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DJANGO UNCHAINED *

25 Avr

Django_Unchained

1sur5  Des films portés aux nues de manière si absolue et anonyme, il n’y en a pas dix par décennies. C’est une regrettable erreur de jugement, mais elle est tellement facile et pratique que sa généralisation est malheureusement une fatalité. Comme dans Inglourious Basterds, Tarantino prend le parti d’opprimés du passé et s’empare de leur souffrance pour habiller de légitimité sa passion pour la violence gratuite.

Le cinéma de Tarantino n’a toujours eu qu’un objet : ré-écrire les films. Et au fur et à mesure qu’il avançait dans sa carrière, Tarantino s’est décidé à ré-écrire l’Histoire au milieu. Le cinéaste-cinéphile est inattaquable parce qu’à ce stade chacun de ses plans est devenu un hommage au cinéma et que désormais il s’attache à de justes causes. Consommées, forcément. Un film de Tarantino est comme une visite au musée, où tout est aseptisé et validé par les instances morales et esthétiques supérieures qui trouvent là l’occasion de s’encanailler enfin.

Grossier (Tarantino n’est pas une lumière et il se laisse aveugler par celles qu’on lui tend) et vulgaire dans ses intentions, son prétexte et ses manières, Django Unchained est moins irritant que son prédécesseur Inglourious. Il est simplement d’un ennui profond et d’une vacuité mortelle, avec des arrières-plans soignés pour occuper la photo, quelques tueries éparses et ponctuelles pour maintenir l’ambiance. Plus calme que d’habitude, relativement dépouillé même, Django adopte un rythme rappelant vaguement Jackie Brown, où Tarantino se faisait plus directement l’héritier dévoué de la blaxpoitation.

Ici, il s’agit d’investir tout un genre, le western, celui des grands, notamment de Sergio Leone, avec bien sûr des citations explicites et des re-pompages criards saupoudrés de longs dialogues plus ou moins ergoteurs et fantaisistes. Mais Django Unchained est un produit de mijaurée, un Rio Bravo grandiloquent et hautain. L’esprit du western en est absent : la virilité, la solitude, l’horizon à conquérir, tout ça n’a aucun semblant d’existence dans Django.

Tarantino préfère les numéros d’acteurs et gags appuyés, multiplie les séquences interminables où lui et son équipe font les malins en dissertant autour de choses anodines et contemplent leur propre vanité, tout en glissant des remarques à connotation sociale ou culturelle primaires. Pour situer le degré de grossièreté, on peut évoquer la BO, composée essentiellement (hors de reprises de Ennio Morricone et Luis Bacalov) de morceaux de rappeurs US et black (les défenseurs les plus grossiers, en plus d’être soumis et instrumentalisés dans les faits, de la communauté afro-américaine aux USA). Voilà la façon de Tarantino de montrer qu’il est du côté des Noirs, de préférence ceux qui émettent un son virulent voir controversé sur le papier, tout en étant parfaitement ingéré par la société contemporaine. Tarantino est une sorte de Nabe, en pire.

Et comme dans Inglourious, il y a nécessairement en face d’odieux méchants à dégommer. Leur mesquinerie est prétexte à des performances censées exalter, tout en demeurant objectivement condamnables – mais l’imminence de la revanche permet de passer malgré tout un bon moment et déjà pouvoir l’assumer. Viendra naturellement l’ultime feu-d’artifice, consistant à retourner le lattage de gueule contre les méchants, de manière plus féroce que jamais. Voilà la catharsis tarantinienne classique, avec son sujet facile et ses protagonistes en toc lustré.

Mais il y a de la nuance dans le cartoon ! Une ou deux, bien sûr que si ! Regardez donc ce bon blanc (l’allemand – oui, il faut réparer la condition de l’allemand après Inglourious) ouvert au progrès de la condition des Noirs. Comme dans American Horror Story, les ordures sympathiques sont au service de la bonne cause ; donc leurs meurtres à elles sont fun, comprenez. Si vous avez quelques vertus progressistes ancrées dans votre cœur, vous êtes un homme cool et transgressif, un bon freaks.

