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MINI CRITIQUES REVUS (1)

5 Fév

Tous les films que j’ai vu depuis que j’ai ce blog (donc un an et demi avant Sens Critique), notés en-dessous de 9, qui n’avaient pas eu les honneurs de critiques. Pour d’autres elle restera envisageable (des films marquants ou importants, de quelque manière), mais ils sont une petite portion.

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8 et demi *** (1963) : Auto-analyse de Fellini, projeté dans le réalisateur dépressif interprété par Marcello Maistroianni. Cet opus est très proche de La Dolce Vita (le tournant subjectiviste de sa carrière), avec le même type d’humanité : des membres de la haute société, celle du luxe et pas concernée par les responsabilités, jamais étouffée par le devoir ou la conscience.

Pendant deux heures en noir et blanc Marcello/Fellini déambule entre sa réalité et ses fantasmes. Ses rêveries ont une orientation nostalgique et souvent érotique. Sa femme (à lunettes) n’a que des interventions pesantes, elle lui ressemble peut-être trop et n’apporte ni plaisir ni réconfort – c’est un repère désuet. Elle forme un contraste avec le harem largement imaginaire (parce que peu vécu et à tout juste articulé mentalement comme tel) de son mari.

Fellini démontre un art du clip et de la fantasmagorie ‘adulte’ notamment au début, avec la scène d’ouverture et celle en musique autour de la réception d’aristos. Le film contient quelques moments de génie très ‘publicitaires’. Son visuel magnifique a sûrement été pris régulièrement comme modèle, dans les arts liés à la photographie. Les dialogues fourmillent de fulgurances sarcastiques ou spirituelles. Les amateurs de Barbare Steele la verront heureuse de prendre des coups de fouets – le cadre a changé mais son personnage a bien été importé. (64)

Vu le 6 août 2015 et revu sur Mubi le 30 septembre 2017.

Ça – Il est revenu ** (1990) : Téléfilm en deux parties ou ‘film’ de trois heures. J’en avais vu les premières minutes (ainsi que d’autres bouts), desservies par l’interprétation féminine. La mise en scène est lourde et efficace, expéditive et proche du grotesque dans les moments cruciaux. C’est loin d’être l’incurie sur le plan horrifique ou des idées photographiques (Tommy Lee Wallace était déjà la réalisateur d’Halloween III et Vampire vous avez dit vampire). En revanche le film manque d’épaisseur, de fluidité dans les relations. Il peut être une bonne expérience pour les enfants et notamment pour un premier film d’horreur. (54)

Vu des morceaux de la première moitié à la télévision vers 2008.

Les Anges gardiens ** (1995) : Comédie hystérique, avec Depardieu/Clavier dans un double-cabotinage ; plein d’ellipses au risque de l’absurde (une des fins les plus précipitées), du Poiré. Avec un bêtisier médiocre à la fin. J’aime même si c’est fait à l’arrache et sûrement prémédité au minimum possible. Si vous adhérez à un tel truc, essayez Les Gaous (qui pousse le bordel épileptique à un niveau ‘inédit’) ou La Vengeance d’une blonde (meilleur). (62)

Vu une fois enfant, revu en 2017.

Les délices de Tokyo * (2015) : Avec Les filles du Moyen Age, c’est un des deux films que j’ai vus dans l’année (fin décembre) mais pas critiqué (faisant de 2016 la première et seule année où je n’ai pas tenu le principe). Un troisième film entrait dans cette catégorie, mais je ne l’avais pas terminé : le coréen The Strangers.

Bien que le départ soit relativement encourageant, je confirme ma non-adhésion à ce film. Et la note si basse qui par rapport aux moyennes a l’air d’une provocation, ce qui me dépasse d’autant plus que, si je ressens du négatif envers ce film, je ressens surtout peu de choses. (32)

Vu en VOST le 26 décembre 2016, revu en VF en mai 2018.

L’empire des sens ** (Japon 1976) : Présenté dans une version restaurée en 2016. Aucunement excitant et plutôt répugnant dans ses scènes explicites (entre les micro-pénis et les touffes du passé). J’avais trouvé l’approche triviale malgré un côté pompeux, c’est confirmé. Depuis heureusement j’ai découvert Tabou (et Il est mort après la guerre).

