis et révolu ; le tiers restant réunit cette piteuse sortie et l’ensemble des remarques ou commentaires trop lourdement liés aux notions contemporaines ou au ‘méta’ gratuit, devant lesquelles les tentatives d’humour laissent plus particulièrement circonspect. C’est moins foutraque mais pas beaucoup moins moisi que Cowboys et envahisseurs. Et finalement c’est idéologiquement pathétique comme ça en a l’air, avec sa jeunesse consciente mais aliénée ou flouée sous son masque sarcastique, son trumpiste débile et méchant, ses masses consuméristes et zombies d’avance, le tout asséné avec un peu moins de nonchalance que la moyenne et une niaiserie très avancée. (48)

THE PRODIGY : Petit film d’horreur surnaturelle, recycle habilement, fonctionne franchement. J’ai doucement apprécié le casting, le style, le rythme ; sur le reste tout est correct ou commun. La liste des enfants interprétant adéquatement des méchants va pouvoir s’allonger. (56)

GLASS * : J’ai critiqué Split, largement oublié Incassable. La touche Shyamalan n’est plus évidente. C’est long, bavard et compliqué, criard, sombre, déplaisant ; on s’impatiente. Les deux vieilles stars semblent se forcer à passer au-dessus d’une inévitable ringardisation (Bruce Willis paraît rétrospectivement en forme dans Die Hard 5), les deux nouvelles copient-collent ce pour quoi elles sont appréciées ces dernières années (or la balourdise allègre d’American Horror Story n’est pas de la partie) ; tout donne l’impression de courir après un délire grotesque aux ambitions démesurées. Heureusement l’issue est intéressante, sur le moment et pour les futurs bilans sur les initiatives du cinéma de super-héros (on bascule ici dans le monde de Batman voire à terme de Watchmen). (42)

DRAGONS 3 *** : Ce film regorge de plans et de détails ravissants ! L’histoire est décente et non abrutissante, mais l’originalité demeure absente (jusque dans le point fort crucial, l’image). Avec ses qualités (ciblées ou relatives) et ses défauts insignifiants, c’est un très bon film d’animation et finalement le meilleur de la fameuse trilogie. (66)

THE KING ** : Production Netflix de toute prestance vue d’un œil penaud mais minimaliste quand on la regarde sérieusement. Les dernières scènes amènent un approfondissement douteux, spécialement celle où la nouvelle reine paie son laïus de miss lucide – mais celle avec la reddition du roi de France place aussi haut la barre dans le débile hautain (sans parler des niaiseries précédentes avec le comploteur zozoteur et le français débauché). Au moins la candeur du roi face à ce qui ressemblait à de flagrantes manipulations est assumée et notre Gary Stue a donc ses limites, mais elles sont minces puisqu’il se corrige aussitôt et pèche par bonté. Quand aux scènes de batailles, comme toute la fibre épique ou avoisinant, elles sont mollassonnes et cheap. Un film pour les pacifistes blasés et les cyniques pompeux, bien soignés et pas trop dérangeants. (44)

BILAN ANNÉE 2019 – CINÉMA

1 Jan

Année atypique où j’ai battu mon record de films vus en salles – et probablement approché celui de films découverts dès l’année de leur sortie. Ce sont les derniers pour lesquels je maintiens la critique systématique de façon régulière (les films avant 1920 et les ‘cultes’ ou notés extrêmement haut restent théoriques ou rares).

Lors des quarante derniers jours, à partir de J’accuse et comme j’en avais envie avant de découvrir La belle époque, je n’ai plus apporté de critique systématique aux films de l’année en cours. J’abandonne donc entièrement le principe ; les films relativement insignifiants ou mal-aimés seront sous-traités en Mini (c’est déjà le cas pour cette fin 2019). La seule différence qui devrait rester avec le commun des découvertes, c’est que les bons ou excellents et les polémiques ou ‘remuants’ seront normalement critiqués comme au temps des systématiques ; et que les entre-deux, les ordinaires, les efficaces, les ‘ultra-ciblés’, resteront probablement souvent l’objet de critiques complètes, en fonction de la quantité qu’il y aura à en dire et non de mon niveau d’adhésion.

