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MIRRORMASK **

10 Fév

mirrordask

3sur5  Auteur de bande dessinée, Dave McKean est plus largement dessinateur et graphiste ; il a signées des pochettes d’albums de plusieurs célébrités comme Alice Cooper ou Tori Amos. En 2006 il réalise un film en collaboration avec Neil Gaman, auteur de romans de SF et de fantasy, dont un des travaux est la source du film Coraline. En avant-première au festival de Sundance, le résultat est très apprécié. Prévu pour le marché de la vidéo, MirrorMask se voit promu en salles. Mais la critique est froide, le succès éclair et le film vite délaissé par le public ; il trouve une poignée de fans et devient un produit marginalement ‘culte’.

MirrorMask est un produit lounge, pour le meilleur et le moins bon. L’histoire est un patchwork d’inspirations (cinéma et littéraires) et de décalque des fondamentaux du jeu-vidéo. Le spectacle manque de synthèse, la continuité est lâche. La narration gravement décousue, sans que le film verse dans le contemplatif ou ne s’écarte de toutes ces ‘missions’ poussives ou ces enjeux à la grandiloquence banale. Néanmoins MirrorMask n’est pas bon à jeter, loin de là et même si ses boucles sont sans issue il s’améliore en cours de route. Il y a quelques moments planants (le moment de la transformation), les effets les plus douteux étant pour le début et la ‘réalité’.

L’univers en lui-même est parfois assez indistinct ; il y a là une méthode quasi gilliamesque, dans le mauvais sens du terme ; cette manie de se laisser porter par l’inspiration. Mais McKean bute sur des murs énormes et se retrouve à sec, ce qui n’arrive pas avec Gilliam. Le sens artistique est parfois vicié par une animation défaillante. L’effet jeu vidéo est garanti, avec des particularités qui ne s’excusent que dans ce monde-là et au début des années 2000 : par exemple, les problèmes d’incrustations des personnages secondaires et certains mouvements. Avalon pouvait avoir les mêmes défauts a-priori, mais il y a le génie (d’Oshii), un goût plus prolixe et cohérent à la fois, une démarche assurée et visionnaire qui font toute la différence.

Après tout, le monde parallèle arpenté par Helena se nomme Dark Lands – quand même. Les idées travaillant le film ne sont pas mirobolantes. Émotionnellement le programme est assez criard, mais là encore s’améliore au fur et à mesure, laissant les personnages autour de l’ado tourmentée en guise d’héroïne passer du stade de misères à celui de sparring partner de caractère. Avec son état d’esprit cheap et sa part de lucidité molle, le ‘fond’ est en adéquation avec la forme. S’exprime la défiance envers l’ascendant des parents, les regrets sur son attitude passée ; sorte de grand méli-mélo pas dégrossi ni approfondi, avec ambivalence entre démangeaisons passives-agressives et désir de réconciliation.

Bref, spectacle charmant en tant que réservoir passif d’illustrations pour adeptes d’Art Nouveau appliqué à du néo-Jim Henson (Labyrinth, Dark Crystal) ; fébrile mais décent voir aimable comme film de cinéma ; essai aux grandes ambitions sans tripes, peut-être exécuté trop vite. La consécration est passée avant l’inspiration.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB ou Metacritic  + Zoga sur SC

Suggestions… Ink + Le Labyrinthe de Pan + La Cité des Enfants Perdus + Matrix Reloaded + Millennium Actress

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Scénario & Ecriture (2)

Acteurs/Personnages/Casting (2)

Dialogues (2)

Son/Musique-BO (3)

Esthétique/Mise en scène (4)

Visuel/Photo-technique (3)

Originalité (3)

Ambition (4)

Audace (2)

Discours/Morale (2)

Intensité/Implication (3)

Pertinence/Cohérence (2)

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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MINI-CRITIQUES 6

2 Nov

Port du désir ** (France 1955) : Avec Gabin (excellent) et Henri Vidal, à Marseille. Un film autour des milieux marginaux, du ‘small business’ garanti sans vertus bourgeoises. Passages au bordel, sans scènes explicites bien entendu, mais le vocabulaire et le cynisme constant compensent largement. De l’esprit (cru), pas de profondeur ni de direction dans le scénario ; côté pacotille. (52)

Merci pour le chocolat ** (2000) : Un Chabrol moyen, trois ans avant La fleur du mal, plus vicieux et du même niveau (plus saoulant aussi car trop désireux d’afficher et de choquer). Mouglalis joue une sorte de grande gamine futée, à la fois fragile et intrépide (le caractère de sa mère a dû largement forger cette apparence), ce qui donne un effet bizarre.

Son camarade Guillaume campe l’horrible abruti de service, un jeune type se montrant un peu réfractaire voire provocateur au début (lors du mariage), s’avérant incapable de discernement et de présence à tous niveaux ; vite ébranlé, forcément. Que ce personnage-là soit mis sur la touche est donc bien défendu, mais la façon dont la plupart s’évanouissent au fur et à mesure est moins évidente, ressemble davantage au résultat de lacunes de scénario.

L’évidence a éclatée, dès le début, semble-t-il. Dutronc est nonchalant sur le sujet ; les autres font semblant de rien trop savoir, qu’il n’y a là qu’un curieux concours de circonstance, une anecdote amusante au plus. Mais Mouglalis est bien là, en train de forcer l’édifice. Puis les soupçons sont balayés, le malaise se focalise ailleurs ; quoiqu’il arrive, la vérité sera derrière le personnage d’Huppert. Au fond c’était juste une énième variation autour de son aura de profonde névrosée – elle a réussi à se faire passer pour aimable pendant des années – et pendant la première demi-heure. (58) 

The Hole/ Le refuge ** (2001) : Côté satirique au début, concernant les rois du lycée, le milieu scolaire supérieur (et nanti), le conformisme et les groupes figés à l’université. Centré sur une ‘grosse’ invisible amie d’une espèce de INTJ sensible et mort de faim (‘friendzoné’).

Puis le jeu commence. Fondé sur une série de flash-back par rapport à un présent où les deux pré-cités sont survivants. Nous allons découvrir la vérité en même temps que la psychologue et les enquêteurs ; et surtout, pas simplement un nouveau points de vue, mais redécouvrir la réalité : on nous a menti sur les personnages, leurs relations, etc.

Film ‘ado’ accrocheur, plein d’effets de mise en scène superflus et tapageurs. Ne vaut pas The Faculty mais se montre plus téméraire. Avec deux acteurs qui seront très populaires dix ans plus tard : Desmond Harrington (grâce à la série Dexter) et surtout Keira Knightley. (62) 

Mauvaise graine ** (1934) : Premier film en tant que réalisateur de Billy Wilder (alors crédité pour une dizaine de scénarios), qui partage la casquette de réalisateur avec Alexandre Esway. Il quitte la France peu après et rejoint Hollywood où il entamera sa véritable carrière huit ans plus tard, en léguant la crème des comédies loufoques ou de mœurs de l’époque.

Apparition de Danielle Darrieux, au début de son ascension. Plusieurs têtes d’affiche sont assez médiocre, une autre partie du casting ne fait que passer pour cabotiner. Rythme efficace, style léger, scénario rempli et instable. Pas tourné dans des conditions théâtrales, d’où un relatif intérêt ‘documentaire’ concernant la vie à Paris en 1934, en tout cas celle des oisifs et des garagistes de luxe – avec une balade dans le sud de la France sur la fin. (48)

The Love Witch *** (2016) : Très inspiré des années 1970 – par la musique, l’esthétique (psychédélique ; les couleurs flashy ; etc), aussi dans son coté transgressif sombre et candide à la fois. Explore l’occulte et en cite de nombreux fétiches ou références – évoque la Wicca, l’arc-en-ciel (élément récurrent chez les anglo-saxons ; ‘somewhere over the rainbow’).

