Tag Archives: John Carpenter

DARK STAR **

16 Juil

dark star

2sur5  L‘intérêt principal de Dark Star, c’est d’être le premier film de John Carpenter, réalisateur de The Thing, Halloween, L’Antre de la Folie ou encore Christine. Il s’agit d’un film de fin d’études, tourné en 1974 alors que Carpenter a 25 ans. Il devait d’abord durer quarante minutes, puis a été allongé au double grâce à la contribution d’un contributeur, amenant le budget à hauteur de 60.000 $. Le contexte est un pot-pourri de la SF éprouvée, empruntant modestement aux produits du passé sans forcément s’approcher de quoi que ce soit.

Sans doute drôle, ennuyeux certainement, Dark Star est un film quasi Z, cheap à mort, à la mise en scène sans génie particulier, donnant dans la surenchère que ses moyens et une fibre trollesque permettent. L’ensemble est proche du gag agrémenté de réflexions philosophiques sans jugement : profondes, sincères, chiquées, peu importe pour le cinéaste. La première demie-heure est juste soporifique, jusqu’à l’entrée du ballon extraterrestre (28e minute). Il y aura de bons moments, comme celui de l’ascenseur (mais s’étalant bien trop) ou le détournement de Figaro (45e).

Malheureusement l’espèce de coccinelle croisée Blob disparaît rapidement et la balade dans l’Espace vire encore aux flottements hagards, jusqu’à ce final avec le glaçon. Ce fut du branque de grande ampleur, qualifié plus tard d’En attendant Godot dans l’Espace par son réalisateur. Ce machin pittoresque était sans doute amusant à concevoir, pour l’écriture comme le tournage, mais c’est d’un faible intérêt sinon. Il y a les prémisses d’Alien dans le scénario et c’est normal puisque Dan O’Bannon réalise lui aussi sa première contribution sur un film.

Mais les idées sont courtes et Carpenter aura tourné son nanar, avec des acteurs interchangeables, ses potes sans doute. Le temps du sérieux viendra rapidement puisque Assaut, c’est dans deux ans, Halloween, dans quatre. Nanar, soit, mais là il n’y a aucune signature, presque rien n’identifie Carpenter. Avec Les aventures d’un homme invisible, cela demeure le boulet (voir hors-piste) total de la carrière de Big John. Il a circulé dans les festivals en 1976 (donc tardivement), est sorti en France en 1980 (moment de Fog) grâce aux premiers succès de Carpenter et est finalement sorti en vidéo en 2014.

Note globale 52

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BODY BAGS / PETITS CAUCHEMARS AVANT LA NUIT **

28 Juin

body bags

3sur5   Body Bags aka Petits cauchemars avant la nuit est un film à sketches horrifique très sympathique, sans grandes surprises, s’inscrivant dans une tradition de produits du genre autour de 1990 et des Contes de la Crypte. John Carpenter et Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse) se partagent les tâches, Carpenter signant les deux premiers segments et jouant le rôle du narrateur dans les transitions. Ces séquences souscrivent à l’humour macabre et légèrement transgressif de rigueur, sur un ton moins gamin qu’ailleurs. Même chose en plus accentué pour le film lui-même, parfois d’un réalisme très cru dans les premier et troisième segments, le second étant plus fantaisiste.

La Station Service (The Gas Station) ne se démarque pas par son scénario, commun et peu relevé, mais la mise en scène de Carpenter est excellente. Cette approche de l’action, cette gestion du son et de la tension, cette façon de conquérir l’espace ou explorer des lieux (péri-urbains) au vide incertain, tout ce formalisme génial pourrait booster n’importe quel nanar. Déjà dans son premier téléfilm (Meurtre au 43e étage), Carpenter en faisait preuve. Le spectacle n’est pas brillant mais la présence d’un maître se ressent. À noter deux cameo importants, ceux des cinéastes Craven (Les Griffes de la Nuit, Scream) et Raimi (Evil Dead).

Les cheveux du Dr Miracle (Hair) traite d’un problème de calvitie réglée par un mauvais sort. Avec sa BO renvoyant à Twin Peaks, ce second segment est un petit drame pittoresque dans une atmosphère de faux soap. Très classique dans l’épouvante désuète de l’époque, c’est une réussite modeste, dont Carpenter a le curieux mérite de faire un feel-good movie réduit. Enfin Oeil pour œil (Eye) raconte les visions horribles d’un homme suite à une greffe d’œil. C’est au tour de Hooper et contrairement à ses habitudes d’alors, il opte pour une approche glaciale. Son film est adulte, désespéré et peu imaginatif.

