BILAN ANNÉE 2014 – CINÉMA

1 Jan

Deux fois plus de sorties de l’année vues qu’en 2012 et 2013 ; et les 4sur5 vont au-delà du Top10 (alors que celui-ci contenait de gros 3). Sept films atteignent le 8/10, cinq les **** et il y a peu de notes médiocres. C’est donc une excellente année, même si, pour la troisième consécutive, il n’y a pas de 5sur5.

Tout le long de 2014, ce top a été constitué en direct sur SC:  http://www.senscritique.com/top/Top_Films_2014/391821

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1 – EASTERN BOYS **** (83)

Vers le sud évoquait le tourisme sexuel, avec Rampling, la bourgeoise irréprochable et ses vacances annuelles. Sens inverse dans Eastern Boys, la marchandise est importée.

Pour la transaction, la démarche reste individuelle naturellement : mais ici, le système est mis en branle à cette fin, la collectivité et ses institutions organisent le désordre d’où les bourgeois consuméristes et tolérants tirent le meilleur parti, car eux ne s’exposent pas, mais peuvent ajouter à leur vie rangée la décharge sensorielle bouclant le tout ! Attention, Eastern Boys n’est pas du tout une croisade ou un film moraliste. C’est un objet téméraire, doucereux sur la forme mais d’un cynisme démesuré.

Inconfortable idéologiquement parce qu’il ne se situe pas, Eastern Boys préfère apporter un point de vue complet et contrasté. Il ne nie pas l’attractivité de cette configuration amorale, il est même l’accomplissement cru et réaliste des fantaisies qu’elle permet. Il rend tous les acteurs responsables et coupables, puis aussi victimes, éventuellement par leur faute. Daniel (Olivier Rabourdin) est un personnage haïssable inspirant autant l’empathie que la condescendance, voir le dégoût.

2 – GONE GIRL **** (81)

C’est par les apparences seules que les protagonistes peuvent faire avancer leur jeu et la vérité n’a plus aucune valeur, au point qu’un innocent lui-même doit se considérer comme un coupable pour marquer des points. Gone Girl montre doublement (sur les auteurs et sur les protagonistes) les bénéfices de l’amertume à l’égard d’une réalité hideuse ou sournoise : celle-ci booste autant la paranoïa que la combativité. Lorsqu’on est piégé et pour de bon, il reste toujours de nombreuses possibilités : la contrainte permet de faire certaines économies ; et de gagner, tant que la violence, le calcul et la manipulation restent muets et invisibles.

3 – MINUSCULE : LA VALLÉE DES FOURMIS PERDUES **** (80)

Tout le potentiel de la série, perpétuellement contenu, réprimé, tend ici à s’épanouir librement ! Grâce au format long, les blocages sautent. Les auteurs se permettent de développer une intrigue ambitieuse, de vrais enjeux, tout ce qui manquait et aurait pu suffire à faire de la série un enchantement : car pour cela, le casting et le visuel sont déjà au point. Le mélange de prises de vues naturelles et d’animation 3D est toujours au rendez-vous, avec une plus grande variété de paysages et un élément exulté qui n’avait jamais tant occupé l’espace : le ciel.

Les plans généraux se multiplient avec bonheur. La Vallée des Fourmis Perdues entre directement dans la liste des plus beaux dessin animé français, car à son esthétique intrinsèque s’ajoute une technique irréprochable. Le muet, sérieuse barrière, permet au contraire à Szabo, Giraud et leur équipe de laisser de côté tous les passages obligés plombants ou grossiers de l’animation, pour ne pas dire du cinéma tout court.

4 – LE LOUP DE WALL STREET **** (79)

Si le parcours de Belfort est scandaleux pour les hommes ordinaires, il l’est aussi pour les élites, jalouses mais néanmoins redevables envers celui qui assure la pérennité d’un modèle où chacun peut théoriquement devenir milliardaire.

Ce conflit (qu’on ne voit que par l’angle de Belfort le bouffon magnifique) marque aussi l’antagonisme entre le charisme et le pouvoir technique (la presse spécialisée, les héritiers qui n’ont rien à prouver) ou l’autorité légale (la brigade des fraudes, la justice) – toutefois tous les deux n’ont que de faibles moyens ou menaces à exécuter. Comme les gourous autoritaires dont il est pourtant antagoniste, DiCaprio s’engage souvent face à ses troupes dans des délires tribaux. Il est un jouisseur et un vainqueur, outrepasse les règles et cette transgression en fait un modèle d’émancipation dans le monde concret. C’est donc un leader totalement coupé du réel commun, puisque la réalité est celle qu’il choisit, un théâtre à sa mesure. Son orgueil sans limites lui donne le panache qui fait se lever des foules désireuses de marcher de ses pas, profiter d’un peu de sa puissance. S’il se dissocie du sort du lambda, son destin n’est pas marqué par l’élévation pour autant. En-dehors de la splendeur matérielle, c’est l’hystérie et le vide. Ces sentiments-là cependant n’ont pas le temps d’émerger puisque la jouissance est permanente.

5 – ORDURE ! – FILTH **** (78)

Radicalement excentrique, Ordure est un objet protéiforme, un torrent criard d’horreurs et de malveillances. Tout y est malpoli, clinquant et délectable. Une sorte de consultation vient interrompre les songes de Bruce, avec cet espèce de juge et conseiller, personnage issu d’un film de Terry Gilliam et passé en salle de shot avant de rejoindre le casting et délivrer sa parole omnisciente. Bruce Robertson est un de ces personnages bien psychosés, bien complets, comme il est difficile d’en créer. La performance de James McAvoy est impressionnante et très éloignée de son image : le petit académicien idéaliste du Dernier Roi d’Ecosse aurait été une merveilleuse alternative à Nicolas Cage dans le remake de Bad Lieutenant.

6 – HER *** (76)

Her se partage entre enthousiasme et dépression devant ce nouvel équilibre, où l’Humanité s’étend en même temps qu’un sentiment de vide infini. Cette romance audacieuse signe l’éternel retour de la difficulté à sortir de soi. L’époque, le contexte, la technologie, modifient la surface et la pratique, mais les mêmes désirs et malaises s’étendent. C’est une nouvelle variante de l’amour, la révolution se trouve dans son expression, celle-ci a liquidé la sensualité.

Humble et visionnaire, Her regarde notre avenir sans prophéties de malheur, en anticipant un espace-monde consumériste, douillet, limpide. Un espace pacifié où les frustrations se taisent et peuvent se régler rationnellement. Dans la mesure des effets de l’abondant catalogue de corrections superficielles à disposition.

