MINI-CRITIQUES / COURTS – MUBI 2 (2018)

8 Jan

La précédente liste concernait seulement 2017. Celle-ci ne concerne que 2018, à l’instar de nombreux autres stocks de Mini-critiques qui s’apparentent à des Bilans annuels ; il faudra probablement casser en deux ou trois pour les années suivantes. Les courts MUBI, comme les courts généraux, devraient eux se maintenir à ce rythme annuel, car j’en consulte peu.

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Sullivan’s Banks/ Sullivans Banken * (Allemagne 2000 – 36min) : Documentaire montrant la dernière série de créations de l’architecte Louis H.Sullivan. Un recueil de photos sur papier aurait suffit. Le passage en revue de ces huit banques, sous un maximum d’angles, se veut le plus neutre (objectif ?) possible, tout en suggérant une Amérique secrètement morose, blasée. Sans paroles mais pas muet, sans acteurs tout en laissant des humains au second plan. Sur Mubi, c’est le premier d’un cycle de quatre films signés Hemigholz. (42)

Le park **(France 2015 – 14min) : Traversée avec une caméra ‘mobile’ (donnant l’illusion de vue subjective) de décors de désolation, tout près de la ville, de la civilisation en vie ; sorte de cimetière des émotions. Ces gens statiques sont probablement les ’35 individus’ arrêtés par la police suite à leurs diffusions d’images – et probablement à cause du clash à la machette dévoilé en dernière partie (où les figurants ne sont pas toujours parfaitement immobiles, ce qui brise l’effort et l’effet).

La mise en scène accroche, le propos exact [sur l’image, sa pérennité supérieure] est obscur même si le thème est donné. Tourné à Casablanca. Les protagonistes parlent arabe, les voix automatiques en français. (50)

Land of my dreams *** (Portugal 2012 – 20min) : Dernier court de Yann Gonzalez avant ses Rencontres d’après minuit, avec un côté pathétique travesti. Séduisant et accompli, surtout par rapport aux productions ‘art & essai’ choisissant la fantaisie. Arrive à être ouvertement artificiel dans la direction d’acteurs sans que les deux actrices deviennent des robots ou de simples ‘diseuses’ jouant mal ou au minimum. Je suis moins client à partir du milieu et de l’histoire d’amour, tout en trouvant que c’est réussi. Les deux petites provocs gâchent la séance (l’embrassade qui ne sert à rien, la bite de sortie – elle aussi pas nécessaire et tirant plutôt vers la banalité malgré tout ‘l’apparat’). (66)

La petite vendeuse de soleil ** (Sénégal 1999 – 43min) : Moyen-métrage et dernier film de Djibril Diop Mambéty. Une fibre poétique. Cap et intrigue très ‘lax’. Pour les gens qui souhaitent danser devant un film. (48)

Fast Film *** (Autriche 2003) : Jolie initiative, jolis morceaux, montage à la hauteur des ambitions. Résultat original sans être forcément beau. Concentré sur le cinéma anglo-saxons et ses classiques (Indiana Jones compris !), éventuellement ceux plus ‘bis’ ou horrifiques. Un cinéphile peut donc se réjouir mais ne va pas apprendre ou découvrir (contrairement au profane en origamis). Cela reste un détournement remarquable, qui ne se contente pas de raconter une histoire calquée sur des archives ou extraits – il se présente davantage comme une course à l’intérieur d’une rétrospective. Romanesque et ludique, sans ironie, véritable hommage au cinéma qui refuse le formole. (66)

Rocky VI * (Finlande 1986 – 8min) : Satire de l’Amérique actuelle par le biais d’une parodie des Rocky avec Stallone. Clip en noir et blanc sans grand intérêt, avec une musique typée et énergique. Un Rocky rachitique se fait éclater par un demi-sumo russe – allez, prenez ça dans les dents ordures capitalistes ! On peut reconnaître une chose à Kaurismaki : il ne trahit pas ses opinions claires, grasses, d’insurgé gauchiste permanent. (40)

Tell me the story of all these things * (UK 2017 – 23min) : Vu en VO-St anglais. Une femme musulmane parle de son adaptation au monde, de son rôle au quotidien, de ses préjugés collants. Entrevues entrecoupées de vues de modélisation de jeu-vidéo à l’effet vieillot, de saynètes gratuites (avec des légumes en rang ou des cuissons en gros plan, pendant que l’interviewée fait la cuisine), de clics et lectures sur un site du gouvernement britannique (‘elearning.prevent’), une animation impromptue et même un extrait télévisé fort moche. Faible intérêt, foutraque, répétitif. Peut-être plus intéressant à la fin lorsque Farah parle de mariage et de sexualité, mais les plans extrêmement rapprochés et mobiles peuvent commencer à indisposer. (28)

