AMERICAN NIGHTMARE 3 : ELECTIONS *

1 Sep

1sur5  Troisième et « dernier » acte de la Purge supervisée par James DeMonaco, Election Year cherche davantage l’assentiment et la respectabilité. La violence est moindre, les aspects les plus tortueux ou ‘intimement’ perturbants impliqués par la purge sont éludés, le montage et le récit se veulent nerveux. La politique n’est pas mise de côté mais le résultat est ambivalent. Le film porte ses coups contre des ennemis concrets qui ne sont plus simplement ‘les riches’ ; pourtant l’engagement est aussi brutal que négligé (au sens grossier et médiocre, plutôt qu’irréfléchi et brouillon), sans compter l’embarras qu’il pourra introduire chez son cœur de cible (les afro-américains si salement dorlotés).

Le potentiel ‘brûlot’ contenu par le concept est réduit à une peau de Z et au final, tous les à-cotés de la purge n’auront toujours pas été pris en main (relations entre survivants et tueurs occasionnels, jugements et ressentis de la part du reste du Monde, conséquences sociétales de la purge). Quelques bonus et nouveautés prometteuses sont traités en quelques secondes : les étrangers venus pour tuer, les assurances anti-purges augmentant leurs tarifs le jour-même. L’utilisation de drones devrait amener à considérer la technologie et son rôle pour les oppresseurs : manifestement elle ne sert qu’à indiquer la saison 2015-2016 pendant laquelle germe ce film. Les services sanitaires de la purge, pendant la purge, permettent au spectateur de faire de l’ironie sur la coupure de l’intégralité des services publics (car il y en bien un qui tienne), sans que le scénario ou du moins la post-production s’y intéresse au-delà de l’anecdote grotesque, peut-être pour soigner l’ambiance.

Bien à la peine pour apporter des révélations sur l’organisation de la purge et ses origines, cet opus sait poser explicitement la carte des jeux et des camps. La NFFA est au pouvoir depuis 25 ans et a institué la purge. Cette corporation prédatrice, menée par des blancs lisses et d’âge mûr, forme un gouvernement flanqué de traits nazis. Occasion d’éliminer les pauvres et tous les ‘résidus’ de la société, la purge permet d’alléger les dépenses sociales, de gérer le crime en lui trouvant même des vertus, puis globalement de sauver l’économie et [donc] le pays. Cette année, à l’approche de la nouvelle élection générale, la popularité de la sénatrice anti-purge Charley Roan constitue une menace à la fois pragmatique et philosophique (voire ‘spirituelle’) pour la NFFA. Les dirigeants des États-Unis doivent donc lâcher du lest en attendant de déployer une contre-offensive ; ils accordent une égalité de principe afin de se mettre hors-de-portée des critiques et renvoyer à la ‘simple opinion’. Pour la première fois, il n’y aura pas d’exemption pour les hauts-fonctionnaires ; par sa nature, l’hyper-classe reste exemptée dans les faits, sauf égarement.

Ce troisième round va donc s’apparenter à une nuit de survie où cette fois un certain code de conduite est à tenir. Charley Roan a pris le risque de s’exposer, restant dans son appartement en centre-ville avec quelques gardes du corps, au lieu de se planquer comme le font tous les vernis ou demi-vernis. Elle se serait trouvée hypocrite ; pourtant son combat l’est parfois, du moins ses motivations (le pouvoir et la vanité en premier lieu) et sa source n’ont rien de désintéressé : sa famille a été dézinguée sous ses yeux une nuit de purge (c’est l’ouverture du film). Le film ne se soucie pas de la juger, préférant souligner avec elle la noblesse de son geste et la pureté de sa revanche, qui exclue le sang et vise plus de justice et d’harmonie. De plus, son sens du sacrifice, même s’il est relatif car Roan n’est pas téméraire ni prête à mourir (sa conscience la place au-dessus de la peur et de celle-là en particulier), rappelle celui d’Olympe de Gouges : cette révolutionnaire française, féministe précoce, avait accepté de passer à la guillotine (donc refusé les passe-droits) pour défendre l’égalité hommes-femmes jusqu’au-bout.