7 – WRONG COPS *** (75)

Le monde des Wrong Cops est un territoire où le nihilisme a gagné depuis longtemps : il est tellement installé qu’il n’y a plus ni rêves ni cauchemars. Par conséquent, il n’y a pas de déraillements : ce monde est déraillé. Alors Dupieux le filme avec le sérieux absolu qui lui convient, dépassant la prise de conscience de la farce pour l’accepter comme un illuminé stoïque et décontracté. Il n’y a pas de sincérité, il s’agit de vérité totale : tout est normal et limpide, un ‘premier degré’ sans contenu a été intronisé par la Nature et il a tout enveloppé.

8 – LA CRÈME DE LA CRÈME *** (73)

Une nouvelle fois Chapiron excelle dans sa direction d’acteurs et le film brille autant par ses qualités d’écriture que par l’intelligence des portraits et tous ces tics très évocateurs manifestés par les personnages. Chapiron arrive à représenter la réalité avec une précision troublante, tout en restant un cinéaste (et pas un documentariste, même poétique façon Kechiche). Le film est parfaitement équilibré, sans graisses inutiles, ne sombre jamais dans le racolage qui lui tend les bras. Chapiron ne s’étend pas sur les détails graveleux et inutiles, il s’exprime clairement et sans galvauder son propos. Son cinéma est réfléchi et percutant, chargé de scrupules, pour le meilleur malgré les privations qu’ils impliquent.

8 – DU SANG ET DES LARMES *** (73)

La vocation du film n’est pas là et de toutes manières, il nous présente une déroute américaine. Mais avec des braves. La réalisation se concentre sur les épreuves auxquelles ils sont confrontés, avec les dilemmes moraux, diplomatiques et techniques se posant incessamment. Le point de vue est réaliste. Si ces hommes sont affichés comme des héros, ils sont d’abord normalisés et totalement soumis aux circonstances. Ils n’ont pas de « destin manifeste » en mesure de tromper la réalité.

Les spectateurs tombent et souffrent avec ces hommes et se confrontent à une représentation d’un conflit armé et physique tel qu’il peut être aujourd’hui et pour des hommes impliqués dans le combat direct. Il n’y a aucune sorte de manichéisme et Peter Berg s’engage même à présenter les Afghans tels qu’ils sont, par le regard du dernier survivant, qui perçoit leur mode de vie, leurs traditions ; celles-là qui justement lui valent d’être sauvé, car là encore derrière le conflit orchestré et les groupes engagés dans leur mission en dépit des risques concrets, se trouvent des individus réels, dont la haine ou la violence ne sont pas gratuites. Bien sûr, Du sang et des Larmes demeure un film états-uniens et c’est la situation des siens qui importe en premier lieu, pour autant l’emphase est au service de la vraisemblance et du concret, d’aucune sorte de mystification. Voilà un spectacle faisant honneur aux soldats et aux guerriers, quand l’idéologie ou la politique ont désertés et que des gens font ce qui est indépassable : ils font le boulot, quand d’autres sont confortablement en train de somnoler et peut-être d’en récolter les fruits, avec éventuellement l’impudence d’émettre de petites réserves morales.

8 – OLDBOY / Spike Lee *** (73)

Oldboy 2014 n’est pas un film sérieux, ni tellement ambitieux, c’est juste une pure jouissance de spectateur. Il tend toujours vers le kitsch, notamment dans la dernière partie, mais avec une virtuosité et un génie rythmique que la grande majorité des productions auront raison de jalouser, même celles les plus tournées vers l’exploitation ou le genre.

11 – THE RAID 2 *** (72)

Parmi les nombreuses scènes de baston, celle avec Mad Dog (le clochard) est une des plus captivantes vues ces dernières années. Les personnages, même de premier plan, valent comme archétype de tragédie pulp. C’est d’une grâce badass totale.

Le flirt avec le cartoonesque est tel qu’à plusieurs reprises, des groupes d’une dizaine d’hommes peuvent affronter une personne survitaminée pour probablement y perdre la vie. La légère frustration d’assister à un produit si creux étant compensée par l’énergie impressionnante de la réalisation et de ces scènes de combats.

11 – COLDWATER *** (72)

Pas d’intériorité dans ce cinéma, où chaque élément est intégralement soumis à l’environnement. Tout s’assimile avec succès grâce au soin remarquable accordé à cette surface démonstrative. Coldwater est raide, creux même, mais il va au-devant de la violence pour réussir une combinaison curieuse de force et de placidité. Donnée annulant globalement son statut de plaidoyer – ou alors Mysterious Skin est une propagande contre la pédophilie. Coldwater est l’extraversion éthérée faite film, c’est son unique et inépuisable richesse.

11 – DALLAS BUYERS CLUB *** (72)

Les questionnements moraux sont absents du film car il déroule son histoire le plus naturellement du monde. Dallas Buyers Club est une épopée concrète, simple, avec des mortels. Caméra à l’épaule et peu d’artifices au rendez-vous, clé d’un tournage express d’à peine un mois, soit digne d’une série B. Le film plaît aussi car il exprime une authentique sympathie pour les minorités et les opprimés en action.

11 – LE VENT SE LÈVE *** (72)  >71

Jiro est peut-être un égoïste amoral, c’est surtout un doux rêveur caractéristique. Si le contexte historique est d’abord une toile de fond pour Miyazaki, l’auteur prend parti à sa façon. Jiro Horikoshi a bien existé et fut effectivement le concepteur du Mitsubishi A6M Zero, chasseur-bombardier utilisé pour laminer les ennemis du Japon. Mais le Jiro de Miyazaki n’est pas un partisan du régime, c’est un inventeur passionné, dévoué à ses proches mais manquant de vision, pour ne pas dire d’intérêt, envers tout ce qui le dépasse.

La société d’avant-guerre est décrite avec finesse par Miyazaki, celui-ci préférant étaler une grande richesse de sentiments à un point de vue social ou politique avancé. Son propos à ce niveau se fait nuancé : le Japon de l’époque investi des sommes colossales pour son équipement militaire, mais n’en demeure pas moins en retard et les protagonistes ne manquent pas de le rappeler. L’encadrement est sévère mais malgré la crise et la suspicion, l’optimisme bonhomme et la sensibilité de Miyaziki lui font imaginer un monde rempli de gens bienveillants. Jiro lui-même est un petit héros simple, agissant sans rien demander en retour, ni même être vu ou cité pour ses contributions.

15 – L’ENLÈVEMENT DE MICHEL HOUELLEBECQ *** (69)

L’ennui objectif de Michel et ses acolytes laisse du terrain aux petites expérimentations et causeries. Il n’y a qu’a piocher des morceaux, ils sont de plus en plus savoureux. Le génie avachi de Michel irradie.

15 – MISTER BABADOOK *** (69) >68

Jennifer Kent fait subtilement basculer le point de vue. L’approche est inquiétante, les réactions d’Amelia sont à la fois gênantes et de plus en plus grotesques. Cette attitude semble toujours explicable a-priori mais personne ne saurait soupçonner l’enfer vécu et l’intensité de la confusion subis par Amelia et Samuel. Pour installer ceux-là, le film souscrit passablement au classicisme du moment (début des années 2010) à base de maisons hantées (Mama, SinisterConjuring).

