PUNISHMENT PARK **

1 Juin


2sur5  Peter Watkins est l’artisan d’un cinéma militant profondément original, malmenant les frontières entre la fiction et le documentaire, l’artificiel et le témoignage pur. Dans plusieurs de ses films, il imagine un futur immédiat, en extrapolant sur un sujet actuel (comme dans La Bombe) ou anticipant une dérive sur des bases présentes, ce qui place alors son œuvre dans le mode de l’uchronie.

Punishment Park répond à ce dernier critère et imagine une bande de pacifistes et contestataires soumis à un tribunal et à un camp, le  »Punishment Park ». L’action se déroulerait au moment où est tourné le film, soit en 1971 sous la présidence de Nixon. Celui-ci tenterait ainsi d’étouffer les voix dissidentes au moment du conflit avec le Viet-Nam. Les otages doivent marcher sur 80 km, dans le désert et sans ressources, en espérant être relâchés en cas de succès. Ceux qui n’ont pas voulu affronter cette épreuve sont simplement conduits vers le tribunal, pour la prison ou peut-être la peine capitale.

Watkins présente la mise en œuvre de l’expérience, entrecoupée de témoignages et d’échanges diverses. Le processus reflète avant l’heure la télé-réalité et les faux-documentaires devenus courants trois décennies plus tard, avec notamment les séquences de tribunaux. Dans cette partie là, la parole accordée aux accusés tourne à l’affrontement de deux visions, celle des collaborateurs validant la guerre, celle des opposants qui ont réponse à tout. Aucun problème ne leur résiste : comment se nourrir ? « ce pays a assez pour nous nourrir tous éternellement » ; ils rationalisent à outrance sans laisser exister la moindre parcelle de réalité. Et bien sûr, Peter Watkins leur donne la priorité dans le débat, l’avantage moral et le brio dans la joute. Se succèdent les discours arrogants et démagogiques, sans aucun contexte, rejoignant toujours des images floues dont on ne connaît rien de la référence matérielle, se posant comme anti sans avoir eux-mêmes de remèdes.

Ces parti-pris, Watkins les met en valeur d’autant plus facilement qu’il leur a taillé sur mesure un opposant parfait, injuste, insensible, sans nuance. Le rejet de la guerre du Viet-Nam et de l’idéal américain est une chose, peut-être louable et sûrement légitime, en particulier à ce moment-là de l’Histoire ; mais ensuite, que pose le film à ce sujet ? Il valide ses protagonistes opprimés jusqu’à l’absurde, partant de résistances valables (refuser la répression gouvernementale, l’engagement de force dans l’armée) pour faire passer les convictions les plus ineptes comme la désintégration de toute organisation sociale ou, inévitablement, le rejet de la réaction positive face à la violence (car bien sûr alimenter la violence est plus grave que mourir dans la passivité mais la dignité d’avoir portés haut ses idéaux !). Dans la foulée, il est de bon ton de revendiquer une logique d’inversion sous prétexte que les institutions sont corrompues : être un criminel est digne alors qu’être policier est démoniaque.

Le seul à opposer courage, fierté et activisme consistant est un défenseur de la cause noire. Il est clair que la souffrance et l’oppression dont lui est témoin est la seule, dans tout ce film, qui n’est pas inventée, ni partielle ou abstraite. Une autre intervenante soumise au tribunal revendiquera sa loyauté au peuple, motif profond de son engagement contre des forces injustes. En-dehors de ces deux-là, les autres sont des idéologues creux, le plus souvent de parfaits idiots utiles ou lorsque le cas est plus sérieux, des destructeurs équivalents à leur antagonistes, simplement d’une nature et aux buts différents et dotés d’une plus faible capacité de nuisance. Un aspect intéressant toutefois, Punishment Park réussit à tracer un fossé moral entre les deux camps, notamment lorsqu’il les montre s’accusant mutuellement de subversion (les porcs subvertissent la morale, les hippies l’ordre public et la moralité).

Foncièrement cet essai dégoûte, à l’égard de ce camp odieux des « porcs » « impérialistes », mais aussi envers ses alternatives possibles ; il dégoûte carrément de devoir être un atome à l’intérieur d’une société donnée, car il nous rappelle que c’est encore trop, puisque les bourreaux et les idiots, les parasites et les conformistes seront toujours les voies dominantes et qu’il n’y en aura pas d’autres, sauf à être seul sur son îlot. Pourquoi se battre si ceux qui croient au changement sont aussi lâches que les bêtes suiveurs de la règle du dominant ?

Punishment Park est un film intéressant et utile car il envisage une réalité permanente, celle de l’embrigadement de la population, toujours effective à un certain degré ; étendue lorsqu’un système prédateur est en crise. Sa loi d’exception est comparable dans ses principes au Patriot Act de l’ère Bush-Obama. Malheureusement cet avertissement est tributaire d’une grille de lecture idiote. Quel modèle après la résistance et le cri du cœur ? Quelle perspective en-dehors des subtiles prévisions sur le registre « un jour ça va péter » ? Ça quoi ? Contre ces dérives autoritaires, que pourra finalement, à long-terme alors que déjà se pose la question de l’efficacité dans l’immédiat, ce monde sans responsabilités ni structures ?

Ressorti en 2007, Punishment Park est devenu au fil de la carrière de Watkins un de ses film-clé. Malgré son considérable succès d’estime et ses auréoles critiques, son ton et son propos sont trop faillibles pour convaincre en-dehors des apathiques et des acquis d’avance. Lesquels continuent de le porter haut sans que le film profite de son exposition.

Note globale51

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… La Stratégie du Choc + Tropa de Elite + La Colline a des Yeux + Battle Royale

Voir le film sur StreaMafia

Voir l’index cinéma de Zogarok

 

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