Dès le départ, ce troisième opus marque un effondrement de la franchise. Toujours aussi criard dans son discours, il arrive à être encore plus court. The Purge 3 saute sur les gages ‘political correctness’ et diabolise des adversaires avec férocité mais en s’entichant d’un imaginaire de feuilleton ringard. Il flatte des camps idéologiques précis et en action (anti-chrétiens, pro-blacks, establishment ‘liberal’ américain, socialo-communistes) tout en restant dans une espèce de flottement (qui donne des airs de tolérance aux compromis et se prête une attitude d’indulgence et de compassion) et en soulignant son adhésion aux institutions et méthodes conventionnelles. Parallèlement, The Purge 3 charge des adversaires microscopiques (en nombre ou en terme d’influence), fantaisistes, déjà vaincus.

Pour liquider Roan les autorités malveillantes (au visage découvert) envoient un commando aux brassards fracassants puisqu’ornés de croix gammées. C’est la même dynamique lorsqu’on zoome sur un militaire au fétichisme morbide dans une manif, pour se donner l’impression d’attaquer le pouvoir alors qu’on a un bouc-émissaire simpliste et isolable. Suffit alors de généraliser et être ‘choqué’ pour l’assemblée, sans prendre de coups (hors ‘critiques’ ou dénigrements – qui sembleront peu charitables ou masquer quelque rancœur absurde ou sombres projets). Des nuances sont encore émises, notamment via les noirs pourchassant leurs semblables, mais n’élèvent pas le film pour deux raisons. Dans le cas cité : soit elles ne font que recaser des pistes déjà étayées auparavant : la loi de la rue, le tribalisme pour les gens dans la purge, avec leurs prédateurs profitant des ‘rules of oligarchy’ planant au-dessus – les prédateurs globaux se fondant sur les petits démons, au pouvoir le plus élémentaire, la force physique. Soit elles ne servent qu’à répliquer face à ceux qui prendront le film pour ce qu’il est, c’est-à-dire une dérive délirante (mais logique et correctement dirigée) de l’anti-racisme où des minorités en vogue et des casseurs faute de mieux obtiennent carte blanche.

Le point de vue porté sur les ‘blacks’ est ahurissant : tous sont liés à des gangs ou passés dans la délinquance. Pourtant ce sont de bonnes personnes, y compris le gang prêt à déchiqueter le groupe du camion – renonçant et se transformant en troupeau amical, voire d’alliés, puisqu’un des protecteurs de Miss Roan connaît leur sifflement de ralliement (yolo le gros totem de primitif – jugement inconcevable dans le film). Les minorités périphériques profitent également de cette bienveillance et de ces catalogages puants, le latino (le garde du corps Frank Grillo) ayant lui aussi vécu dans la délinquance ; or voyez-le si beau au fond comme dans sa badass forme, aujourd’hui en première ligne pour le bon combat profitant aux lésés de la purge et du système NFFA. Les individus sont absents du film, au profit de groupes qualifiables au mieux de ‘clichés’ (ne déméritant face à ces vieilles images sur les nantis et le pouvoir, qui elles ont l’avantage de pomper sur la moitié ‘inspirante’ du monde vu par les chevaliers de quatre ans, c’est-à-dire la frange des bourreaux et autres méchants contre-humains et/ou anti-aimables). Les seules individualités extériorisées sont celles des pétasses bling-bling dégringolant vers la machette, la provoc’ ne suffisant pas à soulager leur trop-plein d’agressivité mauvaise, c’est-à-dire non-recyclée par une saine idéologie, une fonction de vigile ou l’intégration à un groupe étendu (car le groupe tempère l’individu et rend sa violence moins dégueulasse).

Roan est la bonne blanche éduquée et propre. Elle se place en mode  »gang is cool » et elle y croie. C’est la bonne missionnaire venue du camp des blancs, qui ‘nous’ (ou ‘les’) trouvent aimables et aime notre différence. Ce message fondamental c’est celui de la gauche des collectivistes ‘exotiques’ par excellence, ces docteurs sociaux fétichisant des classes éloignées du maître venu de la bourgeoisie (le socialisme par le haut ‘de base’), ou ethnies/peuples éloignés de soi (le progressisme ‘post-moderne’). Roan est le parfait produit ‘democrat’ institutionnel mais présumé accrocheur pour la plèbe sans avoir à y tremper son âme : c’est aussi une incarnation bien achalandée mais finalement triviale de ce qui a souvent été nommé ‘la bien-penseance’, dans ce que ce ‘courant’ (son aile pratique et dirigiste, disons) peut avoir de plus obtus, obèse et repoussant. Elle met trois plombs à comprendre ce qui se passe maintenant (par exemple que se prépare un assassinat ambitieux – dans l’arrière-salle de l’hôpital spécial purge, tenu par et manifestement pour les minorités ethniques), ‘étudie’ bien les situations sans préjugés mais toujours en finissant par abattre ses pseudo-raisonnements de moraliste, n’accepte rien à la réalité (en résulte une complaisance irresponsable et des ‘angles morts’ de partout).