Il apporte à ce sous-genre, dont il emploie des effets typiques, une référence valorisante tout en s’autonomisant grâce à la sensibilité de son auteure. Le film évoque mieux encore ces portraits très lourds de personnages féminins malades comme l’horreur peut parfois en fournir, où l’anxiété et les tourments dominent voir orchestrent les affaires a-priori surnaturelles. 

15 – MAPS TO THE STARS *** (69)

Avec Maps to the Star, Cronenberg donne sa représentation de l’Hollywood auto-consumériste. Schrader en a donné sa version la plus directe cette même année (The Canyons), Lynch huit ans auparavant (Mulholland Drive), Billy Wilder dès 1950 avec Boulevard du Crépuscule. Ajoutons l’oeuvre de Bret Easton Ellis, auteur de Moins que zéro et nous avons les connexions nécessaires pour situer le film de Cronenberg. Sorte de film choral resserré, Maps to the Star dresse le portraits de quelques  »stars » abîmées ou à la vocation absurde, présente leur cour, amalgame de langues de putes machiavéliques, de pervers démoralisés et de névrosés dépendants, où se trouvent parfois des individus très jeunes.

15 – DANS L’OMBRE DE MARY – LA PROMESSE DE WALT DISNEY *** (69)

Le portrait dépasse la simple caricature de la vieille auteure aigrie (même si on y passe et s’en amuse). Ce qui fait la richesse du personnage ce sont ses fortes valeurs, ses règles personnelles, sa démarche normative permanente, son exigence et sa froideur théâtrale mais sincère, instinctive. (…) C’est aussi l’occasion de constater qu’Emma Thompson est une des seules actrices de son temps à oser vieillir. Le choix de cette actrice est ironique puisqu’elle avait incarnée la nounou dans l’adaptation de Nanny McPhee en 2010. Mais cette fois il y a une profondeur derrière les principes.

À ce portrait vibrant s’ajoute l’esquisse de celui de Walt Disney, le père fondateur. Incarné par Tom Hanks il est gentiment égratigné, ne tenant pas toujours parole, mais son égocentrisme ne fait que nuancer la présentation d’un génie. En incorporant quelques critiques sur leur business et leur géniteur, les studios Disney se taillent une propagande en toute transparence. La fraîcheur de ce mélo et l’authenticité de l’héroine le valent bien.

19 – LE TRAITEMENT *** (68)

C’est un film dense et sans fioritures, à la fois calme, analytique et elliptique. En tant que produit de genre, il est très efficace et bien écrit. Dans ce qu’il soulève de thématiques psychologiques, il reste prudent, offre des représentations maniérées, loin des balises habituelles. La richesse des personnages et dans une certaine mesure de leurs troubles l’emporte sur l’intrigue au sens technique ; le « troll » à la toxine femelle est moins intéressant que ce qu’il réveille chez ses victimes et ses pourchasseurs.

19 – LES BRASIERS DE LA COLÈRE *** (68)

Malmené mais pas plus otage que les autres, il a l’opportunité et les ressources pour orienter son karma. Il faut juste en payer le prix, puis éventuellement allez vers des choix radicaux. C’est ce qu’il va faire en laissant, sans s’emballer, son énergie instinctive décider.

Cette conscience de la fatalité, ajustée par les hommes, se traduit dans la mise en scène par une temporalité elliptique voir relative. Cooper filme un destin ; et un destin n’est pas défini par séquences, il enveloppe toute la réalité d’un individu par-delà ses frontières sensibles. Très beau film sur la violence comme partie de l’équilibre pour chaque homme.

21 – UNDER THE SKIN *** (67)

Les interprétations seront légions, pourtant Under the Skin dit peu de choses et ce qu’il laisse entendre est pour le moins compassé. Le regard vide sur l’Humanité, sur l’homme atteint de la pathologie d’Elephant Man ; toute cette petite symbolique est bien pompeuse. La vraie richesse d’Under the Skin, c’est sa représentation de la solitude même pas métaphorique, à hauteur des instincts dépouillés, un peu comme dans Only God Forgives. Le défi d’être humain pour des passagers détachés, celui aussi d’occuper un corps dissocié du sien, comme lorsqu’on doit se rappeler qu’on habite cette peau-là.

22 – IDA *** (66)

Pawel Pawlikowski avance des idées généralement courtes, mais traduites dans un bel écrin, avec efficacité et précision. Au risque de sonner creux parfois. Pour certains ce serait l’âme du peuple polonais transfigurée ; aux concernés de confirmer ou pas. Néanmoins a priori ce n’est pas un Mariage de Maria Braun polonais. On dirait plutôt un poème, surtout visuel, sur une jeune fille schizoïde cherchant des points d’ancrages dans une réalité qui la méprise.

23 – GERONTOPHILIA *** (65)

Au lieu de présenter un passionné ou une espèce de fétichiste, LaBruce fait de son personnage un bienfaiteur paisible. Lake est loin de toutes tentations excentriques ou d’une curiosité charnelle appuyée. La Bruce a toujours représenté l’homosexualité de façon inhabituelle et provocatrice, peu compatible avec le gay lisse politiquement adéquat ni le gay tapageur politiquement exalté. Cette vision-là, plus spécifique, est à la hauteur de sa réputation.

23 – LES BOXTROLLS *** (65)

Il manque juste une histoire plus forte, plus.. adulte. C’est là le vrai problème. Nous avons déjà oublié que l’animation pour enfants est d’abord destinée : aux enfants. Et qu’elle peut engendrer de jolis produits même sans profondeur inouie. Il y a d’autres richesses que celles d’un Miyazaki ou d’un Pixar méditatifs.

25 – NIGHT CALL *** (64)

La nature sociopathe de Lou crée une distance avec les gens et donc le sujet, mais en même temps, voir ce personnage comme incarnation d’un monde proche permet de frapper fort. Sa réussite est aussi l’indice du caractère profondément menaçant de tout un système, en l’occurrence, les médias. C’est un point de vue assez désuet à l’heure où les menaces propres aux médias vont bien au-delà des ravages de la course à l’audimat : ce genre de considérations est toujours valable et le restera, mais s’y focaliser est d’une grande naïveté.

26 – LES POINGS CONTRE LES MURS *** (63)

Le scénario de Jonathan Asser est remarquable, même si tout se dégonfle au fur et à mesure. De ces riches pistes, McKenzie n’a pas grand chose à faire et le principal mérite concernant la mise en scène revient plutôt à son directeur photo. Il y a un sentiment de gâchis insidieux dans ces Poings contre les murs, rempli de balises envoyant des signaux très favorables, mais manquant de soutien dans l’exécution.