La seule scène un peu satisfaisante et plaisante est celle où une fille, tenue par plusieurs autres, se fait enfiler un oiseau en bois (juste avant la danse de Gangnam Style version papy à l’EHPAD). Concernant la passion même charnelle et plus encore les sentiments, ce film manque d’authenticité et d’intensité, jusqu’à ce qu’il ait tout déblayé autour du couple (donc quasiment jusqu’à cette mise à mort interminable). L’espace est alors trop étroit pour que la psychologie soit encore intéressante, mais les acteurs paraissent crédibles et la volonté de madame l’est certainement.

C’est bien un porno chic, enrobé par un halo de subversion et des moyens inimaginables pour un film ‘bis/Z’ ou ‘d’exploitation’ normal. Évidemment c’est devenu ringard puisqu’il n’y a plus grand chose à subvertir depuis les années 1990-2000 (en tout cas au niveau de ces choses ‘naturelles’ et accessibles au moins en esprit et en théorie par chacun), il ne nous reste alors plus qu’à constater la mollesse de la séance, les béances du scénario, le manque de tenue – sauf sur les divers plans techniques. (56)

Vu une fois vers 2008, revu en juin 2018 sur MUBI.

Tenue de soirée *** (France 1986) : Changement d’avis, même si Buffet froid et Les valseuses planeront toujours au-dessus. Film imprévisible et grotesque, avec des omissions considérables et un dernier tiers rendu plus loin qu’en roue libre. La façon dont Michel Blanc est considéré doit être le plus drôle car le plus déroutant – quelque soit les goûts de l’observateur, son personnage n’est pas ‘beau’. L’évolution des individus est ridicule, leurs aventures invraisemblables, les deux sont jubilatoires. Dialogues et acteurs excellents. Un brillant nanar et une formidable comédie, un parfait film pour alcooliques, conçu manifestement à l’arrache ou avec une certaine négligence pour la charpente. Aussi un film remarquable sur le cocufiage et ses variétés. (72)

Vu (incomplet) une fois vers 2009, revu en août 2018.

Cendrillon **** (U 1950) : J’avais mis 7 à mon arrivée sur SC, partagé entre enthousiasme et scepticisme fondés sur des estimations lointaines. J’aime effectivement, suis probablement plus sensible aujourd’hui au mauvais chat, plus enclin à aimer les souris et les petits animaux, mais la grosse souris maladroite est toujours aussi répugnante – je souhaitais sa mort bien que ce ne soit pas dans l’esprit de Disney.

Le culte du prince charmant, l’éloge des petites filles sages et pures sont bien là et pratiqués à fond ; si le premier mérite effectivement révision, le second n’est pas si horrible – la morale de Cendrillon a ses vertus. Sauf sur cette rêverie de fille à marier, mais sur ce plan les ratés sont constants : dans La Valse dans l’ombre comme dans Blanche-Neige, les ‘princes charmants’ sont des êtres vides, sans charisme sinon celui d’une publicité pour l’hygiène. La prise en puissance de l’ex-petite fille, sa maturation sans compromissions, est aussi un motif récurrent mais ne me semble pas un problème – qu’il en soit un pour celles pétries de regrets de s’être trop ou trop vite souillées, pour celles qui n’auraient pu l’être comme elles le souhaitaient ou pour leurs complices masculins, c’est tout naturel.

Sinon le film est plein de détails charmants et marquants. Sa niaiserie est gracieuse. Les chants de souris en font les ancêtres des Chimpmunks. C’est le point le plus innocent du film, car sa morale effectivement n’est peut-être pas géniale pour les enfants (sans qu’elle soit déroutante comme celle de Peter Pan), car s’en remettant quasiment à la chance, le développement du charme personnel et la ‘magie’ pour sortir de la misère – en même temps, les enfants n’ont pas besoin d’être progressistes et de prendre du recul sur tous leurs fantasmes, pas en esprit du moins. (82)

Vu plusieurs fois enfant, revu en décembre 2018.

Peter Pan **** (U 1953) : Vu une fois enfant, j’avais moins aimé le début dans la réalité et n’en conservais aucun souvenir clair. De nombreux détails me sont parus familiers (la fée enfermée, la capture via les sapins). Représentation remarquable et amorale de l’évasion et de l’imagination, capable de parler aux enfants sans les tenir enfoncés dans la niaiserie habituelle (même si la gamine ‘responsable’ et aimante conserve un peu d’ancrage et de repères). Les enfants méritent de voir un tel Disney plutôt que la majorité de ses alter-egos (trop restrictifs) et de ses descendants (trop criards et débiles). (8)

Vu une fois enfant, vers huit ans, (re)découvert en décembre 2018.

