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MINI-CRITIQUES 11 (2019-2)

15 Juil

Sans toit ni loi *** (France 1985) : Une vagabonde et parasite authentique, donc puante, égocentrique, insensible et désagréable, avec une tendance au chapardage et à l’ingratitude. Heureusement pour tout le monde rien n’est trop appuyé. Les acteurs ne sont pas brillants mais Macha Méril fait une excellente surprise (elle qui a pu nuire quelquefois, peut-être à cause de rôles trop laconiques et excentriques). Inhabituellement froid et mesuré de la part de Varda, sans spécialement imposer de distance (pour certains ce sera même ‘brûlant’ – d’autres égarés ou des femmes rétives qui s’y reconnaîtraient). Les bulles face caméra de Yolande Moreau brisent la cohérence et l’efficacité du film, ramenant le niveau vers l’art et essai balourd et superflu. Malheureusement la séance se traîne sur la fin – un écho volontairement ‘gauche’ de plus au parcours débile de cette fille. (64)

Flic Story ** (France 1975) : Une des collaborations Delon-Deray, où Delon pourchasse Trintignant, sombre crapule. Bien foutu ; finalement très routinier et prosaïque. (58)

La veuve noire *** (USA 1987) : Une enquête dans la première partie, une affaire personnelle dans la seconde. Chez les riches et dans des décors exotiques. Du kitsch de qualité et de compétition, bien de cette époque radieuse (fin des années 80 et années 90). Tension sexuelle et corruption autour de la veuve noire. L’instrumentalisation de la relation entre les deux femmes est le plus vicieux – il y a artifice mais la motivation n’est jamais sûre (‘acheter’ la concurrente, la bloquer, la donner en pâture pour se protéger – profiter de ses charmes et de sa personne, sincèrement ou pas). (72)

Cléo de 5 à 7 ** (France 1962) : Excellent casting féminin, les mecs sont bien lourds en moyenne. Contient le court Les fiancés du Pont Macdonald. Le temps resserré ne m’est pas paru évident, avant la rencontre avec le légionnaire – peut-être à cause de nombreux essais similaires convaincants réalisés depuis. (62)

Préjudice *** (Belgique 2015) : voir la critique. (64)

Ready Player One * (USA 2018) : voir la critique. (26)

The Wicker Man * (USA 2006) : Passable mais confus à force de vouloir enfler le mystère. Animé par un Cage ne calculant rien (quand il hurle et court tout le sérieux de l’affaire est ruiné – la fin contient de délicieux moments, celui où il se déplace en combinaison d’ours a ma préférence). Des pans importants de l’original (tourné en Écosse) ont disparu – le truc de la virginité éclispé. Des faux suspenses étranges (notamment celui de la paternité), des questions longues à sortir et mal posées, des réponses fragmentaires et inadéquates. Effets un peu cheap, la bizarrerie et la brutalité les sauvent – ou les enfoncent aux yeux des nanardophiles compulsifs. Dialogues WTF plus qu’à l’occasion. Beaux décors situés dan l’état de Washington. (42)

The Lobster ** (Irlande 2015) : Cette farce sinistre est ma meilleure expérience avec Lanthimos, même si les deux autres opus sont finalement plus intéressants (Canine et Mise à mort) et qu’au moment de dresser les comptes celui-ci n’est pas beaucoup moins désespérant.

La voix-off et les notions curieuses de ce monde tirent vers le conte, les dialogues et situations vers la comédie. Les personnes s’expriment candidement, presque sans états d’âme ni arrière-pensées – c’est la franchise formelle, aliénée (on est franc mais intégralement prisonniers). Ce décors rappelle The Invention of Lying. Les gens ont quand même plus de latitude pour calculer ou retenir ce qu’ils disent, le mensonge reste possible. Les émotions sont réprimées mais pas supprimées – rares remontées de spontanéité et micro déviances (la gifle d’une condamnée à son amie).

Je suis peut-être indulgent avec ce film tant la deuxième partie n’est qu’un dégonflage sans fin. S’y ajoute l’incongruence : étrange que ces gens des bois ne soient pas repérés, leur couverture et probablement leurs moyens étant faibles et flous. Et puis Léa Seydoux en leader : non.

Dans les deux contextes la hantise du conformisme chez Lanthimos trouve à se nourrir : la résistance est stérile face à un ordre social accompli, la secte répressive et ‘libératrice’ se charge aussi de vous annihiler ; enfin le couple exige de lourds sacrifices. Lanthimos ne croit pas aux évasions romantiques ni à la possibilité d’une ‘liberté’ pour les pauvres humains. Il fait partie de ces gens qui se replient sur les galeries d’art et probablement les perspectives de socialo-communistes sans rêves ni espoirs, du moins concernant l’humain. (46)

Dans la maison *** (France 2012) : Avec du voyeurisme avançant sous le masque de l’amour de l’art, de l’envie mal placée (d’être un mentor, de compenser ses impuissances et de se rapprocher très fort de sa cible) sous la vertueuse prétention à jouer le tuteur. L’ado vicieux à face angélique et à l’imaginaire sadique m’en rappelle confusément d’autres – thrillers teen, We need to talk, variations sur les thèmes de Bel-Ami. Il utilise son monde, se colle à un prof aigri et un camarade falot, tous les deux dans l’attente sans le pouvoir de réclamer. Le traitement des proches en personnages de fiction et l’interpénétration sont stimulantes pour les manipulateurs comme pour les spectateurs (les personnages restent longtemps à ré-évaluer). Les deux aspirants écrivains se dopent à l’imagination pour entrer par effraction dans la réalité et la maîtriser. Le résultat est plus agréable que véritablement concluant, comme souvent chez Ozon ; l’issue sera décevante. Bien qu’effectivement c’est la plus sinon la seule soutenable, elle est un peu grossière et réductrice concernant les jeux dramaturgiques. Casting excellent, le couple prof/galeriste sonne vieux semi-socialistes devenus réacs à temps complet. (68)

Some Freaks *** (USA 2017) : Point de vue honnête et empathique sur des pas beaux donc marginaux. La fille est la plus digne et intéressante du trio, elle m’est devenue spécialement sympathique après que sa défensive et ses phrases théâtrales m’aient gavé. Blasé et cynique concernant les humains et notamment son exemplaire le plus ‘libre’ [de croire en sa force] donc cruel, la jeunesse. (74)

Effraction ** (USA 2012) : Mise en scène positivement lourde pour cette sorte de double-épisode de série policière pour la télé, en plus libre et coloré. Généreux en rebondissements avec une tendance à titiller l’invraisemblance. C’est une façon de compenser le peu de progressions voire de véritables événements – la violence concrétisée est rare, les preneurs d’otage sont finalement trop [durablement] inhibés pour que le film soit crédible – d’où des répertoires limités pour les acteurs (heureusement les Nico sont attachants et excellents dans l’absolu). Les flashback censés nous plonger dans le doute concernant la volonté et les liens de deux personnages sont trop kitsch. (54)

Greystoke **** (UK 1984) : Un gros défi relevé du mieux possible : l’accommodement avec les animaux est remarquable. Lambert paraît tout de suite plus crédible et intéressant si on le voit commencer sa carrière ici – je vivais inconscient ! Jane est probablement trop en retrait par rapport à ce qu’on pourrait espérer, mais cet affichage modeste n’est pas aberrant (les pesanteurs culturelles s’ajoutent aux barrières plus primaires). La descente du vieux dans l’escalier est d’une débilité épique (avec un goût de Fanny et Alexandre) et abouti à une des morts les plus joyeusement consternantes du cinéma, près de celle du spécialiste dans World War Z. (78)

Embrasse-moi vampire *** (1988) : Original et excentrique avec des séquences magiques et la source préhistorique de l’usine à même>département Nicolas Cage. Engage une approche humble, passionnée et pertinente de la folie. Le ‘nanar’ est proche, je ne sais trop à quel point ; évidemment les pitreries du pseudo-vampire semblent en relever et l’indifférence du film aux bornes et à un scénario bien ‘fixe’ l’amène dans les contrées incertaines ; le ridicule en est décuplé. Cette tentative sans psychologie, pièces rapportées ni grosses pudeurs et craintes pour le prestige ou la crédibilité est excellente car elle nous rapproche du réel et de la subjectivité d’un individu loin de la terre ferme. (76)

Douce nuit sanglante nuit *** (1984) : Rend son tueur attachant et pathétique en montrant les deux traumatismes de son enfance. Peut-être un ‘nanar’ et sûrement un slasher réussi. De l’horreur parfaitement premier degré, sérieuse et décontractée, permissive comme sa catégorie ‘bisse’ l’y dispose. La violence graphique reste modérée, trois effeuillages sont à relever. Les diverses figures d’autorité et les adultes apparaissent non-fiables et diversement pervers ou stupides. (72)

La vérité de Bébé Donge **** (France 1952) : Couple Gabin-Darrieux. Pas spécialement engageant au départ mais captivant à partir de la concrétisation de leur relation. Sobre et mordant. À ce stade je vais devoir tenir Henri Decoin pour une valeur sûre (j’ai peut-être eu tort de retenir ma note sur Les amoureux sont seuls au monde). (78)

Boyz’n the Hood, la loi de la rue ** (USA 1991) : Casting 100% noir avec de futures têtes bien connues (Laurence Fishburne, Cuba Gooding Jr et Angela Bassett) et le rappeur Ice Cube (vu dans 22 jump street et Ghosts of Mars). Curieusement compte tenu de son statut ‘culte’, c’est un exemplaire du cinéma conventionnel de l’époque – musiques, mouvements de caméra, enchaînements sont joyeusement datés. Gentiment pertinent, aucunement délirant ou hargneux, pas mal chialeux. Une séance cool et grossièrement mélo. (48)

La piste des éléphants ** (USA 1953) : Scénario soigné mais finalement pointant pas grand chose. Taylor et l’exotisme souvent artificiel des décors sont les vrais arguments. (48)

La planète blanche *** (France 2006) : Bande-son curieuse et souvent déplaisante, parfois d’une originalité relativement raccord (notamment sous l’eau, par exemple avec les bélugas). Il faut reconnaître un certain culot à balancer du Bjork dans un film pour la famille et les enfants. Sujets magnifiques et quelques plans excellents. Commentaires pas fortiches et heureusement rares, mais à quoi bon ces tentatives de créer du suspense et d’instrumentaliser si c’est pour s’arrêter toujours si vite ! Autrement dit pourquoi prendre un pouce de La Marche de l’empereur – autant tout laisser de côté. Sur le plan documentaire les propos sont un peu stériles. (64)

Les Lois de l’hospitalité / Our Hospitality ** (USA 1923) : Muet avec Buster Keaton et second long où il est (co-)crédité à la réalisation (après The Three Ages). Commence dans la tristesse voire l’effroi. Carré et fluide sinon, capable de toucher sans trop ébranler, à défaut d’employer en profondeur des ressorts ‘universels et transgénérationnels’. Joliment restauré. (62)

Between Worlds ** (USA 2018) : Réjouissant ! Cage à son apogée post-respectabilité : en slip, en T-shirt crocodile (l’acteur est fan de reptiles, d’où probablement leur présence dans Bad Lieutenant NO). Devient direct un de mes ‘nanars’ préférés. Au sommet avec trois autres : Les Gaous, Kill for Love, T’aime. Le premier produit hors de l’Hexagone ! (62)

Le Livre d’image ** (Suisse 2018) : Reste aberrant mais, quand on connaît le Godard récent, c’est facilement regardable, quoique plus haché qu’Adieu au langage et Film Socialisme, vu qu’on se rapproche de l’ambition de Fast Film. On redécouvre éventuellement et sans fards le gauchisme de Godard, qui s’attarde chez les arabes jusqu’à déclarer qu’il sera « toujours du côté des bombes ». (38)

Le Livre de la jungle *** (France 1967) : En-dehors de l’air principal, les musiques ne me resteront pas, bien que je les ai appréciées. Aucun personnage ne me marque ou me plaît suffisamment, contrairement à Robin des Bois vu il y a cinq mois. (72)

Quasimodo / The Hunchback of Notre Dame ** (USA 1939) : Visuellement irréprochable et techniquement sophistiqué. Quelques horreurs [principalement] grâce au ‘freaks’ porté par Charles Laughton. Personnages et axes narratifs globalement statiques, les interprétations s’en ressentent. Cela fait de beaux tableaux et une séance à la fois remarquablement ‘facile’ pour un film de 80 ans, en même temps pas forcément passionnante. Claude Frollo est un homme de l’establishment fanatique, sombre et engourdi. Son frère est aussi un homme de pouvoir et d’Église – je n’ai pas lu le livre mais dans Notre-Dame de Paris de Delannoy (1956) il n’a aucune importance. Louis XI est un vieux débonnaire et un roi libéral, encourage les progrès techniques et sociaux – mais il n’est pas nécessairement pro-actif, compose avec les superstitions (s’en remet au hasard lors du procès) et paraît presque niais face à l’adversité. (62)

Drôle de frimousse *** (USA 1957) : Lent. J’ai aimé mais sans accrocher comme devant Charade ou Chantons sous la pluie. (66)

Les Triplettes de Belleville **** (France 2003) : Animation soigneusement déglinguée avec un goût pour le grotesque et la sublimation de l’hideux. La toute dernière minute est décevante et la musique de générique écœurante. D’ailleurs l’album reprenant la bande-originale est pollué par les passages chantés. (80)

Summer of 84 *** (USA 2018) : Réalisé à la façon d’une grosse pointure américaine des années 1980, évoque Body Double et Stand by Me. Dégage un réel charme nostalgique qui a autant à voir avec la jeunesse, le franchissement des interdits, le maintien de craintes vaguement ‘magiques’ et bien charnelles. De lourds clichés répondent présent et le récit a tendance à flatter les fantasmes du protagoniste, avec la grande fille complaisante à son égard, presque centrée sur lui ou du moins sa réalité. La musique est parfaitement raccord : sur-appuyée à l’occasion pour des effets éculés mais sentant bizarrement le frais. Puis ce film flirte sérieusement avec le registre horrifique et se distingue in fine des Stranger Things et Super 8, en se montrant peu mélo et pas trop gâteux. Un point négatif : l’ouverture et la fermeture sont d’un ringard et d’une ‘coolitude’ standard un peu trop plombants. (68)

Battleship Island *** (Corée du Sud 2018) : Opte avec succès pour un registre épique ; efficace même si je ne fais pas partie des publics pour qui ce sera mémorable. À voir si vous avez aimé Dunkerque ou Pandémie. (68)

Moi, Tonya *** (USA 2018) : Empathique mais sans complaisance ni intrusions vicieuses ou oiseuses (beaucoup de parties, notamment l’amitié entre Tonya et Nancy, sont quasiment invisibles). J’ai aimé que ce ne soit pas engagé ni manichéen ; ce film est comme l’avocat de Tonya en ‘off’. On voit les responsabilités, les pièges, les ornières de la championne ; son entourage la rattrape et saccage sa vie jusqu’au-bout. Sa mère indigne en premier lieu – celle qui trouve enfin la force de la féliciter quand le monde aussi l’a cassée pour de bon. Je regrette seulement quelques manières laides parmi la série d’effets brisant le quatrième mur et/ou simulant le reportage – notamment cette intro qui a failli me faire fuir. Recommandé à ceux qui ont apprécié Dallas Buyers Club pour l’immersion réaliste bien que toujours sensationnelle chez les rednecks. (74)

Upgrade *** (Australie 2018) : Ne m’évoque pas tant Black Mirror que la SF américaine des années 1990 (comme Stranger Days ou plusieurs rôles fracassants de Schwarzenegger). Aussi un cousin pas du tout intimiste de Realive. Bon film d’action, avec quelques détails flottants dans le scénario justifiés in extremis. A des chances de rejoindre le club des films du genre qu’on retiendra de la décennie, avec Looper et Ex Machina, mais plane clairement moins haut. (68)

L’autre côté de l’espoir * (Finlande 2017) : Le cinéma placide, léger et lourdement engagé, d’aspiration poétique, de Kaurismaki. Il ne semble jamais assumer sa tentation du burlesque mutique, reste lunaire. Tout en silence et personnages flegmatiques. Plus vieillot et délavé que d’habitude, ce qui commence à placer haut le curseur. Les autorités finlandaises sont froides et prudentes ou indifférentes – elles n’ont pas la méchanceté compulsive des françaises dans Le Havre. Les seuls méchants agissant ouvertement comme tels sont les videurs ou skinheads, à la présence marginale. Plusieurs bizarreries d’enfant-citoyen curieux du monde, comme le troupeau d’asiatiques lors de la conversion ‘sushi’ du restaurant (car c’est présumé à la mode, donc pas à cause d’une forte présence ethnique). Je le range dans le dernier tiers du réalisateur ; c’est peut-être l’opus le plus lent et soporifique, heureusement plus tonique à partir de l’embauche (donc pour à peine quarante minutes). (28)

La ballade de Buster Scruggs ** (USA 2018) : Démarrage à l’enthousiasme contagieux. Finalement plus de gueule et de compétences que d’histoires à raconter. Notes des six segments : 7, 6.5, 6.5, 6.5, 7, 5.5. (66)

L’homme au pistolet d’or *** (UK 1974) : Dernier des quatre signés Hamilton ; son premier, Goldfinger, est mon James Bond préféré à ce jour (devant les deux premiers et Sa Majesté). Celui-ci (où je découvre Roger Moore) le rejoint quasiment grâce à tous ses atouts criards ou exotiques et ses nombreux aspects pittoresques. À force de flirter avec la gaudriole et le nanar de luxe le film touche aussi ses limites – les scènes de bagarre avec les chinois sont trop longues. Déconseillé aux femmes. (58)

L’impossible monsieur Bébé ** (USA 1938) : Loin de m’avoir ennuyé comme La dame du vendredi. Bien que certains de ses élans restent désuets, infantiles et surfaits (Hepburn jouant la fille de la rue à la fin), c’est à peine gênant. (58)

Les galettes de Pont-Aven *** (France 1975) : Un road-movie franchouille et un sinon le film emblématique avec Marielle en macho volage. Excessif et ridicule mais pas nécessairement irréaliste. (68)

L’innocent *** (Italie 1976) : J’ai été peu réceptif à ce dernier film, sorte de résumé tragique et régressif de l’œuvre de Visconti. La nostalgie s’y fait amère, se démystifie, comme la et les valeurs du monde aristocratique dont vient le réalisateur. Acteurs excellents bien qu’ils aient offert le principal angle d’attaque des critiques à l’époque et malgré leur provenance ‘populeuse’. (58)

Vilaine * (France 2008) : Une gentille comédie pas spontanée et totalement rabougrie dans sa seconde partie. Marilou Berri et deux des trois fées sont correctes, le reste du casting à la ramasse ou enfermé dans d’inévitables surjeux. (34)

Hamlet *** (Allemagne 1921) : Adaptation pour le moins ‘libre’ car Hamlet est une femme et les personnages sont et agissent différemment, peuvent être plus engagés ou malveillants. Relativement facile à voir aujourd’hui. Les interprétations ne sont pas loufoques ou exagérément expressives bien que nous soyons encore dans le muet. La performance d’Asta Nielsen (actrice suédoise célèbre à l’époque) vaut mieux que le scénario, léger mais pas fin. Les adeptes du trouble dans le genre pourront y trouver une belle ambition. La séance est censée durer 2h11 mais les copies visibles semblent toujours amputée de 20 minutes. En introduction, un texte récapitulant les points de vue de grands penseurs et auteurs sur la pièce et le personnage crées par Shakespeare. (66)

3h10 pour Yuma *** (USA 1957) : Western atypique puisqu’on y trouve du positif et des libertés inimaginables chez John Wayne (sur les relations hommes-femmes, entre le camp des gentils et des hors-la-loi). Un ‘héros’ simple et en difficulté subjugué par un chef de gang de passage (Glenn Ford, le poison dans Gilda) – trop roublard et en même temps trop offrant. Mise en scène très soignée, peu d’artifices. Seconde adaptation (connue) d’Elmore Leonard, qui signera plus tard directement le scénario de Joe Kidd et a donné les bases de Jackie Brown et Hors d’atteinte. (68)

Un pont trop loin *** (USA 1977) : Film à gros budget et énorme casting (De Niro et Steve McQueen ont refusé un rôle – et Aldrich la réalisation). Porte à l’écran l’opération ‘Market Garden’, une offensive britannique (aux Pays-Bas en septembre 1944) qui s’est soldée par un échec face au Reich. Au lancement des opérations montre doucement le cynisme des généraux ; vers 1h35 une séquence où le sergent Dohun [James Caan] menace un médecin en pleine bataille pour examiner un capitaine apparemment mort qu’il vient de ramener d’une zone où le camp Allié s’est fait atomiser. Grosse ampleur et mise en scène moins inspirée pour les espaces confinés ou intérieurs. Un peu long avec ses 2h50. Plusieurs éléments du casting sont finalement peu exploités et je ne comprend pas pourquoi Redford a décroché plus d’un million pour de telles apparitions éclairs et non décisives. L’ensemble est plus proche de Dunkerque que ne l’est Week-end à Zudycoote. (66)

Wolfskinder / Les enfants-loups ** (Allemagne 2014) : Synopsis, démarrage et contexte prometteurs. Un peu mou quand même ; peut-être trop fixé sur la fratrie et ses retrouvailles ; peut-être que je n’étais pas le public idéal. Le titre n’est pas une référence poétique mais la citation directe d’un sinistre phénomène à l’est de la Prusse-Orientale. (56)

Films apparentés : Les Évadés/Téchiné, Le bois lacté, Le mur invisible.