Le cartoon démagogique n’est pas un bon soutien à la cause annexée par Tarantino. Il n’y a pas de quoi reconnaître ses ancêtres héroïques dans Django Unchained. Au contraire, ceux-là sont encore une fois enchaînés, de façon sinueuse et mesquine, puisqu’ils sont utilisés sans être honorés. Si Tarantino avait réellement quelque considération pour l’émancipation des Noirs dans le contexte des Etats-Unis esclavagistes du XIXe, il ne pourrait pas créer de tels personnages.

Le rôle de Jamie Foxx reflète à la perfection cette réalité : Django l’affranchi doit voir sa race et les siens humiliés, chahutés, diffamés en permanence, sans réagir. Parce qu’il n’en a pas l’énergie et parce qu’il est supplanté par sa position. Bien sûr, Tarantino est probablement inconsistant, mais s’il n’exprime pas de positions conscientes (ou alors à un niveau tellement laborieux), il affiche des schémas obscènes de la façon la plus décomplexée. Belle manière de nous faire contempler son cynisme et sa bêtise ; de percevoir l’arnaque aussi, à laquelle on est libre de ne pas consentir.

Note globale 32

 

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LA VIE D’ADÈLE *

1 Mai

la vie d'adèle

2sur5  Avant d’obtenir la Palme d’Or cannoise de 2013, La vie d’Adèle a énormément fait parler de lui à cause de polémiques sur ses conditions de tournage réservées aux techniciens, puis entre le réalisateur Kechiche et Léa Seydoux, personnage le plus important du film après celui d’Adèle dont elle est l’amante. Pendant et depuis cette Palme, ses seize minutes de sexe explicite en plans fixes et moyens ont fait débat, tout comme le lesbianisme au cœur du film, perçu comme une audace rafraîchissante ou ce genre de considérations inadéquates pour une romance à peu près aussi plate et insipide qu’une soirée Plus belle la vie.

Si La vie d’Adèle est sans relief, piteusement écrit et dirigé sans vision, il est toutefois une excellente surprise de la part de Kechiche, rapporté à la valeur de La graine et le mulet. Dans cette abomination, une rachitique patte molle sous sédatifs tâchait d’ouvrir un restaurant de couscous. La graine et Adèle ont de nombreux vices en commun, mais le second jouit d’une approche un peu plus rigoureuse et réfléchie, donnant une première partie décente, pour ses efforts sur le terrain psychologique. Très vite c’est le plongeon dans le rien, le reportage paumé et sans intuition, incapable de saisir la valeur sociale et culturelle de toutes les données qu’il s’accapare. Kechiche n’a aucune aspiration à raconter une histoire ayant sa propre identité, il se contente d’étaler la matière d’un feuilleton neurasthénique pour public policé, étalant bien les gimmicks bobo-bankable tout en restant à la hauteur du soap jetable (qui s’oppose aux soap de qualité, mais aussi à ceux plus intenses ou durant dans le temps, comme Les Vacances de l’amour).

Reflétant ce film-fleuve (3h) impuissant, les personnages font parler des philosophes et des grands auteurs en atteignant un stade de branlette stérile aigu pour combler sa propre absence d’esprit. L’adolescence et le lycée en toile de fond, au début, sonnent témoignages, ce qui peut rendre l’affaire stimulante malgré la médiocrité de ce qui est représenté et l’inanité du trait. Les bavardages d’ados sont faibles mais il y a alors cette façon, pachydermique mais pas totalement aberrante, de faire sens en relayant des visions très pauvres. Kechiche et sa bande tachent aussi de bien montrer combien les préjugés ont la vie dure, y compris chez Alice : par exemple, son point de vue sur les artistes produisant du hard rock/metal, ou les a-priori de ce mec sur la littérature classique. Et sur la sexualité c’est pareil : les filles vont avec les garçons, alors même si ça marche pas avec elle, Adèle (Adèle Exarchopoulos) insiste. C’est tellement facile à dégommer que la retenue s’impose, il vaut mieux profiter de la douceur des intentions et des prestations convaincantes.

