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MINI-CRITIQUES MUBI 3

7 Avr

Une session en retard, car la 4e a déjà été publiée. Les films concernés ont été vus d’octobre à décembre 2017. Leurs notes ont été mises à jour (la limitation aux paires n’avait pas encore cours). 

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Opera Jawa * (Indonésie 2006) : Film musical décousu, volontiers loufoque voire régressif, assez mou à force de planer doucement et malgré les gueulantes. Pour les gens épuisés et réceptifs appréciant d’être dépaysés et surpris tant qu’on ne les bousculent pas.

Attention spoiler : dans les derniers moments une fille se fait planter (c’était un sous-Parapluies de Cherbourg à Java ?) ; le panneau d’avant-générique nous averti que nous venons de voir un requiem contre les violences domestiques. On retiendra plutôt ses efforts et ses effets esthétiques – si les tissus et les plages vous donnent des vapeurs, ça pourra marcher. (42)

Enfance clandestine ** (Argentine 2011) : Dans l’Argentine sous dictature des années 1970. Autour du fils d’un couple de rebelles. Fibre mielleuse, accent sur les rêves du garçon et ses privations. Les passages violents ou avec les antagonistes sérieux passent sous format BD. Apport faible au niveau politique, sans toutefois dénigrer le travail des résistants ou la résistance en elle-même. Peut séduire grâce à son prisme subjectif voire romantique, son primat aux émotions (la musique lève toutes ambiguïtés sur les intentions) et son cachet nostalgique. Seule la scène avec la grand-mère remue franchement la matière à questionnements. (52)

À nos amours * (France 1983) : En découvrant le film le plus connu et reconnu de Pialat, certaines critiques corsées que j’avais lues contre le réalisateur s’expliquent soudain. À nos amours est à la limite de l’amateurisme, racoleur sans fournir de contreparties ni même combler les attentes qu’il souhaite inspirer, tout en étant une bonne caricature de l’existentialisme merdeux à la française. Que le cinéaste ait convaincu les critiques en les intimidant devient une rumeur fortement crédible.

Le film est plein de drames surfaits, de poussées hystériques soudaines, dignes d’un Tellement vrai crasseux et laborieux. Bonnaire livre un jeu calamiteux. Pialat apparaît en se donnant un beau rôle, mais en tant que directeur d’acteurs, il semble un petit exploiteur, voire un vicieux ou un cynique – sûrement à raison, puisque le monde suit. Le recours à Klaus Nomi est aberrant. (28)

Sans Soleil *** (France 1983) : Probablement un des meilleurs films de voyage. Maelstrom d’images, sensations et réflexions fluides sans suivre de programme précis. Parfois des sentences de nature idéologique ou ‘gratuites’ – effet malheureux d’une tendance à absorber l’information vers un noyau subjectif, au lieu d’explorer de façon brute ou simplement ‘ouverte’.

Les parties en Guinée-Bissau semblent d’une moindre importance et sont intéressantes dans ce qu’elles ont d’abstrait (par opposition aux témoignages concrets). (74)

Le Retour *** (Russie 2003) : Découverte de Zvyagintsev. Montre une virtuosité qui serait peut-être vaine s’il n’y avait pas un ‘sens esthétique’ si fort. Le film reste dans le mystère, pas sur tout et pas sur l’état des enfants, mais sur ce père et ses motivations. Les émotions et surtout les passages aux actes sont refrénés, l’action ‘couverte’. Le plus jeune des deux enfants essaie la résistance passive-agressive (avec option sabotage) mais comme le reste, elle est intériorisée plutôt que mise en œuvre. Le film cherche à illustrer une tension éclatante mais toujours floue dans ce qu’elle pourrait avoir de particulier. A pu inspirer Mud. (64)

Tapage nocturne * (France 1979) : Second film de Catherine Breillat dont j’ai vu Anatomie de l’enfer. Un exemplaire d’existentialisme français verbeux et random – version féminine et plus ‘sanguine’, ça change. Histoires d’amour, de culs et de baratins. S’élève un peu par ses choix musicaux, sinon est perdu dans la glue. Ancêtre de Solange te parle ? Tout de même pas si poseur et grotesque. (28)

Elena ** (Russie 2012) : Zvyagintsev (auteur du Léviathan de 2014) fait partie des élus du moment sur Mubi, peut-être à cause de son récent Faute d’amour. Je laisse de côté Le Bannissement pour directement aller à Elena. Photo impeccable encore une fois, avec un focus plus concret – sur le quotidien et les détails. Mais s’il n’est plus tellement mystérieux, la tendance à compliquer et prendre des détours inutiles ou ralentir demeure. Beaucoup de musique de Philip Glass pour peu de drames. Plus chaleureux que l’Amour d’Haneke – par défaut, car en vérité, simplement moins courageux, pénétrant et donc moins anxiogène. (48)

Umoregi / La forêt oubliée ** (Japon 2005) : Inspiré par son amie la baleine, un trio de lycéennes forge un récit fantastique. Gentil, plein de beaux décors et parfois un peu insolite (puisqu’il y a cette forêt souterraine), mais mollasson et soit peu généreux, soit borné dans sa créativité. Rempli de nostalgie (peut-être imaginaire ou générée par la compassion pour les anciens) et d’une sensibilité exacerbée qui semble étouffer la clarté de l’expression, sans entamer un sens certain de l’organisation, de la mise en forme. De bonnes initiatives, des buts ‘nobles’. (42)

Le Filmeur * (France 2005) : Plusieurs évolutions par rapport à La Rencontre ; les protagonistes apparaissent régulièrement frontalement à l’écran (jamais ensemble) ; confectionné sur une longue durée (entre dix et onze ans) et plus éclaté, délié ; pas cantonné aux gros plans et s’autorise le mouvement, donc plus ‘normal’ a-priori. Le couple reste au centre mais partage l’affiche. Le film est parfois drôle, très aléatoire ; l’exercice sûrement généreux et parfaitement vain.