Aileen : life and death of a serial killer *** (USA 2003) : Documentaire sur celle dont la vie et l’œuvre servent de base au film Monster. Broomfield est assez complaisant envers cette multi-damnée fascinante – repoussante et pathétique. Loin d’être exhaustif mais aussi significatif que possible dans la poignée d’entrevues et de vidéos qu’il nous rapporte. Par sa face Aileen a parfois des côtés Dumberette, mais elle tient une couche mystique comme en atteste cette fascinante prémonition : l’Irak envahissant les USA en l’an 2019 – dommage ! (68)

La bataille d’Angleterre *** (UK 1969) : Vaut surtout pour son esprit et pour les scènes d’action (aviation). Plus court et ‘lié’ qu’Un pont trop loin, mais c’est aussi la vertu d’un scénario plus humble. Excellente bande originale. (68)

Gloria ** (USA 1980) : Une réalisation plus conventionnelle de la part de Cassavetes. La vraisemblance n’est pas la priorité, de même que la richesse et la bonne tenue du scénario ; si les mafieux laissent à ce point filer Gloria tout en sachant la localiser, c’est qu’il faut servir la volonté du film de bâtir une femme forte (entre autres messages explicites – le machisme inculqué à l’enfant mâle étant pas mal surligné aussi). Les quelques faux raccords ou étrangetés s’amalgament avec cet ‘oubli’ des réalités. Séance agréable dans tous les cas. Les décors et les deux protagonistes sont joliment filmés. (58)

Autres films de Cassavetes : Shadows, Faces, Minnie et Moskowitz, Meurtre d’un bookmaker chinois, Une femme sous influence, Opening Nights.

Pauvres millionnaires * (Italie 1959) : Comédie parfois burlesque de mongolos bien éduqués ou d’humbles de bonne foi, aux âmes guillerettes et puériles, aux préoccupations triviales – puis sentimentales. Avant cette évolution, le truc de l’amnésie ne donne lieu qu’à des situations criardes et paresseuses. Certains gags sont d’une nullité qui donne envie de mourir passé sept ans. Les personnages sont trop gentillets et insipides, le scénario et les agissements de même, la mise en scène est pour le moins minimaliste et souvent relève du théâtre ‘effervescent’ et certains acteurs, notamment masculins, jouent les retardés modérés d’une manière plus convaincante que dans Dumb et Dumber (Salvatore a un air de crétin bien au-delà du nécessaire et du raisonnable). Impossible de s’y intéresser, sauf si on est client du genre, si on a une connexion spéciale (une nostalgie ou une culture adaptée). Heureusement il y a la musique – de quoi entrer un peu dans l’ambiance – par un orteil peut-être. Et surtout le dernier tiers, avec le réengagement du couple, devient regardable ! La sortie du délire, avec la résolution indigne de la pire parodie hypothétique de Mars Attacks ou d’un épisode de Bean, dope aussi l’attention : bien sûr il ne servait à rien de se réveiller car pour se tirer d’un tel niveau de niaiserie on replonge simplement dans la logorrhée insignifiante et les farces de cour de récré. Je commence aussi mal la filmo de Dino Risi que j’avais entamé celle de Kaurismaki (avec Le Havre). (24)

In Dreams / Prémonitions *** (USA 1999) : J’ai apprécié le plan et son exécution ; le scénario n’est pas épais mais il est juste. Bande-son excellente. Décors/photos : un style particulier et d’époque, dont je suis client. Les délires des vingt dernières minutes et surtout leur géniteur peuvent laisser dubitatif : il ne faut pas être allergique au grotesque. Christian Rea pas à son meilleur, desservi par son personnage superficiel en plus d’avoir le ‘mauvais rôle’. (68ou72) schizophrénie, maternité,

Films apparentés : Le témoin du mal, Dogville, Le silence des agneaux, Jigsaw, Chucky, Blue Velvet.

Meurtres sous contrôle ** (USA 1976) : Original en mode nanar ambitieux, convaincu par son cahier des charges mais sans foi authentique. À la fois saoulant (presque ennuyant quand démarre l’enquête) et valant le coup-d’œil pour sa bizarrerie et son culot. Le contexte de production manifestement légèrement cheap n’empêche pas une bonne mise en scène – moins pour les scènes de rue et en admettant de courts passages plus confus (l’escalier dans la pénombre, illisible). Très inégal au niveau des interprètes ; petit côté cronenbergien à la fin ; musique perce-tympans. (58)

Films apparentés : Visiteurs extraterrestres, Panics, Tarentula.

Bellissima * (Italie 1951) : Troisième fiction de Visconti qui par ses gueules, ses sujets et ses manières ressemble à d’autres de cette époque (celle du néoréalisme et du développement des affinités avec les américains) et peu à Rocco (sans parler du Guépard et de l’après). Les postures sont respectables mais la séance est imbuvable, à cause de cette femme qui n’en finit pas de brailler – l’environnement a pu l’y prédisposer mais elle est facilement la championne. Tous les autres personnages, même récurrents ou hystériques, restent à l’état de figurants. (42)

Gambit / Un hold-up extraordinaire ** (USA 1966) : On a d’abord droit à vingt minutes où tout est fluide et élégant, la fille mutique et appliquée (d’une inertie presque surnaturelle) ; à la fin, quand vient le moment de lui remettre les 5.000 et alors qu’elle passe à côté d’un grand destin, on se dit pour de bon ‘dommage’ : or c’est maintenant que le film commence. Succession d’accroches au lancement du plan, puis tangente dès la rencontre avec Shahbandar. En-dehors de ce trio remarquable et de l’excellent tour du départ, pas grand chose à signaler. A eu son remake avec Cameron Diaz en 2013. (52)

Alibi.com ** (France 2017) : Comédie chargée en gras avec quelques gros morceaux (comme le gode avec belle-maman, la branlette de l’ami de famille). Interprétations parfois médiocres et accumulation d’incohérences ou incongruités, au-delà de la grosse farce nécessairement peu crédible. Quelques passages ringards en musique (en plus l’âge des titres est raccord) – mais cette ringardise pourrait être courante dans le genre, je ne suis pas assez connaisseur. Didier Bourdon (après Madame Irma et son rôle ‘sombre’ dans une fiction télé) s’actualise avec un tel film, Nathalie Baye semble davantage en terre inconnu – la scène de la salle de bains est d’une bassesse dans laquelle elle a rarement dû tremper. Enfin le postulat renvoie à un genre d’idées bête mais excellentes, qu’il va devenir urgent d’aborder, au sérieux comme pour assaisonner nos bouffonneries de masse. (36)

Saint Jack / Jack le magnifique *** (USA 1979) : Un joli film sur la corruption avec une bonne bande-son. Ressemble à du Cassavetes en mieux foutu et surtout plus aimable – peut-être car je me sens moins étranger à Gazzara ici que chez lui. Ne pas s’attendre à beaucoup d’intensité ou d’événements, seulement aux déambulations et petites affaires d’un type sans destin qui a su amortir sa perdition – je suis sceptique concernant le ‘Saint Jack’ car en quoi serait-il déchu ou plus noble qu’un autre ? Signé Bogdanovich, de retour sous le chapeautage du producteur Roger Corman (dans la maison ‘New World Pictures’), après des échecs commerciaux. (64)

Nevada Smith ** (USA 1966) : Un western qui a de la gueule et des interprètes convaincants, son lot de rocambolesque, mais aussi un ton foncièrement enfantin malgré les multiples meurtres. Paresseux pour assurer la crédibilité de ses bons sentiments et de son humanisme pratique ; le soit-disant mixage génétique n’est pas évident contrairement à ce qu’on y prétend (ni le côté jeune premier du protagoniste). Steve MacQueen campe un bon héros pour le public américain, pour bien d’autres et pour celui bercé par l’idéologie de Victor Hugo : pauvre analphabète braquant une banque par nécessité, impliqué dans des rixes, mais bien entendu avec bon cœur donc pas si coupable. Musique niaiseuse à souhait. (52)

Main basse sur la ville ** (Italie 1963) : Cynique et transparent dans sa dénonciation de la pourriture politique et de la pourriture mêlée à la politique. De bonnes illustrations des palabres et petites plaisanteries ou hypocrisies publiques des professionnels du milieu. Le tout sans recourir à la violence physique et aux grosses démonstrations mafieuses ; urbanité oblige. Les notables et même les religieux sont là pour aseptiser et valider le ‘projet’ devant les yeux de la foule. Malheureusement c’est bavard et à l’occasion lourdement démonstratif ou pédagogique sans avoir beaucoup à présenter – ne serait-ce qu’en anecdotes. Et ça croit en la gauche ou du moins en l’authenticité de son champion et de son discours au Parlement (comme dans Le président avec Gabin pour les populistes-réacs), quand chez les autres un type est prêt à compromettre son fils pour se sauver. Quoiqu’il en soit la gauche est exclue de l’accord de ce panier de crabes-ci où s’associent droite et centre [ces trois termes sont ceux des sous-titres]. (62)

Alexandre le bienheureux ** (France 1968) : Une comédie bucolique simplette avec un humour redondant, comme l’ensemble des réalisations dans son registre ; mais pas spécialement criant sur ce terrain et contient un lot décent de petits conflits. Plusieurs allusions graveleuses.

Ce n’est pas tant l’attitude d’Alexandre que la vie rurale qui paraît ‘facile’ et simple. Sa paresse exagérée fait partie des éléments dignes d’une fable ou une BD. Sa préférence constante pour une existence amorphe ressemble bien à un gâchis : il est fort physiquement, il a des terres, du matériel et un savoir-faire à portée de mains – et sans autres obstacles que la volonté. La résistance passive-agressive (à son maximum quand il suit bêtement les consignes de sa femme pour noyer l’outil de travail) se comprendrait mieux pour un salarié abruti, dépossédé et/ou limité, dans un cadre plus moisi, urbain, hiérarchique, complexe ou bureaucratique.

Cette façon d’être a tout de même une valeur – petite : celle qu’on peut accorder à un anarchisme/hédonisme doux et spontanément mis en œuvre. Sans être un activiste ou un convaincu, ce bienheureux est insoumis et anticonformiste. Il ne se laisse pas bouffer par l’environnement, sa morale, ses institutions ; l’embourgeoisement et le mariage s’avèrent une menace et comme d’habitude il sait y échapper. Tout ça ne se produirait pas si notre oisif n’était pas un propriétaire paysan – en train de probablement laisser pourrir son héritage, mais le film s’arrête bien avant que la situation soit critique ou compromettante pour lui. Ses démonstrations de générosité vireront-elles à l’exhaustif ? (56)

Mr.Holmes *** (UK 2015) : Un récit calme et sentimental sur la vieillesse, la douleur de l’attachement, le détachement raisonnable. Adaptation du roman Les abeilles de monsieur Holmes, un meilleur titre ; la mise en scène est classique mais le film pas si dérisoire. Déconseillé tout de même aux allergiques aux téléfilms sur grand-écran. Moins flamboyant que les autres versions certainement, moins lourd aussi sûrement. Sherlock sans son chapeau n’est pas un homme à femmes – il est gentleman bien après son rôle d’intellectuel. Tourné par un réalisateur auquel on a auparavant confié Twilight 3 et 4, Bill Condon. (68)

L’avocat de la terreur ** (F 2007) : Malheureusement c’est un documentaire générique, croulant sous les témoignages, certains de gens peu impliqués ou de journalistes. Il est pédagogique avec ses petites indications colorées ; mais pas très bien conçu, en donnant une part démesurée au dossier Carlos et aux terroristes gauchistes. Ce n’est même pas un portrait (ni une biographie) du clown passablement diabolique. Les spectateurs contemporains aux affaires apprendront peu sinon rien. Ce qui s’est produit chez les Khmers rouges et dans d’autres périodes louches : nous n’en sauront rien, sauf l’avis des autres. Quelques archives laconiques et des démonstrations en louvoiement de toute beauté par l’avocat bouchent les trous. (62)

Rosita ** (USA 1923) : Une comédie romantique dans un contexte historique, avec le roi d’Espagne épris d’une chanteuse de rue. Son petit amant est désargenté mais quand même aristocrate – le politiquement ‘libertaire’ superficiel est possible mais la bluette pour jeune princesse candide sort indemne. Propre et sans grand intérêt, aurait probablement gagné en allant sur le terrain de la fable, où sa mièvrerie aurait pu se répandre sans complexe. À la place on sent plutôt l’origine théâtrale (la source est une pièce française de Frédérick Lemaître). Le personnage de Mary Pickford est gamin, d’une vulgarité bien savonnée pour la rendre aimable au salon. Pour le reste, le casting compte des gueules communes mais flasques ou satisfaites dignes de bouffonneries italiennes des années 1960-80 ; comme les moches et les pauvres n’ont pas l’air trop indignes ou malheureux, la médiocrité des interactions a une saveur ‘moderne’. Le scénario et surtout sa résolution imposent cette même niaiserie égalitaire – il n’y a même pas d’hypocrisie là-dedans. Réalisé par Lubitsch (encore allemand) à son arrivée aux États-Unis. (46)

Much Loved ** (Maroc 2015) : Assez pauvre dès qu’on met de côté le contexte de production et se préoccupe de scénario, mais convaincant notamment grâce aux acteurs. Proche du reportage plutôt que du documentaire ; prend la vie telle qu’elle vient maintenant (pas de passé ou de psychologie) – en fait un catalogue, d’où l’aspect forcé et exhaustif. Je n’aurais pas deviné que le réalisateur est le même que pour Les chevaux de Dieu. Analogue à Divines sans partager sa douce beauferie bling-bling ; vue plus placide de la ‘liberté’ et des im/possibilités. Les gentils et les progressiste voyant en ces filles des ‘femmes fortes’ ont besoin de sortir de l’hypocrisie, du déni ou de la soumission aux femmes/à leur idée des femmes. Ces putes ont probablement une meilleure vie que leurs mères et surtout une vie plus rentable, mais ce n’est pas encore suffisant pour leur tailler un caractère spécialement fort ou indépendant, ni des personnalités de conquérantes ; ce sont des professionnelles dans un domaine embarrassant pour la société. (48)

Madame Sans-Gêne ** (France 1961) : Un brave divertissement ; assez difficile de s’y laisser prendre au départ. Il se traîne de nombreux défauts inhérents à sa légèreté. L’interprète de Lefebvre (Robert Hossein !) ne se foule pas pour jouer ce ‘bon bougre’. Sophia Loren est une ex-prolo au teint parfait : on patauge en pleine caricature de dérive fictionnelle et mieux vaut tolérer l’extravagance, y compris historique. La fille du peuple finira par tutoyer, comme au temps où il n’était pas grand chose, l’empereur Napoléon ; dommage que tout s’arrête alors. Ce film ne vaut peut-être pas grand chose mais il est assez curieux, amusant et racoleur pour surnager. (56)

Christophe Colomb * (UK 1949) : Une vision méchamment biaisée et consciencieusement niaiseuse du cas Colomb. Le film est pompeux avec, pour défendre le projet de Colomb, une pédagogie lourdingue (comme d’habitude) et bas-du-front digne d’un produit destiné aux écoles primaires. Le développement a sa part de réalisme : dans un premier temps, les intérêts, les questions de statut, de placement de soi et de son argent s’opposent à la détermination du navigateur ; plus tard c’est l’équipage sceptique prêt à la mutinerie. Mais ce film ne met l’accent sur des aspects cyniques (et les motivations essentiellement financières à la cour) de l’environnement que pour mieux mythifier son sujet. Le débarquement à San Salvador est un gag involontaire imaginable seulement dans une satire aujourd’hui ; les autochtones viennent se soumettre avec candeur puis se laissent gentiment réformer, diriger et déguiser. C’est la belle harmonie et le multiculturalisme à une voie : du colonialisme pour ravis de la crèche. Le pacifisme catho s’oppose à la logique du commerce ou de la guerre, aux préoccupations triviales et égocentriques des petits (marins) comme des nantis : il est en mouvement pour convertir, donc certainement pour sauver et protéger. Le gros interprète de Francisco de Bobadilla tient tous les mauvais rôles du réac cynique défendant sa bourse et l’ordre établi, d’ignare satisfait et impatient, d’orgueilleux vivant sur de vieilles gloires qui moralement ne devraient pas en être. À la fin, Colomb lésé par les seigneurs, les ‘bureaucrates’ etc, malgré l’amitié de la reine (une noble sentimentale raccord avec son idéalisme) ; vieux et rabougri, il sort en prétendant qu’on se souviendra de lui pendant ces siècles contrairement à ces idiots. Le visionnaire sort de scène, « Fin ». (38)