Malheureusement le film devient toujours plus vain au fur et à mesure. l’héroine est perpétuellement affadie, après tout c’est ce qu’on sait faire de mieux dans la Kechiche’s team. Elle n’est pas débile, juste un peu nulle, contrairement à sa copine Emma/Léa Seydoux, l’artiste. Kechiche nous présente ainsi une jeune fille pauvre devenant instit, face à une moins jeune fille riche ayant l’opportunité d’affirmer sa sexualité, de s’épanouir et même de se divertir avec ses amies lesbiennes ou en allant flâner en gribouillant de jolies choses issues de son cerveau en ébullition sous le casque bleu. Oui, quand vous lisez Sartre et qu’on paye vos tableaux parce que vous êtes à proximité des happy few, même avoir les cheveux bleus ne saurait faire douter de votre ‘goût’ artistique. Car Emma est riche et donc elle est inspirée (c’est pas dans les gênes ni dans ton âme, c’est dans le compte en banque de tes tuteurs), alors que Adèle la fille de gueuse restera un peu cette paumée intégrale bonne à assumer sa petite fonction ordinaire d’instit et à rester là exsangue. Cela plait à Kechiche et surtout ça l’émeut, c’est d’ailleurs tout ce qui l’interpelle, cette Adèle bouche ouverte et morve au nez, mais opérationnelle quand même ; mais ça on s’en fout, l’essentiel c’est que cette sincérité là est bouleversante. Ah, comme les humbles gens sont braves même s’ils sont incapables d’avoir un destin. Comme c’est touchant, cette manière d’être désaxé et creux mais terrestre et sentimental aussi.

Normalement il faudrait dire au secours face à de tels objets ; mais à quoi bon, quand c’est si énorme et bête. Au final, Le bleu est une couleur chaude (son titre international et celui de la BD dont il est adapté) n’est qu’une petite histoire d’amour banale et faible, échouant finalement ; et pour en arriver là, boîte pendant trois plombs, taillant dans les 750 heures de rushes pour en garder trois ; lesquelles ne contiennent rien de bien solide. Sauf bien sûr, objectivement, l’interminable scène de cul, destinée à bien marquer les esprits des petites gens : le sexe entre deux femmes, approche pratique, zoomée et détaillée, mais sans les pénétrations et s’arrêter sur l’appareil parce que là ce serait vulgaire. Néanmoins les acteurs et surtout actrices ont une énergie et du talent, une vérité, même quand eux ou leurs personnages sont désagréables ; dans La graine et le mulet, tout le monde était moche et grossier, avec des incarnations à niveau (la défaillance ne relevant pas de leur responsabilité).

Note globale 36

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JA’MIE PRIVATE SCHOOL GIRL – SAISON 1 ***

17 Oct

4sur5  Les délires qu’a cru avoir Michael Youn (Parle à ma main, Fatal) ou que Guillaume Gallienne commettait avec une sincérité douteuse (Guillaume et les Garçons), ce que Borat et Bruno rataient finalement, tout ça est balayé par Ja’mie. Cette série australienne, à laquelle participe la filiale locale de HBO, suit la dernière année dans un prestigieux lycée privée de Ja’mie King.

Issue d’une famille immensément riche, elle s’arroge tous les droits et s’attend à ce qu’aucune barrière ne lui résiste. Entourée de son gang de  »quiche », c’est-à-dire les filles atteignant l’au-delà du  »sexy », elle revendique l’autorité morale et symbolique, en tant que pur produit de son milieu. Elle est aussi la quintessence de l’adolescente superficielle et égocentrique.

