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J’AI PERDU MON CORPS **

15 Nov

2sur5  Cette fameuse main à la recherche de son corps fait partie d’une poignée d’éléments servant à enrober un programme éculé. Rendre une séance attractive en se concentrant sur ce seul morceau, lui conférer des émotions, des buts voire une conscience, était un lourd défi. Et bien que le film se vende et se dope sur ce compte, la place de cette main dans la ville est marginale (spoiler : elle fournit le meilleur de très loin devant les flash-back tout en mélancolie douce, chagrins, sépia ou noir et blanc). Au départ on baigne dans un mélange équilibré, ensuite la trame classique et romantique prend toute la place – autour de l’élan piteux mais amoureux de ce jeune type pas sevré mais sentimental qui se donne du mal.

Par rapport au roman Happy Hand (signé du responsable d’Amélie Poulain), le réalisateur Jérémy Clapin aurait introduit l’essentiel des scènes pertinentes ou simplement étoffées. Les enregistrements et les principaux éléments de la conclusion [sur le toit] seraient donc entièrement dûs à l’adaptation. Or avec eux et plus encore la scène-clé de l’interphone, on a le principal de ce qui tient la séance debout ; donc soit le matériau de base était vaseux ou tout en sentiments et sensations intranscriptibles, soit Clapin et son équipe ont simplement composé avec un nom et plaqué dessus leurs inspirations.

Dans tous les cas, probablement dans l’idée de le dépasser, le scénario a été délaissé. Il s’avère simple voire carrément simplet au niveau des profils et motivations. Le film ne peint pas le monde en rose bonbon mais cumuler les trucs crades et vulgaires ne fait que lui donner un cachet réaliste, une capacité à faire écho, sans élever son niveau. Le fond demeure d’une niaiserie imparable, les sermons sur la destinée à dompter n’y changent rien – tant mieux probablement car hormis les envolées stériles du développement personnel misant sur la pensée magique, il y avait zéro débouché. Enfin les effets sont plus appuyés que convaincants, la pression émotionnelle est excessive (il y avait un empressement comparable dans Skhizein et Une histoire vertébrale) et la musique utilisée comme si l’auditoire se cocoonait dans sa safe space érigée à la gloire de Radiohead.

Évidemment un tel film vaut davantage le déplacement que Countdown, des talents sérieux sont à l’œuvre. Mais hormis ce titre-là je ne vois au mieux que des équivalents ou des déceptions (ou des saletés intéressantes comme Alice et le maire) dans les sorties de ces derniers mois (L’invasion des ours assurait le pittoresque). Enfin ce livreur finit par gagner la sympathie grâce à sa bizarre obstination et ceux qui auraient aimé Les triplettes de Belleville s’il n’était si ‘franchouille’ à leurs yeux devraient trouver une bonne alternative tout aussi nostalgique. Ceux qui viendront à J’ai perdu mon corps attirés par le label du producteur Xilam auront plutôt la confirmation qu’il a livré son meilleur il y a vingt ans avec Oggy et Les zinzins, les rares films présentés depuis n’étant jamais renversants dans leur domaine (même s’il y a eu de jolies choses comme Kaena).

Note globale 52

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Suggestions… Rubber + Paprika + Avril et le monde truqué

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ATLANTIQUE **

9 Oct

3sur5 Ce film trouve un équilibre entre réalisme documentaire, allégories douces et embardées élégiaques, pour un résultat intéressant mais jamais très stimulant. Pour l’envoûtement, ce sera une stricte question de goûts. La séance nous offre un regard évanescent mais concerné sur la réalité, donc celui d’un esprit flottant et sûrement pas au plus fort de sa cognition, mais libre car en mesure de se dédoubler ; en d’autres termes la réalisation se fait spectatrice comme nous. La réalisatrice semble accorder une grande confiance aux interprètes et personnages, en retour le film a le goût du vrai. L’ambition et la complaisance règnent sur la mise en forme. La stylisation peut se faire agressive, avec cette musique semi-électro glauque, plaquée en dissonance sur des scènes de foule, des paysages ou des horizons marins. La plupart du temps, elle pousse à suivre un personnage-clé ou une petite société dans une intimité désincarnée.