Sa posture ‘social justice’ mais ‘good’ à tout prix prend des proportions ridicules, que le feu de l’action et l’urgence du récit doivent couvrir. Le principal marqueur est son opposition au meurtre organisé du premier ministre. Par là elle veut casser le cycle de la violence (comme le faisait la mère de famille du 1, posant également sa supériorité sur l’événement et favorisant un retour de la culpabilité en face), affirmer son refus ‘entier’ de la purge. Elle ne voudrait pas gagner sur un meurtre, mais bien ‘à la loyale’ en pleine lumière et seulement grâce aux suffrages de ses ouailles. Il y a là une cohérence morale, une intérêt politique, mais aussi un rappel à tout ce que son intelligence a de corrompue : car ainsi Roan respecte les symboles de l’establishment et ses règles ; ou plutôt, par une omission absurde de la part de ce film, elle peut les respecter, comme si la purge n’impliquait pas tellement plus que la purge.. et alors que son large retentissement est évoqué, de même que la mainmise de la NFFA sur l’exécutif et le législatif. De plus, brandir « le tuer en fera un martyr » est une aberration ; car auprès de qui, sinon des exploiteurs et des animaux méchants qu’on nous a montré ? Pas auprès d’un juge surnaturel en tout cas (la religion et ses ‘champions’ sont des vicieux), mais d’une transcendance nommée ‘démocratie’.

Et comment cet argument du ‘martyr’ peut être recevable dans le contexte et alors qu’il serait le résultat de leur logique à eux ? C’est plutôt là l’occasion de faire le coup de l’arroseur arrosé tout en broyant cette logique hostile. Roan ferait mieux d’écouter plus à fond les conseils de l’article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme (« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »), mais au fond la liberté n’est pas tellement son sujet, l’autonomie encore moins. Finalement c’est encore ‘le Mal’ pour sparring partner d’une croisade ‘irréprochable’ et pourtant aussi profonde que cynique. Ici on veut la victoire et être clean, quand les autres agissent avec une dureté illimitée ; et on y arrive, c’est la magie du cinéma (réaliser des vœux pieux) – quoique les gardes du corps restent bourrins, mais c’est toujours par nécessité ou ‘réflexe’, pas le résultat de l’activisme politique (‘parlementaire’ ou structuré), qui ne les concernent pas encore, dominés et refoulés qu’ils sont ! Ainsi la maquerelle blanche ne se corrompt pas, pendant que ses ouailles font le sale boulot (de la prise en charge du réel qui pue, des gunfight et de la violence) tout en étant défendues de le faire et pardonnées d’avance d’avoir à s’y résoudre.

Enfin et surtout par cet acte, il s’agit de montrer qu’on peut encore agir dans le système et obtenir gain de cause sans heurts ; qu’il faut être sage, faire confiance et que ça paie ! Alors Roan peut cracher au visage de celui qu’elle a su garder en vie : « Je vais te défoncer le jour de l’élection ». Voilà le terrain des gens civilisés et transparents ! Quel mensonge pourtant, invitant à déléguer son pauvre pouvoir pour devenir la bonne meute d’un groupe politique, qui ne sera jamais cité ; comme si tout n’était, là en revanche, lorsqu’il s’agit d’incarner une volonté ou des besoins collectifs, qu’affaire de volontés individuelles dévouées – mais aussi savantes ! Toute cette boue bien fermentée flatte ainsi le guide de lumière qui s’identifiera n’importe où sur l’écran ‘gauche’ du paysage politique ; cette petite Roan est l’élite éclairée maîtrisant et satisfaisant la foule remontée ; les gueux n’ont plus des fourches ni des coutumes méprisables ; ils ont des guns et sont cools ! Funky le gang ! Si jamais parmi les concepteurs, donc autour de James DeMonaco, on ne se retrouvait pas dans Roan et son attitude, il faudra réaliser que la touche de distanciation n’est pas manifeste à l’arrivée sur grand écran.