Les Aristochats **** (U 1970) : Un excellent Disney, où le cadre est souvent plus intéressant que le sujet (les chats). Le Paris des années 1890-1910, les virées burlesques, les rencontres (avec les oies) rendent l’ambiance charmante. Beaucoup de scènes burlesques remarquables, principalement autour des deux chiens et d’Edgar. Dialogues relativement bien écrits, même si peu sont mémorables (contrairement à Blanche-Neige, Le Roi Lion ou au Livre de la Jungle, mais à l’instar de Robin des Bois ou même Cendrillon). Toujours peu fan du passage sous les toits de Paris et peu sensible à ces chats bohémiens. (8)

Vu peut-être plusieurs fois enfant, revu en décembre.

Independance Day ** (USA 1996) : J’y avais jeté un œil plus que véritablement ou intégralement regardé. Les effets spéciaux sont d’un niveau maximal pour l’époque, comme les meilleurs de Star Wars Phantom sorti trois ans après et également produit par la 20th Century Fox. Les aspects mélo sont ni brillants ni affligeants. Mais combiné au patriotisme et aux échauffements de la dernière riposte, ils multiplient les longueurs. Le véritable problème de ce film me semble donc être cette dernière partie et tout l’ennui précédant la grande attaque. Elle-même en sort gâchée, tandis que le quota de bêtises ‘l’air de rien’ et des autres défauts sont exacerbés – le président devient grotesque, heureusement le mec avec la VF de South Park a le bon goût de bien torpiller l’emphase du délire. Des trucs un peu niaiseux ou invraisemblables, comme prévu, pas dans des proportions atypiques ni trop choquantes. Les péquenauds sont plus cools et musclés que dans Mars Attacks où ils sont transformés en beaufs à la Deschiens. Le président est un tocard pendant les deux tiers au moins – son administration en sait voire en peut davantage. Ceux qui dénoncent sa sanctification supposée ne sont pas au clair – il n’y a que sa virée finale pour véritablement le flatter, pour le reste c’est un membre de la team America comme un autre – c’est bien cette normalisation du personnage qui devrait plutôt être questionnée. (54)

Vu une fois partiellement il y a une quinzaine d’années, revu en avril 2019.

Violette Nozière ** (France 1978) : Une ado de 18 ans jouée par une actrice de 26 comme dans les fictions au campus dans les années 1990. N’étais plus sûr de l’avoir vu et sûr de l’avoir vu superficiellement, confusion possible avec Une affaire de femmes. Pas étonnant tant le point de vue est attentiste, la séance presque contemplative : Chabrol ne sait pas couper ni hiérarchiser. Le père semble mal relié à sa fille, le choix de Carmet et Huppert après Dupont Lajoie où il violait ne saurait être innocent ; mais même dans les relations tout reste bien flou, on en connaît la nature qu’aux deux tiers au maximum, pour certains cas (l’amant), pas même la moitié pour les parents. Comme d’habitude Chabrol donne dans la sous-satire sans beaucoup d’humour contre les bourgeois, l’ordre établi (les féministes peuvent inscrire cet opus sur leur liste des ‘récupérables’) – et comme d’habitude il en fait sûrement trop partie pour attaquer ou même considérer sérieusement la chose. Un film pour ceux qui aiment les ambiances d’époque, à condition qu’ils n’aient pas des espérances de spécialistes ; sinon, pour les acteurs. (56)

Vu une fois superficiellement, [re]vu en juin 2019.

Walkyrie *** (USA 2009) : Sur la tentative d’assassinat d’Hitler par des haut-gradés allemands en juillet 1944 (la dernière des quinze connues de la résistance allemande d’après le carton final), quand la guerre tournait en défaveur du camp de l’Axe. Mise en scène classique et technique plutôt luxueuse. Perd de sa force et de son intérêt avec le lancement de la mission. Focus un peu neuf sur une page de la ‘grande guerre’ mais c’est encore de l’Histoire proprette et héroïque – sans tomber dans la pure figuration de service public. Finalement un film à suspense éventé foncièrement manichéen (une main de la lumière et du Bien tendue vers l’Allemagne), sans à-côtés baveux et sans trajectoires intimes très étoffées. Un épilogue plus humain et moins grave aurait été préférable – Carice Van Houten (deux ans après Black Book) n’est même pas reconnaissable car, comme l’ensemble des personnages secondaires, elle ne sert qu’à refléter une ou deux émotions. (64)

Vu une fois dans de mauvaises conditions en 2009, revu en juillet 2019.