Pour les fervents et la famille de Cavalier ; pour les amateurs d’insolite ou de grosses farces peut-être (ce n’en est pas une) ; sinon, à qui s’adresse le film, à qui cherche-t-il à se rendre utile (ou divertissant, ou instructif) ? Reste l’entrée dans la réalité sensorielle d’une personne réelle ; et parfois, un intérêt plus technique ou cinéphile, puisque Cavalier nous place derrière lui en train de préparer ou d’absorber des sujets (d’actualité, de réflexions, de mise en boîte). (32)

Au hasard Balthazar ** (France 1966) : Pauvre âne dans le monde tenu par une humanité aveugle et cruelle. Un des fameux opus du réalisateur à la direction d’acteurs anti-‘naturaliste’, anti-spontanée, anti-incarnée (Pickpocket, Le diable probablement, Les dames du bois de Boulogne). Certains acteurs ne sont pas à leur place dans leur costume ; quelques-uns arrivent à communiquer de l’intensité ou sembler ‘vrais’ malgré le principe de Bresson. L’âne semble plus vif, sauf lorsqu’il est soumis à des numéros très arrêtés ou répétitifs, où il se fond dans la représentation artificielle généralisée. Parfois bien fourni dans les dialogues – avec un laïus du cynique face à la grand-mère d’Adèle. Parfois seuls les mots permettent de comprendre la gravité voire peut-être l’existence de certaines situations. (52)

Still Walking ** (Japon 2008) : De Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows et Distance (ce dernier vu sur Mubi). Les retrouvailles annuelles d’une famille, occasion de revenir sur le deuil jamais achevé d’un fils et frère mort prématurément (Junpei). Un peu assommant avant de devenir plus intéressant. Doux, son excellent. Mère mesquine et pathétique. (58)

Le pays où rêvent les fourmis vertes *** (Australie 1984) : Fiction tournée par Herzog, avec des apparences documentaires et quelques intervenants théâtrals. Prend le parti des aborigènes, largement lésés et sans droits à l’époque. Suit le représentant de la compagnie minière chargé de leur faire abandonner une de leur terre sacrée. Non-jugement face à l’infériorité manifeste, en terme de créations et de modélisations du monde, de ces tribus ; comme Bruce Spence (le géologue) on est plutôt sensibilisés à la disparition de leur culture et de leurs traditions. La remise en cause des normes occidentales et des poursuites des ‘blancs’ provoque une espèce de sidération de basse intensité ; le cynisme légal et industriel n’échappe pas à notre conscience, mais les arguments des aborigènes restent dérisoires. La magie à laquelle ils sont attachés peut cependant happer et amener une ‘ouverture’ – qui provoquerait une remise en question (dans ce sens et pas l’inverse). (72)

Humpday * (USA 2009) : Deux bouts de lards hétéros-mâles crypto-niquent pour l’amour de l’art. Sorte de mumblecore du premier rang. Les personnages sont hystériques et multiplient les effusions – tout est motif à montrer sa beauferie d’américain neutres/bohèmes mais positif et à l’écoute. Potache et pas antipathique, pas nécessairement pertinent mais se tient, adroitement écrit. Gros postulat et gros bavardages pour peu. Reste régressif comme tous les films de son courant et dépendant de la connerie du programme – comme Shrooms pour la drogue. Reste aussi une illustration appropriée pour un bon morceau du troupeau humain, ses valeurs, ses normes, ses façons de s’illusionner, de remplir le vide, ses défis désespérants. (28)

Curling ** (Canada 2010) : Très lent et d’aspect impénétrable, mais d’une patauderie calculée, parfois théâtrale et maîtrisée. Ne sonne pas ‘gratuit’, plutôt un peu ‘alien’, mais finalement se fait bien terrasser par la léthargie. Réalisé par un documentariste québecois. La manière dont le père gère sa fille ressemble à une version soft et sans réinvention de la réalité de Canine. (52)

Level Five *** (France 1997) : Deux films s’encastrent : une anticipation de l’ère internet (avec ses rencontres et ses façons nouvelles, économiques, d’aborder le monde) et un reportage thématique sur la purge d’Okinawa. Le premier versant est assuré principalement par les monologues de Catherine Belkhodja, qui peuvent être pertinents ou régressifs (« Coco »). Le second implique images d’archives en noir et blanc avec commentaires existentiels plutôt qu’historiques ou politiques. Les méditations sur le temps et la mémoire sont une constante chez Chris Marker. (64)

La vida util * (Uruguay 2010) : Sorte de comédie pathétique (pachydermique) pas nécessairement vécue comme telle au moment du démoulage, à destination des cinéphiles, versant allègrement dans l’auto-complaisance et le masturbatoire. Noir et blanc, bavard par intermittences, avec beaucoup de pistes sonores renvoyant à des séances ‘classiques’ et de courtes citations esthétiques du muet. Dans la seconde moitié, le gardien de cinémathèque, rendu à lui-même, est ‘manifestement’ sous influence de ses souvenirs (jusqu’à danser dans un escalier).