Pour le reste, si la réalisatrice a atteint ses objectifs, c’est embêtant, surtout s’ils sont politisés comme elle le prétend dans sa promotion. Sans donner donc tomber dans le Ken Loach contemporain, un peu plus de ciblage servirait la supposée critique du capitalisme ou de l’indifférence envers les enfants sacrifiés des mirages étrangers. En l’état, tout ce qui émerge relève davantage de problèmes d’intendance ou sociaux dans lesquels l’argent partage sa place avec des instincts ou méthodes d’accaparement et d’ordonnancement diversement archaïques, de la structure familiale aux rapports ‘publics’. Si Atlantique souhaitait illustrer la pesanteur des liens légaux et des vieilles croyances sur les jeunes filles, la corruption facile de la jeunesse, c’est convaincant. S’il voulait montrer la trajectoire d’immigrés clandestins sans focus sur le continent visé, sans parties prenantes occidentales qu’elles soient amies, antagonistes ou intéressées, c’est sa plus belle réussite car elle ne vient pas flatter [directement] les débats et relocalise l’imaginaire concernant les flux migratoires. On peut aussi estimer que c’est une façon de servir les pro-migrants hypocrites en retirant leurs pays et leurs institutions de l’équation, donc en les dédouanant – effectivement le peuple du progrès et ses représentants ont salué le film via la récompense cannoise, avant sa sortie dans l’indifférence générale. Heureusement la réalisatrice ne se préoccupe pas à l’écran de démêler ni même d’adopter ces angles d’attaques.

Son premier long-métrage est une œuvre de poésie plus que n’importe quoi d’autre, à la fibre humaniste. Elle figure le poids des morts sur les vivants, le poids des ombres sur la vie et dans une ville tournée vers les lumières d’un développement snobant ses ouvriers et même ses petites ouailles (comme les pétasses consuméristes, antithèses d’Ada aux aspirations authentiques). C’est à cet endroit que le film esquisse sa critique la plus pertinente puisque le business est partout, c’est l’option dominante pour l’ensemble des vies à l’écran et il s’agrège les autres préoccupations (statutaires, égotiques, amoureuses). Or nous sommes à un niveau de capitalisme encore primitif et donc éloigné de celui qui générerait les ravages présents et a accompagné les progrès de l’Humanité. Une certaine inertie morale et culturelle pourrait aussi bien être coupable d’un grand nombre de ces maux – et naturellement accompagner cette digression aux charmes fantastiques et neurasthéniques. Elle pourra parler aux amateurs de Raoul Ruiz ou Claire Denis, à moins qu’ils trouvent la chose immature (les dialogues parfois amateurs, spécialement avec l’amie Marianne, plaideront en ce sens). Enfin cette tentative d’imposer une musique propre, radicalement localisée, vaut toujours mieux que celle de Bacurau, qui piétine car il [a tout déballé d’emblée et] ne va nulle part, quand Atlantique suit lentement sa révélation. En route on a le temps d’anticiper sans trop savoir quoi en tirer, mais on sent que des sentiments profonds tentent de se graver, qu’une sensibilité cherche ce qui la dépasse. Par contre Bacurau reste joyeusement regrettable au pire alors que cet Atlantique est quasiment soporifique avant le mariage.