Déjà deux ans plus tôt dans Perfect Sense, McKenzie faisait d’une apocalypse morale à l’échelle mondiale un roman-photo fleur bleu. Starred Up reste animé par ses riches intentions, la réflexion de son scénariste et ses acteurs très charismatiques, surtout l’interprète d’Eric, Jack O’Connell (SkinsEden Lake).

27 – L’ÉTRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS ** (61)

Le spectacle est ultra-référencé, renvoyant à divers gialli bien sûr mais aussi à Tsukamoto, l’auteur deTetsuo et Bullet Ballet. Le résultat est assez frustrant et demande un abandon inconditionnel sans fournir suffisamment en échange, à moins d’aduler l’Art nouveau.

27 – MALÉFIQUE ** (61)

Autour d’elle, les personnages sont dégonflés. Les représentants du Bien standard échouent à résolver les situations inattendues ou complexes. Conformément à ce qui s’annonçait avec la mise en avant de l’ange noir, Disney prend le parti du méchant. Il banalise les postures manichéennes, ridiculise les ennemis du Mal en prenant acte de leur manque de substance : autrefois ce manque était là, à force de sentiments mielleux et convenus ; aujourd’hui, il participe consciemment au processus de création. Et de même, le  »méchant » est le plus humain, à la fois plus magnétique et plus profond que tous les autres protagonistes.

Maléfique va donc beaucoup plus loin que les précédents show où un méchant s’avérait admirable ; et surtout Maléfique ne rend pas son méchant plus charismatique et stimulant par inadvertance. C’était le cas par exemple pour Cruella par Glenn Close dans Les 101 Dalmatiens, personnage puissant et travaillé (mais chargé négativement, à l’époque), face à un cortège de gentils au tempérament plus lisse, limité ou traditionnel. Faut-il se réjouir de cette distanciation éprouvée par Disney sur ses propres modèles ? Elle confirme en tout cas, après La Reine des Neiges, l’abandon d’un certain absolutisme, de ce qui rendait son geste si pur et assuré. Autrement dit, Disney est une église en pleine crise identitaire. Voici venu le temps de la tempérance, où on accepte son impuissance à corriger le Monde et affine son idéal.

27 – THE CANYONS ** (61) 

Le spectacle est franchement agréable, servi par une direction artistique de haut vol (la photo de John DeFazio), mais Shrader et son équipe sont piégés par leur sujet. The Canyons est un peu comme ses protagonistes, surjouant la noirceur ou l’intensité alors qu’il est résigné et sans contenu. Dans un tel cas de figure, on se fait plaisir, on joue avec le feu, écrasés par la fatalité de toutes façons. The Canyons raconte bien ceci, ce manège de morts-vivants tirant parti de l’existence.

30 – DRAGONS 2 ** (60)

Dragons 2 est non-manichéen, il expose les points de vue et motivations des différents partis impliqués dans l’affaire. Il est bien ce genre de dessins animés que les enfants un tant soit peu blasés par les niaiseries dont on les abreuvent espèrent, à raison, de même que les publics plus âgés ou les spectateurs un peu exigeants. Toutefois la petite note un peu éculée sur la tolérance et l’au-delà des apparences est non seulement le fil directeur de la réflexion mais aussi sa conclusion. La mère d’Harold porte cependant toute la vertu du message : sortir des conflits mortels sans perdre l’énergie de l’activisme.

30 – ROBOCOP ** (60)

Les auteurs revendiquent un film autonome qui cherche la déférence à l’original en visant la qualité technique au sens large. Par conséquent, les deux films ont peu à voir, celui-ci est un reboot, en rien un remake. Faire écho au Robocop de Verhoeven consiste pour les auteurs à concéder quelques clins-d’œil aux fans et actualiser l’habillage.

Mission accomplie, car les aventures du brave Alex Murphy muté en Robocop donnent lieu à de belles parades numériques agrémentées de quelques promesses pour l’esprit, tenues d’ailleurs, mais c’est bien vers la performance pure que le film s’oriente. Et il en résulte un excellent divertissement, du cinéma pop-corn équilibré et intelligent. On pense un peu au travail de Neil Blomkamp, où une virtuosité pure et lisse gommerait sa candeur enflammée.

32 – 12 YEARS A SLAVE ** (59)

Si on est préoccupé par le sujet, on jugera le film « nécessaire ». C’est ce qu’il est tout au plus : nécessaire pour une cause. Pour le reste 12 years est limité et en tant qu’objet de cinéma, assez frustrant. Film à Oscars résolument conventionnel et bien-pensant, il est juste ça : un sujet illustré, décoré. Et à ces fins, Steve McQueen était un choix parfait. D’ailleurs la mise en scène est virtuose, limpide et lumineuse.

C’est bien d’elle que vient le supplément. Car puisqu’il s’agit de bien afficher la souffrance, le mieux à faire est de la rendre concrète. Steve McQueen a une façon bien à lui de montrer la souffrance des hommes : dans Hunger et dans Shame, il scanne l’environnement, ausculte le mal qui ronge. Tout éclate à la figure avec une crudité insolente. L’effet est curieux, peu poignant mais il habite l’esprit, qu’il arrive à conquérir en le meublant paisiblement. À cette manière spécifique de s’imposer s’ajoute ici la violence de séquences démonstratives, forçant le spectateur à coller son regard sur les épreuves physiques de ces hommes maltraités.

33 – ENEMY ** (58)

Naturellement pas de réponse, il faut simplement buller au rythme des personnages, ces pantins aveugles et parfois même, sûrs d’eux. Le style est pesant, assommant, mais le style est aussi l’atout ultime de Enemy. Villeneuve est un grand formaliste, en mesure de prendre la relève de Lynch, indique ce produit. Mais il a peu à raconter et étire ses arguments à l’infini. Le génie visuel permet de meubler. La mise en scène est solennelle, la photo brumeuse, magnifique et l’univers tétanisant, inspirant cette espèce de tristesse très amère et anxiogène caractéristique des paysages de Villeneuve.

34 – BLUE RUIN ** (57)

L’orientation objectiviste et explicative a un prix. Blue Ruin se noie dans le témoignage. C’est un compte-rendu trop fourni, dont la profusion de détails et de démonstrations minutieuses a autant de sens que remplir une maison vierge de meubles utiles mais sans valeur ajoutée. Malgré la tentative de dépassement revendiquée, Blue Ruin finit par avoir autant d’intérêt que Joe. Contrairement à ce dernier, il a le mérite de préférer la complexité à la grossièreté quand il s’agit de caractériser des personnages et des situations.

35 – THE FRAME ** (56)

Dans l’émotionnel comme dans le gadget, c’est surchargé au possible. Le style est fort surtout relativement au budget, le spectateur est ensorcelé par une belle photo et de jolis travellings. Même si l’avancée vers l’inconnu peut plaire, le discours est évanescent, mais au moins Winams assume un programme plus carré et transparent que dans Ink. On dirait un fan des Wachowski sous un enrobage à la Villeneuve. C’est charmant mais pas lumineux, avec trop de minauderies pop symphonique. The Frame est original mais pas forcément indépendant dans ses manières. C’est un peu Under the Skin, en plus chaud, plus paumé, ou un Enemy candide, avec un côté fils de Boyle sans le faire exprès.