Les explications sur la sorcellerie, sur l’idéologie des ‘déesses primitives’, soutiennent une espèce de féminisme mystique. Les nymphos conquérantes ne sont pas des prédatrices absolues, vident voire tuent sans intention malveillante (sans grands états d’âmes pour l’autre non plus) ; c’est que les femmes qui doivent se faire aimer ainsi ! (même pas prendre le pouvoir, ce qui se produit pourtant).

Paradoxal (fumeux ?) mais beaucoup à raconter. Original mais se répète, n’évolue pas beaucoup – pour le scénario, les démonstrations (cultes, décollages ‘glamours’), les idées (rapports hommes-femmes, attentes et fantasmes respectifs). (68)

Manchester by the Sea ** (2016) : Assez typique du film soigné, très grave, sur des drames et vies de beaufs à la con. L’approche est pachydermique, l’instrumentalisation presque parodique (par exemple avec l’inconnu moralisateur dans la rue – ce qui rend la séance sympathique par le mauvais bout).

Les dehors sont raffinés, les méthodes conventionnelles, le fond vulgaire. Adagio (in G Minor) d’Albinoni est servi sur toute la nuit de l’incendie – et maintenu sur plusieurs scènes, y compris lorsqu’Affleck raconte cette nuit, avec sa façon crue.

La bêtise du personnage domine les autres aspects – sa dépression, son agressivité. Ce type continue à vivre alors qu’il en a perdu l’envie et peut-être ne s’en sent plus la légitimité. Nous observons une désintégration. Il y avait donc un terrain, mais les auteurs ont décidé de limiter leur perception à l’extérieur et aux interactions les plus turbulentes. L’ensemble des personnages féminins est bien débile aussi – une manifestation de la subjectivité de ce Lee ?

Sa résistance passive-agressive est le seul trait retenu – il faut dire qu’avant le drame révélé au bout des flash-back (et coupant le film en deux), c’était un sacré tocard. Par conséquent, peu importe les malheurs de ce type, lui et le film deviennent rapidement gonflants. Mis sous pression (en milieu de séance), il sera encore plus odieux ; un véritable abruti. (52) 

Fascination/Possessed *** (1931) : Joan Crawford en femme forte née chez les prolétaires, gravissant les échelons grâce à sa beauté et sa détermination – surtout grâce à la beauté, tant qu’il s’agit d’exister pour ses cibles ; ses ruses transparentes ne causent alors aucun dommage. L’essentiel du film se passe quelques années après son intégration éclair (lors de son arrivée à New York).

Belle fin. Dommage que l’écriture ne vise pas plus large ni profond.

Dans une courte scène, le potentiel ‘bienfaiteur’ de Crawford fait l’inspection de sa recrue, commente ce que dégagent les grands axes de son visage (bouche affectueuse, donc à cacher, etc). Dommage que le film ne multiplie pas ce genre d’exemples cyniques, concrets et ‘ludiques’ ; il fait plutôt partie de ces productions théâtrales très bavardes, pleines de joutes et de confrontations avec muselière.

Par Clarence Brown, réalisateur de Flesh and devil. Avec Clark Gable sans moustache. (74)

Non coupable *** (France 1947) : La revanche d’une crapule. Met du temps à décoller, peut-être surchargé, mais le personnage de Michel Simon, ses motivations et les dialogues sont très réussis. Troisième réussite d’Henri Decoin à me passer sous les yeux. Bon aussi en tant que film sur l’alcoolisme, la solitude, le dégoût et la médiocrité d’un individu. (72)

Contre-enquête *** (France 2007) : Bon thriller mais à proscrire aux amis de la subtilité. Les dégaines des trois pervers (dont un au passage éclair) sont bien marquées – c’est l’occasion de vérifier le talent de Jean-François Garreaud, étrangement crédible dans le costume d’un type bousillé depuis sa tendre enfance et légèrement retardé à l’arrivée. Dujardin finit par évoquer OSS 117 dans ses moments les plus raides.

Quelques répliques bien pittoresques, comme : « J’ai fait des conneries dans ma vie mais faudrait pas tout me foutre sur le dos » (le tueur de quatre enfants) et « Tu vas voir ce que ça fait de se la prendre dans le cul quand t’es pas d’accord » (à Laurent Lucas). (64)

Pension Mimosas *** (France 1935) : Sur la relation entre une mère de substitution et son fils, lors de retrouvailles après que celui-ci soit devenu un gigolo parisien. Petite apparition d’Arletty. Dialogues de qualité, style ‘droit au but’ et énergique. (74)

Les manèges humains ** (Canada 2013) : Une fille accrochée à sa caméra, initialement pour tourner un film professionnel, accumule les entrevues centrées sur la sexualité. Au milieu du film son excision est révélée. Hormis pour le voyeurisme, ce film ne sert et dit pas grand chose – mais évoque le fantasme de la vierge offerte. La confession donne le seul moment à retenir. Les réactions (des deux hommes impliqués) sont étirées sans gagner en valeur ou en profondeur. Sur le même sujet, voir Fleur du désert. (48)

Le domino vert ** (France 1935) : Tourné par Henri Decoin aux débuts de sa carrière et de sa collaboration (et relation) avec Danielle Darrieux. Produit avec une version allemande en simultané par Herbert Selpin. Très bavard, avance lentement ou pour pas grand chose et s’enlise dans la seconde moitié, mais au moins ‘parle’ franchement. (46)

Froid comme la mort ** (1986) : Film d’Arthur Penn ultra-kitsch, Dead of Winter pourra plaire aux adeptes de Brian De Palma et d’Hitchcock à ses heures les plus désinhibées. Réserve de beaux moments d’appels au secours désespérés et de paranoïa justifiée, mais aussi de face-à-face grotesques et d’horreur sans hémoglobine. Se prend facilement avec humour (l’encourage vu l’abondance de détails lourdingues), mais trop luxueux et raffiné pour un ‘nanar’ même de qualité. Final plus clairement dans la farce (et en allant au bout du grand-guignol), sans perdre en charme et en intensité. Dans un registre proche, voir aussi Dead Again et Témoin muet. (6)

Le diable dans la peau *** (France 2013) : Interpelle grâce à l’acteur principal (enfant/ado), un style très sombre et une certaine originalité. Trop jaloux de ses secrets pour se développer à bon escient. Peut plaire quand on a aimé les trois opus actuels de Laugier. Tourné en Corrèze, tout se passe à la campagne (sauf scènes dans le train). (64) 

Mud sur les rives du Mississippi *** (2013) : Meilleure expérience personnelle avec un film de Jeff Nichols, après avoir été très dubitatif face à Take Shelter puis Shotgun Stories (pas vu Midnight Special ni Loving sortis récemment). Vaut pour la forme, le fond est trivial et presque désuet, mais le rythme est efficace et la sensibilité vive. Peut devenir saoulant à force avec ses histoires d’amour déçues et les leçons de vie sur le sujet ; a trop peu à dire et ses personnages ne le prononcent pas assez bien. Casting excellent, enfilant des costumes sans complexité. (64)

Aux frontières des Indes *** (1959) : ‘Ordure cosmopolite’ rapidement spotted ! Elle a le statut d’antagoniste de braves sujets de la couronne britannique. Le méchant de service est un malpropre (et une fouine comme sa profession l’indique), mais il a tout de même droit à la parole. L’establishment britannique est clairement désigné lorsqu’on entonne l’air d’Eton Boat Song (que je connaissais grâce à sa parodie horrifique dans Society).

Les décors sont magnifiques, la narration et les répartitions efficaces ; le plus important (et éventuellement gênant, quoique cela semble peu relevé et pas au point de le pénaliser) c’est que nous avons à faire à un film de colon. Le moralisme est ‘cool’ mais jamais flexible au point d’être innocent.

Au-delà de cet aspect précis, le film diffuse en abondance des laïus bien-pensants, des réflexions très générales sur les relations humaines ou entre sexes – avec une certaine délicatesse dans la forme. Il a aussi un réel charme, capable de dissiper les résistances critiques et d’enchanter un public candide.