Note globale 56

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Suggestions… La ville pirate + Beau travail + La main du diable

Les+

  • inspiré
  • sensation de vérité voire de représentation crue sans écorcher la fantaisie ni devenir niais
  • interprétations

Les-

  • effets médicamenteux
  • des choses simplettes quand se fait concret
  • écriture voire agencements parfois confus

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AU NOM DE LA TERRE ***

3 Oct

3sur5  Ce film est sincère et réaliste mais plein de barrières. Il est gentiment impudique avec ses petites scènes dans la tribu, verrouillé sur les questions cruciales. Trop de respect nuit à son envie de témoigner, à son éventuelle cause, tout en profitant à son affectivité. Le paysan, sa femme et son fils paraissent purs et, d’un point de vue spectaculaire, sont flattés car accablés par les malheurs de la condition paysanne contemporaine. Naturellement cela donne à une minorité l’occasion de se trouver entendue, de se projeter instantanément, avec matière à polémiquer mais pas de quoi le faire immédiatement ; dans le monde paysan comme chez ses fossoyeurs ou ses exploiteurs, personne ne va se sentir agressé, ou de façon trop discrète.

Un peu à l’image des Chatouilles dans un autre registre, Au nom de la terre est un film thérapeutique avec une portée collective, qui braque sérieusement les projecteurs sur une réalité embarrassante que tout le monde ne peut que regretter (ou ne discutera que tout bas), même si la traduction pratique et politique est presque nulle. Montrer l’état des lieux apporte un début de solution ; on ne va pas laisser aux téléfilms le monopole du squat de la campagne, ces inspections étant nécessairement rabougries par le cahier des charges et ironiquement plus limitées que sur grand écran. Mais Petit paysan profitait des libertés de la fiction, qui pour Au nom de la terre n’apporte que des occasions de romancer. Centré sur un homme cette fois littéralement seul et purgé des côtés sirupeux, aux prises avec le présent immédiat et pas un passé doublement proche, Petit paysan montrait davantage de cet univers, du métier et des claques qu’on s’y prend.

Pourtant le principal est là : l’aliénation par les coopératives, cette tendance à vouloir construire comme le voisin ou pour monter à bord du train de la modernité, la démoralisation affectant le monde agricole (ainsi que la perte d’estime pour le patriarche sans gros sous, la familiarité encore possible avec le banquier de proximité il y a 20 ans). Dommage que ces thèmes ne soit pas approfondit et que rien ne soit nommé (hormis la marque du tracteur via l’image). Le film enquille les passages démonstratifs (rapportés dans la promotion : madame oppose « on a plus de trésorerie », le fils récolte les bruits de jaloux et médisants ciblant son père), les avalent instantanément, reste droit sur sa route. C’est un drame en milieu paysan mais on ira pas arpenter tout l’environnement autour. À la place on opère des pas de côté complaisants et un peu stériles, notamment autour de Thomas/Bajon dont on s’acharne à souligner la vitalité. Des poussées musicales un peu clicheteuses et surtout mielleuses viennent doper une mise en scène simple et compenser une écriture faiblarde. Celle belle (et courte) avec la chanson de Barbara participe à pardonner la mère, saluer sa loyauté et ses efforts. On effleure, veut pas blesser ce monde trop aimé, tout en dressant un tableau crépusculaire et très ‘familial’ (ce créneau ne servant pas qu’à rire ou occuper les enfants). On repère le négativisme et le matérialisme paysans au travers de quelques réflexes, de rares mots ; le grand-père est le plus révélateur car il porte toute la dignité d’un monde mais aussi sa rigidité mortelle, voire sa bêtise (de petit capitaliste tocard et régressif).

Ce n’est pas un idiot du village ou un dément, mais quand même le parfait véhicule de la mentalité arriérée des besogneux compulsifs persuadés que simplement se retrousser les manches et se planter le nez dans le guidon vous lave de tout et arrange l’essentiel. Il ne voit pas que c’est ce que fait son propre fils tout en essayant d’investir. Il ne réalise pas non plus que sa réticence à léguer ‘gratuitement’ ce monde n’arrange personne et rend la tâche plus facile aux agents de sa braderie. Embarquer les clés avec lui est probablement son ultime jouissance. Mais cela le film évite à l’afficher de façon catégorique, il le mêle à une certaine admiration pour ce personnage flanqué de quelques atours rétrogrades (son bout de réplique condescendant sur les ‘femelles’). Dans la poignée de scènes silencieuses où il vient observer l’état de la ferme, il incarne le vieux monde paysan jugeant sévèrement – mais dont le jugement est déjà établi. À un niveau générique c’est mélancolique ; à l’échelle du particulier, c’est la mesquinerie – de cette mesquinerie sans éclats et peu cinématographique, plus facile à rapporter dans un roman psychologique (comme dans la littérature de Mauriac avec ses méchants avaricieux).