Réalisé pour Showtime, Body Bags n’est pas en mesure de passer à la postérité ni de se distinguer dans le lot des films à sketches de son genre et de son temps. Les deux cinéastes y font de bonnes contributions mais leurs créations manquent d’épaisseur, d’originalité et d’images fortes. C’est en revanche un divertissement opérationnel qui séduira le public coutumier de ces délires-là.

Note globale 58

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LOS ANGELES 2013 ***

25 Avr

los angeles 2013

4sur5  Quinze ans après New York 1997, cette suite le surpasse par sa radicalité. Si New York 1997 était un film d’anticipation très inventif et plein de caractère, Los Angeles 2013 est un brûlot d’une fureur adolescente mais réfléchi et un action-movie à la mélancolie virile. Il reprend le postulat de son prédécesseur et radicalise les options, en présentant accessoirement un pouvoir ayant repris la main et jouissant des moyens technologiques avancés. En 2013, le contrôle de la population est rendu possible. Désormais c’est la grande prison est Los Angeles. Détachée du continent, elle est devenue le quartier où sont réunies les personnes incompatibles avec l’Amérique morale nouvellement instaurée.

Intelligent mais grossier, captivant et tapageur, Los Angeles 2013 laisse dans une situation inconfortable. Il y a des raisons d’y voir un spectacle pour buveurs de bière se prenant pour des conquistadors : Los Angeles 2013 est accessible à l’amateur de film d’action puissant et au dernier des abrutis, délivrant la marchandise avec force et étayant un implacable trip badass. Mais de la même manière que Ghosts of Mars sera un nanar flamboyant sentant le fuck amer, Los Angeles 2013 est une déclaration d’hostilité brutale et virtuose au monde contemporain. Carpenter, Russell et Debra Hill anticipent le tournant répressif et le règne idéologique et politique du néoconservatisme US tel qu’il se déploie à l’échelle mondiale après les attentats du World Trade Center (11 septembre 2001).

Los Angeles s’illustre par cette mise en exergue d’un fascisme réel et propre à son temps et ceux qui viennent, sur lequel il vomit toute sa bile. Il n’y a pas de refuge pour autant et le monde entier est devenu une poubelle en plus d’être une prison. Ce monde n’a pas besoin des tyrans pour être sali. Les anars s’entre-déchirent, n’ont pas ou plus de destin, imitent le pouvoir central initialement hai et d’ailleurs toujours dénoncé, se confondent dans le chaos décérébré et se détruisent eux-mêmes. Au milieu des courses et des explosions, il y a le blues d’un anarchiste au milieu de ses congénères stupides ou vicieux, face à l’inéluctable triomphe de dominants planqués, avançant avec leur Bien frelaté. Tous utilisent le spectacle pour exercer leur emprise, comme dans They Live. Mais pour les anarcho-fascistes jouissant du chaos dans Los Angeles, cette emprise est directe, physique : la réalité est moche mais il y a un contact avec elle, une capacité à vivre vraiment et à épanouir son être, même à satisfaire ses fantaisies ou ses ambitions les plus rudes (Carjack Malone aka Hershé Las Palmas).

Au contraire l’emprise du nouveau pouvoir étatique est particulièrement intolérable parce qu’elle s’exerce jusque dans les choses du quotidien, les plaisirs ordinaires mais vitaux. L’Amérique de LA 2013 usurpe son nom de « terre de liberté » où il n’y a « pas de tabac, pas d’alcool, pas de drogues pas de femmes – sauf si on est marié » : il y a ce côté libertaire outragé un peu poussif a-priori, mais finalement fondé. De la même manière, accuser la religion comme mobile et grille de lecture des dominants (sociaux) est assez curieux vu d’Europe, mais recevable somme toute aux USA et dans la majorité des pays. Sous le règne des flics (moralistes) totalitaires, le 20e siècle devient une période idéalisée. D’ailleurs, le seul espoir serait de revenir à l’harmonie d’autrefois, où vivre libre et dans la solitude était possible. Un ordre naturel a cet avantage de vous laisser des horizons à explorer, un territoire à choisir, la capacité d’être sans se justifier : dans un ordre naturel votre intégrité s’épanouit et vous n’avez qu’a être fort, en vous-mêmes, non parce que vos moyens vous le permettent.