Le physique lourd et morose de Jorge Jellinek est la seule véritable contribution en propre du film – avec son passage en classe où il déblatère sur le mensonge. Comme ce cinéphile débauché, La vida util remplit avec les fantaisies des autres et se contente de ses démonstrations fétichistes. Il n’y a quasiment rien d’autre dans sa vie et peut-être dans sa conscience (au détail trivial de service : il a rencontré une femme). Mais les joies ‘d’enfance’ du spectateur suffisent à combler cet homme et la dissertation à vide ainsi que les petits éléments relatifs aux salles obscures pourront plaire au cinéphile rigide et averti. Il y a un laïus de spécialiste sur ce qu’est le cinéma, pendant une émission radiophonique, juste avant la mise au ban des employés.

Federico Verjoj n’est pas non plus totalement irréaliste (lui ou ses sponsors) puisque la torture dure moins de 70 minutes. Sur des thèmes/configurations approchantes, essayez Dernière séance, Mary & Max, Human Centipede II. (28)

Sérail * (France 1976) : Premier film d’un scénariste (l’argentin exilé Eduardo De Gregorio, a travaillé pour Rivette et Bertolucci). Serait un prolongement de Céline et Julie vont en bateau qu’il a écrit (pour Rivette). Rappelle parfois Adolfo Arrieta, mais beaucoup plus volubile – ou à Raoul Ruiz, mais carrément plus limpide. Avec Bulle Ogier et Marie-France Pisier en occupantes mystérieuses du château convoité. Esprit de film érotique oubliant de bander. Coloré et ambitieux, mais encore un peu cheap et futile, entre la fantaisie, le théâtre et le film ‘d’initiés’ mollement décadents. A le mérite de chercher l’originalité et un langage érotique et fantastique se passant de formes explicites. (38)

Van Gogh ** (France 1991) : Les deux derniers mois du peintre, incarné par Jacques Dutronc. Pialat (aspirant peintre avant de passer à l’audiovisuel) se fait plus sobre et rigoureux, le thème et la durée attestent d’une ambition supérieure. Il rejette le ‘sensationnel’ mais aussi l’analyse des caractères pour préférer l’intimité, les moments de joies et de conflits simples. L’approche reste primaire, le ressenti déterminant, la trame décousue. Au passage, quelques dialogues excellents et des bribes sur la place d’un artiste face à la société, à sa famille et à son entourage. La photo (anormalement ‘propre’ elle aussi pour du Pialat) reste le grand atout (pour son orientation, ses objets), dans une moindre mesure les interprètes. (48)

Les petites marguerites ** (Tchécoslovaquie 1966) : Film d’inspiration surréaliste, où deux filles se mêlent à ce bas-monde de dépravation en comptant bien être assorties. Place au n’importe-quoi doux-dingue, parfois agressif et toujours au moins un peu érotique. On assiste aux plaisirs destroy de deux filles infantiles déjà abonnées à la pop’culture, en train de revivre aujourd’hui de nouvelles ‘années folles’. Le travail des effets et des couleurs est relativement neuf. Ça rappelle les opus ‘classiques’ de Godard, en plus humain et coloré, sans plus tenir à ‘l’intellect’ ; c’est d’ailleurs moins hermétique que la plupart des autres productions excentriques de la Nouvelle Vague, simplement le style prend le pas et le random est érigé en principe. Vu d’après, c’est aussi une version gentille et sans hypocrisie du Sweet Movie sorti en 1974. Ce film sait aussi entêter (par ses musiques et certaines farces appuyées) même dans le cas où on l’aurait peu aimé ou désapprouvé (comme la censure nationale de l’époque). Ça reste un album de délires de jeunes ‘folles’, pestes insipides à l’occasion, pourries par la facilité à peu près tout le temps. (48)

Le Fantôme de l’Opéra *** (USA 1925) : Première adaptation [connue] du roman homonyme de Gaston Leroux (1910), avec une star de l’époque dans le rôle-titre : Lon Chaney, que j’ai d’abord adoré dans L’Inconnu de Browning (1927). Sonorisé à l’occasion de la ressortie de 1929 (l’officieuse désormais, plus courte) ; il aurait été en couleurs mais ne reste à ce jour que des copies en noir et blanc, sauf pour la fameuse scène du bal. Le voir sans musique m’a paru profitable. Souvent théâtral, sauf au début où il est bien lent. Les images avec ou sans le masque, la version ‘crâne’ dans l’escalier et dans une moindre mesure les séquences finales, sont plutôt marquantes.