Comment j’ai fêté la fin du monde ** (Roumanie 2006) : J’en avais aucun souvenir et c’est parti pour se répéter. Un doute subsistait : était-je passé à côté d’un tableau profond, car quelques détails relevaient la sauce !? Je me les suis effectivement rappelé (cette prof blonde typique, le vieux tout enthousiaste à la chute du dictateur et immédiatement cassé par la mise à feu tout aussi joyeuse de sa voiture – les ‘copains’ l’ont pris trop vite au sérieux) mais ils ne valaient pas de se pencher spécialement sur ce film. Le film ne présente que des anecdotes et son centrage officiel sur le garçon est curieux, puisque sa grande sœur a un joli caractère et qu’elle meuble bien mieux que tous ses camarades. (52)

Découvert en février 2016 et revu en juillet 2019, toujours sur Mubi.

Bruce tout-puissant * (USA 2003) : Vulgaire et néanmoins bizarre, furieusement débile et niais (dépasse Ace Ventura et ses parties philosophiques ne font que l’enfoncer). Les projections semblent celles d’un petit garçon proche de la mort cérébrale, abruti par ses fantasmes de super-héros. J’avais détesté et décroché après le gag du singe, en était sorti avec un a-priori déplorable [déjà induit par ses pitreries télé] concernant le clown Carrey (corrigé peu après grâce à Truman Show, puis avec Philip Morris) ; finalement ce film n’est pas une des pires choses tournées mais reste probablement la pire avec Jim Carrey. Elle a un pied dans le sentimental et la prêche émotionnelle qui rendent Carrey décalé dans un nouveau et regrettable sens (les flonflons familiaux gâchaient à peine Menteur menteur, passait pour un obstacle allègrement surmonté). Le lien avec Aniston est peu crédible également, même si son personnage est parfaitement vraisemblable. Bien sûr le film oscille entre légèrement et odieusement moche. Les séquences avec ‘Dieu’ Freeman sont trop consternantes pour rester simplement embarrassantes. Pas grand-chose à retenir, le bizutage de Steve Carell surnage à peine, quelques séquences liées aux pouvoirs sont relativement marquantes (la lune, le passage en musique dans la rue). C’était une vilaine expérience avec un arrière-goût sordide. Elle annonce la dérive ‘chamallow’ accompagnant la chute de la carrière de Carrey malgré quelques éclats (comme Eternal sunshine). (28)

Vu partiellement vers 2005, revu en juillet 2019.

L’opération Corned Beef *** (France 1991) : Une comédie grasse et flamboyante signée Poiré avec Clavier, deux ans avant Les Visiteurs et quatre avant Les anges gardiens. On y retrouve les ressorts typiques du cinéma de Poiré, avec ces gags destroy mais aussi des caricatures vaguement mesquines : la grosse avec des scènes assassines et des plans gratuits soulignant sa démarche puis sa tardive prise de conscience (deux costaudes auront un rôle-éclair similaire dans Les visiteurs 2), le dictateur latino. Le couple ‘vieille France’ est moins écorné, on sent davantage de sympathie pour les personnages certes bouffons de Clavier et Lemercier. Jean Reno n’est pas brillant et plombe presque certaines scènes, heureusement l’outrance et la vitesse de la mise en scène l’en empêchent. Tout oscille entre la beauferie adulte et les délires enfantins, la voix de Mitterrand relève du second. On pourrait croire que l’opération fait écho à l’affaire des écoutes de 1982-86, or elles n’ont été révélées qu’en 1992 : dans un autre registre les critiques en feraient des tonnes sur le flair du scénariste ou du réalisateur. (64)ou+

Vu certainement en 2016 ou 2017, revu en août 2019. Peut-être vu plus jeune.