Téléfilm> Sharknado * (USA 2013) : Le pilier du courant des nanars volontaires avec requins exploités dans toutes les positions. Du cinéma bourré de compétition diffusé sur Syfy puis projeté dans quelques salles à cause d’une demande euphorisée. Ce qui m’a le plus marqué est son sens des proportions aberrants, ainsi que le quasi surplace d’un plan à l’autre lors de fuites. La réactivité régulièrement décalée, les actions incohérentes et les enchaînements aberrants sont légion. Les faux raccords sont constants et on a droit à une avalanche de trucs clichés : le vieux trauma de la fille déjà liée au sujet, les scènes sentimentales et familiales ‘obligées’. Même si je n’en suis pas fan, c’est du lourd et sûrement plus ‘pertinent’ dans son registre que la plupart des concurrents, car cet opus ne suggère pas. Il donne de quoi rire. Ce n’était peut-être pas une raison d’en tirer une si longue saga (avec des suites et déclinaisons). Le requin à cinq têtes est moins débile et moins fourni en bouffonneries mais j’avais autant aimé. (28)

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Autres Mini-critiques : 10, 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MINI-CRITIQUE 10 (2019-1/3)

1 Juil

The Town That Dreaded Sundown *** (USA 2014) : Starship Troopers du slasher. Vire au cartoon déguisé plus clairement à partir du milieu. Mise en scène plutôt raffinée, photo radieuse. Dénouement assez décevant, heureusement la séance est courte. (66)+

Calmos *** (France 1976) : Inventif avec d’excellents dialogues (pas dix secondes sans eux). Les délires sont parfois coupés trop vite alors que d’autres sont sur-développés – la fin est abrupte. 4000e film enregistré sur la base SC (courts inclus). (72)

Fortress ** (USA 1992) : Accrocheur grâce à sa prison et à ses notions dystopiques, sans être futé. Agréable via ses outrances et ses scènes d’action. Nanardeux – une bonne part au début, beaucoup à la fin où la logique s’abîme définitivement. Le jeu tout en puissance de Christophe Lambert n’est pas plus crédible que la moyenne des autres, mais tout ça reste convaincant malgré tout – comme peuvent l’être les armes bien affûtées d’une aventure régressive. Film potable en général et très bon ‘mauvais film sympathique’. (62)

Flight *** (USA 2012) : Très sobre, boosté par une mise en scène tout en profondeur et une photo AAA. Un des meilleurs mais aussi des moins ressemblants de la part de Zemeckis. Franc en général dans ce qu’il présente (d’autres diront ‘racoleur’), pertinent en particulier sur l’alcoolisme, le tout sans jamais s’étendre (se tient aux situations, produit des scènes éloquentes en refoulant les excès manifestes – sauf pour la rechute). La tendance au déni de l’aviateur semble relever aussi de sa psychologie. Les quelques mauvais points possibles passent bien (les façons trop appuyées par Washington, l’issue mielleuse et sa question en suspens, la musique à fond pour souligner le caractère fracassant du dealer par John Goodman). (74)

Clash of the Ninjas / Clash Commando * (Hong-Kong 1970-1986) : Complètement débile, la VF transforme l’essai pour emmener au bout de la bêtise et souligner l’invraisemblable. Très agréable et divertissant pour un nanar, bien que les développements soient lents et 82 minutes encore bien long. Musiques plutôt bonnes ! Bien supérieur à Hitman the cobra, attribué au même réalisateur (Godfrey Ho) et pas drôle. (28)

Le Témoin du Mal *** (USA 1998) : Deuxième film signé Gregory Hoblit, après Peur primale et avant Fréquence interdite. Thriller à base d’occulte et de fantastique (démon Azazel). Effets visuels convaincants pour illustrer le ‘cas’ analogue à Shocker (sa vue subjective comme les scènes de passages, notamment où il confronte le flic – inculte sur les bords). Progresse assez peu et lentement sur deux heures, même en enchaînant les paliers. Bons personnages autour de Denzel Washington, même si ce n’est pas l’endroit pour les développer. Malheureusement peu de raisons sont développées concernant les relations entre personnages, y compris celle entre les deux principaux (pourquoi l’a-t-il choisi, pourquoi s’amuser spécialement avec lui quand le monde est si vaste ? – mais ça pourra toujours se défendre bien qu’il y ait un ‘vide’). Voix-off un peu niaise où les limites bonhommes du protagoniste se font doucement sentir (et pas la violence de son alter-ego). Tourné principalement à Philadelphie. Scénarisé par Nicholas Kazan, fils d’Elia. Aurait pu être meilleur avec plus de déterminations, à moins qu’il englue sa partition de réponses bêtes et/ou frustrantes. L’ambiance est travaillée presque à la perfection, sans recourir à des démonstrations de violence. (68)

Sayonara ** (USA 1957) : Cosmopolitisme kawai. Longueur déraisonnable mais visuellement plein d’arguments et pas trop ennuyeux dans son récit (ou le moins possible). Quand même trop mielleux pour dépasser franchement la moyenne. Une aberration de casting concernant l’artiste japonais aux traits ‘de chez nous’ (acteur très bon au demeurant, adéquat sur le fond ) – engagé faute de mieux ou placé par conviction ? Dans ce cas nous sommes proches des délires anti-racistes actuels, mais aussi des égarements des films tournés jusque dans ces années où les étrangers (africains ou indiens généralement) étaient incarnés par des américains/anglais grotesquement grimés. (52)

Hardcore Henry *** (Russie 2016) : La vue subjective renvoie au jeu vidéo et invite qui le souhaite à prendre la place d’Henry. Comme dans Half-Life 2, c’est sans coupures. Le protagoniste se réveille amnésique et semi-cyborg, reste mutique – effet FPS optimal. C’est vulgaire mais efficace et ça reste original de la part du cinéma – la tournure est souvent excentrique, sans tomber dans le nanar (mais elle affaiblit la partition lors de la rencontre avec l’handicapé). Au final – un excellent film d’action avec de belles manières gores. (68)

Apollo 13 ** (USA 1995) : Parfaitement prévisible (sans parler de l’histoire qui l’est nécessairement). Une certaine force émotionnelle dans des proportions très raisonnables. N’avance à rien le curieux, diverti mollement – mais offre une représentation parmi ce que le cinéma peut concéder de plus réaliste (recours à beaucoup de dialogues et de surchauffes indirectes pour compenser le manque de ‘spectaculaire’ franc). Les personnages sont comme le reste, bien aimables, vus de loin, garnis de détails inutiles sans être criards ni obscènes dans leur futilité. Finalement Mission to Mars par DePalma (2000) était intéressant. (48)

Les garçons sauvages ** (France 2018) : Toutes ces citations, cette façon de transgresser, ce formalisme à tout prix, sont lassants ; même il y a dix ou vingt ans ce film aurait été surfait et saoulant. Il aurait mieux valu aller bien à fond dès le départ et non dans les vingt dernières minutes ; exploiter davantage le personnage du Capitaine, entre autres occasions lourdes manquées. C’est assez con finalement ; la limpidité ne permet pas d’engranger des points quand on est rendu à ce point. Le parti-pris pour les femmes est d’un grotesque bien triste et opportuniste, heureusement peut-être la cohérence et le sérieux ne sont que des options remises à la charge du spectateur. Pour ma part ce film paraît plus moche que beau, sa grossièreté plus développée que son originalité – qu’il soit aussi orgueilleux et transparent permet de passer plus tranquillement [pas ‘agréablement’] les tunnels. (46)

The Guilty ** (Danemark 2018) : Huis-clos fonctionnel et irrésistiblement creux. Du ‘film radio’ qu’on peut se contenter d’écouter, à quelques variations près. Fonctionne sur son histoire, efficace et bien calibrée même si elle ne fait pas de miracles. C’est plaisant mais finalement à quoi bon ; qu’apporte le film par lui-même ? Les révélations tardives ne permettent pas de remettre grand chose en perspective – sauf pour confirmer combien monsieur s’est trompé de bonne foi et apprécier son rachat final. Un épilogue aurait été intéressant mais broyait tous les efforts de cette mise en place. Il est peut-être curieux que le mec laisse son portable à la fille enfermée à l’arrière. (54)

Assassination Nation * (USA 2018) : voir la critique. (38)

Hidden ** (USA 1987) : Crypto-nanar qui régale les amateurs de films d’action et de SF des années 80. Probablement à raison car les arguments sont là. Le ton est décontracté et le degré n’a même pas besoin d’être premier. Le grotesque et les libertés de l’extraterrestre peuvent plaire, sa parodie minimaliste d’humanité a une efficacité comique proche de celle d’un Bean ou autre bouffon, en moins intense naturellement. La réalisation est globalement d’un bon niveau quoiqu’elle paraisse déséquilibrée (comme les ressources, celles d’une série B mais nullement dépouillée) – le réalisateur, Sholder, est celui de Freddy 2. Je laisse l’adoration aux autres car le manque absolu de sérieux sur le fond en limite l’intérêt ; dans le domaine de la fantaisie gluante, je préfère Prince des ténèbres sorti au même moment. Avec le même ingrédient du parasite unique se transférant d’un corps à l’autre, je préfère de très loin Shocker – mais aussi Le témoin du mal sorti plus tard. (58)

Une pluie sans fin ** (Chine 2018) : Premier long tourné par un chef opérateur. L’atmosphère puissante attend un relais coté écriture. Malgré ses pions sur les terrains social, politique, économique, le film n’avance rien de fort et est restrictif/uniforme dans sa démonstration. Il rend superbement cette ville du Hunan gangrénée par la désolation, grande cage à ciel ouvert de laissés-pour-compte présents ou imminents. Les allers-retours boostent laborieusement un scénario éculé et minimaliste, tenant sur de gros morceaux et des orientations générales jamais creusées (comme cette amourette qui n’aura que de vagues nuances tout au plus, soit crise de larmes puis chute finale). Mais il y a un autre problème, plus flagrant et manifeste d’entrée de jeu : impossible de ne pas penser à certains grands et gros titres (Black Coal, Prisoners), ni relever les clichés du genre. Les références du film policier ‘sombre’ sautent à l’esprit ; nous sommes dans la lignée de Seven pour la décrépitude, de Memories of Murder pour l’ancien monde agonisant tandis que le nouveau n’arrive que péniblement, ou de façon morcelée, quand il arrive (nouveaux moyens d’investigation avec les empreintes digitales). Puis, mais cela pèse surtout à la mise en place, il y a le vieux flic au bord de la retraite, le jeune relativement ambitieux – le ‘relativement’ est important ici (à cause de son rejet déclaré de la corruption, de son aspiration mystérieuse), c’est la seule originalité saillante de ce film lent et sans humour, porté haut par son esthétique toxique, dé-saturée et une photo proche de la perfection. (58)

Jack Frost * (USA 1997) : Je continue avec les âmes criminelles survivant en se téléportant dans un nouveau corps – mais ce n’est pas du niveau de Shocker ou du Témoin du mal et à côté Hidden semblait sérieux. Ce Jack Frost est une bouffonnerie réussie, grâce à la conviction des acteurs (pour des personnages et dialogues souvent grotesques), un scénario rocambolesque et des scènes gratinées (dont celle peut-être trop malsaine du viol par la carotte du bonhomme de neige). Comédie grasse et ‘parodique’ (avec des détails ouvertement non-crédibles, comme les réactions suite à la mort d’un ado et la balle dans le pied). Beaucoup de jeux de mots et vannes verbales (balance trois fois la blague du bonhomme versus la bonne femme des neiges !). Vaut mieux que d’autres nanars à base de créatures (souvent alimentaires) mutantes et violentes, tels L’attaque des tomates géantes, ou extraterrestres comme Critters. DTV, y compris pour son pays d’origine. Une authentique comédie de Noël du même nom est sortie quelques mois après. (42)

L’ouragan vient de Navarone ** (USA 1978) : Suite des Canons de Navarone 17 ans plus tard avec un casting neuf. Bon divertissement, souvent puéril mais pas plus qu’un James Bond. Les quarante minute en moins que son prédécesseur contribuent à lui donner un meilleur rythme. Fin bien vaine qui tend la perche à une seconde suite, inconnue au bataillon. (56)

Conte d’été ** (France 1996) : Second Rohmer vu, après L’amour l’après-midi (1972) et son court dans Paris vu par (1965). Un film et des héros tout en bavardages et en écriture. Bizarrement réaliste pour un produit tellement littéraire, si penaud dans le montage. Poupaud, au début en sensible jouant les nonchalants et les amoureux du hasard, est effroyablement baladé par trois filles. Une pathétique victime – mais sa faiblesse lors des misérables perches accordées le rend coupable. De telles pseudo-princesses ne mériteraient pas quelques secondes d’attention ; mais comme le mec, elles ont fini par croire à leurs formules. Les personnages sont bien fouillés, en contrastes (pas de ‘contradictions’ magiques de scénariste) ; Pauline à la plage n’a pas cette subtilité ni cette cohérence. (56)

Pauline à la plage * (France 1983) : Poursuite de la soirée Rohmer sur Arte. Sans doute pas si inférieur à Conte d’été mais moins crédible et accrocheur. Pauline est clairement la plus estimable, adoubée entièrement par l’auteur, mais tout ce qui tournait autour de son cas m’est passé au-dessus. Arielle Dombasle campe le personnage de loin le plus sympathique. La drôlerie un peu malencontreuse du film passe notamment par ses dialogues et ses braves prescriptions – surtout celles qu’elle adresse à Pierre, dont l’attitude m’a semblé vaguement absurde (même si l’acteur est bon). Sauf que l’ensemble des confrontations et conclusions entre personnages sentent l’absurde aussi. Ce n’est pas désagréable pour une télénovela crypto-bourgeoise, mais la couche d’intellect sucrée ne fait que distinguer la chose, pas la rehausser (comme elle apporte son lot de demi-aberrations et sape les bons mais ‘gras’ arguments). (38)

Bleu d’enfer ** (USA 2006) : Bon divertissement ‘low-IQ’ non-démoulé de façon débile, comme certains Fast & Furious où Paul Walker s’est également illustré. Le scénario n’est pas mirobolant mais exploite habilement les tensions entre personnages et nos attentes à leurs égards. À un niveau parfaitement cru le quatuor est avidement exploité (avec éthique et respect bien entendu), sans obscénités à l’exception d’un POV arrière sur Ashley Scott. Naturellement (légitimement) Scott Caan est moins exposé et Jessica Alba l’est le mieux. Beaucoup de plans sous l’eau, élevant à un honnête niveau une réalisation pleine de bon sens. Les requins sont secondaires dans cette affaire mais on en voit déjà plus que dans The Meg, centré sur eux – mince alors. (58)

Ce film m’a donné l’idée d’ouvrir cette liste : « Low-IQ but good« .

Les pirates de la côte ** (Italie 1960) : Bon démarrage malgré des légèretés, puis le manque de personnalité et de suspense du film le rend gentiment insipide. Les deux méchants rehaussent un peu l’intérêt, le brave de la bande est aussi grave qu’évanescent, les femmes font de la figuration mais certaines apportent un supplément de vie. Pour les amateurs de pirates et de Cinémascope. (48)

Chantage/Blackmail ** (UK 1929) : Débuts d’Hitchcock. Un des premiers films anglais parlants, où la parole est encore décalée et partielle (les scènes parlantes seraient retournées ; pas de postsynchronisation puisqu’elle arrive trois ans après). Pas grand intérêt sinon ; d’une mollesse effarante avant l’événement crucial, personnages et scénario simplistes. Heureusement il reste l’expressivité du muet. (52)

Bon Cop Bad Cop ** (Canada 2006) : Un des plus gros succès du cinéma québecois, mais pas exporté comme ceux de Dolan. Reflète les buddy-movie états-uniens une décennie après les Arme fatale. Deux caractères bien tranchés : Chouard bruyant et négligent, méthodes brutales, possessif avec famille, ego à fleur de peau ; Martin propre sur lui, sûr de sa personne et de son discours mais facilement dépassé par l’exubérance de son collègue ou des rencontres. Primaire et passe-partout, plutôt efficace. (54)

Murder ! ** (UK 1930) : Débuts d’Hitchcock et du parlant ; souvent théâtral et simplet. Il faut passer de nombreux flottements pour arriver à une poignée de séquences notables, pour leur technique ou leur démonstration (comme celle du monologue intérieur incarné par Marshall, ou le long dénouement avec le trapéziste – lui-même débouchant sur des explications maladroites). Lors de la délibération des jurés : débats lourdauds, accessibles aux petites classes d’enfant, comme l’ensemble des suggestions de la mise en scène à l’égard des caractères et des petites choses se jouant au second plan. Une ironie tout aussi appuyée revient constamment ensuite mais les mots ne viennent pas la rabaisser – les arrêts le peuvent. (58)

First Man, le premier homme sur la Lune ** (USA 2018) : Focus sur les tests, le bricolage et les mauvais expériences, puis fermeture immédiate après l’alunissage. Survole les aspects politiques – Gosling et le projet planent ailleurs. Sobre, flirte avec le point de vue de Neil/Gosling dès que la mission l’emporte. Apparences ‘anti-spectaculaire’ et sans ‘héroïsme’ ; en fait spectaculaire de basse intensité et intimiste, avec héros mutique et détaché (passerait pour renfermé voire apathique aux yeux des affectifs). Même chose pour la bande-son : pas de grosse artillerie, une emphase sur les ambiances pures dans les vaisseaux. Repose beaucoup sur la face personnelle d’Armstrong (qui ne se livre jamais sur ses états d’âme), en sachant être synthétique mais en épuisant le filon des joies niaises familiales. La caméra pousse à la gerbe lors de scènes sur Terre les plus spontanées ou turbulentes. Un peu meilleur qu’Apollo 13 (et Seul sur Mars). (54)

Air Force One ** (USA 1997) : De la grosse ouvrage apparemment au service d’une Amérique la main sur le cœur. On y retrouve le discours interventionniste pour des motifs humanitaires – de nobles sentiments et une forte conscience du malheur des autres auraient soudain gagné [le président] après la visite d’un camp de victimes d’une guerre dans l’ex-URSS. Les gens, tous bien entendu très brillants, vomissant ce film pour son patriotisme et la puissance grotesque du président des USA, négligent ce point ! Si les USA se posent en gendarme du monde, il ne se joue pas qu’une fierté et propagande niaiseuse auto-centrée. Ces spectateurs seraient-ils trop pressés de cracher sur Air Force One ? De coller une étiquette ? C’est triste d’oublier d’aller au bout de sa haine et de son mépris – ou de sa conscience politique aiguisée. Peut-être que les missionnaires moins ‘prosaïques’ ou WASP à l’ancienne ont intérêt à maintenir l’illusion d’une séparation.

Quoiqu’il en soit, Air Force One n’est pas plus con qu’un autre ; c’est un film d’action et suspense décent sinon plus. Mais plus traditionnel (ou prudent) que visionnaire dans son approche : il était déjà anachronique avec ses adversaires russes. Ses ressorts sont éculés : typique du genre, on laisse la parole à l’adversaire mais sa charge flotte en l’air ; grande fraternité similaire à celle des films-catastrophes mais le patriotisme en plus ; aspect ‘choral’ avec large panel d’inclus dans la mission.