35 – THE GRAND BUDAPEST HOTEL ** (56)

Mais comme toujours chez Wes Anderson (Fantastic Mr FoxMoonrise Kingdom) se pose la question de la légitimité d’un produit à ce point dépourvu d’idéal et de fond, pour ne pas dire de sujet. En-dehors de la morale libertaire enfantine, où le monde est un océan roudoudou dans lequel des héros formidables et tellement audacieux se déchaînent malgré les quelques forces aigries traînant ça et là ; The Grand Budapest Hotel n’a aucune colonne vertébrale. L’immense travail esthétique dont il jouit suffit cependant à lui donner un caractère, mais il est regrettable que ce sanctuaire, peut-être le plus achevé conçu par Anderson, soit aussi inhabité. Néanmoins le rythme et l’enthousiasme de la balade dans ce paradis rococo font illusion.

37 – ONLY LOVERS LEFT ALIVE ** (55)

C’est formidable ; oui c’est formidable, malheureusement toutes les références sont basiques, voir, ô terrible ironie : vulgaires. Transposé au cinéma, c’est un peu comme si Spielberg et Cameron étaient les génies raffinés dont on entretiendrait les reliques à l’écart des masses populaires. Cet élément crucial ne fait que révéler la nature profonde de Only Lovers Left Alive, une fantaisie romantique exultant le  »côté sombre » d’un sosie d’Indochine. Avec tous les caprices et la grandiloquence au rendez-vous, Jim Jarmusch peut tirer librement vers sa propre caricature. Et c’est très joli, pour peu qu’on se montre tolérant ; et si jamais une sensibilité existe pour ce genre d’univers, alors certainement Only Lovers Left Alive deviendra un film  »culte ».

38 – LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA ** (54)

Tout cet univers moral est bien mignon, sa sincérité et son entièreté sont telles que la grossièreté des points de vue s’en trouve rachetée. C’est le bénéfice de la lourdeur absolue. Malheureusement Kaguya est au niveau zéro de la psychologie en plus de ne mettre en scène que des archétypes vus par un Candide démagogue et heureux devenu Drucker de la sagesse humaniste. Enfin tout ça est normal, puisqu’il s’agit d’un film pour le jeune public et à destination de l’enfant en vous. Cette part doucereuse permettant d’enfiler sans dommages un conte prônant le rejet de la destinée écrite par les autres, tout en validant la soumission dans la pratique et permettant à la bonne héroïne de s’évader par son appartenance à une communauté d’élite.

38 – NYMPHOMANIAC : VOLUME 2 ** (54)

Nymphomaniac 2 s’ouvre sur une nouvelle donne : excessivement labourée, Joe a perdu toute sensibilité. Elle partage une vision de ses 12 ans, où lui sont apparues les deux nymphomanes les plus éloquentes de l’Histoire pendant une masturbation à ciel ouvert. Son confident Seligman lui annonce que s’il se sent si qualifié pour l’écouter et lui apporter un éclairage avisé, c’est qu’il est vierge et asexuel.

40 – TOM À LA FERME ** (53)

Toujours narcissique, Dolan n’est pas de ceux (ou pas encore) dressant leur hagiographie de façon primaire. Ce qu’on trouve dans ses films, c’est ce narcissisme où un créateur se met en avant, se projette dans ses créations, se donne en toute transparence quitte à trouver de la grâce dans des échecs objectifs. C’est pour ça que l’oeuvre de Dolan est toujours intéressante, quoiqu’il arrive. Tom à la ferme est aussi le film où il s’inflige le plus de claques, bien plus que dans Les amours imaginaires. L’auteur se montre souvent en position de faiblesse, de victime ou dominé, statut auquel il s’identifie (sans extrapoler cette tendance à un degré social) : en tant qu’infirmière doublement impuissante et souffre-douleur d’un monstre, il s’épanouit. Étrange manie, que de toujours se relier à cette position d’infériorité, de récepteur sexuel éprouvé dont on ne sait (objectivement) jamais trop s’il aime ou pas.

40 – LES TROIS FRÈRES, LE RETOUR ** (53)

Les Inconnus ont le mérite d’assumer leur appartenance éternelle aux 1990s et jamais le film ne cherche à être une comédie culte. Il fourmille même de one-line percutantes et de gags réussis. Toutefois, à l’exception du repas chez les beaux-parents richissimes où Bourdon et Campan se font passer pour un couple québecois, le film ne contient pas de séquence notable. Tout le long nous apparaît un reboot des Trois frères corrigé par Les rois mages, avec comme dans ce dernier la jeune fille d’aujourd’hui homologuée.

42 – DIVERGENTE ** (52)

Divergente est relativement immersif, mais sa grossièreté heurte à chaque minute ; son script est excellent, ses choix au rabais ; il est très bien armé, il élude le meilleur pour briller sur des aspects plus médiocres. Intellectuellement c’est un gâchis manifeste, souvent d’un point de vue logique également. Ce niveau de cécité permet d’éviter la stupidité profonde d’un blockbuster niaiseux se confrontant à trop grand pour lui, mais n’empêche pas de tout ramener au schéma dystopique le plus simplificateur. Certains avatars malins sont employés (« la faction avant les liens du sang ») mais tous les petits éléments valables sont des résidus du génie des autres et jamais ne serait-ce que des ébauches de la part de Neil Burger et son équipe.

43 – LE LABYRINTHE ** (51)

À certains moments, on sent poindre l’élan qui en ferait le blockbuster le plus divertissant depuis World War Z et Pacific Rim un an plus tôt (l’été 2013). Les révélations de la dernière partie sont assez prometteuses, même si là encore l’intelligence est repoussée à plus tard, c’est-à-dire à l’opus de 2015. Toutefois, en ayant à ce point aucune ambition politique ou morale, le film se rend moins contrariant que le premier Hunger Games. Il a aussi moins de mérite, sa vertu n’étant que de couler sur le spectateur comme une sucrerie post-Harry Potter routinière, étalant une certaine science du suspense sans jamais fondamentalement rien donner. Ce n’est pas mauvais, loin de là, c’est juste lisse à s’évanouir.

43 – NYMPHOMANIAC : VOLUME 1 ** (51)

Pour l’essentiel, c’est un spectacle ennuyeux, jouant sur la transgression et appâtant avec ses arguments évidents, avec l’étiquette  »auteur underground (de premier ordre) » prête à être brandie. Nymphomaniac 1 est surtout un divertissement, au sens neutre. Il propose quelques trucs pittoresques (séquence du train), distille de vagues idées, ose quelques dialogues très crus. Lars Von Trier a le mérite de bien développer son inspiration, il a aussi le tort de céder aux sirènes de l’irrationalité.