Comme New York 1997 il est authentiquement et pleinement anarchiste, le propos étant cette fois bien plus accompli encore, arrivé à un stade final. Los Angeles 2013 est libertaire et réactionnaire : ce monde est foutu, on le sauvera par la purge catégorique de tous les moyens technologiques élaborés depuis des siècles. Umanbomber pourrait être fier de Carpenter. Oui mais après, que fait-on ? On souffre tous et reconstruit le monde sur soi, sans se leurrer sur un ordre commun ? Probablement, c’est l’occasion de vivre en anarchiste enfin, dans un contexte l’étant aussi puisqu’il n’y a plus de société, plus d’aliénations, plus de confort aussi ni de progrès toxiques. Dans cinq ans Carpenter tirera sa révérence avec Ghosts of Mars. Sa fin de carrière est particulièrement nihiliste.

Note globale 76

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NEW YORK 1997 ***

14 Avr

new york 1997

4sur5  John Carpenter écrit New York 1997 en 1976 en s’inspirant du scandale de Watergate et de Un justicier dans la ville avec Charles Bronson, en tout cas de sa représentation de New York. Le film sort en 1981, après Halloween et Fog et rencontrera un grand succès, commercial et critique. C’est l’un des premiers longs de Carpenter, au début d’une décennie dans laquelle il allait connaître son apogée. Le film se déroule dans un futur proche avec un contexte dystopique. Le pouvoir politique est mis en cause mais Carpenter montre également son délitement, égal à celui de la société. En 1997 donc, compte tenu de la multiplication par quatre du nombre de crimes aux USA, New York est devenue une prison détachée du continent. Le malfrat Snake Plissken y est envoyé pour retrouver le Président du pays, dont l’avion s’est écrasé sur le pénitencier. Il a 24 heures pour le ramener et sauver sa vie, puisqu’une injection a été pratiquée sur lui, avec un poison mortel programmé.

New York 1997 s’illustre par sa vision politique et son anarchisme conséquent, lucide sur lui-même et ses implications. Interprété par Kurt Russell, l’acteur fétiche de Carpenter, Snake Plissken est un voyou et ex-taulard forcé de travailler pour le pouvoir, contre les anarchistes : mais ceux-là ne sont pas forcément des amis. Il est l’anarchiste vrai, un individualiste badass et amer. S’il est contre le pouvoir, il n’est pas non plus le moteur d’initiatives collectives, il n’a pas de communautés et ne veut ni changer d’aliénation ni dominer à son tour. Dans le New York du futur du film donc, les compères anarchistes de Snake recréent leur monde, dans les bribes de l’ancien, pour fabriquer leurs féodalités : lui échappe à ce genre d’entreprises, même s’il baigne dans un milieu où il peut rôder à son aise. Il n’y a pas d’alternative : sinon tourner le dos, la marge est faible pour Plissken. Ainsi il peut faire une farce au Président à la fin, mais le ton n’en est alors pas moins dramatique, puisque c’est un coup pour rien, sans illusions. Il peut partir seul et jouir de son autosuffisance, sans cesser toutefois sa marche. C’est une vie de blasé absurde, mais en mouvement et ne cherchant rien que cette liberté, pas un quelconque salut.

Cette gigantesque projection dystopique est forte de son propos et de ses décors ambitieux. Carpenter pose un univers très inspirant dans le cinéma d’action et d’anticipation, avec sa jungle urbaine apocalyptique, dépourvue de sens et d’avenir, où triomphe une sauvagerie morose. Autour de la mission et du parfum de nihilisme, l’ensemble peut sembler un peu court : ce n’est pas timide, mais il y a une certaine limitation. Elle n’est pas relative aux moyens : Carpenter jouit d’un budget modeste mais décent (6 millions de $), brillamment employé. Et si la technologie du pouvoir peut sembler modeste par rapport à ce qu’un produit hollywoodien pur présenterait, c’est en cohérence avec la paupérisation généralisée et l’univers de chaos mis en scène. La légère frustration ressentie vient du ton de ce brûlot anarchiste, plus cynique que virulent, plus coriace qu’intense, transparent plutôt que profond.

Même s’il peut désorienter par son rythme, New York 1997 est un film magnétique et important esthétiquement. Il est difficile à situer : pour vulgariser, on pourrait dire (mais ce sera provocateur) que ça se place entre un Minority Report doté d’épaisseur, du Luc Besson motivé et un James Cameron en mode pugnace (celui-ci a participé à certains effets spéciaux). L’action dans NY 1997 est lente, très sèche, relevant presque d’une forme de contemplatif, sans allez vers le côté théorique (et mathématique) d’Assaut. Assez flamboyant, Los Angeles 2013 sera plus prompt à séduire les fans d’action bourrine. Cette suite sera un excellent écho, où le propos de Carpenter gagnera en culot et en originalité.