Les films traités en ‘mini-critiques’ ont leur lien dans la note. Cette liste est aussi sur SC.

 

 

1 – Trois jours et une vie **** (84)

2 – Minuscule les Mandibules du bout du monde **** (82)

3 – The Lighthouse **** (78)

3 – Joker **** (78)

5 – Rambo Last Blood *** (76)

6 – Midsommar *** (74)

7 – Seules les bêtes *** (72)

7 – Wedding Nightmare *** (72)

7 – Le roi lion *** (72)

7 – Le mystère des pingouins *** (72)

7 – Shaun le mouton la ferme contre-attaque *** (72)

12 – Crawl *** (68)

12 – Les hirondelles de Kaboul *** (68)

12 – Midway *** (68)

12 – Gloria Mundi *** (68)

16 – Dragons 3 *** (66)

16 – Ceux qui travaillent *** (66)

16 – Thalasso *** (66)

19 – Nicky Larson et le parfum de Cupidon *** (64)

19 – Au nom de la terre *** (64)

19 – Parasite *** (64)

22 – Maléfique le pouvoir du mal ** (62)

22 – Les éblouis ** (62)

22 – Roubaix une lumière ** (62)

22 – La Mule ** (62)

26 – J’accuse ** (58)

26 – Terminator Dark Fate ** (58)

26 – Gemini Man ** (58)

26 – Fête de famille ** (58)

26 – La belle époque ** (58)

26 – Le gangster le flic et l’assassin ** (58)

32 – Je promets d’être sage ** (56)

32 – Inséparables ** (56)

32 – Atlantique ** (56)

32 – Angry Birds Copains comme cochons ** (56)

32 – Le chant du loup ** (56)

32 – Doctor Sleep ** (56)

32 – The prodigy ** (56)

39 – The Upside ** (54)

39 – Child’s Play la poupée du mal ** (54)

39 – Chanson douce ** (54)

39 – Arctic ** (54)

43 – Ça chapitre 2 ** (52)

43 – J’ai perdu mon corps ** (52)

43 – Perdrix ** (52)

43 – Ad Astra ** (52)

47 – Captive State ** (48)

47 – Le daim ** (48)

47 – The dead don’t die ** (48)

47 – Portrait de la jeune fille en feu ** (48)

47 – Vice ** (48)

52 – Countdown ** (46)

52 – Un jour de pluie à New York ** (46)

54 – The King ** (44)

54 – Bacurau ** (44)

56 – Tu mérites un amour * (42)

56 – Glass * (42)

58 – The Hate U Give * (38)

58 – Alice et le maire * (38)

60 – Brexit [Tv] * (32)

60 – Us * (32)

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Moyenne des 61 films = 58sur100

 

SEANCES EXPRESS n°32

30 Déc

> Jin-Roh, la Brigade des Loups*** (71) anime Japonais

> The Burrowers** (61) western USA

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JIN-ROH, LA BRIGADE DES LOUPS ***

3sur5  À la manière de L’Étrange Noël de Mr Jack ou plus ostensiblement encore de Poltergeist, Jin-roh est d’abord un mystère en ce qu’on ignore s’il appartient d’abord à son réalisateur ou s’il ne nous en reste que la vision de son illustre superviseur. Le scénario tortueux d’Oshii est cependant si alambiqué qu’il gênera les nouveaux venus à son univers, fascinant et relativement accessible, mais dont les enjeux sont ici trop brumeux. En effet, l’histoire n’existe  »concrètement » que par les dialogues, au ton souvent politiques ; la mise en scène, elle, repose sur une animation fluide, traversée d’éclairs de génie méditatif et bardée d’abondantes symboliques.