Son film est un empilement à l’aveugle, où s’exprime encore ce décalage pathologique aux sens, compensé par un raffinement impersonnel, morose ; et une attirance soudaine pour la dégueulasserie. Celle-là, il l’exprime par son montage de bites multicolores. Il multiplie aussi les petites séquences posant avec fierté l’auteur dans son processus de création. C’est souvent non-productif : ni beauté, ni sens, ni rythme gagné avec ces split-screen par exemple. Quelques beaux moments à l’évocation de sa solitude par Joe la nympho.

43 – THE AMAZING SPIDER MAN : LE DESTIN D’UN HÉROS ** (51)

Heureusement les kitscheries de la destinée ne sont pas au rendez-vous. Quand aux vrais méchants, il sont ailleurs, ce sont le sournois docteur Kafka et le Bouffon Vert, seule force malveillante commune aux versions de Sam Raimi et de Marc Webb à ce jour. Que le premier soit expédié est sans importance, en revanche le faible temps de présence du second, ainsi que son ratage complet a une lourde incidence.

La mémoire collective aurait bien mauvais goût si son design hideux et bâclé passait à la postérité. Ce Grenn Goblin n’a surtout aucune vertu comparé à celui campé par Willem Dafoe. Quand au noble héros, la maturité lui va mal et malgré ses qualités de jeu, Andrew Garfield ne peut rendre aimable ou estimable un personnage aussi mal écrit. 

46 – LA VOLEUSE DE LIVRES ** (49)

Le spectateur profite de la reconstitution d’une époque, la création d’une ambiance. Les portraits sont un peu creux, à l’exception de celui de la mère, femme de poigne mais surtout lessivée interprétée par Emily Watson. Les idées sur la paix sont un peu redondantes, la narration par la Mort pas spécialement pertinente, mais rien ne choque à cet égard : le travail est fait.

C’est finalement un joli divertissement, banal et charmant, un petit drame sobre et équilibré. S’il avait voulu faire passer un message spécial, il échoue et c’est plutôt un bénéfice pour lui. En évitant d’être un pensum, il est juste humain et raconte une bonne histoire. 

47 – EDGE OF TOMORROW ** (48)

Le divertissement est assuré, car la rapidité et la débauche d’action engloutissent les frustrations ; à chaque minute, on veut bien encore laisser sa chance au film, surtout que certains dialogues ont du panache. Mais Edge of tomorrow est victime de son absence d’astuces assez tragique compte tenu du potentiel de son concept, loin de l’efficacité de Looper. Comparé aux références récentes les plus mainstream dans l’action et le SF, Edge n’est qu’un fantôme adroit.

47 – AMERICAN BLUFF ** (48)

Le film est classique, scorsesien (il va jusqu’à récupérer DeNiro), rappelle aussi les Coen. Son originalité se situe dans les caractères ; ses personnages sont intrigants, leur destinée ambiguë. Ce sont des petits arrivistes et excentriques de rien du tout, pas de grands mafieux. En résulte des numéros singuliers, comme celui de Amy Adams au personnage manipulateur.

Malheureusement American Bluff paraît poussivement taillé pour s’inscrire dans la lignée de ces films sur l’aventure individualiste à l’américaine. Le programme est confus, rachitique sur le fond et pas mal léger, au point de sembler improvisé. Sauf que la mise en scène devient insignifiante et le propos sans relief.

49 – LUCY ** (47)

Chez lui les chimères commencent et finissent en effets spéciaux, mais il y a bien ce flou métaphysique, cette intention de faire un film intrinsèquement révolutionnaire et complexe tout en étant parfaitement divertissant. Il introduit des défilés d’images de l’Histoire de la Terre et de l’Humanité (les instants Koyaanisqatsi/Samsara) pour montrer à quel point l’enjeu est énorme. La bullshit a le mérite de doper la vulgaire réalité et le vulgaire programme d’action.  La bullshit a le mérite de doper la vulgaire réalité et le vulgaire programme d’action.

50 – BIG BAD WOLVES ** (46)

Le prix de cette joyeuse parabole est le flirt avec l’abjection. Pour mettre en relief l’exaltation polie de ces braves bonhommes absorbés par leur but malade, Keshales et Papushado sont complaisants et jouent de la distanciation. Mais il n’y a aucune consistance dans leur démonstration (d’une platitude égalant Cheap Thrills), pas forcément plus racoleuse que celle de The Tortured (petite série B montrant la vengeance de deux parents) mais autrement inadéquate. Big Bad Wolves est d’une maladresse pathétique, suscitant plutôt la circonspection et les regrets que le dérangement et la réflexion qu’elle cherche à provoquer sans savoir les soutenir. Tant qu’à la jubilation, elle l’anéanti à force d’immaturité. 

50 – JOE ** (46)

D’ailleurs deux autres acteurs attirent davantage l’attention : le jeune Tye Sheridan, révélé dans Tree of Life et Mud ; et Gary Poulter (SDF promu star pour l’occasion), jouant le vieillard pervers. Les autres richesses du film sont la photo et les lieux de l’action. Mais qu’en est-il pour le reste : voilà juste le drame à prétentions sociales habituel. Des pauvres, dans l’Amérique profonde, avec un héros abîmé par la vie et rentré dans le rang. Il y aura de la baston et du désespoir, avec des outrances subites.

50 – POMPEI ** (46)

Problème là aussi : Milo, l’esclave au pouvoir de mort ensorcelant la princesse est un bien frêle gladiateur, pourtant il est censé être au-dessus de tous les autres… Sinon, du soap valide puis du destroy des familles, de la bonne grosse apocalypse, sans rien d’exceptionnel dans le genre.

53 – YVES SAINT-LAURENT ** (45)

Une certaine sympathie se développe pour le personnage campé par Pierre Niney, timide mais surtout inattendue. Contrairement à Guillaume de Guillaume et les Garçons, YSL est productif, a beaucoup de volonté. Sa sincérité s’accompagne d’une exigence, d’une rigueur – même si en raison de sa fragilité, il est peu impressionnant. Néanmoins voilà un membre de la race des « nerveux », comme il s’en réclame. Un nerveux fébrile et pas un flegmatique collant, une nuance considérable en sa faveur.

Cette sympathie émerge aussi en le voyant sous le joug de ce personnage infâme et sans scrupules qu’est Pierre Bergé, businessman vulgaire et nocif. Dommage que YSL n’aille pas au bout de sa colère, car passées quelques années, Bergé n’est plus qu’un « parasite » comme il ose le lui dire. « Toi tu avais du génie, moi j’ai su t’accompagner ». Voilà au moins l’aveu louable de celui qui n’est jamais qu’un simple manager. Ainsi qu’un amant égoïste et médiocre, manifestement.