Obsédée par son image de fille modèle, incarnant la réussite et les valeurs chrétiennes, elle déverse sa mesquinerie ordinaire sans le moindre recul. Pendant les six épisodes, nous la verrons accabler sa mère dépressive, adopter un africain pour obtenir une médaille, se ridiculiser en privé pour parvenir à ses fins. Il y a en Jamie une nouvelle Divine en sommeil, une Divine romantique et cartmanisée.

Elle vomit ses schémas mentaux primaires et odieux, revendique l’autorité tout en se dégradant continuellement, fait part sans ménagement de son racisme intégral, de son homophobie (les internes « lesbiennes » et campagnardes sont ses cibles favorites). Harcelée par des complexes grotesques ou pathétiques (elle se prétend par exemple ex-anorexique pour ses petits seins), elle se répand en projections.

Ja’mie est un personnage bigger than life reflétant en permanence des réalités objectives, tout en les condensant dans une seule fille, laquelle a les moyens de les exacerber. Chris Lilley, réalisateur et scénariste de la série, a l’habitude d’interpréter des personnages du sexe opposé ou des bouffons absolus. Il met ici toute sa lourdeur au service d’une caricature hilarante et très aggressive, choisissant toujours les options les plus licencieuses et définitives. En d’autres termes, il passe de Elie Semoun à South Park.

Note globale 76

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HOUSE OF CARDS*** – SAISONS 1*** & 2**

16 Sep

3sur5  Série événement à son lancement en 2013, adaptation d’une série britannique éponyme (1990), House of Cards a directement accédé à la reconnaissance ; au point que son acteur principal, Kevin Spacey, se sent depuis pousser des ailes antisystèmes et se permet d’envoyer des fuck à destination d’Hollywood. Dans House of Cards, il est Frank Underwood, un élu démocrate très haut placé. Il a aidé Garrett Walker à devenir président des Etats-Unis mais n’a pas eu le retour escompté. Pas de promotion ? Alors il n’y aura pas de cadeau. Avec l’appui de son épouse Claire (Robin Wright), Frank va s’employer à saboter son propre parti, à détruire l’équipe et les représentants actuels.

Le machiavélisme de l’univers de House of Cards (où les taux de psychopathie et de self-control sont au maximum) n’a d’égal que sa tristesse. Au sommet règne une ambiance de mort, une force grise, compacte, soutenue par la photographie, morose, mais éblouissante à sa façon ; et elle enveloppe la société civile partout où on l’accueille. Dans un premier temps la série s’est distinguée en brisant le quatrième mur, avec Frank s’adressant au spectateur. Ce parti-pris narratif très commenté est pourtant sous-employé, puisque Frank, la plupart du temps, se contente de lâcher des vannes ou des insultes à l’égard de ses collaborateurs ; et de temps en temps, une petite phrase d’un pragmatisme absolu en réponse à un drame odieux, afin de souligner sa monstruosité pure, sans scorie.

Le véritable trait distinctif de la série est ailleurs : c’est ce décalage impressionnant entre les deux saisons. Rarement une telle configuration aura existée. La première saison est un prodigieux happening de psychopathe aux portes du pouvoir, dans une moindre mesure un aperçu de la capacité de nuisance du pouvoir central. Dans la saison 2, Frank est vice-président. Il tue un personnage important à la fin du premier épisode. Tournant : les notions idéologiques et purement politiques sont plus présentes, mais trop générales et simplistes. La série accumule les intrigues très techniques, met Frank sur un pied d’égalité avec les autres personnages, avec peu de dilemmes chauds pendant les cinq premiers épisodes. L’implacabilité de Frank se renforce et son attitude de despote instrumentalisant les lois. La série regagne en intensité à partir des 6e-7e épisodes, avec une guerre ouverte désormais, mais en coulisses, entre toutes les parties autour de Frank.