Jin-roh est une uchronie, c’est-à-dire un film refaisant l’Histoire : une sorte de film d’anticipation-rétrospective, en somme. C’est surtout le mythe du Petit Chaperon Rouge [la référence est appuyée] s’invitant dans un Japon d’après-guerre en proie à la crise sociale, entre chaos urbain et spectre totalitaire. Parabole de l’asservissement de l’Homme par ses tentations fascistes, le film évoque la redécouverte de ses émotions d’un membre d’une unité armée, suite à une besogne qu’il n’a pas accomplie. Le conte invoque ainsi les sentiments du loup, son humanité refoulée, au milieu d’un univers austère contrôlé par ses camarades Panzers, les machines à tuer.

Ce décalage, comme celui du traitement très réaliste de faits pourtant fictifs [et de surcroît dans un film d’animation], nourrit toute la poésie de cet anime particulièrement adulte et cérébral à l’excès. Le trait est néanmoins pessimiste, jusque dans l’évocation du combat pour la liberté : la reconnaissance de son être au-delà d’un statut civique assujettissant est une problématique résolue avec un désenchantement certain.

Le film est à peine plus limpide dans sa forme que dans son fond ; cohérent, il l’est pourtant, mais toujours nappé d’une part sinon de mystère, au moins d’ambiguïté. La représentation du Japon des 50’s est à cette image ; à la fois inscrite dans la veine esthétique d’Oshii [d’abord imaginé comme support d’une série, le concept est tiré d’un vieil avatar de son imagerie, les soldats Kerberos] et dernière référence de l’anime traditionnel confectionné à partir de cellulos, tout en possédant une identité visuelle l’isolant tout à fait. L’aspect technique et visuel a toutes les chances de faire basculer les indécis dans le camp des conquis : plutôt qu’animateurs perfectionnistes, ce sont des orfèvres qui se sont attelés sur ce Jin-roh. Ce graphisme expressif et cabalistique ouvre à la richesse du film, maintenant de cette façon l’hermétisme ambiant à une distance honorable. Sitôt que notre vague sentiment de perplexité est évacué par la délicatesse, le soin et l’intégrité de l’ensemble, ne compte plus que le magnétisme global.

Note globale 71

Interface Cinemagora

Voir le film sur Dailymotion (VOSTF)

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THE BURROWERS **

3sur5  Juste sur le plan formel, The Burrowers a tous les atouts, et même plus qu’on en demande, pour être promu en salles. Surtout que seule sa méprisable exploitation commerciale rappelle ce film plein de charme à son statut de série B. Photo impeccable, jolis effets de style, privilège à l’atmosphère : c’est au moins l’œuvre d’un habile technicien et metteur en scène assumant parfaitement le manque de moyens à peine latent.

Mais si le film a pu inquiéter les annonceurs, c’est qu’il fonctionne sur la fusion improbable de deux genres que peu ont songés à concilier jusqu’ici : le western et l’horrifique. En téléportant ses monstres [même pas cheaps] dans un contexte inhabituel, J.T.Petty risque de faire parler de lui chez les amateurs d’ingrédients Z, à coup sûr comblés de les voir enfin s’offrir un digne traitement de catégorie A.

Sauf que c’est justement lorsque les  »enfouisseurs » du titre apparaissent que le film s’essouffle, sa dernière partie sacrifiant la mince parcelle de mystère mais du même coup la réelle tension qui imbibait le métrage. Qu’importe, puisque ces créatures issues de la mythologie des autochtones américains n’auront jamais été la fin en soi de ce film à la trame relativement simple, assez économe en terme d’esbroufes, mais férocement ambitieuse. Les personnages sont très finement écrits, suscitant chacun l’empathie, même ceux qu’il était si facile de parodier ou livrer en pâture [Henry Victor, personnage censément veule, répugnant et détestable] : preuve, s’il en faut, qu’on est à mille-lieux du tout-venant de la production fantastico-horrifique US. En filigrane, mais sans chercher à discourir, un plan d’ensemble sur la haine  »valide » d’une époque et l’asservissement des Indiens. Une réussite globale et, à quelques infimes lourdeurs près, un souffle de fraîcheur.

Note globale 61

Page AlloCine & IMDB

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Séances Express : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 17, 18, 19, 20

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