54 – BYZANTIUM ** (43)

Byzantium est faible et ne semble jamais démarrer ; et lorsqu’il le fait enfin, c’est-à-dire en mi-parcours, il vire au teen movie glam dark, assumant sa vocation pour se balader ouvertement dans une contrée entre Charmed et les suites deTwilight. À réserver aux romantiques n’ayant pas peur de l’absurde et se satisfaisant de la beauté du geste.

55 – LES GARDIENS DE LA GALAXIE * (42)

On est là pour s’éclater, soit. Mais l’humour navrant et la légèreté seuls, ça n’irait pas : alors il y aura les grands élans en carton et l’héroïsme cheap. Solitude devant l’écran, même pas intense, face à toute cette inanité managée par le bruit, les violons et la coolitude expéditive. À l’usure, le show inspire une certaine amabilité. Ce n’est pas une souffrance, ce n’est jamais tout à fait médiocre, mais c’est une sorte de retour dans les années 1990 d’un manque de vitalité et d’inspiration extrêmement saoulants.

56 – ZERO THEOREM * (41)

Tout est confis, le cerveau du personnage, ses préoccupations, les assertions dystopiques. Zero Theorem est, au mieux, une sorte de best-off enthousiaste et grossier de l’histoire de la SF pessimiste. Il exprime une certain côté ado chez Gilliam, le cinéaste se laissant bercer par son mental en ébullition, sans savoir ni même finalement chercher à contrôler. Oui, il y a toujours cela ici, cette inventivité jusqu’à plus soif ; ça ne veut pas dire que l’ado a la foi, ni une volonté. Le film est un fiasco, car Gilliam n’est plus seulement éparpillé, mais à sec ; pas de destination certes, pas de contenu non plus. Dans le domaine de la SF aux idées moisies et aux séquences WTF de faible ampleur, c’est même un petit monument. Gilliam a beau jeu de dénoncer ce monde dégénéré, il n’apporte pas plus que lui, même pas un point de vue éclairé.

57 – WELCOME TO NEW YORK * (40)

Nous sommes dans les méandres du cinéma amateur. Ces aspects désastreux vont tous être, progressivement, dépassés, pour que le film atteigne une certaine contenance, prenne de la hauteur avec peine, en entrant dans une dimension que Brisseau (Choses secrètesLes Anges Exterminateurs) a arpenté également.

Le regard est indigent. Au début donc, claquage de culs et forçage de pipes, avec un Depardieu/Devereaux/DSK à poil au 70e étage. Comme c’est un peu léger, la dimension bestiale est mise en avant. Lors de certaines copulations au coin du lit, les acteurs se répandent en cris étranges, entre le bonobo impatient et la girafe enrhumée. Depardieu suit la ligne et se donne en vieux dégueulasse, maître de jeu dans un film porno d’une laideur sinistre. À ce titre, Ferrara et Depardieu sont en emphase avec leur monstre, leur DSK.

Welcome to New York montre bien qu’il n’y a même pas de plaisir pour DSK : c’est une jouissance sans gratification, appelant à plus de consommation, plus d’affirmation, encore et encore, même en vain. Lors de la fameuse scène de viol, il ne se passe rien. Un gros porc secoue une femme de chambre et lui impose une branlette faciale expéditive.

58 – ADIEU AU LANGAGE * (38)

On ne s’ennuie pas du tout devant Adieu au langage, car pendant soixante-neuf minutes le foutage de gueule et la mongolerie atteignent un stade olympique. C’est souvent hilarant et en un sens subjuguant. Film Socialisme, le précédent long-métrage de Godard, amorçait cette virée vers le carnaval de mort épuisé et son style aberrant avait déjà déconcerté et était tenu pour certains, à juste titre, comme une pure arnaque. Mais cet espèce de montage sordide était une bagatelle par rapport à Adieu au langage. Celui-ci exprime peu de nouvelles idées ou références, mais marque par son engagement formel, sa vigueur trollistique stratosphérique.

58 – THE BABY * (38)

Routinier donc, avec ses petites spécificités , sa noirceur plus radicale que la moyenne dans ce piteux genre consacré par Blair Witch puis ramené sur le devant de la scène par l’infamant Paranormal Activity. L’ensemble des personnages est bien installé et plutôt sympathique, ce qui n’est pas si fréquent ; et les conditions de départ de Samantha nourrissent une certaine curiosité.

60 – BIRD PEOPLE * (37)

Ce type plaque tout, mais mollement : il ne pète pas vraiment les plombs, ne règle aucun couple : il dit tranquillement qu’il en a marre et lâche tout. Vu son absence de tension, d’esprit et d’élan vital, il devrait opter pour le suicide. Tout lâcher soit, mais si c’est pour rester là à gober, écouter encore les anciens contacts paniquer en apprenant sa décision, quel intérêt ? Il traînera son absence d’âme partout. Ce mec n’est même pas conséquent, il en serait incapable de toutes manières.

C’est bien une grosse loque de film d’auteur français aux fantasmes moribonds de petit intégré fatigué. Arrêtez de vous soumettre comme vous respirez, de vous faire porter par les mœurs de votre microcosme, peut-être que vos rêves mouillés auront meilleur mine. Après que ce demeuré ait chialé pendant qu’un avion décollait, Audrey entre en scène. La deuxième heure se passera avec cette femme de chambre et va relever le niveau.

60 – CATACOMBES * (37)

Voilà l’entrée dans l’enfer (aux deux tiers) et nous pressentons qu’enfin c’est l’heure du sérieux. Or non, le spectateur va encore, comme de coutume, devoir s’exciter sur rien – ou se morfondre, c’est pareil, y allez blasé c’était bien plus malin. Il y a bien un revenant au milieu, ça occupe. Globalement c’est pas si mal, c’est même décent dans sa catégorie. Mais raison de plus : arrêtons ça. Tuons ce sous-genre ! Le found footage est déjà le patient malade de l’Horreur.

Alors oui, il y a les catacombes, c’est un superbe contexte surtout tant que les protagonistes restent éclairés (littéralement) ; et après ? Après rien ne suit, rien n’est foncièrement indigent, tout est simplement médiocre et conventionnel. Ballot dans un genre où la seule façon de sortir la tête haute est de se détacher du lot commun ; même l’horrible VHS 2 a une petite valeur supplémentaire grâce à son outrance, voir ses délires.

60 – CHEAP THRILLS * (37)

Chacun son libre-arbitre, c’est l’idée ? Alors ayons la capacité de jugement nécessaire pour jeter ce film à la poubelle sans nourrir de complaisance à l’égard de piteuses et improbables vertus allégoriques. Cheap Thrills est très faible : le concept est déroulé, sans plus, pour le reste, absolument rien n’est développé. L’opposition entre les deux vieilles connaissances est ridicule, leur caractérisation plus ou moins digne d’un soap pour beaufs abrutis. Le couple fortuné n’a aucune consistance.