99 francs ** (France 200) : On y croit un temps et il y a bien des passages potentiellement succulents (la réunion tout particulièrement), mais ça tient difficilement sur plus de 70 minutes. À terme c’est toujours les mêmes problèmes et la même complaisance pseudo-masochiste, vraiment exhibitionniste. On sent cette quête du petit supplément d’âme et de conscience critique pour ces gens-là, les admirateurs de leur milieu, leurs contempteurs hypocrites ou médiocres – puis bien sûr pour tous les autres qui le voudront bien, mais on sort du cœur de cible/noyau dur qui fera la force et l’aura du film. Je reconnaît qu’il y a de la ressource dans cette bête-là mais c’est encore trop ensorcelé par ce que ça prétend dénoncer et à l’image du tour de la fin, c’est superficiel et complètement penaud dès qu’il s’agit de dépasser la provoc ou la posture. (62)

Vu partiellement peu de temps après sa sortie. Revu l’été 2019.

Astérix & Obélix mission Cléopâtre ** (France 2002) : Même si ses atouts au niveau du casting et des décors gardent de leur efficacité, Mission Cléopâtre n’est pas à l’abri d’une réévaluation générale à la baisse. Une grande partie de l’humour repose sur des références anachroniques ; sans surprise celles portées par Itinéris ont mal vieilli. Jamel apparaît comme une sorte de sous-Eric Judor pas drôle. Il n’est pas exaspérant comme il le sera plus tard à cause de la faiblesse des univers autour de lui – quoiqu’il arrive son ‘génie’ n’est pas responsable du succès ou non d’une entreprise ; mais je suppose qu’il peut amuser certains enfants coutumiers de ses réflexes.

Je craignais que placer La surprise de César à peu près au même niveau soit une sorte de snobisme ou une volonté d’originalité opérant à mon insu ; je dois vérifier l’objet lui-même, mais en revenant sur son concurrent, les placer au moins à égalité ne me semble pas tricher. Mission Cléopâtre démarre fort, recycle habilement des éléments secondaires (les pirates), puis à mesure qu’il a posé les enjeux s’épuise. Il connaît une lourde chute après la sortie de pyramide en format bande-dessinée, avec des moments longuets voire assez nuls comme les batailles impliquant Darmon. Le final est assez pauvre et trop centré sur les petites personnes des participants ou du moins leurs personnages sociaux. (58)

Vu en salles à sa sortie et plusieurs fois depuis. Revu pendant le dernier trimestre 2019.

Topaz / L’étau ** (USA 1969) : De jolies scènes (la fille s’évanouissant dans sa robe violette, les grosses manifestations soviétiques), mais des interprétations douteuses, un scénario et un rythme flottants. On peut y voir la contradiction de James Bond mais l’agent principal est un OSS 117 insipide. On assiste à des scènes lentes et laborieuses plutôt que de démonstrations hautement ‘réalistes’. Politiquement le niveau ne dépasse pas la mesquinerie (envers des représentants français) mais il faudrait être un anti-américain susceptible ou un sympathisant socialo-communiste pour en être remué – même s’il est facile de se sentir plus concerné que ces guerilleros mollassons. La partie romance est encore plus fadasse et inepte. Probablement le moins bon de la carrière d’Hitchcock qui approchait de son terme – heureusement les ultimes opus bénéficient de leur relative extravagance – ou vulgarité (Frenzy particulièrement). (44)

Vu une fois en 2014 ou avant, revu en novembre 2019.

Ravenous / Vorace *** (USA 1999) : Malin et bizarre. Palabre sur la transgression et l’égoïsme viscéral, avec quelques sorties brûlantes comme « La normalité, le dernier bastion des lâches ». Une certaine légèreté et ses façons de ‘huis-clos’ interdisent d’aller au bout des ses raisonnements odieux et encourage le flou artistique dans le scénario. (64) 

Vu une fois il y a dix-onze ans.

Inland Empire ** (USA 2006) : C’était le moins bon et le moins stimulant à mes yeux à l’époque, en-dessous d’opus plus classiques ou renommés qui ne m’ont que modérément touché. C’est probablement normal que son réalisateur ait pris des distances avec le cinéma par la suite, tant il semble avoir fait le tour du medium ou de ce qu’il pouvait en triturer (à moins bien sûr de régresser vers du Godard ou du Cavalier). Le style Lynch semble sacrifié au profit de quelque chose de plus ‘cosy’, jusqu’au générique de fin annihilant toute magie du cinéma. Même si aujourd’hui le film se suit relativement facilement, probablement car il rejoint un genre de bidouillages presque courant, il contient trop de redites par rapport aux œuvres ultérieures et seul son mystère trompe l’ennui. (62)

Vu partiellement sinon totalement, pas plus de quatre ans après sa sortie. Revu sur Mubi en décembre 2019.