En somme, NON à la violence politique et à la légitime défense, mais allons-y pour la confusion, les boucs-émissaires ‘fachos blancs intégristes’, l’instrumentalisation de la misère, le ressentiment généralisé, et la manipulation de masse ; et même, ironiquement, oui pour fermer les yeux sur la violence des minorités, car après tout ce sont des victimes et même ce sont leurs mœurs (!!), or ces minorités ont une substance bien plus ‘pure’ que celle des blancs. Eux ne sont au bout que des méchants avec des guns, quand les blancs engendrent des tyrans. Cette agressivité instinctive est moins grave que la fourberie et les délires mégalos propres aux blancs sans entraves. Voyez-les, arrivés au sommet de leur ordre moral, ces monstres : le premier ministre prêt à mourir, emporté par la purge qui est l’emblème de son régime, inciter son adversaire à tirer car « c’est [s]on droit américain ». Sans annuler l’injustice et l’oppression, on ajoute à l’équation le fanatisme et l’obscurantisme des instigateurs de la purge, fous sincères aux normes d’un autre âge, d’un autre monde.

La séquence de l’Église est une lâcheté éblouissante : sa mauvaise foi a de quoi rendre euphorique ! Lorsque les leaders du pays exaltent leur fibre religieuse, c’est l’occasion de montrer des protestants (mais les catholiques pourront se sentir concernés) dégénérés et un pseudo-héritage du Christ ; on laissera de côté les religions (ou contre/anti-religions) actuellement susceptibles d’en venir à de tels enthousiasmes mortifères. C’est qu’il vaut mieux ne pas attirer la purge ou la fatwa à soi ; surtout s’il y a l’opportunité de taper sur une foi de non-dominants, voire d’opprimés par Fox News ! Il y a toutefois une présentation générale congruente de cette foi de dominateurs arrivés au bout du mépris et des regrets (les reproches aux victimes d’apporter des sentiments sombres ou négatifs, ce qui fait partie des choses à purifier), puis des anecdotes amusantes pour relier ce trip au quotidien des américains (des éléments comme les armes purifiées à l’eau bénite). L’envie d’écraser le spectateur et de taper plus fort que dans le 2 (avec le spectacle offert aux happy few, qui prenait un côté Hunger Games) tire toutefois ce manège vers l’imbécillité et l’emphase miteuse (« purge and purify » : y a redondance).

Parce qu’il est simpliste et répétitif, le propos puis le film en général peuvent faire sourire plutôt que réagir. Mais ses parti-pris sont trop graves et sérieux pour être relativisés, d’autant qu’ils trouvent écho dans la réalité, où ils compromettent et salissent à peu près tout le monde (y compris les gens s’identifiant à Roan ou comptant sur elle, dont l’ego semble mal en point et salement enflé). Le premier opus jouait la paranoïa à l’égard des nantis nihilistes ou en mal de divertissements sanglants, le second (Anarchy) étendait cette base à des vues social justice warrior et en appuyant sur les conflits de classe. Ces propositions étaient lourdes, porteuses, tout en assurant un divertissement honnête, appréciable surtout pour les amateurs de survival ou les chroniques sociales ’empoisonnées’. Dans ce troisième film la fibre ‘social justice’ débouche sur l’une de ses variantes les plus abjectes et dégradantes, type gauche collabo plaidant pour un gouvernement humaniste au sens le plus sournois (‘big mother’ global et discriminant les méchants – sans les tuer apparemment). The Purge 3 se pose comme un film d’action correct, mettant tout son poids ‘social’ pour enrichir la tournée ; il traîne des incohérences mineures et flottements majeurs, des personnages désormais quasi nuls. Il va atteindre un large public ainsi, en laissant plutôt sceptique en général. Il vient surtout titiller dans le sens du poil les fantasmes sur un nouveau peuple à base de prolos colorés et de blanches  »student ». C’est donc une abomination claire, nette, précise et de premier rang.

Note globale 31

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (1), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (1), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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