Aucune suite n’a atteint à la grandeur historique. Elles sont même plutôt des échecs voire des désastres. Les cinéphiles en tout cas n’ont jamais ‘laissé passer’. Les versions d’Argento ou de Schumacher sont peut-être diffamées – pour cause de superficialité ; mais ce premier opus est-il spécialement profond ? Il l’est seulement par rapport à la moyenne de l’époque. En terme d’intensité dramatique, il est encore audible. Pour l’intensité horrifique, c’est fatalement mais raisonnablement obsolète ; il vaut mieux parler d’épouvante et sur ce plan c’est encore convaincant, sans théorie ni mise en contexte. Dans l’ensemble c’est aussi loin d’être assommant comme peuvent l’être, malheureusement, d’autres ‘classiques’ de la décennie. (74)

Anna / Anna : Ot shesti do vosemnadtsati *** (Russie 1993) : à revoir pour finir la critique engagée (‘mini’ devenue normale). (6+)

Soleil trompeur ** (Russie 1994) : Se déroule sur une journée, avec la première heure entièrement autour de la maison puis l’après-midi au lac, avant un nouveau confinement où les tensions exultent – mais jamais pour longtemps ou pour sur-dramatiser. Beaucoup de sous-entendus relatifs aux coups de l’Histoire sur les vécus individuels. L’ère stalinienne et le grand chef lui-même, sans être entièrement idéalisés, semblent avoir de bons côtés – mais le ‘bon’ n’est pas nécessairement le bien et encore moins progressiste, concernant les femmes. Appuie aussi sur les contradictions du pouvoir et de son propre maintien. (56)

Hot thrills and warm chills * (USA 1967) : Présenté dans une sélection de « two obscure exploitation sex thrillers restored » by NWR. Sorti pendant la ‘libération sexuelle’ mais n’a pas ou plus de légitimité hors de ce contexte, où il n’avait déjà rien pour avoir du poids, hors de ses nombreux plans érotiques (au lit ou à terre pour les scènes de sexe mais sans porno, ou avec la danseuse au bar). L’approche est très triviale sinon (avec percussions cubaines monolithiques et vannes ‘tribales’), avec les trois filles dans leur salon pendant la première moitié du film, la séance entrecoupée par leurs souvenirs ‘X’ et challengée par un projet incertain (contre le ‘king of sex’ d’un bal masqué). Finalement il faut reconnaître à ce film sa générosité pour l’affichage de paires de seins, son laisser-aller pendant les scènes aguicheuses (longues, avec un montage qui ne sert jamais à cacher ou atténuer) et parfois même sa ‘recherche’ dans ce registre (car ce n’est pas que de l’étalage crû de corps dévêtus). Pour le reste, que des bavardages en noir et blanc, avec ce qui ressemble à des ajouts opportunistes et des ‘bouches-trous’ – et une post-synchro scabreuse et redondante. (32)

Urga *** (Union Soviétique 1991) : Troisième film vu de Mikhalkov, je souhaitais avant Mubi voir celui-là. L’essentiel se déroule dans la steppe en Mongolie intérieure (région du nord de la Chine). Le père de famille fera un détour en ville [dans la ‘civilisation moderne’]. Joli film mais pas générateur de réflexions ou d’enrichissements concrets. Remarquable pour les paysages et dans une moindre mesure pour son ambiance, ses sentiments. (68)

Shadows in paradise ** (Finlande 1986) : Film idéaliste, pratiquant le déni de réalité pour faire de son protagoniste un homme fort, à la mesure de ce qu’il pourrait se leurrer – ou simplement espérer s’il avait une sensibilité un minimum mature.

Ambiance fausse, théâtre mou, pour un résultat style Bresson romanesque, sans la thèse ni le propos. L’artificialité culmine dans les moments de violence (agressions du début). Nikander face à son concurrent : c’est plus ‘vivant’ mais encore faux – quoique sur le plan de la vraisemblance plutôt que sur la simple forme.

Comme toute création signée Kaurimaski celle-ci est misérabiliste, mais elle s’épanouit comme son ‘héros’ avec cette relation et les tentatives de s’échapper, de trouver du vrai, bon et beau temps. Spectacle prétentieux, menteur comme un pleurnichard agressif, mais avec un ton à lui, qui finit par plaire comme tout ce qui est entier – même quand c’est bidon. (48)

Hamlet liikemaailmassa / Hamlet goes business * (Finlande 1987) : Cinquième film de Kaurismaki, pendant des débuts très actifs. Noir et blanc, cultive son originalité, rigide mais pas forcément rigoureux, apprend et diverti au minimum (en plus la durée se rapproche de la normale, au lieu d’être très courte). L’influence de l’œuvre de Shakeaspeare paraît faible. Le réalisateur applique sa vision caricaturale, assortie à une volonté de ‘faire’ conte. Cet opus n’a pas le charme habituel car il est trop occupé à montrer des méchants, souligner leurs aspects négatifs. Note positive : les méchants se détruisent entre eux ! À voir : une mise à mort haute-en-couleur et des canards en plastique. (34)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MINI CRITIQUES – COURTS 1

30 Mai

Il n’y avait pas de raison que ceux-là évitent le passage sous format Mini. J’ai pensé au départ garder les courts du côté des systématiques, mais ce serait peu pratique et m’obligerait à réagir sur des choses dérisoires.

Les courts ne seront pas ma priorité – je ne suis que ponctuellement pro-actif pour en découvrir. Je pourrais me concentrer sur quelques cas : voir tous ou un bon nombre de courts/moyens d’un auteur, comme j’ai pu le faire partiellement avec Herzog (grâce à Mubi) ou comme je l’ai fait avec Starewitch. Les courts vus sur MUBI sont abordés à part

Les courts/moyens vus sur MUBI sont abordés à part (déjà une session), comme les films ‘normaux’.