Le grand malheur du film et de son approche c’est qu’à la fin on peut douter de sa conclusion et donc de tout ce qu’il y rattache. Ce n’est pas évident que cet homme se suicide principalement voire seulement à cause de son échec agricole. Il y a une tragédie là-dessous présentée comme intime mais dont on aborde que le versant social et familial. Donc il reste un gouffre, le film fait son office, mais sur des plate-bandes qu’il travesti. La séance se clôt d’ailleurs sur une signature nocive pour la pertinence de cette démonstration ; on voit une vidéo amatrice insignifiante des années 1990 avec un zap pour le moins plombant sur l’assistance blasée. Le père du réalisateur a l’air tout en émulation et seul dedans. Aurait-on il y a une vingtaine d’années laissé se noyer le type pour lequel Guillaume Canet a sacrifié l’intégrité de sa coiffure ? Bergeon règle certainement ses comptes et ajuste sa vision des rôles, voire répare l’histoire familiale en la reformulant. Cela donne : papy digne représentant du monde paysan mais responsable de la déchéance de papa ; papa noble victime et peut-être émotionnellement faible ou pourri par les autres ; maman dont on prend le parti, forte, fiable et patiente.

Note globale 64

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Suggestions… Alabama Monroe + Les moissons du ciel + Moi Tonya

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CEUX QUI TRAVAILLENT ***

26 Sep

3sur5 Focus sur un homme d’âge mûr en position de petit lieutenant de ce qu’un citoyen d’aujourd’hui doit typiquement pourfendre sans jamais vraiment gratter, éventuellement en fuyant vers l’émotion – ce que le film laisse faire à qui le souhaite. Ça y ressemble mais ce n’est pas un film social gentillet et finalement crétin mais publiquement irréprochable comme l’ensemble de ceux tournés avec Vincent Lindon (et justifiant son jeu pour le moins restreint) ou les dernières livraisons de Ken Loach (comme celle avec le vieil imbécile Daniel Blake). Il reste détaché, ramasse sans forcer la critique du capitalisme, du travail, de la mondialisation, tous vecteurs d’aliénation (sans laquelle on est hagard). Dans ce mode mineur il évite la stupidité mais aussi de répondre au sujet, sauf sur le plan moral retourné d’une façon qui deviendrait poisseuse si le point de vue livré n’était pas si ouvert.

L’humour est au diapason (il porte généralement sur l’inertie émotionnelle du type et l’indifférence ou l’égoïsme cru des gens) : l’être éclairé et bien éduqué aura ce petit rire en un souffle plein de déférence aux vertus cardinales, le ricaneur va se réjouir de tant de nihilisme cordial, celui qui se reconnaîtra dans ce personnage ou tient pour inévitable son attitude ignominieuse pourra s’esclaffer intérieurement. Ceux qui travaillent pourrait aussi flatter ces cadres sup’ souffrant de se sentir larbins AAA et redoutant d’avoir à se le faire confirmer ; plus généralement il va parler à tous ceux qui éprouvent ou redoutent le déclassement. Quand Franck se présente à un rendez-vous, il est droit et honnête, prêt à coopérer mais sans vendre davantage que sa force de travail ; or l’interlocuteur attend qu’il joue le jeu complètement ou qu’il dégage (ou les deux simultanément ?). Franck n’a pas compris qu’au bout du bout les règles éthiques n’ont réellement pas d’importance primordiale et qu’il n’a raison que sur le rayon des apparences.