Celui-ci va trop loin en poussant le président à l’abus avec la nationalisation de l’usine de Raymond Tooske, qui a la main bien plus longue que lui. Mais les auteurs sabotent leurs pistes pour donner dans la surenchère racoleuse. Avec le final de l’épisode 2.11, la kitscherie atteint des sommets. La série semble complètement perdue, virant au choix à la tragédie creuse ou à la bouffonnerie romanesque. Que valent franchement les pitoyables confessions intimes de Frank au Président ? La série se joue de nous à montrer des personnages aussi aguerris conduits par leurs sentiments les plus spontanés et régressifs, alors que se joue autant le destin national que le leur, personnel. Alors voilà le Président des USA ému par le laius larmoyant de son conseiller le plus hostile au point de lui confier les clés ?

Il faut faire les comptes. Quasiment exaltant au départ, le spectacle se stabilise et finalement, coule lentement vers le bas. Il devient racoleur, obscène et banal, cherche à frapper et laisse un goût très amer, en affichant cette élite aux mœurs  »libérées » et sans la moindre morale. C’est un coup violent pour le commun des mortels, que cette insolence, à rendre malsaine jusqu’à la jouissance. Le problème avec ces prédateurs, c’est que la série nous fait croire que des individus seuls peuvent prendre le pouvoir dans le pays le plus riche et puissant du monde, sans se heurter à des forces bien plus grandes qu’eux ; en somme, il n’y a presque pas de puissances souterraines. Juste, allez quoi : ces gens, plus fourbes et plus forts que les autres, mais ordinaires finalement, se hissant par leur seule mesquinerie, sans qu’aucun contexte social n’existe, sans que des éléments politiques et structurels sérieux le leur permette.

Et c’est là le drame : cette série prétendait parler politique, non ? Où sont les véritables sujets, les véritables acteurs : même en symboles, ce serait déjà énorme ! Ce sera le défi de la saison 3, que de nous montrer les plus forts que lui, les puissances structurelles et surtout concrètes : mais peut-être que voudra poursuivre le roman, et Franck sera le maître du monde – comme c’est facile de devenir le maître du monde, il suffisait d’être le pragmatisme absolu, de n’avoir aucune attache pour rien ni personne et d’être à la bonne place. Mythe. Pas de politique ici, ni de commentaire sur l’Humanité, mais un roman à sensations.

Note globale / SAISON 1 76

Note globale / SAISON 2 56

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THE WALKING DEAD – SAISON 4 ****

29 Juil

4sur5  La saison 4 de Walking Dead se déroule en deux temps. Une première partie sortie en octobre 2013, une seconde en février 2014. Chacune compte huit épisodes. L’ensemble est contradictoire : confirmation puis déclassement.

D’abord, l’enthousiasme presque immodéré pour la première partie ; pour la seconde, la sidération d’assister à un tel gâchis. Ou plutôt à un simple produit honnête aux atouts formidables, avec une préférence pour le bas-de-gamme, la redondance et le mielleux.

 

Saison 4 : Première partie (octobre 2013, épisodes 1 à 8) **** 5sur5

Dans la première moitié de la saison, Rick et les autres se sont installés dans la prison, entourée de grillages. Ils cultivent un certain équilibre et peuvent se montrer plus ambitieux et sereins. La sécurité est fragile mais il y a un rempart contre le monde sauvage.

Cette première moitié elle-même s’avère divisée en deux puisque trois épisodes se consacreront uniquement à un personnage fameux. Le Gouverneur est de retour et les auteurs prennent le temps de nous montrer son histoire passée, pendant qu’il affirme son leadership dans un nouveau groupe.

Le rythme s’avère parfois plus lent car les portraits prennent une place plus importante. Certains personnages évoluent considérablement mais de façon fine, précise. La série se transforme et tout en restant très violente, acquière une plus grande sécheresse. Tout semble transparent et avec les contingences, pas besoin de suspense artificiel.