Les courts appartenant à des sagas/collection, type séries de Tex Avery, seront traitées comme les autres ; les 8+ pas nécessairement à part. 

In a Heartbeat ** (USA 2017 – 4 min) : Autour d’une romance naissante entre deux pré-ados (ou plus vieux?). Initiative étrange avec ce cœur séparé, mais elle fonctionne. Voir la critique polémique de Voracinéphile. (57) + activité SC

Nocturna Artificialia *** (UK 1979 – 21 min) : Premier film présenté par les frères Quay. Ils ont également tournés deux long-métrages dont le dernier et plus célèbre est L’accordeur de tremblements de terre. Histoire en huit parties, avec des cartons en quatre langues (trois traductions dont une française). Le style n’est pas pédagogue pour autant. Chaînon manquant entre Svankmajer et Burton (plus loin du second, trop perméable). Teneur onirique et fantastique, avec pour ‘héros’ un pantin dans son appartement. C’est hautement respectable mais il est difficile de rester attentif, le charme soutenant l’intérêt davantage que la proposition en elle-même. Les adeptes du Locataire ou d’Eraserhead (ou de The Alphabet ou Grandmother) doivent essayer. (70)

More *** (USA 1998 – 6 min) : Diffuse le message habituel critique envers le ‘big business’, les vies grises et médiocres standardisées. Sa valeur ajoutée : montrer qu’un sujet du système peut dépasser sa condition pour devenir un nouveau maton. Vision négativiste du capitalisme et de la course à la réussite – peut-être même pessimiste sur la condition humaine, en tout cas celle d’un travailleur en Occident. Le réconfort est dans la nostalgie des joies enfantines – ou dans la soumission à des perceptions douces mais illusoires. Les créatures sont inspirées de celle d’ET (le geste du doigt). Par le futur réalisateur de Kung Fu Panda, accompagné du morceau Elegia de New Order. (68)

Franju> Hôtel des Invalides ** (France 1951 – 23 min) : Une visite guidée scrupuleuse a-priori et regorgeant de belles prises. En fait de documentaire nous trouvons un discours superposé – et un film peu animé malgré toutes ses initiatives (ce manque de vie, de fluidité, sert d’ailleurs le long très connu Les Yeux sans Visage). Les ‘gueules cassées’ fournissent une occasion à Franju de faire connaître ses déclarations anti-flics/militaires, son dédain pour leurs hiérarchies et pour les sacrements. (58)

Regen/La pluie (Pays-Bas 1929 – 12 min) : Amsterdam sous la pluie, vue sous différents angles et mouvements. Film ‘poème’, non-abstrait mais totalement subjectif. Sautillant avec une grâce un peu morbide, tout en inspirant plutôt de la joie et du réconfort (plaisir de mélancolique, d’hipster dépressif ?). (68)

Bugs Bunny and the Three Bears *** (USA 1944 – 7 min) : 31e des 159 films ‘Bugs Bunny’ (en incluant les trois opus ‘expérimentaux’ de 1938-39). Marque l’apparition des trois ours, qui reviendront en solo dans cinq opus. Part de la parodie d’un conte pour arriver au romantisme burlesque faisant du lapin l’arroseur arrosé. (67)

Tex Avery> Cock-a-Doodle Dog / Le chant du coq *** (USA 1951 – 6 min) : Humour lourdingue efficace, avec foule de trouvailles pour animer un mécanisme borné (on sait que le chien perdra toujours sauf peut-être à la fin). Second film vu signé Tex Avery et premier hors-Bugs Bunny. Ces univers-là ne me sont pas familiers ! (75)

Tex Avery> Rock-a-bye Bear / L’ours dormira bientôt **** (USA 1952 – 7 min) : Drôle et sadique – d’une férocité inattendue même connaissant les côtés ‘splapstick’ de ces cartoons. (79)

Franju> La première nuit *** (France 1958 – 19 min) : Manière indirecte de visiter le métro de Paris et de le léguer à la postérité sans trop d’afféteries mais avec poésie. Sans paroles, avec un éveil/espoir romantique. (72)

Tex Avery> Ventriloquist Cat *** (USA 1950 – 6 min) : Avec un chat au ‘meow’ bien à lui. Et toujours ce chien impulsif (c’était moins le cas avec l’ours et le cabot sadique) – cette fois il est même trop benêt pour qu’on soit encore un peu ‘avec lui’. Toujours enthousiasmant, mais un peu long dans ses démonstrations. (74)

Next Floor ** (2008 – 12 min) : Court de Villeneuve sorti deux ans avant sa révélation au commun des cinéphiles avec Incendies. Symbolique assez sommaire mais expansive et insistante. Déjà traité de manières à la fois plus concrètes, abstraites, originales et humoristiques chez Bunuel et Svankmajer ; le style ressemble aussi à du Gilliam en plus glauque et crispé. Brillant travail du chef op’ , mise en scène plus improbable. Trois des quasi-douze minutes appartiennent aux génériques. (48)