Le réalisateur est un des plus fameux assignés aux ‘divertissements’ de masse alors en exercice, Wolfgang Petersen (Troie, L’Histoire sans fin). Trois ans avant, il tournait Dans la ligne de mire avec Eastwood en agent de sécurité du président. (48)

Le Grand McLintock ** (USA 1963) : Western tirant vers la comédie, avec des indiens appréciés par le patron et un vieux couple dépareillé (John Wayne dans son rôle habituel et Maureen O’Hara en précieuse aigrie à la garde-robe luxueuse). Bien brave mais trop long et pratique deux fessées suspectes. (48)

Rich and Strange / À l’est de Shanghai ** (UK 1931) : Se veut fracassant et se montre décousu, elliptique en excès. Tandem interpellant mais pas nécessairement ‘crédible’. (52)

Le merdier/ Go tell the Spartans ** (USA 1974) : Bidasserie amère, molle et laborieuse. Cynique et même sombre, dénigre les participants américains et laisse dire plusieurs fois qu’il s’agit de ‘leur guerre’ [plutôt que de ‘la nôtre’, américains]. Soldats ‘touristes’ et orgueil mal placé (la France est raillée pour son échec local alors qu’eux aussi sont en train de s’embourber). Quelques bons mots mais tout ça a été mieux soutenu avant (Croix de fer, chez Peckinpah) – et bien sûr il y aura Full Metal Jacket 13 ans après. (42)

Tous au Larzac *** (France 2011) : Un documentaire sur la communauté de l’arche, où on évoque le souvenir de Lanza dal Vasto, des images de Guy Tarlier (apparemment un orateur qui ferait du bien à la gauche d’aujourd’hui – avec son style gaulois). Succession de témoignages et tourné sur les lieux des événements, avec quelques archives et en retraçant la décennie passée, jusqu’à l’avènement de Mitterrand. (72)

Trois couleurs : Bleu *** (Pologne 1993) : Sur le deuil, option sobre et éthérée, avec dépouillement et solitude obstinés. Suit La double vie de Véronique dans la carrière de Kievloswski et ouvre la trilogie des couleurs [du drapeau français]. (68)

Zoltan le chien de Dracula * (USA 1978) : Des scènes correctes avec le chien ou avec ses maîtres, bien que ça reste nanardesque (et les yeux jaunes sont un effet intenable quarante ans après – déjà que rien n’était ‘crédible’). Rénove absurdement le vampire, l’absence de sang et les rayons du soleil ne sont plus un problème pour celui-ci. S’attarde dans beaucoup de scènes superflues, mais pas désagréables, surtout les crypto-hippies. Majorité des dialogues triviaux et surfaits. Les attaques du trio de chien pendant les vingt minutes finales sont insipides. Cujo et Dressé pour tuer ne sont pas meilleurs. Réalisé par le futur producteur de plusieurs Stuart Gordon, comme From Beyond ou Castle Freak. (38)

Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne *** (USA 2011) : Malgré ses multiples ‘fautes’ depuis une vingtaine d’années, voire depuis toujours, Spielberg mérite sa réputation. C’est un entertainer génial. Ce n’est pas du Tintin puriste, notamment à cause de scènes d’action bigger than life ; c’est une version Indiana Jones. Évidemment le film n’en dit que malgré lui sur les affaires du monde, ce qui n’est pas plus mal (les films politisés sous la main de Spielberg sont déplorables – Lincoln, Pentagon Papers) mais creuse encore le fossé avec Hergé. Les personnages et leurs caractères sont respectés, Tournesol gardé pour un éventuel ‘plus tard’ (malgré les libertés et recoupages dans le scénario, l’essentiel n’est pas violé). Perd en pertinence à partir de la Castafiore, au profit d’une fuite en avant et de scènes plus rocambolesques (comme celle de la poursuite). (68)

Conte de printemps ** (France 1990) : Premier des quatre Conte de Rohmer. De la jacasserie pleine de grands mots précieux au service d’une intrigue lénifiante. Tout ce que le film a d’aimable repose sur l’invitée. (44)

Overlord *** (USA 2018) : Des arguments de nanar de la nazisploitation dans une production JJ Abrams, pour un mélange des genres réussi (contrairement à Cowboys & Envahisseurs par exemple, quoique son ratage ne venait pas tant de la tambouille que de son incapacité à décoller). Généreux et immersif – décors excellents, laboratoire à la hauteur des attentes. Carnassier, très violent. Scénario sans surprise, d’où un dernier acte légèrement plombant (et des méchants caricaturaux). Une once d’humour qui pourrait ne pas en être (surtout en intro avec la cohorte éructante dans son avion). Un anti-Sans un bruit au niveau des sorties ‘horreur/épouvante’ 2018. (68)

Juste avant la nuit * (France 1971) : Un opus où le cinéma de Chabrol s’entretient plutôt qu’il ne se poursuit. La femme infidèle et Le boucher sont largement préférables. La progression, comme les ingrédients, sont bien entendus entièrement convenus, la mise en scène est lourde et les allusions très grossières. La séance s’écoule lentement. Les décors et la musique meublent joliment. Les interprétations sont assez déroutantes – ce n’est pas du Rohmer mais c’est pire. Même Stéphane Audran passe ou ‘sous-joue’ d’une façon qui pourrait éventuellement avoir des bénéfices dans une comédie, ou un film noir particulièrement dédaigneux envers le genre humain. Certains détails épicent un peu la séance, comme ce court instant où Audran traite son mari à terre comme un chien ou un esclave (mais lui n’est pas d’humeur à jouer !) – dommage que ces poussées folkloriques restent stériles. Un collègue publicitaire de Mr Masson ressemble à Austin Powers. (42)

Lock Out ** (USA 2012) : Le début est bien gras et la signature Europacorp est bien là. Tout se met très vite en route. On a droit à une séance musclée et efficace, qui pourrait plaire à des joueurs de FPS dans l’espace et des amateurs non ‘gardiens’ de Fortress ou New York 1997. Bon lot d’occasions de se marrer (jusqu’au laïus ultime de Lennie James), en revanche l’humour délibéré de Guy Pearce est gentiment misérable (les typiques petites répliques de mec détaché et second degré). (58)

Smoke *** (USA 1995) : Portraits de personnages traversant le champ – ils ‘vivent’ en-dehors du temps présent et enregistré, c’est la grande force de Smoke. L’ouverture du scénario et du développement finissent par légèrement compromettre le film, surtout que certaines actions sont désolantes et laissent dans l’expectative aux pires moments (la dernière scène de révélation avec Forest Whitaker). (66)

Total Recall : Mémoires programmées ** (USA 2012) : Total Recall recyclé en film d’action/SF AAA routinier, à l’ombre de Time Out. Pas déshonorant dans l’absolu mais le comparer à l’original resterait une hérésie ; et s’il faut trancher avec Lock Out, celui-ci perd. On s’enfonce dans la glue avec les passages de Cranston, méchant de médiocre calibre. (44)

Burning *** (Corée du Sud 2018) : Film sentimental prudent et vicieux sous une forme de thriller. Les natures et motivations des deux acolytes restent essentiellement mystérieuses. Ben (Steven Yeun de Walking Dead) est un manipulateur tendre, indulgent, presque un grand frère cajolant (au point où sa froideur le lui permet), méprisant sans hargne ses deux petits trophées. (68)

Sur la piste des Mohawks ** (USA 1939) : Sur la vie des colons/pionniers américains, au XVIIIe. Joyeux et complaisant. (58)

Selma ** (USA 2015) : En entrée juste avant l’explosion : « Ensemble nous allons détruire l’illusion de la suprématie pour rétablir la vérité de l’égalité » (approximatif au niveau des liaisons). De quoi poser l’ambiance et faire péter le pop’corn ; effectivement c’est une belle propagande mais propre et aveugle plutôt que niaise et sentencieuse. Standard, absolument lisse, avec une pointe d’exaltation et une direction artistique irréprochable (ce qui ne signifie pas beau ou interpellant). Plus vivant que Lincoln de Spielberg. (46)

Utu ** (Nouvelle-Zélande 1983) : Sorte de western avec une insurrection maori contre les blancs en Nouvelle-Zélande vers 1870 (protectorat britannique). Te Wheke est inspiré de Te Kooti dont il romantise la prestation, notamment avec cette triste fin (Kooti est mort 25 ans après le massacre de la Poverty Bay – 1868). Assez bordélique avec un récit avançant par à-coups laborieux, où chaque pan d’histoire est peu nourri, sans cesse reconfirmé ou à la limite de rétrograder (l’espèce d’amourette). Beau par sa photo comme ses paysages – l’image a probablement été ‘redynamisée’ pour sa ressortie de 2017. Signé Geoff Murphy, réalisateur du Dernier survivant (pendant les 1990s il officiera dans le cinéma d’action mal coté, puis disparaîtra). (54)

La couleur des sentiments *** (USA 2011) : Bons sentiments. Ne cherche pas à choquer, ni à montrer le pire et les violences physiques ou les exactions du KKK, ce qui le rendra insipide pour de nombreux regards. Ségrégation au sens large : femme célibataire, ‘rebelle’ ; paysanne, servante ; les épouses, la mère ; les accommodements. Mielleux et pas manichéen – a conscience de ce manichéisme qu’il tâche de repousser, dans la fiction comme dans sa vision ; prend en considération le poids des aliénations, valeurs, nécessités. Rappelle un peu Beignets de tomates vertes au début – comme lui 100% féminin ou pas loin. (68)

Spider-Man : New Generation / Spider-Man : Into the Spider-verse ** (USA 2018) : Réforme la mythologie Spider-Man (en démultipliant le super-héros) et la revisite (les antagonistes et références fameuses sont recasées, sans trop de pose nostalgique, de façon bien fluide). Assez convaincu au départ, y compris pour son humour si contemporain (et ses personnages secondaires prétentieux). J’ai décroché dès l’arrivée du Parker ressuscité, puis la réunion de la team est désespérante. Le second degré et l’éternelle pseudo-distanciation deviennent lourdingues. Les recours aux autres dimensions, les raccommodages en tous genres, ont le don de me lasser ; dans ces conditions il n’y a plus que des options égales et rien de profond à raconter. À partir de l’entrée du Rôdeur l’action et la pression s’intensifient, mais ce n’est que du recyclage ou des banalités marvelliennes (sans déplaisir j’attendais la fin). (48)

Gilda *** (USA 1946) : Connu pour le fétichisme autour de l’actrice suite à ce rôle – mais il était déjà bien entamé, notamment grâce à ses posters dans les casernes distribués par le producteur Harry Cohn. Séduisant et sophistiqué, mais bancal passé une heure : les personnages s’avèrent faibles, spécialement Bernard dont les motivations restent évanescentes ; hasards et combinaisons bien légères dans le scénario, les rencontres. Ambiance de parano, méfiance et surveillance entre individus ; on discute et maîtrise les choses plus qu’on les vit ou en jouit – Gilda y compris. (66)

John Wick ** (USA 2014) : Theon Greyjoy reprend du service – un éternel malfrat-boulet remis à sa place par les plus gros prédateurs qu’il n’a pas su discerner. Film d’action et de vengeance un peu grotesque, un peu long, qui ‘fait le job’. (56)

Sauvage ** (France 2018) : Typique d’un cinéma voyeuriste sous couvert empathique et ‘social’ pour qui veut le saisir. Aligne des réalités ou anecdotes grotesques, la plus criarde étant le gode ‘sapin’ bien trop massif enfilé dans le pauvre protagoniste (manifestement masochiste puisqu’il reste accroché à cette vie de merde et s’accommode de vivre et pourrir comme un chien galeux – mais tringlé). Trop mal imité la sodomie du vieux, avec le drap qui dépasse et rend normalement improbable la besogne à moins de saloper le tissu ! J’ai éprouvé de la compassion pour l’handicapé qui lâche 100euros pour voir ses deux clients s’embrasser alors que leur embrassade est poussive. On a aussi l’occasion d’envisager la prostitution comme une vraie profession – notamment lorsqu’un mec accordant des pipes à 5 euros (alors que le tarif officieux est 20 euros) devient une concurrence déloyale à corriger. Enfin on trouve un type au piano amateur de tortures avec un faciès à la Milo Yiannopoulous (le jeune gay de l’alt-right). (46)

Necronos – Tower of Doom ** (Allemagne 2010) : voir la critique. (52)

Le grand bain *** (France 2018) : Katerine, Amalric et le vieux rocker excellents. Le personnage naturellement sarcastique de Marina Fois est étrangement adapté. Le beau-frère est réellement, banalement, infâme. Ouverture affreuse. Quelques minutes et beaucoup de musiques en moins auraient fait le plus grand bien. Perd beaucoup avec le changement d’entraîneuse, la seconde inspirant autre chose que le rire, sauf les deux fois où elle se fait rabrouer. (68)

Dogman ** (Italie 2018) : Malheureusement commun et surtout Pusher écrase tout. Trop d’ellipses et de contemplation. Encore un film où l’interprétation prend le pas sur l’approfondissement des personnages, où les décors sont plus forts et significatifs que les événements. (52)

Les chatouilles *** (France 2018) : voir la critique. (72)

Under the Silver Lake *** (USA 2018) : voir la critique. (64)

I Feel Good ** (France 2018) : Dujardin en wannabee chercheur d’or admiratif des ‘grands patrons’ à la façon d’un larbin commercial ; c’est lui qu’il trompe le mieux. Comme d’habitude la fin est mielleuse en excès mais c’est insignifiant ce coup-ci par rapport à Saint-Amour. (62)

Un peuple et son roi * (France 2018) : voir la critique. (22)

The House that Jack built ** (Danemark 2018) : voir la critique. (54)

Apparitions/ Dragonfly ** (USA 2002) : Cousin spiritualiste de Ghost, d’où sa note faible (méritée) sur SC (comme Noé d’Aronofsky). Énonce quand même de braves bêtises, notamment lors de la rencontre avec la naine religieuse. Réduit Kathy Bates à une simple voisine lesbienne aux scènes et au soutien largement inutiles. On peut avoir l’impression de regarder du Shyamalan à l’eau de rose, voire fast-food, mais pour un réalisateur venu de la comédie bien grasse (Ace Ventura, Menteur menteur et Professeur Foldingue), Shadyac s’en tire brillamment. (52)

A Beautiful Day/ You Were Never Really Here * (USA 2018) : LPT bobo tête caractérisé (Lourd-poseur-tragique + psy des profondeurs). Une mise en scène sophistiquée et un protagoniste magnifié pour un programme éculé (impossible de ne pas penser à Léon et Taxi Driver dès qu’on monte en intensité ou ‘conclue’). Malgré sa grosse allure ce film est dérisoire. Comme dans We need to talk about Kevin il donne une impression redoutable de vacuité. Cette fois la psychologie s’effondre complètement et le spectacle ne devient plus qu ‘exercice de style’. Joaquin Phoenix est plus juteux que jamais commercialement car un hipster, kikoo à barbe ou apparenté pourra immédiatement se projeter sur lui en bad boy ou type sombre et profond. Son trauma d’enfance et tout le reste de sa condition sonnent prodigieusement cliché et cache-misère. Fatalement les plus grandes indications lâchées à la fin n’ont aucune valeur. On nous a envoyé du lourd dans la face, alors ça ne peut pas être totalement insipide, seulement il n’en restera rien. (38)

 

 

MINI-CRITIQUES COURTS 3

29 Mai

L’essentiel de cet article porte sur les Silly Symphonies et sur les premières aventures filmées de Mickey.

Puisqu’il y a déjà des dizaines de courts, ce ne sera pas un Top annuel. J’ajouterais prochainement une liste de toutes les notes attribuées à des Courts/Moyens-métrages (comme je l’ai fait pour les films l’an dernier, sauf qu’il s’agira d’un Classement intégral – puis à partir de 2020 ce sera un Classement pour chaque année).

Aussi : désormais je ne souhaite plus donner une critique spéciale pour chaque film avant 1910 ; j’essaierais de le faire pour ceux du XIXe s’ils ne font pas partie d’une série ou d’une filmographie déjà abordée par ailleurs.

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Silly Symphonies> El terrible toreador ** (USA 1929 – 6min) : Le second Silly Symphony (Disney). La corrida et la viande à table vous sont livrées sans passer par la boucherie. Le taureau escogriffe participe aux danses et sa prestation est assimilée à celle d’un catcheur. Pas de sang mais un peu de violence irréelle et un toréador reprenant la main au dernier moment. Première moitié dans un restaurant. (58)

Silly Symphonies> Egyptian Melodies *** (USA 1931 – 6min) : Réalisé par Wilfred Jackson. Une bestiole tenant de l’araignée s’infiltre à l’intérieur du Sphinx. Les momies (quatre comme le nombre de squelettes dans Danse macabre, le premier Silly) et peintures murales y sont en pleine transe musicale. L’arrivée est réussie techniquement car sait simuler le mouvement [dans les décors]. (64)

Silly Symphonies> Hell’s Bells / Les cloches de l’enfer *** (USA 1929 – 6min) : Toute la galerie démoniaque vient s’afficher, des animaux monstrueux aux créatures demi-humaines et passant par une ‘forme’ (flamme consciente). Quatrième Silly présent au public et premier réalisé par Ub Iwerks. (72)

Silly Symphonies> Night / Une nuit mouvementée *** (USA 1930 – 7min) : Ballet spontané de nombreux animaux passant auprès d’un étang. Préfigure Le vieux moulin. Recycle des grandes compositions du répertoire classique, comme d’autres Silly mais plus à fond. Réalisé par Walt himself. (76)

Mickey Mouse> The Mad Doctor **** (USA 1933 – 6min) : Véritablement horrifique ! Le savant fou ressemble à Méliès, roi des films à ‘trucs’ trente ans avant. Fin décevante, mais il était difficile de sortir intègre d’un tel traquenard. Un passage pendant la seconde minute semble repris de l’entrée dans le tombeau de Egyptian Melodies. (78)

Mickey Mouse> The Karnival Kid *** (USA 1929 – 7min) : Mickey à la fête foraine, avec ses hot dog récalcitrants et ses tentatives de séduire une Minnie en caravane. Avis aux amoureux des vaches (l’intro est pour eux) – ceux des chats seront servis par un duo de chanteurs (des Laurel & Hardy). Démarre en trombe avec la variété de folies, se laisse un peu affadir ensuite à cause de la concentration sur ‘la belle’ – mais Mickey s’y exprime en humain/anglais ! Et ça change des seuls numéros musicaux. (72)

Une saucisse bientôt fessée dans « Karnival Kid »

Mickey Mouse> The Plow Boy/ Mickey laboureur *** (USA 1929 – 6 min) : Avec des animaux très enthousiastes, se moquant allègrement des déboires sentimentaux de Mickey. Clairement mineur mais d’une férocité rare dans le secteur. (68)

Mickey Mouse> The Cactus Kid/ Qui s’y frotte s’y pique *** (USA 1930 – 7min) : Minnie aussi terrible que les cactus ? Avec l’ignoble Pat Hibulaire (qui perd ses dents [son dentier?] comme le taureau d’El terrible toreador) ! Il finit en papier plié comme un démon d’Hell Bell’s. Bon opus façon western (au Mexique), très proche dans sa trame du précédent Gaucho. (66)