DISJONCTE ***

7 Juil

3sur5  Après une année 1995 où il intervient dans deux super-navets, Ace Ventura en Afrique et Batman Forever, Jim Carrey est exigé pour un nouveau happening dans Disjoncté. C’est le second film de Ben Stiller après son Génération 90 et il jouit cette fois d’un gros budget. Il rencontre à cette occasion de futurs collaborateurs importants (Jack Black et Owen Wilson) et surtout offre à Jim Carrey une de ses compositions les plus étonnantes.

Disjoncté est un film étrange, une espèce de grimace hilare et sinistre. D’abord le personnage de Jim Carrey, toujours aussi excentrique, y apparaît comme une sorte de débile léger assez glaçant et le naufrage s’annonce. Mais très vite il va se muer en une espèce de parasite borderline, renvoyant à la figure de l’ami envahissant tendant à absorber sa cible. La perversion et le piège de Chip Douglas travaillent le film comme une lame de fond, pourtant celui-ci demeure une comédie grasse et à son meilleur, sévèrement déglinguée (avec de splendides pétages de plombs sonores lors des séquences sportives).

Le style et les obsessions de Stiller servent ce décalage. En tant que réalisateur il a toujours apprécié ces individus ingrats recelant une personnalité flamboyante, qu’ils soient paumés, légèrement effrayants, quelconques ou d’apparence disgracieuse. Cette sensibilité s’est exprimée plus radicalement que jamais avec Walter Mitty, lui-même glauque sans le faire exprès. Disjoncté n’est pas comme les autres produits de Stiller, car la tristesse de ses rêves et la modestie de sa mise en scène est transcendée par la performance de Carrey, qui rend ce spectacle redoutablement commun et désuet assez irréel. En baissant le curseur de la farce de quelques degrés seulement, cette représentation de la démence deviendrait documentaire. 

Heureux concours de circonstances pour le débutant Ben Stiller ? Il n’est de toutes façons pas le seul responsable de cette exploitation ingénieuse de Carrey, n’étant après tout que superviseur. Et malgré son ambition, le film demeure engourdi par de profondes faiblesses, notamment dans la symbolique de brute placide aware : ainsi tombe la dénonciation convenue et lâche de la télévision, cette nourrice horrible étant mise à mort, en tout cas pour un soir. On glisserait facilement vers la surinterprétation car le film vadrouille un peu dans tous les sens, tend vers la satire sans oser sacrifier la compassion, fait sien des jugements de valeurs qu’il réduit à un pauvre déguisement par ses côtés ‘culture geek’ précoce. Il y a également la tentative de psychanalyse du clown Carrey, dont la pugnacité compense le caractère cheap, même si rétrospectivement l’existence de Man on the Moon (qui ne parle pourtant pas vraiment de Carrey) humilie Disjoncté.

Note globale 68

 

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Suggestions… Prête à tout + Holy Motors + Christine/Carpenter + L’Antre de la folie + Harry un ami qui vous veut du bien

Critique de juin 2014, complétée à la marge suite à un second visionnage (juin 2019). Note passée de 64 à 68.

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MAN ON THE MOON ***

30 Juil

4sur5  Auteur de Hair, Amadeus et Vol au-dessus d’un nid de coucou, Miloš Forman a offert à Jim Carrey son rôle le plus intéressant avec Man on the Moon. Ce biopic est librement inspiré de Andy Kaufman, comédien américain mort à 35 ans et revendiquant une forme d’anti-humour, bien qu’il soit perçu et acclamé en tant que comique, d’un genre singulier. Man on the Moon est à la hauteur de cette démarche. Ce n’est pas une partie de plaisir et ce n’est pas vraiment drôle : il y a même de quoi se braquer. Car Andy Kaufman par Jim Carrey est un performer, donnant dans l’absurde et la manipulation, étant son propre cobaye.

 

Dans un premier temps, Andy Kaufman semble simplement au mauvais endroit, pressé de s’acquitter d’une mission de comique conventionnel auquel il échoue totalement. Tire-t-il son échec ou a-t-il prémédité dès le départ la duperie ? Toujours est-il qu’avec son personnage de l’étranger, il va faire rire de lui à ses dépens (mais à un degré factice), en faisant croire à l’authenticité de son apparition et la transparence de son inspiration. À ce moment tout de même, il reste un enfant.