C’est un des premiers films ‘remarquables’ de Jack Lee Thompson, plus tard ‘director’ des Canons de Navarone, des Nerfs à vif première version et de deux suites dans la saga Planète des Singes. (68)

Domino * (France 1943) : De l’esprit, de l’humour, mais aussi de l’erreur de casting, en plus de celles en interne. Se dégonfle progressivement, les interprètes masculins perdant en crédibilité, la mise en scène peu vive ne colmatant rien. Bernard Blier apparaît dans un de ses premiers rôles. Adapté d’une pièce (éponyme) de Marcel Achard (1932). (42)

L’assassin est à l’écoute * (France 1948) : Vingt minutes au début dans la salle de radio, aussi grande qu’un plateau de jeu télé bien peuplé. Enquête le reste du temps. Scénario lourd et superficiel, cabotinage généralisé. Décousu. Certains dialogues complètement cons. Les pics de violence sont encore moins crédibles que les déguisements des deux malfrats vers la fin. Parfois, de jolis décors, ou avec un relatif intérêt ‘documentaire’. Les deux personnages féminins sont plus sympathiques. (34)

Le camion blanc ** (France 1943) : Road-movie sympathique mais pas lumineux. Typique des petites/moyennes productions ‘à gros tirage’ de l’époque, versant récréatif. Une histoire fondée sur quelques embrouilles et un truc insolite (ici, le camionneur sous le signe du destin). Quasiment aucune seconde sans parole. Acteurs connus ou récurrents de l’époque (comme François Périer, sept ans après Hôtel du nord). Mise en scène plate, rigide par défaut. (46) 

Cécile est morte ** (France 1944) : Adaptation réalisée par Maurice Tourneur (tourné entre La Main du Diable et Le Val d’enfer) du roman éponyme publié en 1942. Ponctuellement, voix-off de liseur du roman. Quelques monologues intérieurs du commissaire, dont l’interprète est dépourvu de charisme. Sympathique mais pas typique ni enrichissant pour l’univers Maigret. (56)

Le jour de la haine ** (Italie 1967) : Western mélo, surfant à plusieurs niveaux sur la popularité de Django et des ‘Il était une fois’ encore tout frais. Qualités de mise en scène et superbes décors, interprétations et ‘trucs’ proches du cartoon posé, dialogues cons. (56)

L’imposteur ** (USA 1944) : Signé Duvivier, film pompeux à forte fibre patriotique tourné aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. Cite De Gaulle. Faible intérêt en-dehors de cette fonction et faible scénario ; pas beaucoup plus riche que Le Messager sorti onze ans avant où Gabin s’égarait aussi en ‘mission’ loin du sol français. Jolie intention avec cette conversion de l’ancien condamné à mort sans foi ni attachements ; mais que de bavardages et tout est contrit (d’où un Gabin ‘faux’ comme rarement). (46)

Antibirth * (USA 2016) : DTV tapageur avec sujets vulgaires et bons interprètes (les deux principales sont Chloe Sevigny, déjà vue chez Larry Clark et dans American Horror Story – et Natasha Lyonne, découverte pour ma part). ‘Carré’ et débraillé, axé ‘mauvais goût’ psychotique/psychédélique, conventionnel et sérieux dans son genre d’écumeur de poubelles. Potentiel évident. Divertissant et assez rigoureux à sa façon, mais mou en action comme en imagination et finalement débile dans le body horror et l’écriture. S’arrête au pire moment, en soulignant sa somme d’impuissances. Pour ceux qui se sont épris de Dremcatcher. (42) 

Capitaine sans peur ** (USA 1951) : Film de Raoul Wash (L’enfer est à lui, Le voleur de Bagdad) où Gregory Peck interprète le personnage Horatio Hornblower (héros né sous la plume du britannique Cecil Scott Foster), lui-même inspiré de l’amiral Thomas Cochrane. Démarre de façon prometteuse et s’englue rapidement dans les sentiments. La bataille à la fin ‘fait le job’ mais tout ce déroulement est très mécanique. Décevant en tant que film d’aventures, sans intérêt tout court. Délaisse les mystères et prend les personnalités par le bout ‘soap’ de la lorgnette. Reste la mise en scène et les décors, au bénéfice du plaisir fétichiste du cinéphile et du nostalgique/rêveur. (52)

Il était une forêt ** (France 2013) : Troisième film de Luc Jacquet, après La Marche de l’Empereur puis Le renard et l’enfant. Avec le botaniste Francis Hallé. Pédagogique, délicat, presque doté d’odeurs mystiques. Commentaires assez triviaux (hors-informatif) et écriture bien légère. Les ‘pousses’ artificielles sont envahissantes à en devenir laides. (58)

La garçonne *** (1936) : Adaptation homonoyme du roman (à ‘scandale’) de Victor Margueritte (1922). Sort après une version censurée (1923) ; une autre sortira en 1957. Une jeune fille (jouée par Marie Bell), qui a vécu jusqu’ici à la campagne chez sa tante est rappelée à Paris par ses parents et bientôt mariée. Elle rompt avec sa famille et un certain conventionnalisme, mais pas avec les loisirs de la ville ; elle se jette dans d’autres milieux parisiens et se développe socialement, monte son entreprise avec l’aide de l’entremetteuse jouée par Arletty.

Le film ne s’étale pas sur les côtés licencieux, ni trop tristes. Il contient les éléments ‘chocs’ du livre sur un mode très atténuée (ses nouvelles fréquentations, l’opium et la bisexualité). La mise en scène est assez elliptique. Quelquefois, un peu dans la déclamation, l’assertion empruntée (l’ouverture notamment) ; mollasson sur la fin et d’une théâtralité étouffante.

Sorti deux ans après l’instauration du code Hayes aux USA, le film est complaisant avec Monique, soutient son opposition aux mœurs bourgeoises, à l’intéressement des parents. Il devient doux voire confus, plutôt que ‘recadrer’ à partir du désir d’enfant et de la relative normalité acquise par la protagoniste.

Petit rôle d’Edith Piaf. (68)

En équilibre ** (2015) : Film sur le dépassement de calibre téléfilmique et gentillet. En mode ‘oui c’est possible – mais restons prudents, aérons-nous simplement’. Doucereux, futile, s’apprécie et s’oublie vite, sauf pour des instants ‘perçants’ (et complaisants). Les doublures sont visibles, les raccourcis et fautes de cohérence aussi. À voir pour le duo Cécile DeFrance/Bernie, tous les deux bien vieillis mais sur des chemins positifs. Dommage qu’une année de mise au point soit zappée ; c’est là qu’allait se passer le plus intéressant. Le film est tourné en Bretagne – une scène passe par les marais salants. (46)

Princesse Tam Tam * (France 1935) : Notable pour la participation de Joséphine Baker, qui chante à deux reprises. Rencontre de deux cultures : on fait difficilement plus niais. ‘L’époque’ ne doit pas être la seule raison, car elle n’a pas empêché les auteurs de cumuler les sous-entendus lubriques – ou souligner le cynisme en société (avec cette fausse distance critique typique des mondains hystériques).

Avec ou sans cela, c’est le cinéma français de l’époque – celui de la mauvaise pente – dans toute sa médiocrité mais en mettant le paquet (en termes de décors, de casting -avec sa guest- ; avec les éternelles intrigues romanesques guillerettes et mal embranchées ; ici l’exotisme en bonus).

Ni rythme ni fluidité, écriture paresseuse et bordélique, direction d’acteurs catastrophique ; souvent de jolis plans et quelques prises non-triviales (la rafale de coups de téléphone, le spectacle à la fin), mais aucune performance à retenir au détail, hors des parties musicales (au bar avec les Noirs). Les moyens sont là et pour le reste on ‘bourre’.