Wallace et Gromit : Un mauvais pantalon **** (UK 1993 – 30 min) : Vu sur France4 l’après-midi et peut-être déjà vu auparavant. Un film brillant qui pourrait accompagner une série du meilleur niveau et très addictive. Excellent mélange de comédie et de thriller. Un court-métrage parmi les plus remarquables et surtout les plus agréables que j’ai vus. (87)

Wallace et Gromit : Une grande excursion *** (UK 1990) : Nettement moins intense et brillant que son successeur Un mauvais pantalon, par lequel j’ai enfin pris connaissance avec la franchise. Mais les créatures secondaires sont émouvantes (souris et robot) et l’effort artistique reste remarquable. La VF est dissuasive, il lui manque même l’intérêt comique de celle d’Un mauvais pantalon. (72)

Shoes ** (USA 1916 – 50min) : Vu sur arte (avec un filtre jaune – sauf quelques passages bleus sur la fin, une bande-son typique et agréable) à la suite d’Une femme iranienneSuspense de la même Lois Weber était diffusé ensuite. Ce film est largement moins bon qu’Hypocrites. La durée est disproportionnée par rapport au scénario et au contenu. La représentation des hommes est calamiteuse – entre le mateur sinistre et le père paresseux, des figurants vaguement hostiles ou d’une indifférence sévère. Le langage est brutal, expressif et grave – la main de la pauvreté passe littéralement sur Eva en cauchemar. L’emphase sur cette jeune fille (poursuivant une vie meilleure, réduite à la rêver) rachète tous les défauts. (52)

Pagnol> Jofroi ** (France 1933 – 50min) : Basé sur une nouvelle de Giono. Vu juste après le long Regain, tiré de la même source (avec un conflit entre les deux auteurs à la clé). J’ai nettement moins aimé – on est trop proches du théâtre, heureusement les décors et leurs bruits relèvent la sauce. La comédie de l’aspirant pendu est bien sympathique mais la farce maigre. (52)

Starewitch> Le rat de ville et le rat des champs **** (France 1926 – 8min) : De Starewitch (auteur du Roman de Renard version 1937) dont je n’ai vu que La Cigale et la fourmi (1911). Tiré d’une fable de La Fontaine et par extension d’Esope, en y ajoutant beaucoup et en inventant un contexte contemporain (et une panique générale chez les rongeurs urbains). Les petites créatures anthropomorphes sont la plus belle réussite de ce court muet. (78)

Starewitch> Les grenouilles qui demandent un roi (France 1922 – 16min) : Toute cette foule de grenouilles est réjouissante, grâce à la technique et à quelques drôleries. Comme plus tard avec Le rat des villes, des détails et personnages importants sont ajoutés (la cigogne, l’arbre). Le film est tout de même trop long. (72)

Starewitch> La vengeance de l’opérateur de cinéma *** (Russie 1912 – 13min) : Une des premières animations de Starewitch (suivant La cigale et la fourmi) et un film dans le film (qui est le moyen d’une vengeance). Les protagonistes sont des insectes. Avec une telle configuration les reprises à venir de La Fontaine semblent une vocation, mais déjà la morale est au mieux secondaire et préférée à la drôlerie. Le manège anthropomorphe est curieusement réaliste ! Cela donne au film l’importance d’un Méliès – l’histoire est plus triviale, c’est un vaudeville (à la deuxième moitié presque ennuyante). (76)

Starewitch> Le noël des insectes *** (Russie 1913 – 6min) : Dernier de la série de films d’animation avec des insectes marquant les débuts de Starewitch (après des documentaires entomologistes). Il est moins bon que La cigale et la fourmi ou Vengeance de l’opérateur, mais les distributions d’un père Noël humain de cadeaux à des cancrelats valent le coup-d’œil. Leur séance de ski vaut même le détour. Les décors valorisent le noir et blanc qui est donc préférable aux versions ultérieures colorisées. À ne pas confondre avec sa Nuit de noël (sortie ou du moins attribuée à la même année) tirée de Gogol. (66)

Starewitch> Amour en noir et blanc ** (1923 – 23min) : Joyeuses mésaventures d’un théâtre itinérant. Un Cupidon noir (pour le couple noir) et Cupidon blanc (pour le couple blanc) sont de la partie. Film assez bordélique et un peu long, avec quelques folies. Les animaux ont disparus, à l’exception d’une souris dans les coulisses du music-hall. Un sosie de Charlot atterrit à la fin sur la branche au milieu des deux petits anges. (60)

Starewitch> La voix du rossignol ** (France 1923 – 13min) : Un des courts avec Jeanne Starewitch aka Nina Star, fille du réalisateur. Conte et leçon de vie au bénéfice des petits animaux. Sucré et parfaitement présentable aux enfants, donc inhabituel de la part de Starewitch. Coloré manuellement. Fort en jolis petits détails mais bouffi et lent. (62)

Starewitch> Le lion devenu vieux *** (France 1932 – 8min) : Digression à partir du songe d’un vieux lion. Tiré de La Fontaine d’après un texte récent en intro, appliqué pour une collection des courts de Starewitch, semble aussi inspiré des Mille et une Nuits. Les mouvements des marionnettes sont devenus plus fluides et expressifs, les tenues sont plus sophistiquées. Le ton est mélancolique aux extrémités et joyeux dans l’ensemble, grâce à ces aventures presque merveilleuse – il reste au roi ses souvenirs pour tromper une existence remplie de bassesses et de difficultés. Un autre film de Starewitch, crédité pour la même année, se nomme Le lion et le moucheron. (76)