Mickey Mouse> Trader Mickey *** (USA 1932 – 7min) : Des plus euphoriques. Avec Pluto en Afrique. Crocos et hippopos en intro. Puis Mickey se sauve d’une tribu de cannibales par la danse ! Pas évident à ressortir aujourd’hui à cause de ces représentations peu valorisantes pour les populations africaines. (66)

Mickey Mouse> The Barn Dance/ Bal de campagne/ Danse fermière ** (USA 1929 – 7min) : Le premier Mickey de la première année (à l’exception des trois pionniers incertains de 1928). Pat et Minnie sont déjà de la partie, Pat Hibulaire apparaît sous un jour favorable, contrastant avec un Mickey boulet (la dignité de Minnie est relative aussi). On voit ce piètre danseur écraser les pieds de sa partenaire. Tout ça se passe potentiellement dans leur jeunesse. Un opus encore assez laborieux (répétitif et ‘lourd’) par rapport à ceux qui suivront, mais avec un scénario nettement plus humain que beaucoup d’autres sortis la même année, donc plus apte à toucher large et immédiatement. (62)

Mickey Mouse> Plane Crazy/ L’avion fou *** (USA 1928 – 6min) : Tout premier film avec Mickey (sortie en mai 1928), sonorisé après la sortie du plus connu Steamboat Willie. La première BD Mickey (Lost on a Desert Island – 1930) en reprendrait des gags et bouts de trame. Facilement mon préféré parmi les des trois premiers – déjà un ‘vrai’ Mickey et aussi un cartoon survolté, alors que les autres sont souvent plus lents et/ou musicaux. (66)

Mickey Mouse> The Gallopin’ Gaucho/ Mickey gaucho ** (USA 1928 – 6min) : Le second Mickey, encore muet mais vite sonorisé suite au succès du parlant Steamboat sorti dans la foulée. Dans la pampa argentine. Un peu western comme le sera Cactus Kid. Le hors-la-loi Pegle Pete est Pat Hibulaire sous un autre nom. Serait un pastiche du Gaucho (1927) et des rôles de Douglas Fairbanks en général. (58)

Mickey Mouse> Steamboat Willie/ Le bateau à vapeur de Willie *** (USA 1928 – 7min) : Parodie de Steamboat Bill Jr avec Keaton sorti la même année. Le premier court sorti en tant que parlant, après les muets Gaucho et Plane Crazy. Sinon, pas nécessairement le plus notable des trois : Plane Crazy est aussi dynamique en technique comme en scénario. Les péripéties sont légèrement plus variées ici, les perspectives peut-être et les facéties animalières sûrement plus nettes (déjà une petite foire musicale) ; en contrepartie, la petite histoire est décousue et moins emballante. (64)

Mickey Mouse> Mickey in Arabia *** (USA 1932 – 6min) : Drôle, énergique et sans chanson. S’avère presque plus offensant que Trader car il fait cumuler aux arabes leurs propres caricatures supposées avec celles attribuées aux ‘négros’ – en contrepartie, leurs mœurs et leur culture sont bien plus élevées. Mickey doit récupérer Minnie des griffes de Pat. (66)

Mickey Mouse> The Opry House *** (USA 1929 – 7min) : Fait partie de ces opus appuyant à fond sur le recyclage des éléments de décors et personnages en instruments de musique ; et reprenant des grands morceaux. Le motif du dégonflage et des dents séparées est encore servi. Mickey nous fait une curieuse danse du ventre en public avant de se faire dépasser par son piano. (72)

Mickey Mouse> When the cat’s away *** (USA 1929 – 6min) : Mickey et un régiment de souris investissent une bâtisse pour y faire de la musique – le chat (Kat Nipp) restera à l’écart. Les souris elles-mêmes peuvent servir d’instruments, être étirées ou remontées. Encore un piano rebelle, cette fois dompté au fromage. (66)

Mickey Mouse> Mickey’s Follies *** (USA 1929 – 6min) : Un autre opus joyeux et dansant, mobilisant l’équivalent d’un zoo pour une espèce de cabaret. Mickey se réifie encore à la fin ! (64)

Mickey Mouse> The Barnyard Battle/ Champ de bataille *** (USA 1929 – 7min) : Souris bidasses (confédérées) contre chats (allemands) à dégaines de rapetous. Différemment drôle et sportif. Forcément le terrible Pat Hibulaire est au rendez-vous. Un épisode parfois un peu longuet, avec des personnages réussis, une rude scène d’examen et des gags percutants. (68)

Mickey Mouse> Jungle Rhythm *** (USA 1929 – 7min) : Mickey se sauve en faisant danser les prédateurs de la jungle – il usera la même technique face aux cannibales en 1932 dans Trader. À voir si on aime les marsupiaux mignons et les numéros musicaux, ne pas se précipiter si on préfère les gags et les cavalcades. (64)

Mickey Mouse> The Jazz Fool ** (USA 1929 – 6min) : Une parade en campagne. Mignon, rien de neuf : la deuxième moitié voit encore Mickey aux prises avec son piano. Un peu mou. (54)

Mickey Mouse> Mickey’s Choo Choo ** (USA 1929 – 6min) : Moins immédiatement dégottable que les autres, y compris les racistes. Un des dispensables de toutes façons, convaincant ni dans la musique (plombante) ni dans le gag (celui avec la vache renvoie à Steamboat). Confusion possible avec Mickey mécano (Mickey’s Mechanical Man) de 1933. (52)

Mickey Mouse> The Haunted House ** (USA 1929 – 6min) : Des éléments horrifiques, mais un résultat nettement plus gentil que Mad Doctor. Mickey s’en tire en pianotant, sur demande du chef des squelettes (le seul masqué et habillé). (62)

Mickey Mouse> Wild Waves/ Mickey sauveteur ** (USA 1929 – 7min) : Sauvetage de Minnie à la plage ; puis les fondamentaux, avec un morse et des pélicans entre autres guest chanteurs. (58)

Mickey Mouse> The barnyard concert ** (USA 1930 – 6min) : Mickey chef d’un orchestre comptant dans ses rangs Horace (cheval anthropomorphe) et Clarabelle (la vache déjà souvent vue). Pas l’ampleur d’Opry House tout en étant plus concentré (subissant moins de blancs ou longueurs). Un cochon trompettiste agace Mickey à la quatrième minute. Le héros pleurniche face caméra à la fin comme dans Barn Dance. (62)

Mickey Mouse> Fiddlin’ Around/ Just Mickey ** (USA 1930 – 7min) : Mickey seul au violon sur scène. Un petit dérapage final pour rester dans la comédie et plusieurs grimaces ou démonstrations gentiment hystériques du soliste. (54)

Mickey Mouse> The Fire Fighters *** (USA 1930 – 7min) : Une course folle et pas de chansons – de vrais (mauvais) pros. Minnie en proie aux flammes va forcer le chef de la troupe à se dépasser. Le début à la caserne évoque la courte scène avec les policiers au début du Roi et l’Oiseau. (66)

Mickey Mouse> The Shindig/ La fête joyeuse ** (USA 1930 – 7min) : La fête au saloon. Aimable, quelques gags neufs (et un véhicule pétaradant comme celui du vieux dans Les Aristochats), puis surtout cette cochonne énorme (elle se nommerait Patricia Pig) d’un style déjà aperçu – un représentant de l’espèce avait été légèrement mis en avant à la fin de Banyard concert (un autre moins ressemblant figurait dans Mickey laboureur). (58)

Mickey Mouse> The Chain Gang/ Mickey forçat/ Symphonie enchaînée *** (USA 1930 – 8min) : Un opus plus interpellant après la poignée de mitigés, car il se passe en prison et pourrait prolonger l’atypique Barnyard Battle. Pour l’essentiel, c’est de la redite au niveau des airs employés et de leurs détournements. Parmi la joyeuse bande, un cochon danseur (balançant son ventre comme Mickey dans Opry) ! Pat Hibulaire est l’infâme gardien de prison mais des membres de son espèce sont casseurs de cailloux. La préfiguration de Pluto serait à voir dans le duo de chiens de garde, appartenant à la même race. (68)

Mickey Mouse> The Gorilla Mystery/ Gare au gorille *** (USA 1930 – 7min) : Sommes trois ans avant King Kong. Le dessin du gorille est très réussi, ceux du grenier, du couloir et des intérieurs en général m’ont eux aussi semblé plus élaborés que d’habitude. Les gags sont restreints mais le scénario ou ce qui s’y apparente plus accrocheur, même s’il se conclue sur une niaiserie standard. Minnie donne de la voix – une voix qui ne s’est pas toujours bien distinguée de celle de son partenaire. (68)

Mickey Mouse> The Picnic *** (USA 1930 – 7min) : Les passages avec les insectes chapardant la nourriture évoquent Minuscule (série et films) même si les styles sont éloignés. Première apparition claire de Pluto (celle dans Chain Gang est douteuse), pas encore doté de son propre nom. Un opus ravi de la crèche, où tous se chahutent sans dommages. (68)

Mickey Mouse> Pioneer Days *** (USA 1930 – 8min) : Les indiens (autochtones américains) attaquent puis capturent Minnie alors que ces gentils pionniers n’ont demandé qu’à débouler ! Néanmoins le film n’est pas spécialement incorrect, les antagonistes (renards) ne sont pas odieux ou ridicules comme ceux du futur Trader. Les deux camps égayent leurs soirées en musique – excellentes contributions. Un faux raccord avec une créature disparaissant une seconde (quand le vieux chante seul), à moins qu’on lui trouve une pertinence ‘rythmique’. (64)

Mickey Mouse> The Birthday Party *** (USA 1931 – 7min) : À partir de cette année je ne cherche plus à tous les voir, en tout cas pas maintenant. Mickey reçoit en cadeau… un piano ! Épisode euphorique. Les amateurs de personnages secondaires seront contentés. (68)

Mickey Mouse> Traffic Troubles/ Mickey chauffeur ** (USA 1931 – min) : Mickey conduit le gros cochon de la série (Percy Pig) puis Minnie, après avoir subi les remontrances de l’agent de police Pat Hibulaire. Du nouveau au début avec la traversée de la ville et sa boue (une simple flaque géante ? De kérosène ?), l’anthropomorphisme d’un véhicule ; mais beaucoup de déjà vu dans la seconde moitié, outrancier lors du point de vue derrière la vache. (58)

Mickey Mouse> The Castaway/ L’Esseulé/ Mickey naufragé *** (USA 1931 – 7min) : Mickey secondé par un adorable indésirable (issu d’une fratrie de Jungle Rythm) – plus tard rejoint par un singe plus bienveillant que celui de Gorilla Mystery. Naufragé sur une île, il attire les animaux avec son piano – eux créent de la musique même sans son accord, avec les éléments du décors voire avec leur propre corps. (66)

Mickey Mouse> The Moose Hunt *** (USA 1931 – 7min) : Pluto acquiert son nom. Lui ou son sosie est déjà apparu dans Chain Gang (secondaire et incertain) et Picnic (un des rôles principaux) en 1930. Ses puces l’envahissent déjà. Petite farce du chien qui se fait passer pour mort. Issue complètement fantaisiste. (66)

Mickey Mouse> The Beach Party ** (USA 1931 – 7min) : Toute la ‘bonne’ galerie est de sortie (Mickey & Minnie, Pluto, Horace & Clarabelle) – ne manquent que les cochons et autres personnages secondaires. Aussi euphorique que Birthday, mieux doté en gags. Que d’action mais pas si efficace car ‘one shot’ ou un peu lourdingue (pas besoin de quatre jets ratés sur la pieuvre, bon antagoniste, nouveau, réduit à pas grand chose). (62)

Mickey Mouse> Mickey’s Orphans *** (USA 1931 – min) : Un Micket de Noël. Une personne inconnue dépose un panier de chatons devant la maison du couple de grandes souris (Pluto dort devant la cheminée) – ces garnements (une dizaine de clones) vont tout transformer en terrain de jeu. La fausse barbe blanche flanquée sur Mickey ne suffira pas à les amadouer. (68)

Mickey Mouse> The Duck Hunt *** (USA 1932 – 7min) : Mickey a été mauvais danseur, le voilà mauvais chasseur. Notre héros est incapable de tenir correctement d’une arme – un danger pour lui et ses proches. Avec Pluto il se fera complètement balader par les canards sauvages (une belle brochette de prédateurs joyeux et sans haine, candides mais imprenables). (68)

Mickey Mouse> The Mad Dog/ Chien enragé ** (USA 1932 – 7min) : Il est déjà trop tard pour laver Pluto ! Pat va profiter de sa fuite pour essayer de l’embarquer au zoo. Trois silhouettes mi-connues mi-novatrices sont percutées dans la rue (la dernière est une sorte de canard asiatique). Comme dans Duck Hunt, les puces de Pluto le rejoignent à la fin. (62)

Mickey apporte son soutien émotionnel dans « Klondike Kid »

Mickey Mouse> The Klondike Kid/ Mickey au Grand Nord *** (USA 1932 – 7min) : Minnie en détresse, comme dans In Arabia, Fire Fighters et tant d’autres. L’équipe de danseurs, cochonne de saloon y compris, en rappellent d’autres – regroupés notamment dans Pioneer Days. Le Klondike vous est déjà connu si vous lisiez Picsou ! J’ai déjà crû déceler une parenté avec Chaplin dans Mad Dog, j’en retrouve une ici lors des deux dernières minutes avec la maison en pente dans la neige. Notez que le jeune Dingo [à sa quatrième apparition] se réjouit de danser avec une cochonne ivre morte (à la première minute). (74)

Mickey Mouse> Building a Building/ Bâtissons *** (USA 1933 – 7min) : L’industrie sous un angle candide et optimiste. Anthropomorphisme d’un véhicule de chantier (une pelleteuse) – sans qu’on soit sûr qu’elle soit vivante. Pat est un rustaud chef de chantier (son rire évoque celui de Bill du Bidgil). Serait largement repris de l’épisode d’une autre série Disney (Sky Scrappers de Oswald le lapin – 1928). (72)

Mickey Mouse> Ye Olden Days/ Mickey au Moyen-Age *** (USA 1933 – 8min) : Mickey plongé dans un nouvel univers, lui qui a toujours été dans le présent ou un présent parallèle. Le roi Pat (qui a été plus répugnant et monstrueux) fait enfermer Minnie et Clarabelle ! Dans le but de marier à son fils (Dippy Dawg soit le futur Dingo).. la première naturellement (notez ces pleurs hideux de la pauvre vache de chambre). À Mickey le ménestrel de la sauver – et saisir une opportunité d’être consacré chevalier en plus d’en jouer la part romantique presque anachronique (comme cette guillotine). Excellent ; 1933 est donc l’année où Mickey décolle (et profite d’univers renouvelés et d’histoires un peu étoffées à l’occasion). (74)

Mickey Mouse> The Mail Pilot/ Mickey postier du ciel *** (USA 1933 – min) : Mickey aux prises avec Pat (pas spécialement drôle ni captivant). L’optimisme du début ressemble à une propagande industrielle (éventuellement patriote) balancée en toute transparence (l’air s’enregistre particulièrement bien). (68)

Mickey Mouse> Mickey’s Mechanical Man/ Mickey mécano *** (USA 1933 – 7min) : Mickey entraîne un robot (très humain par son impulsivité et ses manières belliqueuses, seulement cartoon pour le reste) pour un match de boxe contre le gorille massif déjà vu dans la série (nommé Kongo Killer). Les bêtises et imperfections du robot lui valent les moqueries du public – mais forcément, tout espoir n’est pas perdu. La machine, qui n’est encore rien d’autre malgré des allures d’humain trop frais trop vide trop niais, permettra à Mickey de vaincre les forces primitives qu’il n’a précédemment vaincu que par chance (Gorilla Mystery, Castaway). (68)

Mickey Mouse> Mickey’s Gala Premiere ** (USA 1933 – 7min) : Un opus atypique, relié au monde ‘réel’ : Mickey y est l’invité vedette d’une soirée hollywoodienne, pour présenter son film, devant un parterre rempli des stars du cinéma de l’époque (des caricatures de personnages voire personnalités qui en sont déjà dans leurs propres spectacles). Évidemment c’est un succès total, tous sont hilares – sauf ceux qui en sont incapables. Mickey peut être raciste ou suicidaire mais jamais torturé ou polémique (même si pris au sérieux, il donnerait de quoi, surtout dans sa façon de traiter les animaux). Il y a quand même une chute sévère (similaire à celle de Mad Doctor). Mickey n’apparaît qu’au bout de deux minutes et demi, accompagné de la bande présente sur Beach Party. (58)

Mickey Mouse> The Steeple Chase ** (USA 1933 – 7min) : Mickey entiché d’un cheval alcoolique, inapte à la course ; poursuivi par une horde de moustiques pendant la compétition. Notre souris est l’objet d’un humour un peu sadique, l’air de rien. (62)

Silly Symphonies> Trois petits orphelins/ Three Orphan Kittens *** (USA 1935 – 8min) : Un Silly en technicolor et oscarisé. Tiré de la comptine anglaise Three Little Kittens (diffusée au milieu du XIXe), dont The Milky Way (1940) serait une adaptation plus directe ; au fond, hormis les trois chatons et le titre, la filiation n’est pas évidente ici. Une suite est sortie l’année d’après – More Kittens. (72)

Silly Symphonies> Trois petits cochons *** (USA 1933 – 8min) : Reprend le fameux conte. (72)

31m2 * (France 2010 – 15min) : Je ne fais pas partie des haters de Durendal et n’ai pas réussi à le prendre comme référence des vidéastes – la catégorie est encore trop insignifiante à mes yeux et j’en connais peu d’exemplaires. Mais ce court-métrage est sidérant et mérite sa réputation – au minimum et en ayant mis de côté ce qui vient des sentiments délirants nourris par le personnage. Un tel genre de films ne semble devoir exister qu’en privé – où il sera tout de même méprisable mais peu importe. Qu’il ait été porté au public et dans une projection devant plusieurs dizaines et même centaines de personnes laisse dubitatif. En acceptant son statut de film amateur et donc tolérant les manques inhérents, puis les fautes quasi inévitables, il reste encore un problème immédiat et objectif : le son. Le reste aussi est inepte. Dialogues improbables et patauds de même que les actions et le jeu du protagoniste (la fille est correcte). Aucune réflexion sur les décors (qui trahissent un jeune bourgeois englué – jusqu’au titre) et toute la mise en scène ‘vivante’ (que de l’ad hoc indifférencié côté lumière) – Durendal ne s’est préoccupé que des effets, ce qui n’a pas suffit à le pousser à user d’un savant usage du montage et d’un heureux recours au charcutage de masse. Au final nous subissons un sous-film d’une lenteur absurde – je me suis arrêté une première fois au bout d’une minute, ayant l’impression d’avoir déjà consenti un gros effort (ni humour ni ironie là-dedans) ; je suis revenu à la suite grâce à l’option accéléré, en trois fois. Enfin La Nuit a dévoré le monde lui doit quand même beaucoup. (16)

Mickey Mouse> Gulliver Micker *** (USA 1934 – 9min) : Un épisode avec un tonneau de souriceaux, où papa souris ridiculise l’autorité dans son imaginaire emprunté à Swift. Aucune douleur pour Mickey quand les liliputiens le canardent – les coups le font sourire. L’araignée tout aussi géante vient corriger cet abus. (68)