Dans le dernier plan, un âne dévore la couverture en papier d’un livre nommé ‘Civilisation’ – dans la joie et l’allégresse, loin des ‘snobs’. On est lo’. (28) 

Coherence *** (2014) : Thriller/SF à petit budget. Séance à envisager comme un cauchemar, passant par des moments logiques et suivant un canevas qu’elle détraque un peu à loisir.

Certaines cachotteries ajoutent au mindfuck – vient un moment où il n’est plus certain que tout ça tienne. L’isolation du groupe (et de ses variantes) par rapport au reste de la ville n’est jamais bien précisée ; tout ce qui fait le cadre n’est pas défendu. Autre problème : pourquoi ces gens évitent des initiatives rationnelles et conjointes ? L’audace d’Emily peu avant la disparition de la comète permet de balayer l’essentiel de ces flous. Le final garanti de gros effets et pas des réponses rigoureuses, même si cette sortie se justifie humainement.

Des points communs avec The Invitation (mais le dîner est plus chaleureux et les membres aimables), Timecrimes/Los Cronocrimines et Would you rather. (68) 

L’envers du paradis * (France 1953) : Par le réalisateur de Princesse Tam Tam, juste avant Port du désir avec Gabin. Sentimental complet avec une pointe d’humour ‘piquant’ mielleux (efficace contre le flic, sûrement car son cas n’a rien de romantique). Dans sa phase enquête et prises de têtes, fait des mystères en excès et à rallonge. Insipide et interminable, mais jamais gênant ou agaçant – et même mignon quand le romantisme s’accomplit. Le marin échoué là est Eric von Stroheim en mauvaise condition. (42)

El Dorado ** (1967) : Huit ans après Rio Bravo, Howard Hawks dirige une sorte d’auto-reboot. El Dorado égale voire dépasse son grand frère en abandonnant la mièvrerie des familles. Il commence bien mais manque de nerf et de gravité. Robert Mitchum en alcoolique vaillant est le seul véritable motif d’amusement à partir de la remontée en scelle du shériff. John Wayne est fort badass, sans forcer, mais aussi en train des vieillir. Les américains essaient d’être plus légers voire tremper dans le second degré, ce qui ne va pas aider à dominer la vague italienne dans le western. (58)

Fast and Furious 6 ** (2013) : Quatrième opus d’affilée réalisé par Justin Lin, qui aura plutôt convaincu après la tentative Tokyo Drift et surtout avec le 5e épisode. Le sixième reprend l’action immédiatement après. Souvent drôle dans la première moitié, surtout avec le snob agressif puis servile. Tente un certain romantisme avec la manipulation de l’amnésique (Michelle Rodriguez). Un peu long, mais remplit son contrat. (52)

Tonnerre ** (France 2014) : Film doux avec des gens ‘du réel’ et un peu bohèmes. Par le réalisateur d’Un monde sans femmes avec un acteur fraîchement hype (Vincent Macaigne). Léger jusqu’à une rupture due à un excès de sensibilité du protagoniste. Après sa réaction agressive, un bizarre apaisement. (58)

Viktor and Viktoria *** (Allemagne 1933) : Basé sur un (faux) travestissement pour raisons professionnelles, avec bientôt un objectif romantique additionnel. Approche bon enfant sans devenir niaise. Le Viktor initial est assez exalté pour paraître en état d’ivresse dans ses moments normaux ; ses simagrées en rajoutent et accompagnent naturellement le film dans ses écarts vers la comédie musicale. La séance s’améliore en lui accordant moins d’attention et se concentrant sur l’héroïne (Susanne en ‘Mr Victoria’ – par Renate Muller), embarquée dans un double combat.

Aujourd’hui le film peut être repéré grâce au Victor Victoria produit en fin de carrière de Blake Edwards. Il a été l’objet de plusieurs autres remakes, tous antérieurs (ce dernier aurait-il intimidé les prétendants ?) : une version anglaise dès 1935, une allemande en 1957. Schunzel lui-même tournera une édition alternative française nommée Georges et Georgette. (68)

Premier vainqueur du Top Hebdo qui ne sera pas l’objet d’une critique. Il arrive de très peu devant The Last Girl (67), sortie récente et critiquée.

Effets secondaires ** (USA 2013) : Cet opus de Soderbergh rappelle particulièrement Contagion sur la forme (avec l’aspect oppressant des milieux urbains) et Erin Brokovich pour son postulat ; il évolue vers le thriller plus conventionnel ensuite. La charge directe contre la psychiatrie n’a pas lieu, mais la médicalisation pathologique de la société reste indiquée jusqu’au-bout (pubs pour médicaments ; réflexe ancré, recours pour accompagner le travail, la vie sociale, dans les hautes sphères même avec une compétition modérée ou déplacée). Elle sert également le suspense et montre des méthodes à haut potentiel pour les ‘méchants’ ou n’importe quel type malveillant dans un film de ce genre (quand vient l’heure de l’arrangement où les salauds ou demi-salauds se sont confondus depuis longtemps). (62)

Ned Kelly * (Australie 2003) : Sur le fameux bushranger, objet du possible premier long-métrage (l’australien The story of Kelly Gang produit en 1906). Pompeux et idéalisant, avec bande-son hystérique et casting en or (certains acteurs, comme Heath Ledger, étant alors encore à leurs débuts de haute notoriété ou de starification). Seul les physiques ne sont pas ‘surfaits’ ou lissés : un point positif. Direction d’acteurs (mâles) et décors ‘impeccables’, éclairages sombres et cajoleurs. (38)

Le grand méchant loup * (France 2013) : Triviale histoire de double cocufiage et d’ennuis des messieurs dans le mariage. Névroses superficielles de bourgeois franciliens insipides. Comédie écrit avec le cul réunissant toute la fine fleur des super-beaufs de France, avec les nouvelles types venues de Canal. Les personnages de Kad Merad et Léa Drucker ont un petit potentiel. Pas 100% non-drôle mais d’une longueur ressentie phénoménale. Inspiré d’un conte, Les trois petits cochons, qui ne semble pas peser lourd. Dans le même registre, j’avais été réceptif aux Infidèles. (26)

Le fruit défendu ** (France 1952) : Tiré du roman Lettre à mon juge (1947) de Simenon, deuxième film réalisé par Verneuil avec Fernandel dans le rôle principal. Interprètes de qualité, mais ensemble trop long, remplit poussivement ‘entre les lignes’ du récit. Tourné à Arles et Marseille. Parlera probablement davantage aux hommes ‘d’âge mûr’ plus ou moins concernés. (58)

La rose écorchée ** (France 1970) : Série B sentant l’heure de la ‘libération sexuelle’. Directement inspiré des Yeux sans visage. Mise en scène abrupte, avec des manières caricaturales sensationnalistes, parfois jolies ou relativement sophistiquées (les flous, les cadrages subjectifs), d’autres fois à la limite de la bouffonnerie agressive. Cette brutalité ne compense pas un développement trop lent et le manque d’épaisseur – et ne rehausse pas le niveau des bagarres, les seules vaguement crédibles étant les chahuts ‘sexuels’. Le film a tout de même de bonnes idées et des pics grand-guignols en réserve. Certains acteurs, surtout femmes, donnent un jeu très théâtral en restant agréables. Moins fluide et divertissant que le futur Les prédateurs de la nuit. (52)

Fenêtre sur Pacifique ** (1990) : De Schlesinger, auteur de l’excellent Marathon Man. Thriller à base d’harcèlement ‘passif’ ou maquillé, avec un locataire parasite. N’appuie pas assez sur les ressentis spécifiques et les conflits, pose un regard très ‘neutre’ tout en s’envolant vers les lourdeurs autour de son ‘méchant’. Très marqué et typique du genre à son époque. Pour quelque chose d’un peu plus ‘pénétrant’ il faut voir plutôt JF partagerait appartement de Schroeder sorti deux ans après. (52)

Lamb / Zeleke ** (Éthiopie 2015) : Probablement le premier film que je vois de cette nationalité et un des rares africains dans ma collection. Connu internationalement grâce à sa sélection pour les Oscars étrangers de 2016 (également projeté à Cannes en 2015 dans ‘Un certain regard’).