Ceux qui travaillent pratique un petit jeu à la fois facile et audacieux. Facile car il se débarrasse de ses propres responsabilités avec son issue penaude ironique tout en livrant une seconde partie plus propre et rassurante. Il ne montre jamais le plus directement troublant, tout en ayant des plate-bandes et une vocation toutes-faites (et Le Couperet comme antécédent, sans comme lui donner dans le thriller). Il est pourtant audacieux car mal-aimable avec son absence de repères clairs ou de manichéisme, sa façon de pousser à l’empathie avec cet antihéros présenté comme l’homme du sale boulot nécessaire. Concrètement le film ne salit jamais son antihéros, en même temps il ne retient aucune information externe cruciale, or une grande partie est accablante. Sa maison est triste et finalement ses sacrifices pourraient ne pas valoir le coup dans l’œil du spectateur comme du réalisateur ; Franck ne fait que poursuivre une vie de labeur et de remplissages sans laquelle il est démuni et peut-être se sent plus vide et nul qu’un autre.

La thèse sous-entendue semble culpabilisante ou plutôt ne semble devoir être avouée que comme telle ; il y a de quoi se demander s’il n’y a pas plutôt une forme de fatalisme, voire une attirance envers le ‘mal’ simplement digérée. À l’instar de la famille qui aimerait mieux rester aveugle et notamment du fils cadet ingrat, consommateur débile, nous [spectateurs et citoyens ‘forcément’ indignés par les ‘dérives’ du capitalisme globalisé, par le mépris de la vie et par le sort funeste des migrants] serions tous impliqués. L’aîné, l’enfant qu’on voit le moins, est ouvertement et sans mesquinerie attiré par la violence. Pour cet héritier direct la pourriture du monde n’est pas un problème ; comme papa, il accepte ses lois sans rien états d’âme ni quelconque réflexion. Mais papa y a été contraint et s’est senti un salaud, quoique surtout à cause du monde extérieur.

La force de ce film c’est d’afficher cette solitude des ordures (très ordinaires), qui ne sont que des rouages loyaux ou des professionnels pas spécialement dégueulasses ni spécialement angéliques, en fait des gens qui s’en cognent ; justement tout le monde s’en fout ou tourne la tête avec dégoût, il faut simplement passer ce petit malaise ou le gérer avec des masques aux prétentions nobles. C’est donc presque énervant en sortie de séance car ce film n’avance à rien, veut être prêt à tout dire et ne s’attache qu’à rester dans la compassion clinique et l’expectative critique ; néanmoins il apparaît valide pendant la séance et avec le recul, grâce à cette banalisation de la monstruosité, que ses concurrents ou que les gens percevraient trop vite avec horreur ou dégoût et criminaliseraient simplement. La journée pédagogique où le terrain est privilégié au centre de décision, le métier à son seul chapeautage par la hiérarchie, compense ce flirt avec le cynisme par une louche de démagogie et d’un bon sens plus accessible ; au moins, pour une fois, la démagogie arrive avec du contenu plutôt que des postures (et le prof-émissaire n’a aucune crédibilité pour nous enseigner la vertu).

Aura-t-on avec Russbach un nouvel Haneke qui aime à se répandre froidement dans la fange en nous pointant du doigt ou en ne nous laissant en option ‘viable’ qu’à faire comme lui et dénoncer avec une morgue sinistre – ou vomir car c’était excessif ; ou bien un auteur attiré par l’ombre et qui l’assume sans chercher à poser des petites briques à l’ombre du ‘cinéma social’ qui lave de tout tant qu’on peut convertir sa matière en réflexions bien-pensantes, fussent-elles éprouvantes ? Est-ce le début d’une œuvre originale et joyeusement inconfortable nous invitant à regarder l’espèce en face, ni en la surplombant ni en la vénérant, ni même en se souciant de l’excuser ou de l’aimer trop fort ? Les deux prochains opus de cette trilogie sur l’ordre contemporain devraient y répondre : rien que la désignation de ‘ceux qui prient’ pour nos âmes apportera un signe probant.