 

Puis il devient un vrai troll. Profitant de son ascension et d’une large exposition médiatique (présence au Saturday Night Live, émission spéciale), il part en roue libre. Provoquant de grands moments de silence et de gêne là encore, il arrive à de vraies performances et s’épanouit en bouffon total. Il n’est pas là pour faire rire les familles et regrette d’être coopté par des séries burlesques grossières. Il est là pour jouer des tours : c’est un farceur, au machiavélisme innocent (le coup de la télévision) mais extrêmement ambitieux.

 

En inventant des personnages irrespectueux de leur vocation (Toni le crooner misérable et connard mégalo), pantins de son agressivité indirecte, Andy Kaufman est plus qu’une tête à claques ridicule, c’est un orfèvre de l’anti-entertainment. Il vient saboter tout en direct, se consume et emporte avec lui toute l’assistance : il la diverti par l’implication dans une réalité déviante construite, pas en l’amusant simplement tout en la laissant tranquille dans son espace propre. Et il a raison, car il n’aurait été qu’un comique besogneux et poussif sinon.

 

Au fur et à mesure, avec ses personnages et surtout ses canulars, Kaufman se libère, alors qu’il aurait pu devenir l’égal de son personnage originel (« très merci beaucoup »). Il subissait et restait invisible, maladroit, or maintenant, il tourmente en étant dans une position distanciée d’autant plus jouissive que les autres n’ont aucun recul face à ses conneries et sur-réagissent. Lorsque cette attitude se retourne contre lui et qu’il finit par prendre au sérieux la réalité, sa nature le dépasse.

 

Atteint par un cancer, croyant sincèrement à sa promesse de repentance, il va effectivement faire la démonstration d’une plus grande chaleur et travailler dans le but de répandre la joie. Mais il n’en est pas moins monstrueux ! Au soir de sa vie, Kaufman réussi à marier sa malice avec de bonnes intentions et met son talent de performer contrariant au service de pieux semi-mensonges. Il en arrive à se tromper lui-même : le passage aux Philippines est brillant. Grave et recueilli, il s’accroche à son issue de secours et finalement, éclate de rire en constatant qu’il est tombé sur des farceurs opportunistes à sa mesure.

 

Forman traite cette démarche avec une absence totale de jugement et ne cherche jamais à faire apprécier son personnage, ni à expliquer sa démarche. Il met à son service ses moyens et surtout sa technique, son talent éprouvé de cinéaste. Sans initiatives particulières d’un point de vue graphique, Forman fait la démonstration de sa supériorité par la direction d’acteurs et l’amalgame entre tragédie et distanciation pittoresque.

 

Ce spectacle ambigu mais transparent aspire dans la spirale de Kaufman, son industrie suicidaire et taquine. Le film raconte une fuite par le faux-semblant, qui en cache un autre et ainsi de suite, comme un processus de mystification/révélation en poupées russes, mais opérant des allez-retours au lieu de suivre une ligne descendante. La fureur trollistique du principe est hilarante, y faire face est prodigieusement irritant.

Note globale 76

 

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Suggestions… Auto Focus 

 

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FOUS D’IRÈNE **

30 Déc

2sur5  En 1994 leur premier film, Dumb & Dumber, était un triomphe notamment grâce à la performance de Jim Carrey. Six ans plus tard les frères Farelly retrouvent l’acteur, consacré par une série de succès et des Golden Globes pour Menteur menteur et Man on the Moon. Cette nouvelle collaboration engendre Fous d’Irène, un film profondément vicié dont le postulat n’apporte que de mauvaises choses. Il est néanmoins rempli de saillies (« vous êtes très réaliste comme femme ») et de performances excellentes, de la part de Jim Carrey mais aussi de ses partenaires.

Comme souvent Jim Carrey est soumis à des expérimentations improbables mais aussi mal armées. Fous d’Irène le met dans la peau d’un flic laborieux atteint de schizophrénie et cédant régulièrement la place à Hank, individu ténébreux, dominateur et légèrement dangereux. Ce personnage est le versant enfoui de sa psyché et pour s’en prémunir, le bon Charlie doit prendre quotidiennement sa dose de médicaments. Mais lorsqu’il est chargé d’escorter Irene Waters (Renée Zellweger) à l’autre bout du pays, Hank s’incruste plus que de raison.