Mickey Mouse> Mickey’s Steamroller/ Le rouleau-compresseur de Mickey ** (USA 1934 – 7min) : Apparition des neveux de Mickey au cinéma (Jojo et Michou) – crées en 1932 dans la bande dessinée. Ils ressemblent au troupeau de petits vus dans Gulliver, sans être aussi minuscules. Pas nécessairement hilarant. Les derniers plans sont plus marquants – la poursuite de tonton Mickey à bord du train. (58)

Extrait des 'Cent Trucs' de Segundo de Chomon

Extrait des ‘Cent Trucs’ de Segundo de Chomon

Segundo de Chomon> Ah ! La barbe / The funny shave *** (France 1906 – 2min) : Comédie fort glauque d’arrière-goût. Les amateurs de Killer Klowns pourraient apprécier ces hallucinations face au miroir. Un des mieux notés de Chomon chez moi, mais pas d’une ‘longue’ durée comme Hôtel électrique. (68)

Zecca> La fée printemps ** (France 1902 – 3min) : Un film de ravi de la crèche niaiseux sensibles à la magie (donc hérétiques mais braves). Le personnage éponyme apparaît colorié en jaune. Un spectacle assez joli finalement mais exagérément lent et démonstratif (comme souvent chez Zecca et contrairement à Chomon). Fait partie des débuts de la longue collaboration de Ferdinand Zecca (A la conquête de l’air, La vie et la passion de Jésus-Christ, Histoire d’un crime) avec Pathé ; également des films coloriés chez Segundo de Chomon, qui assurait la distribution de productions Pathé à Barcelone. (48)

Segundo de Chomon> Les Cent Trucs ** (France 1906 – 3min) : Film à trucs [de montage] avec des acteurs très enthousiastes et une forme parfaitement théâtrale – et de jolis chiffons. Réalisé dans les premiers mois d’activité de Chomon en France (il est crédité de 234 réalisations sur IMDB). (52)

Segundo de Chomon> Le roi des dollars ** (France 1905 – 2min) : Un des premiers films tournés par Chomon en France. Film à trucs très minimaliste, colorié. On y voit un homme déglutir de l’or. (52)

Segundo de Chomon> Une excursion incohérente *** (France 1909 – 8min) : Une comédie aux accents surréalistes et avec quelques trucages élaborés tirant vers le fantastique. Notable pour sa séquence d’animation reflétant un rêve. Les farces proprement humaines ne sont pas nécessairement brillantes et polluent la fin de séance. Un des derniers films de Chomon avant son retour en Espagne. (66)

Zecca> Les victimes de l’alcoolisme ** (France 1902 – 5min) : Histoire morale laborieuse soulignant l’existence de la famille puis le gâchis au bar et la chute dans la pauvreté. Très prosaique et se termine en internement forcé (pas mal luxueux) en maison de fou. (46)

Zecca> La course des sergents de ville ** (France 1907 – 5min) : Style anglo-américain. Zecca s’est beaucoup inspiré de l’école de Brighton et c’en est probablement la meilleure illustration – impossible de ne pas penser à Daring Daylight Burglary (1903). Pas vraiment drôle mais tapageur. Pour une autre antiquité avec un chien, voir Rescued by Rover (1905). (58)

Silly> Frolicking Fish *** (USA 1930 – min) : Ballet de créatures marines. Dramatisation minimale. Plus adorable que Merry Dwarfs et assez proche de Night/Une nuit mouvementée. Notable pour son animation d’une fluidité rare à l’époque, grâce au ‘chevauchement’ (ou ‘overlapping action’). (74)

Silly> Monkey Melodies *** (USA 1930 – 7min) : Un autre Silly dansant et également chantant. Dans la jungle avec des bandes de singes ; un tandem de perroquets puis des crocodiles se joignent aux festivités. Ils finissent par arrêter les farces quand passe leur repas ; d’autres figurants de la jungle prendront le relais. (72)

Silly> The Merry Dwarfs ** (USA 1929 – 6min) : Cinquième de la collection et dernier de la première année. Sympa quoiqu’il semble un peu s’éterniser. Les airs sont ceux qui reviendront constamment chez Mickey et dans une moindre mesure dans les autres Silly. Apparaîtrait dans Roger Rabbit de Zemeckis. (62)

Silly> La danse macabre / Skeleton Dance *** (USA 1929 – 5min) : Point de départ des Silly. Sorti en août 1929 et copyrighté fin janvier 1930. Mickey est alors en train de connaître un succès rapide (corrigeant l’échec des deux premiers muets de 1928, sonorisés suite à Steamboat). Interdit au Danemark selon un NY Times de février 1931 car « trop macabre ». Malgré la nature des héros et les frayeurs de leurs rencontres, la danse est plutôt guillerette – mais comme peut l’être une débauche démoniaque. Le hibou de l’ouverture, le style des quatre squelettes et des chauve-souris reviendront plus tard (pour les deux derniers, dans Haunted House chez Mickey la même année) ; le chien hurlant au clair de lune ressemble à Pluto. (68)

Silly> Cannibal Capers ** (USA 1930 – 6min) : Huitième de la série et premier Silly tourné sans l’animateur Ub Iwerks ni le compositeur Carl Stalling. N’a ni le charme ni la puissance des passages de Mickey en Afrique (comme Trader de 1932). De bons plans et un scénario en rade, un casting faiblard avec un seul antagoniste (lion) sèchement rabroué. (52)

Extrait de ‘A Happy Family’

Krazy Kat> Kannibal Kapers ** (USA 1935 – 6min) : Les Silly Symphonies ont eu des concurrents et des plagieurs, certains de renoms (Merrie Melodies, Happy Harmonies). Ce film de la série Krazy Kat s’ajoute probablement à la liste, puisque son titre se confond avec Cannibal Capers, Silly de 1930. Comme l’ensemble des courts de cette collection issue de la bande dessinée, il est produit par Mintz, écrit et supervisé par Ben Harrison. Forcément c’est différent d’un Silly : la partition musicale est contemporaine, autrement enjouée, le style est plus lourdaud, les physiques plus gras, plus à la Betty Boops. Ajouté à la quasi absence d’animaux (et les apparitions faibles du chat), cela rend le film moins attachant qu’un Silly générique – mais pas nécessairement moins que Cannibal Capers, opus assez faible et lui-même détaché du lot par ses auteurs voire sa technique. Enfin ce Krazy Kat lui-même se distingue de ses homologues car le petit héros n’y partage pas l’affiche avec sa fiancée. Un détail remarquable au milieu des ‘africains’ surdoués de la musique : l’hippopotame utilisé comme taxi. (54)

Krazy Kat> The Stork Exchange *** (USA 1927 – 7min) : Encore à l’ère du muet, avec une plus large équipe créditée et le physique traditionnel du chat (plus fin que dans Kannibal Kapers). Animation parfois très rigide (les bébés), mais aussi très vive. Belle variété de personnages, beaucoup d’action et d’invention. Deuxième moitié moins intéressante avec ses farces. Aurait une sorte de remake nommé Stork Market (1931). (64)

Krazy Kat> Weenie Roast ** (USA 1931 – 6min) : Troisième que je vois de cette série et premier avec sa petite amie. Le feu prend littéralement vie pour devenir leur camarade de danse et de chant. Montagnes russes dans la seconde partie (avec des crocos dans le tunnel). Ceux qui ont aimé Karnival Kid avec Mickey pourraient apprécier. Les puces à la fin ressemblent à des mini Kray ! Façon de remettre les enfants à leur place présumée ? Ce Krazy Kat est sorti la même année (une des plus prolifiques) que Disarmement Conference que je n’ai pas trouvé. (62)

Krazy Kat> A Happy Family ** (USA 1935 – 6min) : Un dessin animé pour dévergonder les enfants. Comédie où les protagonistes ont le goût de la destruction et où deux volailles prêtes pour le repas se mettent à danser devant une série de chats attablés. Des étrangetés dans l’album de famille au début. Attention syndrome ‘familles nombreuses’ comme dans de nombreux cartoons ou jeux vidéos, avec une masse de clones. (58)

Krazy Kat> Birth of Jazz ** (USA 1932 – 6min) : Plus ambitieux que les autres, mais finalement enchaîne des références assez triviales dans la culture comme dans le dessin animé. Plusieurs plans ingénieux ou imaginatifs, la plupart au début. Euphorique mais comme d’habitude avec Krazy Kat, les vibrations sont lourdes, ce n’est pas nécessairement communicatif. Des cigognes plus sophistiquées que celles de Stork Exchange. Une apparition de Franz Liszt en spectre au piano ! Deux ans après Jazz Rhythm dans la même série. (62)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MINI-CRITIQUES MUBI 3

7 Avr

Une session en retard, car la 4e a déjà été publiée. Les films concernés ont été vus d’octobre à décembre 2017. Leurs notes ont été mises à jour (la limitation aux paires n’avait pas encore cours). 

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Opera Jawa * (Indonésie 2006) : Film musical décousu, volontiers loufoque voire régressif, assez mou à force de planer doucement et malgré les gueulantes. Pour les gens épuisés et réceptifs appréciant d’être dépaysés et surpris tant qu’on ne les bousculent pas.

Attention spoiler : dans les derniers moments une fille se fait planter (c’était un sous-Parapluies de Cherbourg à Java ?) ; le panneau d’avant-générique nous averti que nous venons de voir un requiem contre les violences domestiques. On retiendra plutôt ses efforts et ses effets esthétiques – si les tissus et les plages vous donnent des vapeurs, ça pourra marcher. (42)

Enfance clandestine ** (Argentine 2011) : Dans l’Argentine sous dictature des années 1970. Autour du fils d’un couple de rebelles. Fibre mielleuse, accent sur les rêves du garçon et ses privations. Les passages violents ou avec les antagonistes sérieux passent sous format BD. Apport faible au niveau politique, sans toutefois dénigrer le travail des résistants ou la résistance en elle-même. Peut séduire grâce à son prisme subjectif voire romantique, son primat aux émotions (la musique lève toutes ambiguïtés sur les intentions) et son cachet nostalgique. Seule la scène avec la grand-mère remue franchement la matière à questionnements. (52)

À nos amours * (France 1983) : En découvrant le film le plus connu et reconnu de Pialat, certaines critiques corsées que j’avais lues contre le réalisateur s’expliquent soudain. À nos amours est à la limite de l’amateurisme, racoleur sans fournir de contreparties ni même combler les attentes qu’il souhaite inspirer, tout en étant une bonne caricature de l’existentialisme merdeux à la française. Que le cinéaste ait convaincu les critiques en les intimidant devient une rumeur fortement crédible.

Le film est plein de drames surfaits, de poussées hystériques soudaines, dignes d’un Tellement vrai crasseux et laborieux. Bonnaire livre un jeu calamiteux. Pialat apparaît en se donnant un beau rôle, mais en tant que directeur d’acteurs, il semble un petit exploiteur, voire un vicieux ou un cynique – sûrement à raison, puisque le monde suit. Le recours à Klaus Nomi est aberrant. (28)

Sans Soleil *** (France 1983) : Probablement un des meilleurs films de voyage. Maelstrom d’images, sensations et réflexions fluides sans suivre de programme précis. Parfois des sentences de nature idéologique ou ‘gratuites’ – effet malheureux d’une tendance à absorber l’information vers un noyau subjectif, au lieu d’explorer de façon brute ou simplement ‘ouverte’.

Les parties en Guinée-Bissau semblent d’une moindre importance et sont intéressantes dans ce qu’elles ont d’abstrait (par opposition aux témoignages concrets). (74)

Le Retour *** (Russie 2003) : Découverte de Zvyagintsev. Montre une virtuosité qui serait peut-être vaine s’il n’y avait pas un ‘sens esthétique’ si fort. Le film reste dans le mystère, pas sur tout et pas sur l’état des enfants, mais sur ce père et ses motivations. Les émotions et surtout les passages aux actes sont refrénés, l’action ‘couverte’. Le plus jeune des deux enfants essaie la résistance passive-agressive (avec option sabotage) mais comme le reste, elle est intériorisée plutôt que mise en œuvre. Le film cherche à illustrer une tension éclatante mais toujours floue dans ce qu’elle pourrait avoir de particulier. A pu inspirer Mud. (64)

Tapage nocturne * (France 1979) : Second film de Catherine Breillat dont j’ai vu Anatomie de l’enfer. Un exemplaire d’existentialisme français verbeux et random – version féminine et plus ‘sanguine’, ça change. Histoires d’amour, de culs et de baratins. S’élève un peu par ses choix musicaux, sinon est perdu dans la glue. Ancêtre de Solange te parle ? Tout de même pas si poseur et grotesque. (28)

Elena ** (Russie 2012) : Zvyagintsev (auteur du Léviathan de 2014) fait partie des élus du moment sur Mubi, peut-être à cause de son récent Faute d’amour. Je laisse de côté Le Bannissement pour directement aller à Elena. Photo impeccable encore une fois, avec un focus plus concret – sur le quotidien et les détails. Mais s’il n’est plus tellement mystérieux, la tendance à compliquer et prendre des détours inutiles ou ralentir demeure. Beaucoup de musique de Philip Glass pour peu de drames. Plus chaleureux que l’Amour d’Haneke – par défaut, car en vérité, simplement moins courageux, pénétrant et donc moins anxiogène. (48)

Umoregi / La forêt oubliée ** (Japon 2005) : Inspiré par son amie la baleine, un trio de lycéennes forge un récit fantastique. Gentil, plein de beaux décors et parfois un peu insolite (puisqu’il y a cette forêt souterraine), mais mollasson et soit peu généreux, soit borné dans sa créativité. Rempli de nostalgie (peut-être imaginaire ou générée par la compassion pour les anciens) et d’une sensibilité exacerbée qui semble étouffer la clarté de l’expression, sans entamer un sens certain de l’organisation, de la mise en forme. De bonnes initiatives, des buts ‘nobles’. (42)

Le Filmeur * (France 2005) : Plusieurs évolutions par rapport à La Rencontre ; les protagonistes apparaissent régulièrement frontalement à l’écran (jamais ensemble) ; confectionné sur une longue durée (entre dix et onze ans) et plus éclaté, délié ; pas cantonné aux gros plans et s’autorise le mouvement, donc plus ‘normal’ a-priori. Le couple reste au centre mais partage l’affiche. Le film est parfois drôle, très aléatoire ; l’exercice sûrement généreux et parfaitement vain.

Pour les fervents et la famille de Cavalier ; pour les amateurs d’insolite ou de grosses farces peut-être (ce n’en est pas une) ; sinon, à qui s’adresse le film, à qui cherche-t-il à se rendre utile (ou divertissant, ou instructif) ? Reste l’entrée dans la réalité sensorielle d’une personne réelle ; et parfois, un intérêt plus technique ou cinéphile, puisque Cavalier nous place derrière lui en train de préparer ou d’absorber des sujets (d’actualité, de réflexions, de mise en boîte). (32)

Au hasard Balthazar ** (France 1966) : Pauvre âne dans le monde tenu par une humanité aveugle et cruelle. Un des fameux opus du réalisateur à la direction d’acteurs anti-‘naturaliste’, anti-spontanée, anti-incarnée (Pickpocket, Le diable probablement, Les dames du bois de Boulogne). Certains acteurs ne sont pas à leur place dans leur costume ; quelques-uns arrivent à communiquer de l’intensité ou sembler ‘vrais’ malgré le principe de Bresson. L’âne semble plus vif, sauf lorsqu’il est soumis à des numéros très arrêtés ou répétitifs, où il se fond dans la représentation artificielle généralisée. Parfois bien fourni dans les dialogues – avec un laïus du cynique face à la grand-mère d’Adèle. Parfois seuls les mots permettent de comprendre la gravité voire peut-être l’existence de certaines situations. (52)

Still Walking ** (Japon 2008) : De Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows et Distance (ce dernier vu sur Mubi). Les retrouvailles annuelles d’une famille, occasion de revenir sur le deuil jamais achevé d’un fils et frère mort prématurément (Junpei). Un peu assommant avant de devenir plus intéressant. Doux, son excellent. Mère mesquine et pathétique. (58)

Le pays où rêvent les fourmis vertes *** (Australie 1984) : Fiction tournée par Herzog, avec des apparences documentaires et quelques intervenants théâtrals. Prend le parti des aborigènes, largement lésés et sans droits à l’époque. Suit le représentant de la compagnie minière chargé de leur faire abandonner une de leur terre sacrée. Non-jugement face à l’infériorité manifeste, en terme de créations et de modélisations du monde, de ces tribus ; comme Bruce Spence (le géologue) on est plutôt sensibilisés à la disparition de leur culture et de leurs traditions. La remise en cause des normes occidentales et des poursuites des ‘blancs’ provoque une espèce de sidération de basse intensité ; le cynisme légal et industriel n’échappe pas à notre conscience, mais les arguments des aborigènes restent dérisoires. La magie à laquelle ils sont attachés peut cependant happer et amener une ‘ouverture’ – qui provoquerait une remise en question (dans ce sens et pas l’inverse). (72)

Humpday * (USA 2009) : Deux bouts de lards hétéros-mâles crypto-niquent pour l’amour de l’art. Sorte de mumblecore du premier rang. Les personnages sont hystériques et multiplient les effusions – tout est motif à montrer sa beauferie d’américain neutres/bohèmes mais positif et à l’écoute. Potache et pas antipathique, pas nécessairement pertinent mais se tient, adroitement écrit. Gros postulat et gros bavardages pour peu. Reste régressif comme tous les films de son courant et dépendant de la connerie du programme – comme Shrooms pour la drogue. Reste aussi une illustration appropriée pour un bon morceau du troupeau humain, ses valeurs, ses normes, ses façons de s’illusionner, de remplir le vide, ses défis désespérants. (28)

Curling ** (Canada 2010) : Très lent et d’aspect impénétrable, mais d’une patauderie calculée, parfois théâtrale et maîtrisée. Ne sonne pas ‘gratuit’, plutôt un peu ‘alien’, mais finalement se fait bien terrasser par la léthargie. Réalisé par un documentariste québecois. La manière dont le père gère sa fille ressemble à une version soft et sans réinvention de la réalité de Canine. (52)

Level Five *** (France 1997) : Deux films s’encastrent : une anticipation de l’ère internet (avec ses rencontres et ses façons nouvelles, économiques, d’aborder le monde) et un reportage thématique sur la purge d’Okinawa. Le premier versant est assuré principalement par les monologues de Catherine Belkhodja, qui peuvent être pertinents ou régressifs (« Coco »). Le second implique images d’archives en noir et blanc avec commentaires existentiels plutôt qu’historiques ou politiques. Les méditations sur le temps et la mémoire sont une constante chez Chris Marker. (64)

La vida util * (Uruguay 2010) : Sorte de comédie pathétique (pachydermique) pas nécessairement vécue comme telle au moment du démoulage, à destination des cinéphiles, versant allègrement dans l’auto-complaisance et le masturbatoire. Noir et blanc, bavard par intermittences, avec beaucoup de pistes sonores renvoyant à des séances ‘classiques’ et de courtes citations esthétiques du muet. Dans la seconde moitié, le gardien de cinémathèque, rendu à lui-même, est ‘manifestement’ sous influence de ses souvenirs (jusqu’à danser dans un escalier).