Note globale 66

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Suggestions… Corporate + Le septième continent

Les+

  • prend un angle presque courageux
  • Gourmet parfait
  • la première partie où le monstre croit encore à lui et à ses chances
  • les dialogues et les silences
  • la maison triste

Les-

  • techniquement juste opérationnel, rien de renversant
  • la fin un peu planquée et la seconde partie plus compatible avec le consensuel et l’indignation citoyenne bien avertie

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TU MÉRITES UN AMOUR *

12 Sep

2sur5  Rien d’affolant dans cette bluette crue, hormis peut-être son curieux succès critique. Nous assistons à un bout de la vie d’une fille à prendre, qui plane légèrement au-dessus du monde à cause de sa « mélancolie ». Nous avons droit à l’exposition sous tous les angles flatteurs mais réalistes de sa tristesse et sa fatigue, à ses amourettes et connaissances. Autour d’elle [donc pour elle] des gens, scènes et conversations normaux et sans fards – à l’occasion des animaux pas trop sauvages et un pédé à punchline brisant régulièrement l’inertie. Les amateurs de cinéma ‘vrai’ doivent y courir, pourvu que le reste des éléments de la vie humaine soit sorti de leurs préoccupations à ce moment.

Tout au plus aperçoit-on son travail, sinon pas d’autres considérations, ni d’intérêts, pas d’étincelles, aucune tangente chez Lila. Qu’attendre de plus du portrait d’une fausse distante et surtout fausse indépendante, alternativement passive, fuyante, apparemment complaisante ou ouvertement amère. Elle attend trop des autres, compte sur eux pour vivifier son quotidien et son ego : évidemment elle est frustrée constamment. Détachée seulement dans ses rêves (auxquels nous n’avons aucun accès, logique à ce niveau de chérissement et de protection de l’image) elle s’avère une obsessionnelle et revendique sereinement d’avoir placé un logiciel espion sur l’appareil de son ex parti en Bolivie.

L’impuissance du film à montrer son comportement immature et ennuyeux pour ce qu’il est scelle son impuissance générale : on ne peut rien attendre de trop pertinent de cet Un dos tres sans la danse et dont la troupe est réduite à une seule. La fille a trop de soi et de reproches stéréotypés à brandir face à l’adversité (c’est-à-dire les hommes qui ne se conformeraient pas à ses espoirs romantiques) ; le film n’a pas sa préférence pour la voie indirecte, c’est sa grande qualité. Sinon il ne corrige et n’enrichit rien de son point de vue.

Humains comme les autres, tous les hommes non-gays (encore que certains fassent douter) sont là pour elle ou (c’est leur bonus) pour l’aborder. Les conflits sont sommaires, tout au plus les gens s’avèrent des connards conformes aux traditions. Une seule chose pourrait animer encore la séance : le petit jeu consistant à se demander avec qui finira-t-elle !? Osera-t-on la laisser partir seule ? Donc affronter ses manques et dépasser son besoin d’être prise en charge ? Improbable pour une fille avide d’être relevée et poursuivie – pourtant ce second film qui n’arrivera pas aurait pu entrer dans celui-ci, il y avait largement l’espace.

Note globale 42

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Suggestions… Jeune et Jolie + Climax

Les+

  • l’actrice principale
  • parfois drôle
  • de bons seconds rôles
  • cru, un peu bête, ressemble à la vie courante
  • sait meubler

Les-

  • l’absence de perspective face au personnage
  • manque de conflits et d’épaisseur
  • un esprit narcissique qui ne se voit pas et s’enfonce (et assomme)
  • ras-du-bitume
  • fondamentalement insipide sauf pour un public cible et/ou féminin

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