Ménilmontant *** (France 1926) : Muet sans intertitres du russe Kirsanoff et mélo aspirant à un certain réalisme. Brillant représentant de la mouvance impressionniste. Parfois très rapide (en particulier la séquence d’intro/du meurtre) et plein de superpositions, flous et fondus. L’air du visage et surtout les yeux de Nadia Sibirskaia rappellent Lilian Gish, les costumes dans les flash-backs encouragent la confusion. Malheureusement le scénario et les nuances sont maigres, quoique cette histoire puisse fortement atteindre. Apparemment tombé dans le domaine public. (70)

Révolution interplanétaire ** (URSS 1924 – 8min) : Premier court-métrage d’animation incluant la SF en URSS, sauf éventuelles créations clandestines ou civiles et anonymes. Comme d’habitude avec la propagande soviétique, même lorsqu’elle se pique de réalisme socialiste, les films montrent le ‘paradis’ de la révolution accomplie – les résultats à l’écran sont garantis pour 1929. L’univers spatial est dans la continuité d’Aelita (la superproduction sortie quelques mois avant). Histoire surchargée en détails et redites, à la fois ambitieuse et prosaïque ; l’aspect et les décors rappellent Méliès, passé deux décennies plus tôt. Les personnages ‘mauvais’ sont représentés de façon extrêmement loufoque. (62)

Moydodyr ** (URSS 1939 – 8min) : Leçon ‘romantique’ d’hygiène pour les enfants, chapeautée par le chargé des dessins animés officiels de l’URSS, Ivan Ivanov-Vano. Mêle animations, cartes, prises de vues réelles (impersonnelles). Le dessin est précis et agréable à l’œil, contrairement aux courts de propagandes des années 1920. Les processions et le passage en revue des animaux rappellent le cinéma pour enfants américain. Une version colorisée a été diffusée en 1954. Je n’ai pas trouvé de sous-titres – peut-être qu’une telle lenteur se justifierais mieux. (52)

Budem zorki / Nous resterons à l’affût * (URSS 1927 – 2min) : Ou ‘We’ll Keep Our Eyes’ en anglais. Les soviets clament leur mépris de l’embargo britannique en fondant leurs espoirs sur la participation populaire et les obligations d’État. Un film lapidaire, aberrant et plein d’élan positif. (46)

Moydodyr *** (URSS 1954 – 17min) : Version colorisée et agrémentée du Moydodyr de 1939, toujours sous la direction d’Ivan Ivanov-Vano. Le film en sort largement amélioré et devient réellement agréable à regarder. La durée a presque doublée, de nouveaux animaux et objets entrent (souvent pour danser ou moraliser en groupe), les décors sont affinés, la narration est plus ‘tenue’ et la mise en scène plus fluide (ces deux derniers aspects sont mineurs). Les créatures et la musique sont encore plus ravies. Mr-toilette chante vraiment ! La séance reste bien longue et quelques détails ponctuels peuvent relativiser l’enthousiasme (le garçonnet croit maintenant utile de piailler, heureusement il l’ouvre rarement). (70)

Une vie de chien ** (USA 1918 – 34min) : Je n’ai vu que quelques films (longs ou quasi) avec Chaplin, il y a très longtemps. Cet opus-ci sort un an après The Emigrant, trois avant Le Kid. J’avais déjà réalisé la modération de ma réceptivité, aujourd’hui elle est confirmée. Le début avec la rencontre du chien et les embrouilles des deux policiers m’a amusé, mais la musique additionnelle m’a bien plus captivé. Ensuite j’ai dû raccrocher tout le long (partant et revenant sans efforts).

Après avoir vus de nombreux courts avec Charlot, je sais que cet opus est aussi ennuyeux que la moyenne, peut-être un peu plus. Il est moins prolixe, moins intense dans l’humour, plus explicitement soucieux du contexte social. Mais la mise en scène (surtout le strict plan technique) le ramène vers le haut du panier – c’était le premier film de Chaplin sous la houlette de la First National (où il réalisera bientôt The Kid), sa dernière étape avant celle consacrée aux longs-métrages et aux futurs ‘classiques’. L’histoire est très positive (cet optimisme porte, le scénario et les rebondissements en eux-mêmes non ou de manière fugace). (58)

Charlot garçon de café ** (USA 1914 – 16min) : Ça se remue (des coups et même des flingues dans le dernier combat) mais c’est très con. Avec (validée ou non – probablement peu importe) une moralité d’ingrats pour clore la partie. La mise en scène est remarquablement propre pour l’époque, sans être spécialement dynamique. Regardez plutôt Le songe d’un garçon de café d’Emile Cohl. (50)

Charlot dans le parc / In the park ** (USA 1915 – 14min) : Plein de quiproquos et similaire au précédent concernant la place de Charlot face à la ‘bonne société’. Personnages très expressifs, surtout lorsqu’ils sont des plus riches ou des vauriens. Le film est fait de va-et-vient et en devient vite lassant. Tourné dans le Golden Gate Park de San Francisco. (46)

