VICE SQUAD / DESCENTE AUX ENFERS **

8 Sep

3sur5  Le panneau d’ouverture fait mention d’une coopération de la police et annonce que le film se fonde sur des événements ayant eu lieu « dans les rues d’Hollywood ». Deux choses sont certaines : d’abord, que le réalisateur Gary Sherman (lancé avec Death Line et bientôt auteur de Dead & Buried) a passé plusieurs nuits avec la ‘vice squad’ (soit la brigade des mœurs). Ensuite, le résultat est un film d’exploitation volontiers simpliste, cynique, à la hauteur triste et miteuse, faussement chatoyante, du monde qu’il présente. La violence s’exerce sans gêne ni romantisme, le montage s’arrête aux abords du pire (viols, tortures, exécutions), laissant le spectateur avec les sales préliminaires. La photo signée John Alcott (collaborateur récurrent de Kubrick) et la nervosité de la mise en scène évitent au film de sombrer avec son sujet.

La séance se concentre autour d’une chasse à l’homme, mi-patraque mi-bouillante. Wings Hauser interprète ce proxénète qui a franchi la ‘dernière’ ligne du vice, en laissant une fille battue à mort puis en commettant d’autres meurtres. Le tandem de flics en charge de l’affaire utilise Princess pour approcher ce bourreau, mais le monstre arrive à s’enfuir après avoir été capturé. L’investigation est linéaire mais les rues semées d’embûches et de pervers : à l’écran ça donne un résultat bourrin et clair, plein de digressions mais sans jamais éloigner du sujet ou même rompre avec la boue principale. Autour de ce fou furieux à rattraper, une variété de beaufs domine tous les coins de Los Angeles. La touche Michael Winner (série des Death Wish avec Bronson, mais aussi auteur de La Sentinelle des Maudits) est proche, quoique Vice Squad expulse les sentiments et les préoccupations morales, pataugeant avec énergie dans la pestilence urbaine.

Le vice on en parle partout et sans tabous, entre pros, gros dégueulasses, forces de l’ordre souillées et autres putes. Le rock et les ‘mondes de la nuit’ vulgaires d’époque servent l’ambiance, pendant que les exploits s’accumulent : moments de sensualité dégueulasse et racoleuse (impliquant domination ou humiliation), clients tordus comme le vieux suceur d’orteils et surtout ce passage inouï chez le vieux verni avec sa mise en scène de mariage funèbre. La férocité se met souvent au service de l’humour (le mac scalpé est gentiment burlesque), surtout du sarcasme sec et efficace, celui visant à rabaisser sans la moindre tendresse. Cette absence permet justement de traverser le film et rapproche le spectateur de l’humeur des protagonistes, souvent blasés et sordides quand ils ont cessé d’avoir des regrets ou du vague à l’âme. Le revers c’est que tout ça est sans grande utilité (ni vertu), sinon pour flatter le chaland affamé, fournir quelques morceaux crasseux et une fulgurance décalée. Les caractères restent au minimum, mais leur univers le justifie puisqu’il ne tolère que les individus dans [l’exercice ou la poursuite de] leurs pulsions – au moins on ne chute pas dans les contradictions ou le superfétatoire des films anti-corruption (mode sous-épique ‘mafieux’ moraliste) ou des Cruising (Friedkin) contemporains.

Le film pourrait cependant davantage s’intéresser aux tribus, aux tatoués, aux bizarres, qui occupent l’arrière-plan. Enfin Princess apporte un contrepoint enrichissant : incarnée par Saison Hubley, déjà prostituée dans Hardcore de Schrader, sous un mode plus ‘typique’ et aguicheur, elle semble appartenir à un autre univers tout en étant rompue à celui-ci. Il y a une dissonance entre son style verbal et réactif, mobilisé face à l’adversité, puis son attitude et sa présentation naturelle, réservée et presque hautaine. Une espèce de Jackie Brown blanche et vulnérable, perdue à cause de sa détermination émoussée, ses buts égarés. Mais cette businesswoman déchirée est abonnée aux bas-fonds et n’a plus qu’une carte dans son jeu, quelque soit sa froideur. Elle était le parfait support pour balancer « Tu ne pourras pas changer la rue Walsh », oraison finale signant le nihilisme con mais insurmontable du film (pas de réconforts, de mensonges ‘cinégéniques’). L’année de la sortie (1982) le tueur de la Green River passait IRL à l’offensive sur des prostituées et des pauvres filles déchues.

Note globale 57

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Street Law/1974 + CHUD + Elmer le remue-méninges

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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