C’est aussi un premier film avec un garçon de huit ans lancé dans une nouvelle vie, avec des parents de remplacement. Il va longtemps traîner sa brebis, seul objet restant de sa mère. Le film est gentil mais pas très enrichissant, sinon pour le coup-d’œil qu’il permet de jeter sur un ‘ailleurs’ (beaucoup de temps autour de la bouffe). Propret, ne secouera personne, mais fera se balader virtuellement sur les hauts plateaux. (48)

Anthony Zimmer ** (France 2005) : Mise en scène efficace pour le suspense et pour allécher, justifiant la qualification du réal pour l’adaptation de Largo Winch – j’ai pensé à la BD. Mais le scénario rocambolesque s’auto-intoxique. La révélation finale balaie trop d’éléments injustifiables (j’en ai douté car elle m’apparaissait trop débile, impossible à assumer hors d’un état d’esprit nanardophile). À trop vouloir ménager ses super-effets le film bousille toute sa charpente. Il faudrait n’avoir aucune mémoire, être totalement submergé et acceptant, pour être ‘ébloui’ ; d’autant plus qu’à ce niveau de ‘libertés’, il n’y a plus rien de malin dans un twist.

Un remake américain est sorti cinq ans après : The Tourist avec Angelina Jolie et Johnny Depp, qui semble un mauvais client pour la relève de l’anté-glamour Yvan Attal. (48)

Cent mille dollars au soleil ** (France 1964) : Noir et blanc, avalanche de bons mots, pas très dense en terme d’aventures et rebondissements peu remuants. (56)

La barbe à papa *** (USA 1973) : Le film le plus connu de Peter Bogdanovich après La dernière séance. Choisi le noir et blanc. Au Kansas pendant la Grande Dépression. Du Lolita passif-agressif et des Raisins de la colère retournés. Les personnages ne sont pas spécialement aimables, plutôt d’un cynisme ‘blanc’, sans arrières-pensées, devenu seconde nature de ces déshérités.

Remarquable pour son enfant manipulatrice et donc en avance, consciente – performance saluée par un Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour cette fille de 9 ans (Tatum O’Neal). Serait un des films préférés de Fincher. (64)

Sicario (USA 2015) ** : L’intro est excellente, puis Sicario se tasse après le lancement de l’opération mystère. La fille est borderline et tremblante en excès – sa psychologie faible est à l’avant-garde, puisque les caractères sont progressivement évacués, au bénéfice de la cavalcade soap, à la limite du nanar d’exploitation avec grosses idées/gros postulat. Joue le film engagé, dur, pour des intrigues pompeuses et conventionnelles. Si vous en voulez plus sur les trafics, essayez Cartel Land.

Finalement c’est du Villeneuve as usual : ça arrive avec majesté et se déballonne avec la plus grande des délicatesses, en gardant une forme pimpante et anxiogène. Trop de façons pour en venir à nous dire que les flics et les bandits sont les mêmes. Prend des détours, laisse en suspens, pour attendre la toute dernière partie où tout se règle et s’affiche avec grandiloquence. On se croirait devant un petit frère vaniteux de No country for old men.

Induit peut-être en transe ceux qui s’y tiennent, car ne ‘lâche’ jamais sa ligne. (52) 

La French ** (France 2014) : Par un réalisateur marseillais dans son premier film solo. Film de gangsters français avec le face-à-face des deux grosses stars glamour locales (déjà réunies et même soudées dans Les Infidèles).

Tiré d’une histoire vraie (celle du juge Michel et du truand Zampa), elle-même appartenant au trafic international d’héroïne démantelé en 1975 nommé la ‘french connection’ (illustrée par Friedkin dans l’œuvre homonyme de 1971).

Les deux têtes d’affiches, voire Magimel inclus, ne sont pas nécessairement crédibles dans leur rôle, mais l’écriture est suffisamment ‘réaliste’ et viscérale pour mettre de l’équilibre. Particulier dans ses choix d’ellipses ou d’étirements. Quelques incohérences ou flous dans les formes secondaires. (56)

Caught / Pris au piège ** (USA 1949) : Opus suivant Lettre d’une inconnue dans la carrière de Max Ophuls – une adaptation de roman également. Histoire d’un mariage intéressé pesant très lourd à une jeune femme dont on ne sait trop si elle est aliénée, rongée par l’ennui, ou entre les mains d’un monstre modéré. Robert Aldrich (Vera Cruz, Baby Jane) était assistant réalisateur pour ce film.

Sur un thème similaire, plus cynique et compassionnel, mieux vaut voir Fascination. (52)

The Bible – In the beginning ** (USA 1966) : Film forcément d’une ambition extraordinaire, pris en charge par John Huston et financé par les écuries De Laurentiis. Le film représente les 22 premiers chapitres de la Genèse et le réalisateur joue Noé. Images somptueuses.

Moins soucieux que Le Message d’Akkad d’en rajouter sur la morale ou d’écarter le reste (l’Histoire et les histoires) et surtout mieux doté pour le budget et les décors. Plutôt synthétique et équitable (sauf pour Noé et Abraham qui prennent une plus large place), mais perd de sa fluidité en avançant.

Les mauvaises notes générales viennent probablement d’un ‘front’ de frustrés naturels. Les chrétiens qui pourraient ne pas apprécier de voir le grand livre mis en forme, ou trouver inappropriée la sensualité de certaines scènes et de la direction d’acteurs. Des athées et les ‘cartésiens’ pourraient s’agacer de voir des ‘énormités’ ainsi sublimées. (62)

Un tramway nommé désir *** (USA 1951) : Cette fameuse adaptation de Tennesse Williams souffre d’une grave erreur de casting, sinon d’une hypocrisie remarquable. Marlon Brando est censé être ‘bestial’ ou ‘commun’ : sa belle-sœur le lui reproche, les autres acquiescent. On lui refile des tournures se voulant caractéristiques (des prolos) et un boulot ingrat (de prolo) et l’illusion doit opérer ; le spectateur voit sa plastique ‘parfaite’ (et hors-norme par ce qu’elle réunit d’apparemment contradictoire). C’est un ouvrier au physique de boxeur et à la tête d’ange, nullement abîmé. Enfin il est fréquent que les gens du cinéma oublient de souiller leurs interprètes de miséreux ; alors forcément, quand ils en tiennent un spécialement glamour, l’ajustement devient impossible.

Cet élément gêne assez peu le spectacle, l’essentiel étant tenu par Vivien Leigh, avec son personnage exagérément dramatique et aux grandes postures esthétiques. Le film reste dépendant de son modèle ; les scènes sont longues, ‘étroites’ par ce qu’elles disent ou explorent et les restrictions physiques du théâtre se sentent également. Les personnages sont assez statiques et le flux de laius contient une majorité de choses inutiles. Les considérations sont toujours très particulières, sauf recours aux vérités générales ou traditionnelles.