Note globale 71

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Suggestions… L’évadé d’Alcatraz + Aliens le retour + Le Cinquième Element

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GHOSTS OF MARS **

8 Mar

ghosts of mars

3sur5  Ghosts of Mars est l’un des (très) mal-aimés de l’oeuvre de Carpenter, une espèce de relecture badass et explosive de The Thing avec des soldats grand-guignols, un ordre terrestre dépressif et des méchants aux tronches de pathétiques métalleux tribaux lorgnant vers le zombie aviné. Sauf le black (le rapeur Ice Cube), les rôles positifs ou à défaut sympathiques sont pour deux femmes : Natasha Henstridge (héroine de La Mutante) et Pam Grier (l’interprète principale de Jackie Brown). Contrairement à d’autres films de Carpenter précédemment, Ghosts of Mars n’a pas la prétention d’être anti-hollywoodien : il l’est intrinsèquement et que Hollywood moisisse dans son coin ! C’est une authentique série B, désinvolte, immature, un carnaval nihiliste qui n’a pas peur d’apparaître aux yeux du cinéphile averti comme un sacré nanar et tape allègrement dans le grotesque.

Et Carpenter fait mieux que l’assumer, il y va à fond : Ghosts of Mars sera un plaisir coupable, un nanar sympathique, ou ne sera pas ! Décors kitschs spectaculaires [le carton-pâte envoûtant], dialogues bouffons [« Complètement cinglés ; il se sont mis à courir partout et décapiter les gens ! »], flash-backs et autres effets désuets, Ghosts est donc un film ouvertement puéril, voire un peu belliqueux. Il nous sert même sur un plateau d’argent de pitoyables machistes, toujours prêt à envoyer des « T’as raison mon gazon ! » avant de se retrouver émasculé. La  »virilité » (au sens des épuisantes rodomontades de beaufs à petite bite) est ici écorchée, elle en prend un sacré coup, et va jusqu’à nous donner un Tarzan suffisamment ridicule pour se couper la main sans le faire exprès lorsqu’il essaie de se faire cavalier-servant de sa Jane.

Le second degré règne en maître ; les enjeux du pseudo-scénario sont dérisoires, un leurre, seul ce plaisir un peu régressif compte : celui de se croire encore devant un cinéma d’antan (le western de l’ère classique), maladroit et passionné, surtout pas avare en invraisemblances, plus soucieux d’être une jolie balade en terre inconnue [Mars en l’occurrence], où rien n’a vraiment d’importance sinon le divertissement et l’amusement enfantin qu’on éprouve. Le n’importe-quoi est donc permis ; et valide, tant que la direction assure. C’est Carpenter donc c’est le cas, la narration est assez maline et ses audacieux empilements de flash-back fonctionnent.

Alors Carpenter s’en donne à coeur-joie pour nous offrir son défilé de créatures, de rituels, de bavardages grand-guignolesques. Le revers, c’est la difficulté à rester connecté à cet objet dont on ne respecte pas les personnages. Judge Dredd par exemple est beaucoup plus plaisant. Par ailleurs, les fans hardcore pourront s’accrocher et sur-interpréter, voir retourner la perception standard en accordant au film une immense richesse dialectique non-perçue par le torrent de crédule que constitueraient les spectateurs ; ce spectacle est superficiel, c’est Doom ou Resident Evil en mieux servi car mieux écrit, réfléchi, mais pas nécessairement plus profond ou pertinent au-delà.

Des notions, des valeurs aussi, sont présentes et défendues avec force, mais aucunement creusées. Il faut par contre prendre conscience de l’essence de ce film : pour son auteur, c’est un coup de pied rageur, envers l’industrie du cinéma, le public dans une certaine mesure, le conformisme narratif et esthétique des studios. D’ailleurs, sauf Los Angeles 2013 en 1996, Carpenter n’avait plus été scénariste de ses films (même L’antre de la folie n’est pas écrit par lui) depuis son brûlot Invasion Los Angeles ; l’investissement profond de Big John est donc bien circonscrit depuis une bonne décennie. Par rapport à They Live/Invasion LA, Ghosts of Mars en est une version dévitalisée, clairement moins politique et porteuse de sens ; il peut être assimilable au Starship Troopers de Verhoeven, mais il faut citer les mêmes nuances.

Carpenter tourne une certaine aigreur à l’absurde. Ce sera son dernier film avant la grande rupture, interrompue seulement par deux participations aux Masters of Horror (2006-2007) puis un faux retour à peine remarqué avec The Ward.

Note globale 61

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Suggestions…  Mission to Mars   

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