Le physique lourd et morose de Jorge Jellinek est la seule véritable contribution en propre du film – avec son passage en classe où il déblatère sur le mensonge. Comme ce cinéphile débauché, La vida util remplit avec les fantaisies des autres et se contente de ses démonstrations fétichistes. Il n’y a quasiment rien d’autre dans sa vie et peut-être dans sa conscience (au détail trivial de service : il a rencontré une femme). Mais les joies ‘d’enfance’ du spectateur suffisent à combler cet homme et la dissertation à vide ainsi que les petits éléments relatifs aux salles obscures pourront plaire au cinéphile rigide et averti. Il y a un laïus de spécialiste sur ce qu’est le cinéma, pendant une émission radiophonique, juste avant la mise au ban des employés.

Federico Verjoj n’est pas non plus totalement irréaliste (lui ou ses sponsors) puisque la torture dure moins de 70 minutes. Sur des thèmes/configurations approchantes, essayez Dernière séance, Mary & Max, Human Centipede II. (28)

Sérail * (France 1976) : Premier film d’un scénariste (l’argentin exilé Eduardo De Gregorio, a travaillé pour Rivette et Bertolucci). Serait un prolongement de Céline et Julie vont en bateau qu’il a écrit (pour Rivette). Rappelle parfois Adolfo Arrieta, mais beaucoup plus volubile – ou à Raoul Ruiz, mais carrément plus limpide. Avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier en occupantes mystérieuses du château convoité. Esprit de film érotique oubliant de bander. Coloré et ambitieux, mais encore un peu cheap et futile, entre la fantaisie, le théâtre et le film ‘d’initiés’ mollement décadents. A le mérite de chercher l’originalité et un langage érotique et fantastique se passant de formes explicites. (38)

Van Gogh ** (France 1991) : Les deux derniers mois du peintre, incarné par Jacques Dutronc. Pialat (aspirant peintre avant de passer à l’audiovisuel) se fait plus sobre et rigoureux, le thème et la durée attestent d’une ambition supérieure. Il rejette le ‘sensationnel’ mais aussi l’analyse des caractères pour préférer l’intimité, les moments de joies et de conflits simples. L’approche reste primaire, le ressenti déterminant, la trame décousue. Au passage, quelques dialogues excellents et des bribes sur la place d’un artiste face à la société, à sa famille et à son entourage. La photo (anormalement ‘propre’ elle aussi pour du Pialat) reste le grand atout (pour son orientation, ses objets), dans une moindre mesure les interprètes. (48)

Les petites marguerites ** (Tchécoslovaquie 1966) : Film d’inspiration surréaliste, où deux filles se mêlent à ce bas-monde de dépravation en comptant bien être assorties. Place au n’importe-quoi doux-dingue, parfois agressif et toujours au moins un peu érotique. On assiste aux plaisirs destroy de deux filles infantiles déjà abonnées à la pop’culture, en train de revivre aujourd’hui de nouvelles ‘années folles’. Le travail des effets et des couleurs est relativement neuf. Ça rappelle les opus ‘classiques’ de Godard, en plus humain et coloré, sans plus tenir à ‘l’intellect’ ; c’est d’ailleurs moins hermétique que la plupart des autres productions excentriques de la Nouvelle Vague, simplement le style prend le pas et le random est érigé en principe. Vu d’après, c’est aussi une version gentille et sans hypocrisie du Sweet Movie sorti en 1974. Ce film sait aussi entêter (par ses musiques et certaines farces appuyées) même dans le cas où on l’aurait peu aimé ou désapprouvé (comme la censure nationale de l’époque). Ça reste un album de délires de jeunes ‘folles’, pestes insipides à l’occasion, pourries par la facilité à peu près tout le temps. (48)

Le Fantôme de l’Opéra *** (USA 1925) : Première adaptation [connue] du roman homonyme de Gaston Leroux (1910), avec une star de l’époque dans le rôle-titre : Lon Chaney, que j’ai d’abord adoré dans L’Inconnu de Browning (1927). Sonorisé à l’occasion de la ressortie de 1929 (l’officieuse désormais, plus courte) ; il aurait été en couleurs mais ne reste à ce jour que des copies en noir et blanc, sauf pour la fameuse scène du bal. Le voir sans musique m’a paru profitable. Souvent théâtral, sauf au début où il est bien lent. Les images avec ou sans le masque, la version ‘crâne’ dans l’escalier et dans une moindre mesure les séquences finales, sont plutôt marquantes.

Aucune suite n’a atteint à la grandeur historique. Elles sont même plutôt des échecs voire des désastres. Les cinéphiles en tout cas n’ont jamais ‘laissé passer’. Les versions d’Argento ou de Schumacher sont peut-être diffamées – pour cause de superficialité ; mais ce premier opus est-il spécialement profond ? Il l’est seulement par rapport à la moyenne de l’époque. En terme d’intensité dramatique, il est encore audible. Pour l’intensité horrifique, c’est fatalement mais raisonnablement obsolète ; il vaut mieux parler d’épouvante et sur ce plan c’est encore convaincant, sans théorie ni mise en contexte. Dans l’ensemble c’est aussi loin d’être assommant comme peuvent l’être, malheureusement, d’autres ‘classiques’ de la décennie. (74)

Anna / Anna : Ot shesti do vosemnadtsati *** (Russie 1993) : à revoir pour finir la critique engagée (‘mini’ devenue normale). (6+)

Soleil trompeur ** (Russie 1994) : Se déroule sur une journée, avec la première heure entièrement autour de la maison puis l’après-midi au lac, avant un nouveau confinement où les tensions exultent – mais jamais pour longtemps ou pour sur-dramatiser. Beaucoup de sous-entendus relatifs aux coups de l’Histoire sur les vécus individuels. L’ère stalinienne et le grand chef lui-même, sans être entièrement idéalisés, semblent avoir de bons côtés – mais le ‘bon’ n’est pas nécessairement le bien et encore moins progressiste, concernant les femmes. Appuie aussi sur les contradictions du pouvoir et de son propre maintien. (56)

Hot thrills and warm chills * (USA 1967) : Présenté dans une sélection de « two obscure exploitation sex thrillers restored » by NWR. Sorti pendant la ‘libération sexuelle’ mais n’a pas ou plus de légitimité hors de ce contexte, où il n’avait déjà rien pour avoir du poids, hors de ses nombreux plans érotiques (au lit ou à terre pour les scènes de sexe mais sans porno, ou avec la danseuse au bar). L’approche est très triviale sinon (avec percussions cubaines monolithiques et vannes ‘tribales’), avec les trois filles dans leur salon pendant la première moitié du film, la séance entrecoupée par leurs souvenirs ‘X’ et challengée par un projet incertain (contre le ‘king of sex’ d’un bal masqué). Finalement il faut reconnaître à ce film sa générosité pour l’affichage de paires de seins, son laisser-aller pendant les scènes aguicheuses (longues, avec un montage qui ne sert jamais à cacher ou atténuer) et parfois même sa ‘recherche’ dans ce registre (car ce n’est pas que de l’étalage crû de corps dévêtus). Pour le reste, que des bavardages en noir et blanc, avec ce qui ressemble à des ajouts opportunistes et des ‘bouches-trous’ – et une post-synchro scabreuse et redondante. (32)

Urga *** (Union Soviétique 1991) : Troisième film vu de Mikhalkov, je souhaitais avant Mubi voir celui-là. L’essentiel se déroule dans la steppe en Mongolie intérieure (région du nord de la Chine). Le père de famille fera un détour en ville [dans la ‘civilisation moderne’]. Joli film mais pas générateur de réflexions ou d’enrichissements concrets. Remarquable pour les paysages et dans une moindre mesure pour son ambiance, ses sentiments. (68)

Shadows in paradise ** (Finlande 1986) : Film idéaliste, pratiquant le déni de réalité pour faire de son protagoniste un homme fort, à la mesure de ce qu’il pourrait se leurrer – ou simplement espérer s’il avait une sensibilité un minimum mature.

Ambiance fausse, théâtre mou, pour un résultat style Bresson romanesque, sans la thèse ni le propos. L’artificialité culmine dans les moments de violence (agressions du début). Nikander face à son concurrent : c’est plus ‘vivant’ mais encore faux – quoique sur le plan de la vraisemblance plutôt que sur la simple forme.

Comme toute création signée Kaurimaski celle-ci est misérabiliste, mais elle s’épanouit comme son ‘héros’ avec cette relation et les tentatives de s’échapper, de trouver du vrai, bon et beau temps. Spectacle prétentieux, menteur comme un pleurnichard agressif, mais avec un ton à lui, qui finit par plaire comme tout ce qui est entier – même quand c’est bidon. (48)

Hamlet liikemaailmassa / Hamlet goes business * (Finlande 1987) : Cinquième film de Kaurismaki, pendant des débuts très actifs. Noir et blanc, cultive son originalité, rigide mais pas forcément rigoureux, apprend et diverti au minimum (en plus la durée se rapproche de la normale, au lieu d’être très courte). L’influence de l’œuvre de Shakeaspeare paraît faible. Le réalisateur applique sa vision caricaturale, assortie à une volonté de ‘faire’ conte. Cet opus n’a pas le charme habituel car il est trop occupé à montrer des méchants, souligner leurs aspects négatifs. Note positive : les méchants se détruisent entre eux ! À voir : une mise à mort haute-en-couleur et des canards en plastique. (34)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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LE CINÉMA DE MÉLIÈS (2/2) ***

25 Fév

Suite et fin de ce double-article spécial Méliès. La première partie concernait une sélection de ses films des années 1890. Plusieurs films des années 1900 ont leur propre article : Barbe-Bleue (1901), Le Voyage dans la Lune (1902), Le Voyage à travers l’impossible (1904), Le Locataire Diabolique (1909).

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L’HOMME-ORCHESTRE (1900) ***

3sur5 Dans ce film de soixante-dix secondes, Méliès est l’unique acteur multiplié par sept, le chef-d’orchestre tirant de sa propre image ses six musiciens. Loin d’être aussi impressionnant que les Voyage dans la Lune ou à Travers l’impossible, cet Homme-orchestre voit tout de même Méliès repousser ses limites. Il réutilise les surimpressions qui permettaient de créer le tour, alors innovant, d’Un homme de têtes (1898), en le perfectionnant et en déployant avec une plus grande quantité.

Les ré-apparitions du crâne du magicien étaient abruptes dans l’ancien opus (usage ‘brut’ de l’arrêt-caméra), ici les transitions sont subtiles et sans interruption. Les dissociations sont transparentes pendant la première seconde (impression ‘spectrale’) puis le nouveau Méliès se matérialise en s’installant à côté du précédent. Le rendu des surimpressions n’est cependant pas parfaitement ‘compact’, mais Méliès atténue ce défaut grâce à une astuce scénaristique (la recomposition du corps unique, avec les doubles fusionnant en rythme). Ensuite il a recours à la pyrotechnie et revient à la pure tradition illusionniste.

Cet effet issu de l’exposition multiple de la photographie sera ré-exploité de façon plus remarquable dans Le Mélomane (1903), où la réserve au noir se rétrécit à l’écran et les éléments de décors sont nombreux.

Note globale 70

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Suggestions…

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JEANNE D’ARC (1900) *

3sur5 Dans ses films d’actualité (L’Affaire Dreyfus et Le Sacre d’Edouard VII), Méliès résume une série d’étapes ou d’événements en quelques minutes. Avec Jeanne d’Arc, il retrace la vie de la pucelle d’Orléans en douze tableaux, soit autant de scènes. Du haut de ses dix minutes, le film est alors l’un des plus longs présentés au public.

Malgré son envergure de ‘superproduction’ archaïque, il fait partie des moins bons de Méliès, qui aura rarement livré un résultat si creux, au niveau de l’écriture et de la portée émotionnelle. Aucun autre protagoniste que Jeanne ne joue de rôle continu (ils viennent digérer leurs fonctions) et elle-même reste à l’état de pantin. Les centaines de figurants ne sont donc pas d’un grand secours, sauf pour montrer qu’on a de l’ambition. L’absence d’intertitres achève de retirer à la séance l’essentiel de ce qui aurait pu faire sa pertinence – cependant un bonimenteur accompagnait les projections d’époque, chose courante à l’époque du muet (avec les accompagnements musicaux, officieux et au piano en général – L’Assassinat du duc de Guise est un des premiers cas où une musique spécifique et surtout exigeante a été commandée, mettant Saint-Saëns à contribution). Selon le compte-rendu qui en est parvenu, le secours apporté par ce bonimenteur était médiocre et douteux, écorchant les noms.

Les décors renvoient à un imaginaire prestigieux, mais les qualités esthétiques d’ensemble valent autant sinon moins que celles des autres opus situés dans le passé, où perce un penchant pour l’Art nouveau ; Le Diable au couvent et surtout Barbe-Bleue sont autrement éloquents. Seuls ces cartons évoquent le Moyen-Age. Le fondu à la fin, s’il est bien d’époque, souligne la modernité de Méliès, par contre les superpositions sont moins réussies et le feu final n’est pas plus convaincant que l’effet assuré pour Éruption en Martinique (1902). Si Jeanne d’Arc peut interpeller c’est grâce à ses couleurs spécifiquement. Les images ont été peintes à la main (probablement dans l’atelier d’Elisabeth Thuillier, collaboratrice habituelle) : une espèce de sépia tout en contrastes (jusqu’au verdâtre), complété par de nombreux costumes ou ornements blancs, dorés, rouges et bleus (ou leurs déclinaisons).

Jeanne d’Arc est resté perdu jusqu’en 1982. Ce film est le troisième, actuellement recensé, à avoir porté l’héroïne à l’écran, quoique Méliès aurait prétendu selon certaines sources l’avoir tourné dès 1897, ce qui en ferait un opus très décalé par rapport aux autres à ce stade (il a commencé son cinéma en février 1896 avec Une partie de cartes). Georges Hatot a présenté en 1898 Exécution de Jeanne d’Arc et les Lumières ont diffusé Domrémy l’année suivante. Néanmoins la contribution de Méliès est éclairante et catégorique sur un point : la récupération de Jeanne d’Arc est une constante. Méliès l’agnostique (qui a tourné en dérision les charlots auxquels son artisanat était comparé, notamment via Évocation spirite) a une représentation de Jeanne d’Arc éloignée de celle de l’Église catholique et même éloignée des faits avec cet ultime tableau, ‘l’apothéose’.

Note globale 52

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Suggestions… La Passion de Jeanne d’Arc/Dreyer 1928 + Le Procès de Jeanne d’Arc/Bresson + Jeanne d’Arc/Besson

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LE DÉSHABILLAGE IMPOSSIBLE (1900) ***

4sur5 Avec son tour de magie, Escamotage d’une dame au théâtre Robert Houdin (1896) fut le premier film à trucages de Méliès. Il s’y servait de l’arrêt-caméra pour simuler des apparitions/disparitions. Ce sera le principal outil de sa carrière, pour des transformations ou des mouvements soudains, servant notamment l’illusion de ‘fantômes’ dans Le manoir du diable. D’autres procédés concernant les transitions ou liés au split-screen seront exploités, aboutissant notamment à des surimpressions éloquentes où Méliès se multiplie (L’Homme-orchestre) ou cohabite avec des faces de rechange (Un homme de têtes, L’Homme à la tête en caoutchouc).

Le Déshabillage impossible se passe de tous ces raffinements et reprend la technique fondamentale introduite dans Escamotage. L’arrêt-caméra sert maintenant à enchaîner les plans d’un homme restant habillé malgré ses efforts, comme s’il était victime d’une farce magique. La nervosité du montage assure le divertissement, la promptitude du comédien (aucune transition ‘décalée’) donne du crédit à cet étrange phénomène. Le seul défaut est la similitude des costumes, qui atténue un peu l’ampleur du maléfice, cependant le scénario sait relancer la machine. C’est de l’absurde systématisé, arbitraire et mesquin. S’il est plutôt confidentiel, cet opus est une démonstration d’efficacité de la part de Méliès ; particulièrement drôle avec une pointe de l’humour ‘trickster’ dont Le locataire diabolique (1909) sera une plus forte expression.

Note globale 71

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LA DISLOCATION MYSTÉRIEUSE (1901) ***

4sur5 Opus original dans la carrière de Méliès, où le démembrement -toujours joyeux- est poussé à son paroxysme. Devant un décors caverneux, un genre de clown (interprété par Andrée Deed) épice son numéro en envoyant ses bras puis sa tête accomplir des besognes aux alentours. Toujours aussi sûr de lui, il se met à danser et ses jambes, ses bras et sa tête se détachent de son tronc. La seule chose qui l’inquiète et le pousse à se re-solidariser avec ses morceaux, c’est leur sens du rythme catastrophique.

Avec ce film Méliès se frotte à la pantomime et au splapstick silencieux. Le mime professionnel recruté a l’honneur de se faire virtuellement triturer et décapiter, privilège que se réserve normalement Méliès – et qui a été l’objet de son premier tour radicalement spectaculaire, celui d’Un homme de têtes (surpassé dans L’Homme orchestre et encore plus tard via Le Mélomane). Les effets spéciaux au service de cette Dislocation en font une des vues les plus merveilleuses et remarquables de Méliès, avec en bonus un humour efficace, même si pas à la hauteur du Déshabillage impossible (1901 aussi).

Note globale 72

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L’HOMME A LA TETE EN CAOUTCHOUC (1901) ***

3sur5 Cet opus compte parmi les principaux de Méliès (avec Voyage dans la Lune, Voyage à travers l’impossible ou son Vingt mille lieues sous les mers) car il contient un de ses trucages les plus impressionnants. Méliès a fait plus complexe, mais celui-ci a pour avantage d’apparaître massif. Les deux minutes se passent dans une salle avec Méliès en ingénieur fripon et sa tête de rechange posée sur la table ; il la relie à un tuyau de caoutchouc et la gonfle avec un soufflet (puis la dégonfle et fait venir un assistant à face de clown). La tête envahit l’écran jusqu’à exploser.

Pour obtenir cet effet Méliès s’est simplement déplacé par rapport à la caméra, en se servant au découpage de la technique de l’arrêt-caméra qui a fait sa réussite. La caméra est statique et la scène est un plan-séquence, comme de rigueur la plupart du temps chez Méliès et ses concurrents ; outre-Manche l’école de Brighton est en train de bouleverser cet ordre primitif (contributions déterminantes de Big Swallow et de La Loupe de grand-mère). L’Homme à la tête en caoutchouc amuse avec son style carnavalesque, son rythme enjoué et sa violence puérile, avec une feinte d’explosion toute en fumées (recours exploité plus timidement dans Le manoir du diable et Lune à un mètre en accompagnement d’apparitions). Il peut être perçu comme une extension d’Un homme de têtes (1898) où Méliès jouait du banjo à ses trois mini-moi.