Sur Wikipedia on peut lire « C’est un film mythique qui annonce l’irruption des pulsions sexuelles dans l’univers cinématographique hollywoodien jusque-là très feutré ». Or ce Tramway sort pendant la mode freudienne et arrive 20 ans après la courte époque des ‘films pré-Code’. Ce genre de justifications de la réputation du film semble conditionné par les réalisations à venir d’Elia Kazan. (64) 

Mata-hari, agent h21 ** (France 196) : Artificiel et éparpillé. Les acteurs ne sont pas fautifs, mais ne font que se croiser. Tournicote entre l’espionnage et la fantaisie historique pour s’étaler dans le tragico-romantique professionnel. (50)

La maison Russie ** (USA 1990) : Sorti peu après À la poursuite d’Octobre rouge. Film d’espionnage de toute fin de Guerre froide. À voir principalement pour le couple formé par Connery et Pfeiffer. (56)

Limitless ** (2011) : Très bon comme divertissement voire comme comédie noire, à condition d’accepter une certaine naïveté (dérisoire par rapport au Lucy de Besson). Elle pose quand même quelques problèmes notables : soudain, pour l’amie de Cooper, l’optimisation des capacités se traduit par des perceptions sensorielles de cyborg ; on devine des choses plus vite que le surdoué artificiel ; puis il y a ce foirage final. La séance se suit sans ennui et avec quelques enthousiasmes. (62)

Starbuck ** (Canada 2011) : Pas si mauvais que je le redoutais, mais mielleux et conciliant au lieu de prendre son sujet à bras le corps. Le postulat est insolite, les personnages gentils, l’écriture pas brillante. L’ambiance est douce et pas désagréable, sans être accrocheuse. L’origine québecoise doit être pour beaucoup dans la popularité du film (bien achalandé pour son pays et avec des accents et tournures amusantes pour les étrangers francophones). (46)

De l’autre côté du periph * (France 2012) : Ce film engage Omar Sy un an après Intouchables, pour servir sa volonté de créer (lancer?) une Arme fatale française (cite Le flic de Beverly Hills et Le Professionnel). Le résultat peut attirer la sympathie mais sûrement pas l’admiration. Le film joue à fond et exclusivement sur les oppositions – avec un personnage original pour le cinéma dans ce genre de postures, mais plutôt commun au fond : celui de Laffite. Il incarne un jeune connard droitiste arrogant, cynique et soucieux de son image. De quoi valoriser son côté psychopathe (voir Elle). Pour le reste, c’est trop banal, avec des bouffées racoleuses et une capacité modeste mais certaine à amuser. Le récit sera rattrapé par la démago, après l’avoir employée mollement. (38)

L’Homme qu’on aimait trop ** (France 2014) : Septième collaboration de Téchiné avec Deneuve pour une commande manifeste. Tiré d’un faits divers des années 1970, prend le parti ‘contre’ le tueur présumé, interprété par un Canet assombri, quelques mois avant La prochaine fois je viserai le cœur. Deneuve apparaît vieillie et rabougrie à la fin (Canet aussi, mais là il n’y avait pas d’image à entamer). Les acteurs sont convaincants mais l’ensemble est tiède, à force de louvoyer. (54)

Equalizer ** (2014) : Adaptation d’une série diffusée sur CBS en 1985-99. Sombre et énergique, sans entrer dans la débilité ou la confusion visuelle – la réalisation a été confiée au director de Training Day. Le protagoniste est dans la continuité pour Denzel Washington et relève du vigilante movie. Ses capacités très développées avant d’entrer dans le lard rappellent Limitless – mais dans celui-là rien n’est si méthodique ou méritoire. Malgré ses gadgets ce Robert utilise son corps, s’expose et subit les mêmes limites que beaucoup de monde (transports en commun, marche à pied, boulot sans gloire le jour). Quelques très bonnes scènes (confrontations où la violence est retardé ou déplacée ; ou certaines scènes lourdes de symboles brillant surtout par leur texture). (58)

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes ** (France 1993) : Entre les clichés balourds plus posés et la tendresse. Sans hystérie mais peu réfléchi aussi. Josiane Balasko montre l’étendue de ses talents. Quelques courts instants ou dialogues pour refléter la valeur du communisme pour les gens. (48)

Flic ou voyou ** (France 1979) : De Lautner avec les dialogues de Audiard. Marquait le retour de Belmondo après deux années sabbatiques ; lancement d’une nouvelle période, où il allait devenir une caricature. Du rocambolesque mais trivial dans tous ses ressorts, dans le cabotinage à tous les niveaux et presque aussi creux que Ne nous fâchons pas. (48)

Devdas ** (Inde 2003) : Largement diffusé en Occident en 2002-03, Devdas fait partie des rares films indiens actuellement connu par nos foules. Il est responsable de la popularisation de Bollywood, industrie de comédies musicales (gratinées) dont cet opus reste un des plus luxueux. Adaptation du célèbre écrivain bengali Chattopadhayay (‘Chatterjee’) et de son équivalent de Romeo & Juliette local. Tient ses promesses. (60)

Danger : Diabolik ! ** (Italie 1968) : Vu sur Arte où il est désigné comme un « nanar » jubilatoire. Tiré d’une série de fumetti (BD italiennes) nommée Diabolik. Certainement mieux équipé et plus habile mais pas plus passionnant que Flash Gordon ou les berezina semi-volontaires dans ce registre. Très créatif quoique typique des fièvres esthétiques sixties. Certaines productions audiovisuelles (clips, Austin Powers) recyclant les logorrhées chromatiques et érotiques de l’époque passent par ce film ‘culte’. Les acteurs et personnages y sont peu importants ou accablants (Piccoli semble égaré ou retenu de force), quoique pas autant que le scénario. Bava avait déjà versé dans le psychédélique avec The Trip. (46)

Doctor Dolittle * (USA 1998) : Vu en VF avec donc un sifflement désagréable pour le hamster. Humour infantile, potache et scato. Eddy Murphy est très bon comme d’habitude. (36)

TETE DE CHIEN (2016) **

10 Juil

3sur5  A-priori Tête de chien (DTV d’un réalisateur neuf – Quand je ne dors pas) s’inscrit dans une catégorie bien définie : film français avec protagonistes malheureux et mélancoliques vivotant et pleurnichant dans leur seule zone de confort : Paris. Mais s’il est ça c’est de manière manière abrupte et fluide, actuelle, presque non-romantique (comme un Oslo 31 août devenu cru et primesautier). Et surtout il n’y a que son ‘héros’ pour l’incarner – dans l’ensemble le film vise ailleurs ; fourmille de types de 30-40 ans avec des manières et des tronches plutôt ados et/ou de viveurs-jouisseurs blasés et/ou de célibataires avertis, une bonne part se comportent comme s’ils avaient 20-25 ans.

Le protagoniste (« 41 ans » et l’air d’en avoir 22) est un paumé apathique et plaintif, capricieux. Un ami commun (à l’ensemble de ses autres fréquentations à l’écran) mort dans un passé proche (à quel point ?) et il ne s’en remet pas – ou bien c’est l’occasion de ne pas s’en remettre. Alors il multiplie les petites foucades, les petites conneries et graves négligences – mais n’affronte rien ni personne, ne dit rien, se traîne, impose sa présence et sa tristesse sans savoir exprimer autre chose – ni même cette chose avec un minimum de profondeur ou de constructivité. C’est un type insupportable, interprété par le réalisateur lui-même, qui en rajoute. L’exercice est réussi : comme film avec un crétin imbuvable, bat des records !

Il reste désagréable ou méprisable même lorsqu’il doit probablement être pris en pitié – quand il chiale face à la gamine tout près du générique de fin – infect, avec ses bruits insupportables. Il est possible cependant que ma subjectivité ou mon apathie ‘émotionnelle’ l’aient emporté sur ce qui devait être l’occasion de se réconcilier avec ce petit connard urbain de base – et de sortir les mouchoirs. Cette approche du deuil est trop particulière et morcelée pour être significative au-delà des affaires immanentes, mais celles du ‘chien battu’ restent aptes à divertir. La circonspection et l’impatience de l’entourage sont facilement communicables – le spectateur a le luxe de la distance, qui permet la dérision et parfois la froide compréhension. La courte durée (66 minutes) évite l’effet prise d’otage.

Note globale 56

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (-), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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MINI-CRITIQUES 4

30 Juin

These Final Hours ** (Australie) : Film d’apocalypse sorti en DTV en France (2015) après un passage à la Quinzaine des réalisateurs cannoise (2014). Un type musclé consacre les douze dernières heures de l’Humanité à escorter une gamine vers sa famille (avant de rejoindre sa Zoé). L’Europe a déjà été dégommée, le cataclysme n’est pas une vue de l’esprit.