Historytelling ** (Canada 2018 – 12min) : L’ouverture cogne avec les prophéties pessimistes ou anxieuses des enfants. La suite cafouille – il y a tromperie sur la marchandise. On voit simplement les élèves d’une classe occupés à leur exposé, puis à une sortie dans la neige pendant qu’une mémé aborigène parle héritage (au sens intime et spirituel, pas politique). Il aurait fallu davantage leur poser de questions directes, comme lors des dernières minutes. (32)

Boro in the Box ** (France 2011 – 40 min) : Un hommage de Mandico au cinéaste Walerian Borowczyk, sous forme d’abcédaire, en noir et blanc. Jusqu’au-boutiste, difficilement captivant. Notre-dame des Hormones est plus joyeux à regarder. (48)

Living Still Life ** (France 2013 – 15 min) : Plus limpide et surtout plus joli que Boro, avec un hommage à l’animation des premiers temps du cinéma. Et un de ses premiers moteurs, le fantasme de conservation de la vie à travers l’image. (62)

Le rideau cramoisi *** (France 1953 – 45min) : Adaptation d’une des six nouvelles des Diaboliques de Jules Barbey d’Aurevilly. – premier long du critique Alexandre Astruc. En voix-off (prêtée au protagoniste), sans dialogues. On ne le verra jamais dans une interaction, ou alors pas face-à-face. Va à l’essentiel contrairement à son modèle, se plonge peu et surtout ne s’étale pas dans les détails d’ambiance. Excellent pour sa mise en scène et son texte (les meilleures phrases de l’original sont reprises et reliées), moyen voire boiteux sur le fond, quoique pour de bonnes raisons : les flous de la nouvelle sont assumés en tirant le film vers le fantastique. Les inconsistances ne sautent pas nécessairement aux yeux car le flux de sentiments et d’observation nous emporte et habitue la conscience à laisser de côté tous les parasites. La partie avant la vraie rencontre reste meilleure. (68)

Les fiancés du pont Mac Donald ou Méfiez-vous des lunettes noires ** (France 1961 – 5min) : Court burlesque dont une partie apparaît dans le long Cléo de 5 à 7. Les deux sont tournés par Agnès Varda. Godard est le jeune homme dont on retire les lunettes noires pour qu’il voit la vie du bon côté. Tourné à la façon des muets, avec musique guillerette. Réunit des acteurs fameux. Mignon. (54)

Trees Down Here * (UK 2018 – 14min) : Censé aborder le Brutalisme et questionner sa place actuelle. Successions de plans hasardeux sur des bâtiments, des croquis, des bouts de nature. Avec des sons et même des lectures apathiques hors-sujet. Des trucs jolis avec et grâce aux animaux, mais pas à chaque fois. Une débilité. Co-produit par MUBI qui décidément devient suspect à mes yeux. (22)

Berliner Ballade * (France 1990 – 29min) : Un film pour les communistes tellement convaincus que leur philosophie et leurs objectifs politiques étaient les préoccupations premières lors de la réunification allemande. Image médiocre ; le niveau de la copie serait discutable même pour de l’amateur (‘neige’ sonore extrême lors de plusieurs interviews). Que de blablas anticapitalistes ronflants et de niaiseries de passifs-agressifs égocentriques drapés dans leur vertu relative (par rapport aux ‘vrais’ fautifs que sont les riches et les puissants). Les argumentaires reposent principalement sur la pleurniche et les dénonciations aussi outrancières que généralisantes.

La probable ‘verte’ intervenant à la 21e minute (Ina Merkel) a majoritairement raison (« On est très déprimés par les résultats. On avait espéré que les forces qui sont relativement à gauche de la CDU, comme le SPD et d’autres, seraient en mesure de former un gouvernement. Les résultats montrent que la population veut une intégration rapide à la RFA et pas un rapprochement progressif des deux états. Sans doute est-ce la vieille illusion de la gauche : toujours espérer que la raison va dominer le ventre, mais c’est le ventre qui domine. C’est bien Brecht qui disait : beefsteak d’abord et la morale après. Je crois qu’il y a une logique fatale dans l’évolution de l’Humanité qui est de se détruire elle-même : ça se voit dans la marche vers la catastrophe écologique et dans l’incapacité à avoir des rapports normaux avec le tiers-monde. Je crois que l’Humanité va suivre cette logique, je ne crois plus à l’espoir des générations futures. »). (30)

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Mini-critiques Courts MUBI : 3-2019, 1-2017

Mini-critiques MUBI : 4-2018, 3, 2, 1

Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Courts 2, 1

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