Mais ici, plus de fond noir (commode pour les premières surimpressions audacieuse) [pour le spectateur] et hystérie différenciée ; il y a un atelier et le ton est pédagogique, les têtes bonus babillant dans l’euphorie ont cédé la place à une trogne de Méliès en train de faire le poisson. Si Méliès s’est régulièrement mis en scène dans ses propres films davantage que les Lumière (Partie d’écarté) ou George A.Smith (Baiser dans un tunnel), il a surtout cette particularité d’avoir tant instrumentalisée et arrachée son propre visage ; presque toutes les œuvres des premiers cinéastes sont sujettes aux redites (pas besoin d’auto-remake puisque la concurrence se charge de piller), Méliès n’y échappe pas et présentera notamment Une bonne farce avec ma tête (1904). Cette marotte se mélangera parfois à une autre plus prestigieuse, la Lune.

Note globale 68

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LE VOYAGE DE GULLIVER (1902) ***

4sur5 Projeté la même année que Le Voyage dans la Lune (1902), Le Voyage de Gulliver est une des plus belles réussites de Georges Méliès. C’est la première adaptation du roman de l’irlandais Swift (écrit en 1721), Gulliver’s Travel, qui en connaîtra des dizaines parfois très ambitieuses par la suite, souvent sous forme de dessin animé (version russe de 1935, japonaise de 1965). Le voyage de Gulliver est présenté en quelques moments-clés, sur quatre étapes, pour un résultat limpide, agité et entraînant.

Méliès y utilise de nombreuses techniques avec soin et intelligence, en plus de faire exulter son bric-à-brac habituel. La rencontre des géants et des lilliputiens donne à Méliès l’opportunité de jouer avec les échelles de plans. Les surimpressions permettent de faire cohabiter les différentes créatures et les installer dans des contextes ‘contre-nature’, avec quelques défauts de stabilité dans le cas du repas de Gulliver. Méliès avait déjà eu recours à la surimpression en 1901 pour un cauchemar dans Barbe-Bleue et pour Un homme de têtes dès 1898 (incrustations des têtes sans corps). Plusieurs transitions prennent la forme de dissolutions (très rapides, toujours grâce à l’arrêt-caméra), moyen plus subtil (et ‘chargé’) que le fondu in/out.

Le film implique de nombreux figurants, costumes, avec quatre scènes aux décors différents. Il fait partie de la minorité de muets en couleurs, étant colorisé à la main en post-production. Toutes les images ont subies le même traitement, ce qui rehausse l’intérêt du film par rapport à ses concurrents (et creuse la distance avec le démonstratif mais plombant Alice in Wonderland de 1903). Le Voyage dans la Lune lui-même était alors sorti en noir et blanc : sa version en couleurs date des années 1990. Le pochoir arrivera en 1904 et deviendra mécanisé en 1907-1908. Il sera d’abord utilisé par Pathé, un des premiers studios de cinéma produisant des divertissements en masse, bientôt concurrencé par Gaumont et les séries de Feuillade (Les Vampires, Fantômas, Judex).

Note globale 73

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ÉRUPTION VOLCANIQUE A LA MARTINIQUE (1902) **

2sur5 L‘éruption de la Montagne Pelée en 1902 était la plus mortelle depuis celle du Vésuve à Pompéi en 79 après Jésus-Christ, avec 30.000 engloutis le 8 mai (pour trois rescapés). Elle est restée la plus meurtrière du XXe siècle et ses nuées ardentes ont continué à se répandre pendant plus de trois ans. Georges Méliès rend compte de cet événement presque immédiatement dans un film qui a intéressés les spectateurs américains un peu avant qu’il ne réalise Le Sacre d’Edouard VII et Le Voyage dans la Lune.

Cette simulation est des moins impressionnantes. Le tour consiste à diffuser une fumée pour imiter les nuées ardentes (avec une avalanche finale d’à peine une seconde, sans doute à base de cendres ou de sable). La montagne et un groupe de maisons en guise de village sont représentés en modèle réduit, avec le résultat d’une quelconque explosion étalé dans le faux ciel. Ce sera le seul mouvement sur toute la minute, avec les va-et-vient de l’eau en bas de l’écran. L’amas de bibelots a plus de charme que ce tour pyrotechnique, catégorie d’effets secondaire chez Méliès. Normalement il recoure aux fumées pour assurer des transitions ou souligner quelques gestes, pour un résultat d’une intensité souvent faible (Barbe Bleue) ou moyenne (Le diable au couvent), rarement forte (L’Homme à tête en caoutchouc et Le Locataire diabolique).

Méliès n’en était à sa première reconstitution d’actualités puisqu’il avait déjà réalisé L’Affaire Dreyfus et tourné dans la foulée La catastrophe du ballon Le Pax (pour un événement survenu le 12 mai à Paris – film perdu). En outre, Éruption volcanique à la Martinique, bien que dérisoire, est peut-être le premier film-catastrophe, après que Méliès ait probablement présenté la première fiction horrifique (La Maison du diable en 1896), le premier film érotique (Après le bal en 1897) et le premier film partisan sur un cas politique et polémique en cours (L’Affaire Dreyfus en 1899) ; en tout cas pour la France.

Note globale 45

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LE COURONNEMENT DU ROI EDOUARD VII (1902) ***

3sur5 Ce film marque une des rares occasions pour Méliès de ranger au placard les trucages et fantaisies qui font la richesse de son œuvre. Il s’agit d’une simulation et non d’une prise de vue en direct, comme l’était le premier long-métrage (cas isolé) The Corbett-Fitzsimmons Fight (1897), match de boxe retransmis passivement. Le film a été conçu juste avant le couronnement, pour être diffusé le jour de son exécution, le 9 août 1902 (et projeté deux semaines plus tard aux USA). Il condense les plusieurs heures de cérémonie en cinq minutes, montrant les étapes essentielles inscrites dans le protocole.

Dans la réalité, certaines parties ont été coupées ou abrégées à cause du mauvais état de santé du nouveau roi (fils et successeur de Victoria), sortant d’une opération de l’appendicite qui a décalé de deux semaines le couronnement (et la sortie de ce film). Soutenu par le producteur Charles Urbain, Méliès a tourné en extérieur à côté de son atelier à Montreuil, en organisant une reconstitution partielle de la cathédrale de Westminster. Une quarantaine de figurants ont été recrutés et les décors passés à la trappe ont été exploités sur des films ultérieurs. Comme dans Le diable au couvent (1899) le film comporte un décors unique et le tableau qui fait face jouit d’une pseudo-profondeur de champ crédibilisant l’opération, la présence de témoins sur des balcons renforçant l’illusion.

Cependant le langage théâtral de Méliès (un seul plan d’ensemble fixe, avec toute la pauvreté émotionnelle et esthétique possible d’une prise ‘moyenne’ sur le côté) sert peu sa cause dans le cas présent (même si les efforts visuels et l’accompagnement musical compensent). L’absence de ‘trucs’ expose doublement ce film à la déception, ennuyant facilement les amateurs du Voyage dans la Lune ou de l’Homme de têtes, frustrant ceux qui s’attendaient à un semi-reportage éloquent ou à vivre une expérience solennelle. Malgré les critiques et le dédain de certains gardiens, le film connu un grand succès à l’international, facilitant celui du Voyage dans la Lune, sorti le 1er septembre en France avant de se répandre et fournir une image séminale du cinéma mondial.

Ce film est une anecdote forte, mais n’est pas le premier cas dans son genre. Il y a déjà eu des films où paraissaient des hommes d’État et même déjà des sacres. En septembre 1896, McKinley at Home est le premier film où apparaît un Président – William McKinley quelques semaines après son accession au poste suprême. Quatre ans et demi plus tard Edison encadrera le film documentaire en deux parties President McKinley Inauguration, retraçant sa seconde investiture, avec passage au Capitole puis prestation sous serment. En 1896 encore, Charles Moisson (collaborateur des frères Lumière) réalise Le couronnement du tsar Nicolas II.

Note globale 63

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Suggestions… Le Triomphe de la Volonté

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LE MÉLOMANE (1903) ***

4sur5 Avec Le Mélomane, l’art de la surimpression par Méliès est à son apogée. Elle l’a déjà flirté à de multiples reprises, mais Le Mélomane se distingue par le plus grand nombre d’expositions multiples (la tête six fois reproduite, ex-aeco avec L’Homme-orchestre) associé à l’organisation d’un décors contrefait impliqué dans le tour. Méliès fait l’usage le plus insolite de sa tête détachée (son héroïne avec la Lune, mise à profit dans Un homme de têtes et L’Homme à tête de caoutchouc). Les six bouilles catapultées deviennent les gros points des notes de musique sur un fil électrique transformé en partition de géants.

Cette manière folle, sensuelle, d’écrire une musique et d’orchestrer renvoie à l’intention de trouver à l’écran un équivalent du style musical – ce qui était une des frustrations du muet (déjà déniée par Le Joueur d’accordéon (Le Prince 1888) à l’époque des pré-films). La lenteur de la démonstration gêne peut-être cette aspiration, mais la pesanteur du détail et des étapes est légitime. En revanche la poésie vaguement macabre et démiurgique de l’homme du théâtre Robert-Houdin se répand avec allégresse. Pour y parvenir, Méliès a mené une élaboration laborieuse, avec des dizaines de collages, mais sa technique est affûtée comme rarement elle l’a été (l’exploitation de la réserve au noir est moins évidente), ce qui donne une impression de pleine maîtrise devenue ‘naturelle’. Le ton est euphorique, emmené par la fougue ordonnée du professeur Méliès, à la marche burlesque voire cartoonesque, finalement imitée par sa chorale féminine.

Cet opus fait partie des plus ‘inclusifs’ (par sa pédagogie) et des plus éblouissants pour le spectateur. Si Méliès tient souvent moins bien sur les ‘longues’ durées (les Voyage dans la Lune et à Travers l’impossible en attestent, Barbe-Bleue le dément un peu et Le Locataire Diabolique clairement), sur des durées ‘moyennes’ de deux à cinq minutes il peut facilement déployer une grande énergie et déployer une mécanique relativement complexe – ou un torrent d’actions, ce qui masque ses qualités impropres de raconteur (quoiqu’il y excelle facilement mieux que ses concurrents, à ce stade). La Lune à un mètre en attestait dès 1896, Le Diable au couvent (1899) à plus forte raison ; Le Manoir du diable un peu moins malgré son ambition, à cause d’une lisibilité modérée et parce qu’il se bornait à agiter des gadgets, sans avoir le semblant nécessaire de continuité, donc d’élasticité à montrer face aux obstacles.

Depuis 2011 le film est souvent diffusé avec la musique de Lawrence Hérissey, de la famille de Méliès. À l’époque où sortait Le Mélomane, de tels accompagnements étaient fréquents dans les salles, mais généralement informels ou approximatifs par rapport à l’écran (comme le morceau de Air collé au Voyage dans la Lune à sa remastérisation en 2011). L’Assassinat du duc de Guise en 1908 n’est peut-être pas le premier film français sorti avec une musique spécialement créée pour lui, mais c’est le premier pour lequel on l’a commandée et exécutée de manière officielle – et c’est une contribution prestigieuse puisqu’elle est consentie par Camille Saint-Saëns, le compositeur du Carnaval des Animaux.

Note globale 75

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LE RÊVE DE L’HORLOGER (1904) **

3sur5 Cet opus fait partie des petits Méliès, sans descendre au niveau de son premier essai, Une partie de cartes (1896 – reprise de Partie d’écarté des Lumière) et en gardant l’ascendant sur la majorité des ‘vues’ prises par les Lumière. Le réalisateur interprète l’horloger que nous suivons dans son rêve, où il rencontre trois jeunes femmes à son goût. Lorsqu’il tente de les saisir, elles disparaissent et lui se réveille.

Techniquement ce film est accompli. Méliès utilise des fondus pour les objets et personnes en transition, ce qui est plus subtil et esthétique que le recours à la pyrotechnie ou les brusques collages déduits des arrêts-caméra. Les décors comprennent quelques ornements pompiers et loufoques, renvoient à une espèce de débauche de cirque irréaliste, ce qui flatte le parti-pris onirique. Cependant le scénario est ‘cheap’, les attitudes et comportements des personnages stériles pour la triplette et un peu limite pour l’horloger. Transformations mises à part, c’est maigre même pour à peine trois minutes.

Le Manoir du diable (1900) n’était pas plus épais mais il expérimentait, avait des ambitions hautes. Dans les deux cas les personnages sont absorbés par l’instabilité surnaturelle de leur environnement, mais la distance du spectateur dans Le Manoir servait mieux le déballage fantastique. Le rêve de l’horloger est un court de qualité mais le bric-à-brac semble éteindre le reste cette fois, le film se resserrer sur son seul gadget : il n’y a pas d’épilogue comme dans L’Homme à la tête en caoutchouc ou Le déshabillage impossible, ni de variété comme dans la minute de l’Homme de têtes. Enfin le rêve et son objet renvoient à Let me dream again (1900), comédie de George A.Smith (école de Brighton).

Note globale 61

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LES 400 FARCES DU DIABLE (1906) ***

4sur5 À la base, Méliès était un magicien et fournisseur de divertissements forains. Il est passé au-delà très rapidement lorsqu’il s’est lancé dans le cinéma. En 1902, outre son film-phare Le Voyage dans la Lune, la reconstitution ‘anticipée’ du Sacre d’Edouard VII, avec le soutien de Charles Urban, témoigne de l’avancement qu’il a déjà pris. En 1906 cependant, il est monté sur la pente descendante (bien qu’il s’apprête à construire un second studio), qui le conduira à la ruine et à l’abandon de sa carrière, après l’avoir achevée dans les mains de Pathé (1911-12).

Il réalise alors Les Quatre-cent farces du diable, film de 17 minutes (c’est encore colossal, les ‘longs-métrages’ sont des exceptions) qui est un peu son Lost Highway, ou un testament artistique précoce en forme de blockbuster personnel. Ces 400 farces mettent à jour l’ensemble des trucages et des techniques exploités jusqu’ici par le cinéaste, avec une débauche d’effets, de figurants et une dizaine de décors et scènes différentes. L’image est partiellement colorisée et la fibre burlesque mobilisée. La figure du Diable et le trope du pacte faustien, éléments récurrents chez Méliès, forgent à nouveau l’intrigue (c’est parfois Faust tout court, avec des adaptations directes : Marguerite/1897, Damnation/1898, Aux enfers/1903, Docteur/1904).

Ce film marque le point culminant du versant fantasmagorique de l’œuvre de Méliès, avec Le chaudron infernal (1903) – il y est passé aussi dans Le diable au couvent (1899). Le terme désignant à la base des spectacles où apparaissent des fantômes ou d’autres créatures surnaturelles de cet acabit (et pas un simple Satan ou une Lune malfaisante). Il en est également un dans l’onirisme grâce à la course de la voiture céleste. L’an suivant L’Éclipse du Soleil en pleine Lune ira plus loin et plus fort, en offrant dix minutes de fantaisies avec les astres. La multitude d’acteurs ne se contente pas de gesticuler avec fièvre comme dans d’autres opus fameux (de Méliès comme du muet), l’agitation est concrète et efficace.

Cependant le film garde les point négatifs récurrents quand Méliès dépasse la série de tours unique : certains temps sont démesurés (pour préparer le voyage ou pour admirer). Le rejet du réalisme, quasi-total ici contrairement au Voyage à travers l’impossible, rend cette tendance d’autant plus prégnante. La féerie continue de séduire, ou ses beaux morceaux d’interpeller si on est froid, mais les flottements de Méliès en tant que narrateur sont mis en relief. Enfin, pour créer tout ce défilé, Méliès a puisé en partie son inspiration dans des représentations du théâtre du Châtelet (peut-être le principal centre d’attention de cet auteur, piraté et pompé par les adversaires bien plus que l’inverse – même s’il s’est lancé avec un pastiche des Lumière, Une partie de cartes).

Note globale 71

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L’ECLIPSE DU SOLEIL EN PLEINE LUNE (1907) ***

4sur5 Avec cette Éclipse en pleine Lune, Méliès approfondit sa veine féerique. Il y développe un sens du comique ‘collégial’ plutôt que celui gentiment noir ou burlesque habituel. De nombreux éléments typiques (script et motifs) sont repris mais conduits de manière plus souple et experte à la fois, puisque Méliès a déjà onze ans de carrière dans les vues animées avec trucages (démarrées par Escamotage d’une dame). Le sérieux et l’érudition de l’astronaute sont tournés en dérision, son autorité sapée à la fois par des révélations extraordinaires (contre-nature) et la fougue candide du troupeau d’élèves ; contrairement aux spécialistes de La Lune à un mètre ou du Voyage à travers l’impossible, ce vieux barbu-là finira par renoncer.

Des images du film seront reprises en 1995 par David Mallet pour réaliser le clip de Heaven for Everyone de Queen. Elles sont mélangées à des extraits de Voyage dans la Lune et Voyage à travers l’impossible, deux des plus ambitieux de Méliès en terme de décors. Cette Éclipse présente moins de gadgets et d’aventures mais elles sont plus marquantes, car au lieu de montrer surtout l’extase des protagonistes devant leurs découvertes, Méliès orchestre cette fois un ballet onirique et loufoque, plein de sous-entendus libidinaux. Le fond noir fait office de ciel nocturne, occupé par un Soleil vicieux, puis par une foule de gens habillés à la mode antique et perchés sur des croissants de Lune ou des planètes miniatures. La pluie d’étoiles filantes comme explication de la chute de femmes sur Terre relève de l’explication pour enfants et du conte pour adultes. Les spectateurs en quête de sens cachés seront comblés.

Note globale 73

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Suggestions… (Méliès 1907) https://www.youtube.com/watch?v=zJGRlc4kzTs

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Autres films importants de Méliès :

  • Une nuit terrible (1896)
  • 1897 : L’hallucination de l’alchimiste ; L’Auberge ensorcelée ; Bombardements d’une maison ; Faust et Marguerite ; Sur les toits ; Entre Calais et Douvres
  • 1898 : La damnation de Faust ; Guillaume Tell et le clown ; La tentation de Saint Antoine ; Illusions fantasmagoriques ; Le magicien ; Visite sous-marine du Maine
  • 1899 : Cendrillon ; La danse du feu
  • 1900 : Le savant et le chimpanzé ; Nouvelles luttes extravagantes
  • 1901 : Le réveil d’un monsieur pressé ; Le rêve du Radjah/La forêt enchantée ; Rêve de Noël ; Le repas fantastique ; Le chapeau à surprises ; La chrysalide et le papillon ; L’antre des esprits
  • 1902 : L’Homme-mouche ; Le diable géant ou le miracle de la madone
  • 1903 : La guirlande merveilleuse ; Illusions funambulesques ; Le monstre ; La Lanterne Magique ; Faust aux Enfers ; Le Royaume des fées (16 minutes) ; Le Cake-walk infernal ; Le chaudron infernal
  • 1904 : Une bonne farce avec ma tête ; La sirène ; Le baquet de Mesmer ; Les cartes vivantes (1904)
  • 1905 : La légende de Rip Van Wankle ; Le palais des mille et une nuits (23 minutes)
  • Vingt mille lieues sous les mers (1907) : une des nombreuses adaptations du roman de Verne, même pas la première.
  • Les hallucinations du baron de Munchausen (1911)
  • A la conquête du Pôle (1912) : d’une durée de 31 minutes.