Le début est mauvais, du 28 days en mode kéké, avec le tableau normal et basique : un peu de crimes, d’illuminés (religieux ou sanguins) et de ‘négligences’, livrés comme dans un catalogue. Mais le déballage sera synthétique et pas racoleur, puis les sentiments prennent l’ascendant.

Les personnages (souvent odieux) sont en roue libre. La séance est courte et parfois intense ; ne conclue trop rien, entasse les dialogues insipides, file de manière entièrement prévisible. L’implosion du personnage est cohérente, avec ce que cela suppose d’aberrations et de contradictions, comme le passage à la fête.

Malgré les nombreux manques et défauts, le résultat est aimable et potentiellement accrocheur ; These Final Hours a, pour son plus grand bonheur et éventuellement celui du spectateur, la main lourde. Pour le même sujet, voyez plutôt 4h44 de Ferrara. (54)

Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare ** (2012) : Trois semaines avant la fin du monde, avec internet et portables hors-d’usage. Road-movie impromptu pour s’arranger avec le cataclysme. Romcom assez conventionnelle dans l’esprit, douce, bien écrite. (60)

Le val d’enfer *** (France 1943) : Film de Maurice Tourneur (Impasse des deux anges, La Main du diable), autour d’un amour impossible, entre un homme à mi-vie et une jeune trop pimpante, tombée par hasard dans son escarcelle.

Entre le Lolita flegmatique, où surnage l’hystérie agressive et les fourberies de Marthe (Ginette Leclerc) ; et le film de mœurs réaliste (et cru autant que possible). Marthe n’est pas une femme fatale ; c’est une femme enfant, dissipée au moins, au passé sulfureux peut-être, qui se fond dans son rôle, jusqu’à bouillir – à l’étroit dans cette vie austère, ‘d’avant’.

Le ton du film est raccord avec l’état d’esprit de Noël, avec en supplément la lucidité manquant à ce veuf au style et aux dispositions de vieux garçon. Au fur et à mesure le ton se fait plus aigre et violent. Fait penser à une nouvelle de Maupassant parfois. J’ai aimé le personnage du père. (68)

Vous ne l’emporterez pas avec vous ** (1938) : Éminente crewball comedy de Capra. Un jeune homme de haute extraction s’y entiche d’une fille dont la famille est exaltée et non-conventionnelle. Autour du vieux déglingué c’est un catalogue de ravis de la crèche lorgnant vers l’excentricité. Le pire étant la danseuse compulsive – moins consternante cette originalité devenait embarrassante comme du John Waters. Cette manie prend enfin de la ‘tenue’ sur le dernier acte (qui en lui-même n’est pas tellement plus cohérent).

Ce sont des gens honnêtes, blabla ; des grands gosses euphoriques, péremptoires, nonchalants dès qu’il s’agit d’esprit, d’intellect ou d’organisation ; bons et sûrement braves, avec le vieux anti-taxes dans l’esprit ‘travailler c’est collaborer’. Quand il va en prison, c’est une expérience rigolote. C’est assez vrai d’ailleurs, puisqu’on y trouve la meilleure scène (madame Kirby et les putes derrière les barreaux) et un monsieur Kirby poussé à bout – une belle prise, mais tout ça pour dire : il a de l’argent, mais pas d’amis, le monde ne l’aime pas et le regrettera pas.. L’optimisme du vieux n’est toutefois pas absurde ou infondé – et sa façon de tout transformer (et de ‘doucher’ les autorités et autres battons pris dans les roues) finit par le rendre sympathique.

Conscience molle ou faussée : elle est « Cendrillon » (selon un témoin au procès) d’une probable famille de « bourgeois » de bas étage et de goût douteux (selon madame Kirby en chemin pour rencontrer la belle-famille virtuelle). Bref, un film de bobos d’avant le terme, dans leur utopie Wes Anderson prude. Le yolo est bien plus démonstratif que dans Arsenic et vieilles dentelles, sans la foule de quiproquos – mais cet opus est plus franc et drôle, plus ambitieux dans son propos. (52)

Abus de confiance *** (France 1937) : Signé Henri Decoin (Razzia sur la chnouf, Le Masque de fer), Abus de confiance est un des opus issus de sa collaboration importante (10 films) avec Danielle Darrieux, devenue son épouse dès 1935 (année du Domino vert, leur premier projet). Compassionnel, un peu mou par moments, avec fin ‘idéaliste’.

L’abus, c’est aussi celui de cet homme, par rapport à sa femme ; des relations humaines en général. Vue plutôt cynique, d’un cynisme candide – par exemple avec ces hommes en position dominante (petite, commune) à la libido brutalement secouée sinon réveillée.

Scénario décent. Les tensions entre personnages (madame fait ‘mariner’ la menteuse) et les dialogues valent moins que l’interprétation et le tableau social – quantitativement riche (sans jamais se fondre vers le documentaire) sur les mœurs, interactions des milieux, mentalités. (66)

Le bruit des glaçons ** (France) : Métaphore demi-incarnée. Humour plus ‘méta’ et contemporain par rapport au Blier de référence (Valseuses, Buffet froid, etc). Trouve son rythme en introduisant un élément encore plus inhabituel, l’émotion. Dujardin est convaincant grâce à ses efforts, les autres souvent en font trop ou sont figés ; Mr Bernie est dans son rôle habituel, à fond, avec des bons mots, mais sans bousculer la morale. (50)

Les rois du sport ** (France 1937) : Un des nombreux témoins de la collaboration Raimu – Fernandel, jouant ici le beau-père récalcitrant et le beau-fils dissolu. Les sudistes montent à Paris et sont embarqués dans une sorte d’arnaque – Fernandel passe pour un champion de boxe et le beau-père pour son manager. Divertissement simple, brouillon et enjoué. (46)

Hippocrate ** (France 2014) : Montre l’hôpital public en voie de dégradation. Lacoste interprète le fils d’un médecin général dont la négligence (commise peu après son intégration) est couverte. Son personnage est antipathique quoique présumé se racheter, avec des excès dommageables puis en provoquant indirectement des améliorations.

Approche réaliste, pas téméraire ni analytique, plutôt ‘sociale’. Avance patiemment ses pions de film engagé, notamment sur l’euthanasie. La fin est ouvertement politisée. Le film abonde dans le sens des équipes médicales, épingle les restrictions budgétaires (compagnes des suppressions de postes), manques matériels et échanges insuffisantes (avec le chef ‘parachuté’). D’ailleurs la grève (du service de nuit) elle-même est réduite, par nécessité.

Point de vue terre-à-terre et assez doux concernant les apprentis. La plupart des internes sont de jeunes beaufs ; pratique d’un sous-bizutage, troupier et sans gravité ; comportements grégaires et pragmatiques. (58)

Dieu seul le sait *** (USA 1957) : Seconde guerre mondiale, une nonne et un marine sont seuls sur une île, sans communication possible avec l’extérieur. Ils ont régulièrement la visite inopportune de soldats japonais. Heaven Know Mr Allison est une robinsonnade tournée à (Trinité-et-)Tobago, dirigée par John Huston, plaçant face-à-face Deborah Kerr et Robert Mitchum – en terme de notoriété et de reconnaissance à l’époque, ce n’est pas Grant et Hepburn dans Charade mais c’en est proche.