Paradoxalement c’est Charlie le plus drôle et surtout, surtout, le plus réussi. L’existence de ce petit bonhomme est une humiliation permanente. Il n’est respecté par personne, exploité par tous, il n’a aucune autorité en dépit de sa fonction de policier. La vraisemblance limitée des deux personnages permet de les manœuvrer assez largement, mais les rend aussi passablement inexistants. Et si Charlie est pathétique, Hank, lui, ne perce jamais et demeure un invité inconvenant. C’est embêtant dans un contexte où il devait être le grand atout, or il n’aligne que de faibles éclats (dont le moment de la transformation).

Le procédé fonctionne quand la confusion est accrue et que les deux personnages évoluent. Malheureusement il faut passer une première moitié de métrage où les ambitions demeurent malgré leur petitesse et bloquent les démonstrations du casting. Quoiqu’il en soit, de A à Z, les Farelly ne maîtrisent rien de leur sujet. Fous d’Irène se confond donc en happening minables (la lutte entre Hank et Charlie dans le centre commercial) et grosses farces grasses ou trash mais tellement drôles (surtout autour des trois frères et de leurs exploits). Pendant que Carrey repousse les limites de la morphologie (faciale, notamment), le film se justifie mal, évolue à l’aveugle ; on attend les performances, le long de ces deux heures déstructurées. Elles sont là, engluées dans la gélatine.

Note globale 54

 

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Suggestions…

 

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MENTEUR MENTEUR ***

14 Déc

3sur5   Dans Menteur menteur, Jim Carrey est un avocat sans scrupules gagnant sa vie grâce à sa mauvaise foi. Celle-ci affecte l’ensemble de son entourage, aussi son fils fait le vœu que son père ne puisse dire que la vérité pendant 24 heures. Le vœu se réalise, Fletcher Reede ne peut plus mentir et pire, il exprime tout ce qu’il pense sans filtre, même lorsque ce n’est pas nécessaire : c’est comparable au concept de The Invention of Lying et à l’exagération dont il était le prétexte.

Situé juste entre Disjoncté et The Truman Show dans la carrière de Jim Carrey, Menteur menteur est après Dumber & Dumber la comédie où ses simagrées sont les plus jouissives. Ce n’était pourtant pas acquis puisque le film est réalisé par Tom Shadyac, avec lequel Carrey a exécuté Ace Ventura détective et Bruce tout-puissant. De surcroît, Menteur menteur est un gros spectacle familial d’Universal Pictures, avec un minimum de prise de risques et d’ambitions artistiques.

Le spectateur sera même gratifié d’un grossier bêtisier, tandis que Jim Carrey enfile les gags conventionnels et les lieux communs, parfois très crétins ; mais avec son costume de génie ! Ce paradoxe est susceptible de le rendre détestable, jusqu’à créer un étrange malaise ou à anesthésier ses performances. C’est aussi ce qui lui permet de nous faire rire de choses qui sans lui seraient poussives et rien d’autres ; un talent que Jean Dujardin a également démontré dans OSS 117 mais aussi ailleurs (Les Infidèles par exemple).

Dans cet océan de mièvrerie travesti en grosse poilade, Jim Carrey est un élément étranger, parodique et autonome. Il ne fait pas le gag convenu, il arrive avec son énergie et déambule sans se laisser apprivoiser ; s’il doit se sacrifier, il le fait en traître, même s’il doit s’acquitter du lot de jugements sur son comportement lâchés au cours de ces 24 heures de vérité (il est censé dire sa vérité, or il clame celle d’un surmoi extérieur !). Ainsi la comédie consensuelle glisse sans l’atteindre, comme l’univers de l’entreprise (Braqueurs amateurs aura le tort de vouloir confronter ce dernier avec sérieux).

Cela n’empêche pas les éléments plus conformes de prendre la place ; en premier lieu, ce gamin envahissant et incompréhensif, qui veut son papa, tout le temps auprès de lui, sans concevoir qu’il ait d’autres projets et des histoires d’adultes à régler. Et en plus c’est un menteur : voilà une raison morale de blâmer son papa ! Évidemment le film prend son parti, parce que s’il est pris en otage par un Carrey à son meilleur, il n’en demeure pas moins un semi-blockbuster niais, incapable de ne pas réduire son grand atout à des finalités moralistes de mégère stupide mais bienveillante.

Note globale 64

 

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