Dans Cheap Thrills il y a deux abrutis méprisables et deux tarés repoussants. Il est difficile de les suivre sans être navré, à moins de nourrir des sentiments d’hostilité juvéniles, une destructivité de petit acarien passif-agressif, à l’égard de la race humaine. Ou d’avoir un humour si tarantinesque.

63 – HOMEFRONT * (34)

Homefront est inintéressant à un point assez prodigieux. Une distinction par le bas. Au mieux c’est un cousin de Hors de contrôle avec Gibson, où un papa flic en retraite se bat pour sa fille. Lui au moins subissait un drame consistant. Pour le reste, la présence de Winona Ryder et surtout de James Franco sent le sapin. Enfin rappelons que le film est écrit par Sylvester Stallone. Lui pardonner, soit. Mais pitié, n’essayez de faire croire à personne qu’il ait la moindre qualité d’auteur, d’artiste ou même de faiseur. Il n’y a même pas de sens du rythme ou du gadget, rien d’un langage de tripes à vif. C’est juste le produit d’un cogneur penaud.

64 – LA VIE RÊVÉE DE WALTER MITTY * (30)

Non ce personnage n’est pas émouvant, car oui ses rêves sont nuls, ses rêves puent et sont ceux d’un sous-homme. Il n’y a rien d’humain dans ses espoirs et créations, qu’une affiliation à des fantasmes fabriqués, désuets. Par ailleurs son imaginaire est goitreux, se développant au travers de cartes postales et d’une imagerie de publicitaires primaires et essoufflés. Je ne sais pas si Ben Stiller est vide, manipulateur ou psychopathe qui s’ignore. Mais sa sensibilité en carton n’a aucune espèce de naturel ou d’authenticité, c’est au mieux une abstraction poussive. Qu’il arrête de se rêver en grand garçon émancipé (oh misère ce final-là évidemment nous le subirons) ; peut-être vaut-il mieux qu’il se laisse diriger, la réalisation le rend glauque (Tonnerre sous les Tropiques rendait déjà la gêne douloureuse, singulière sensation où l’inintérêt porté confine au malaise).

65 – LA GRANDE AVENTURE LEGO * (21)

Que nous dit le film ? Que les gens fondus dans la masse sont tous des héros simples (en mode Walter Mitty, donc), mais c’est déjà chercher un peu loin. Le propos est surtout, prosaiquement : c’est avec la confiance en soi qu’on brave l’impossible. Bel axiome orné d’un petit plaidoyer pleurnichard sur la créativité à l’ère où les idées s’échangent sans entraves. Est même présent l’innénarable coup du : eh les gens, surtout n’oubliez pas de ne pas devenir trop adulte et prise de tête.

Le plus amusant c’est qu’on se moque de cette cécité des hommes jaunes face à la tyrannie déguisée sous le divertissement, ainsi que l’enthousiasme ridicule pour l’ordre établi dont Emmet est un symptôme particulièrement démonstratif ; mais on se réjouit dans une chorégraphie finale où des valeurs tout aussi aberrantes, mais à l’intransigeance et à l’anti-individualisme plus subtils, ont pris le dessus. Et voilà nos petits légos tous unis dans la diversité, c’est-à-dire dans un chaos gentil. Tout le monde fait ce qu’il veut et braille sa liberté, tant que ses productions ne sont que des petits éclats criards et inoffensifs. Unis dans la stérilité et la laideur, pour une démocratie pleine de bouffons prenant la fiente de leur esprit pour une subtile inspiration en mesure de les différencier. Lego, film progressiste de 2014.

66 – QU’EST-CE QU’ON A FAIT AU BON DIEU * (12)

Malgré tout son prosélytisme humaniste et bienveillant, le film ne sait jamais dépasser les clichés, parfois les plus réducteurs et secrètement injurieux. C’est à la fois ironique et totalement logique, puisque chaque caractère accompli est assimilé à de la non-évolution. Mais la conséquence est fâcheuse pour un spectacle se voulant politiquement correct, l’étant par son idéologie, tout en recyclant ces imaginaires douteux et primaires (idem avec les femmes raisonnables) ; et y enfermant ses petits protégés. Ainsi Rachid, l’arabe de service, agressif – mais vertueux. Il le dit lui-même : « je ne mange pas de porc mais je suis pas intégriste ».

Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu vise bas. Il a sans doute raison. Il se rend accessible au dernier demeuré tout en le pressant avec fermeté mais charité vers le camp du Bien et de la Lumière. Celui où l’on sait que les musulmans ne sont pas tous des terroristes et que les gens psychorigides sont des obstacles au progrès. Lolilol. Dire que certains ne vont pas comprendre ça mais sérieusement mais où en sont les gens Bobby ! Ils voient des reportages à la télé et ça leur suffit, ils prennent ça pour argent comptant ! Heureusement qu’un film lénifiant, participant de tous les conformismes les plus vulgaires et les bourrages de crâne les plus nocifs de son temps, est là pour les recadrer et leur barrer la route.

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Moyenne des 66 films vus en 2014 : 57sur100 
(3.750/66) 
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Bilan Cinéma 2011

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5 Réponses to “BILAN ANNÉE 2014 – CINÉMA”

  1. princécranoir janvier 1, 2015 à 11:33 #

    Intéressante sélection, en chiffres et en étoiles, en espérant que l’année à venir soit aussi satisfaisante. Meilleurs voeux.

    • zogarok janvier 9, 2015 à 23:33 #

      Merci Princécranoir et bonne année !

  2. arielmonroe janvier 3, 2015 à 17:47 #

    Je suis loin d’en avoir vus autant. Contrairement à la plupart des gens si on en croit les chiffres du box office, je n’ai pas suivi le mouvement.
    On a failli avoir le même numéro 1 ! Je me rappelais plus de Eastern boys, je savais même plus que j’avais répondu. Je pense que si je tombais par hasard sur ton classement je serais étonné par la fin, avec Walter Mitty et Lego. Pour le bon dieu ça reste normal de voir des mauvaises critiques malgré sa popularité. Mais comme tu disais sur les films que tu vois en général, ça fait peu de mauvaises notes. Je pense qu’au bout d’un moment on doit sélectionner, après tout la plupart des films n’en valent pas le coup.

    • zogarok janvier 9, 2015 à 23:36 #

      Oui, j’en ai vus beaucoup plus en 2014 (de l’année comme en général, toutes périodes confondues) tout en m’étant moins hasardé sur des choses manifestement moyennes ou médiocres. Ca m’a permis de voir l’essentiel de ce qui m’intéressait et de ce qui faisait parler en 2014 ; et d’avancer considérablement sur des auteurs (je suis retourné vers Lars Von Trier et Tarkovski et j’ai vu l’ensemble de leurs longs), des genres (le western, le film noir !), etc.

  3. papyruslu janvier 6, 2015 à 02:43 #

    Bonne année zogarok. En espérant que 2015 soit aussi rempli ! Merci pour les liens c’est plus sympa que de farfouiller les archives.

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