La foi et les faits s’opposent pour chacun, poussent vers le doute et l’impatience. Leurs affrontements sont rares et softs, les deux enrégimentés arrivant à cohabiter et à garder la bonne distance, malgré les tentations et les flottements. Ils sont tenaces et cohérents, tous les deux. L’approche est un peu prude, ‘confiante’, le résultat ouvert aux dissertations – on pourra trouver le film ‘critique’ ou ‘complaisant’ à l’égard des mêmes institutions, de l’autorité. Heaven Know fait une belle impression sur le moment, qui s’étiole facilement ensuite. (72)

37°2 le matin ** (France 1986) : Vu à la télé sur la 25e, version courte (3h05 sur SC). Signé Beinex (Diva, La Lune dans le caniveau), film à scandale au moins rapporté, en tout cas très commenté à l’époque. Béatrice Dalle s’y révélait au travers d’un personnage impulsif, extraverti, émotionnel (elle s’avère sérieusement démente) ; il semble qu’elle y corresponde personnellement pour les deux tiers. Nudité frontale récurrente. Ambiance de marginalité ‘bohémienne’. (62)

L’emmerdeur * (France 1973) : Première apparition de François Pignon, interprété par Jacques Brel. Manifestement conçu à la fois ‘à la cool’ et avec rigueur/raideur. Sans doute la patte du réalisateur d’Oscar et La cage aux folles.

Le voir après les versions de Veber n’aide pas ; par lui-même, ce film n’est déjà pas convaincant : sans alchimie, le duo ne fonctionne pas, Ventura en train de s’user dans son costume, aucune carte jouée n’obtient de résultat supérieur. (38)

L’ombre d’une femme ** (France 2015) : Avant-dernier de Philippe Garrel, découvert très récemment sur Mubi (trois de ses premiers films). Histoires de tromperies et d’amour plombé ; lui se transforme en taliban. Son personnage n’est pas très convaincant : c’est le parano inerte et ennuyant, avec ponctuellement des manifestations surjouées. On pourra se raconter qu’il se passe beaucoup de chose à ‘l’intérieur’. Le couple en revanche est crédible, même représentatif d’un assemblage courant qu’on pourra dire dysfonctionnel ou toxique, mais inévitable et doté du mérite de combler les deux parties.

Belle photo, fluide et concis, assez ‘fun’ en grande partie sans faire exprès (la mère hypocrite, les petites excentricités) – mais il faut encaisser le début, à se traîner le documentaire. Le noir et blanc sert à esthétiser le goût du trivial et le romanesque banal. (48)

Le maître de forges ** (France 1933) : Adaptation éponyme d’un roman de 1882 (de Georges Ohnet), déjà porté à l’écran en 1912. Le réalisateur, Fernand Rivers, tournera une nouvelle version en 1948. Rififi entre bourgeois montants et aristos en chute libre. Divertissement superficiel et pimpant, doucement drôle, dialogues agréables. Découverte de Léon Bélières, à l’allure remarquable ; son personnage fera un beau laïus d’opportuniste lucide (déguisé en centriste mondain) sur la politique – à retrouver vers la 42e minute. (58)

Spasmes ** (1983) : Connu en tant que film d’horreur animalière avec un serpent pour grand méchant ; c’est davantage un thriller avec apprentis sorciers (le millionnaire en tête) et mystiques à la poursuite d’un Graal moyennement défini. La créature est rapportée d’une île (Micronésie) entrevue au début (ouverture avec une tribu primitive en furie).

Images distrayantes, le reste n’est jamais passionnant. Arrive à être généreux bien que le serpent soit rarement à l’écran. Cumule les exotismes avec la secte, les lieux nantis et les bouts de ‘jungle’ – ou encore la vue subjective bleutée et les expérimentations scientifiques. C’est parfois joli, mais trop primaire ou trivial pour avoir un charme ‘sérieux’, ou un effet à la hauteur du bordel déployé. Les nostalgiques (même pseudo-) des démences 80s trouveront plus facilement les bons côtés. (46)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

LA CREATION / ZOMBIES: THE BEGINNING *

1 Déc

1sur5  Dans l’univers du nanar, Bruno Mattéi est un monstre sacré. Pendant des décennies, il a abreuvé les fans de séries Z décomplexées, en arrosant tous les genres, la SF comme le péplum, avec naturellement une prédilection pour l’érotisme et l’horrifique, plus souvent le survival. En bon nanardeux, il utilisait des pseudonymes : il signe son dernier film sous son sobriquet favori, Vincent Dawn.

Zombies:the Beginning est une resucée de Aliens le retour, avec une louche de US Alabama . Le scénario : il faut partir en mission sur une base militaire prise d’assaut par des créatures improbables, apparemment des zombies. C’est Sharon (une Ripley made in China), leader de la base dont elle a été délogée, qui y ramène une troupe pour tenter de… euh… sauver ceux qui n’ont pas pu s’enfuir ? Non il ne reste aucun. Récupérer des éléments, des objets importants ? Du tout. Reprendre la base ? Eh bien… pas tout à fait. Oui, c’est qu’on s’en fout aussi, permettez.

« On ne peut pas tuer quelqu’un qui est déjà mort vous savez ! » mais… mais… quitte à paraphraser Lovecraft, pourquoi ne pas prendre conscience de son sens flagrant et se retenir d’aller au casse-pipe… puisque vous ne pouvez rien ? Puis soudain, what the fuck ? Pourquoi ce régiment est-il réuni de nuit sous la pluie, avec une prestigieuse intervenante débarquant en ciré bleu ?

C’est d’une nullité hors-du-commun ; et justement, c’est ce qui fait tout l’intérêt éventuel et la richesse paradoxale de La Création alias Zombies:the Beginning. Surtout que contrairement à Turkish Star Wars, autre fleuron du nanar (souvent tenu pour le pire film de tous les temps, à tort), La Création diverti relativement : on est hilare à plusieurs reprises (tout le long pour les plus enclins), avec la féroce envie d’en voir encore et de ne rien lâcher. Pendant le premier quart-d’heure du moins ; et quelquefois ensuite. C’est peu, presque rien. Mais dans le domaine, c’est déjà pas mal.

Et La Création a un mérite, en dépit de tout le reste : c’est cette générosité incroyable, ce volontarisme puéril, aboutissant sur une kitscherie de chaque instant, accumulant les morceaux de bravoure les plus improbables, les dialogues les plus lamentables, les créatures et intrigues les plus saugrenues et aberrantes, dans un climat de fumisterie inouï. Et même s’il répète plusieurs fois la même scène de cauchemar, Mattéi sait se répandre en effusions débiles, assumant à fond sa logorrhée imaginative proche de la dégénérescence ou du caprice sénile. Les décors de l’île, entre la paintball, le laser-game et le QG de clochards, caricaturent cette compulsion à la créativité ras-du-bitume. Toutefois, si La Création est peut-être le plus heureusement nul de la carrière de Mattéi ; certaines de ses productions ont réussi à graviter un peu plus haut. Sombre étron certes, Les Rats de Manhattan ressemblait finalement presque à une pathétique série B, quelconque et bassement consistante (une petite philosophie par là, une once de style). Ce qui est déjà d’un très haut niveau… celui d’un presque-film.

Alors 1h31 de ça, à l’exception des zeddards purs, c’est trop même si on en avait envie. Mais dans le registre, c’est un must seen et ça a le mérite d’être authentiquement taré. Et surtout, le film réussit à maintenir l’attention grâce à son hystérie et tous les moyens déployés (minables, certes, mais vigoureux). L’ensemble est plein de surprises (les Adibou horrifiques) et de séquences  »cultes » ou jouissives à leur façon (la retraite de la troupe d’élite). C’est donc un champion dans sa catégorie et les cinéphiles avertis devront bien le reconnaître – bien que ça ne soit pas moins déshonorant pour Mattéi. Toutefois, considérant sa carrière, le sens de l’honneur ne comptait probablement parmi ses valeurs. C’était son dernier film avant sa mort et il n’y a qu’un seul conseil : Bruno, RIP. Vraiment, restes-y, tu t’est déjà trop abîmé dans ce monde-ci.

Note globale 30

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

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Aspects favorables

Aspects défavorables

* plus accessible et tolérable que la plupart des nanars

* une liberté enfantine, avec des gadgets ahuris un peu partout

* c’est de la merde, un étron intégral (mais de bonne volonté), nous sommes d’accord ?

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  Voir l’index cinéma de Zogarok

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