C’est inouï mais une fois encore, c’est l’implication totale ; le grand combat signant la fin de la première partie de cette saison n’en est que l’expression la plus directe. On serre les poings, on prend un coup dans l’estomac lorsque le personnage le plus robuste et héroïque est abattu, on rage mais impossible de jubiler quelque soit la revanche tant le manque se fait déjà sentir.

Cette première partie de saison vient confirmer que Walking Dead est l’une des meilleures séries de notre temps ; et qu’elle peut le rester.

 

Saison 4 : Deuxième partie (février 2014, épisodes 9 à 16) *** 3sur5

Rupture dans la série : les personnages sont éparpillés et relancés dans la nature. Retour à l’incertitude complète, au cheminement pur ne renvoyant qu’à lui-même et aux impératifs immédiats. Sur la route, les caractères évoluent, les manières changent ; mais le sens va plutôt vers la régression. Pas que les personnages deviennent faibles : ils deviennent des roudoudous affectés, leur substance en est transformée en gélatine.

Même si la série conserve de sa puissance, le manque de direction menace de l’engluer. Révolution négative : on en arrive à ne plus vivre intensément chaque épisode. Il va même parfois être difficile de faire plus que vaguement se divertir. Les deux premiers épisodes marquent ce tournant ; le troisième engage déjà un processus de reconstruction. Mais l’alchimie ne se produit plus, ou demande trop de conditions.

Les encarts  »intimes » se développent, avec quelques dépressions sentimentales pas toujours virtuoses, d’autres fois des aperçus ingénieux. Les états d’âmes puérils voulant faire figure de cas pratiques moraux se multiplient ; avec la fille de Herschel et son compagnon, mais aussi Sasha, on étouffe sous les démonstrations mielleuses, les confidences nulles et les élans philosophiques de sitcom bouffies.

Ces deux femmes deviennent insupportables non pour leurs traits particuliers, mais carrément en raison de leur présence : elles n’ont rien à apporter à la série en plus de révéler des personnalités ennuyeuses au fur et à mesure que Walking Dead se développe. Leur insignifiance éclabousse même Michonne, heureusement celle-ci est bien trop forte pour être si vite sérieusement entamée. À l’inverse, le fils de Carl continue à gagner en épaisseur et en maturité, même si l’emphase à son sujet est beaucoup trop forte : il s’agirait de voir ce petit individu tel qu’il est plus que tel qu’il veut se montrer.

En-dehors de ces éléments (personnages pénibles et mièvrerie galopante) rien ne plombe le spectacle : sinon les manques. Il lui faut vite retrouver des lignes de force supplémentaires et pour ses personnages, de nouveaux bastions ou de nouveaux atouts, sans quoi ils vont s’évaporer en même temps que la série. Elle est toujours bien vivante et traversée d’éclairs d’audace. L’épisode 14 porte loin l’inspiration avec cette gamine éprise des rôdeurs au point d’en être le porte-parole révolutionnaire en des temps où les grands élans emphatiques sont malvenus. Une vraie manne, digérée en un seul épisode, sans regrets car sans fausse note.

De la même manière, l’apparition d’un trio pittoresque digne d’un action movie tourne finalement très vite à la bonne surprise, bien que les auteurs laissent planer le doute sur la richesse de ces recrues dans un premier temps. Les ressources sont là, il faut vite retrouver de l’énergie et arrêter de donner dans la contemplation quand les arguments ne savent pas le soutenir.

 

Saison 5 à venir

Le dernier épisode (4.16) marque un retour au début de la saison, par les flash-backs et par la prison. Sa conclusion donne des espoirs pour la saison 5, mais le scepticisme est plus grand.

Le tournage a commencé en avril, les premières indications (dont le premier trailer) ont été récemment présentées. La diffusion débutera le 12 octobre.

 

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Suggestions… Les Fils de l’Homme + 28 semaines plus tard + 30 jours de nuit

 

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