Charlot à la banque / The bank ** (USA 1915 – 24min) : Un Charlot plus ambitieux, avec des jolies ‘profondeurs de champ’ et un casting mieux régulé, de l’énergie sans excès de gesticulations et pseudo-bordels hystériques. Et les décors ‘en imposent’ plus que le plein-air. Mais c’est toujours aussi traînard, sinon plus et en termes de drôleries on a massivement rogné (malgré les anecdotes physiques, avec Charlot replaçant la langue d’un type par exemple). (48)

Charlot nudiste / His Prehistoric Past ** (USA 1914 – 21min) : Un opus de la première grande année. Comme dans The Bank, Charlot part dans ses fantaisies de sauveteur, son meilleur argument pour séduire une fille. Charlot reste Charlot dans le contexte préhistorique, avec sa moustache, sa pipe et son chapeau. Toujours lent, turbulent et pachydermique, mais l’effort créatif et les farces des deux mâles/chefs rehaussent le niveau. Par contre, s’effondre au niveau des enjeux, qui n’ont jamais été très nourris. Voyez plutôt Brute Force de Griffith, en plus vous aurez droit aux dinosaures. (44)

Charlot chef de rayon / The Floorwalker ** (USA 1916 – 29min) : Avec cet opus Chaplin entame sa période sous l’égide de la Mutual – la moins épaisse dans le temps de ses courts ; par la suite, il passera à la First National et dirigera ses propres longs, pour lesquels il est resté si célèbre. Le scénario est faible, la narration et l’espace concentrés, l’humour est des plus fainéants et redondants. En une demie-heure tout ce qui marque est l’apparition d’escalators et d’un double de Chaplin, probablement deux premières. Le gros gag des escaliers sauve le film mais arrive après 25 minutes souvent ennuyeuses. (46)

Charlot marin / Shangaied * (USA 1915 – 27min) : Un opus particulièrement lent (même si les acteurs restent toujours si agités). Le mauvais parmi les sept enchaînés. (38)

Charlot vagabond / Le Vagabond / The Tramp ** (USA 1915 – 26min) : Un opus important puisque le personnage de Charlot y est plus défini, dans le sens où il sera immortalisé et recyclé à l’usage des longs-métrages (un film-doc de romancier américain tourné en 1976 se nomme The Gentleman Tramp). Beaucoup plus doux et romancé que les autres, tout en restant dans le burlesque. Le dixième piquage de fesses à la fourche arrive six fois après celui de trop. Le rapport à la fille (ou aux femmes) est toujours le même, toujours si enfantin, gentil et pathétique. (52)

Charlot machiniste/ Charlot fait du ciné / Behind the screen *** (USA 1916 – 24min) : Le septième film de Chaplin tourné avec la Mutual (la période qu’il a préféré sur le plan créatif). Le scénario est relativement dense, avec plusieurs sous-intrigues et pas de temps morts, ce qui distingue ce film des précédents. Ce qu’on voit du cinéma comme métier n’est pas très enrichissant au niveau de la profession – on aperçoit des généralités propres à toutes les corporations (ce qui n’est pas si générique, c’est la causticité envers les grévistes et les patrons). La visite des coulisses était peut-être beaucoup à l’époque, à Hollywood en particulier ce devait être énorme – évidemment un siècle après c’est monstrueusement banal. Par contre, l’exploitation des lieux reste excellente et offre de multiples occasions de farces (en plus la répétition n’use pas les gags, sauf avec lors du repas partagé avec le camarade machiniste, où la fausseté plombe tout). Un Charlot particulièrement mordant et inventif : contrairement à celui au parc, sur la mer ou à la préhistoire, c’est un plaisir de le regarder. C’est le premier sur huit Chaplin à la suite qui me fasse vraiment rire (les autres à la marge et Une vie de chien un peu au début). (66)

Charlot boxeur / The champion ** (USA 1915 – 21min) : Dépasse les 30min selon plusieurs sources, la version accessible serait donc incomplète. Le moins comique est un des plus ‘notables’ pré-Mutual (1917-18) vus à ce jour (c’est le troisième chez Essanay). Pour autant ce n’est pas brillant, simplement plus solide qu’A Prehistoric past ou le chef de rayon par exemple. C’est un petit film sur un maigrichon dégingandé se retrouvant sur un ring – le tout emballé avec du burlesque. The Knockout où Fatty domine l’affiche voyait seulement Chaplin apparaître dans une séquence en tant qu’arbitre dépassé. (54)

Charlot fait du cinéma / A Film Johnnie ** (USA 1914 – 11min) : Un des tous premiers films avec Chaplin, qui se déroule partiellement dans les studios de la maison de production de la Keystone (basé à Los Angeles). Chaplin joue un fan se tapant l’incruste, faisant la démonstration de sa niaiserie chevaleresque. Dans une scène il est le bouffon spectateur, d’une émotivité et d’un manque de recul extravagants (cela rappelle The Countryman and the Cinematograph, où le péquenaud n’était pas si sensible). L’humour est bien grossier quand il n’est pas simplement joyeusement lourd. Opus court et efficace, toujours dans l’abus. (60)

Charlot garçon de théâtre / The Property Man * (USA 1914 – 23min) : Un court de la première année (sorti en août 1914). Moins intéressant que les deux films au cinéma. Très violent pour une comédie de l’époque – du splapstick pur et dur, avec avalanche de claques et de coups. Mais entre-temps, que de répétitions. (40)

Charlot et Fatty sur le ring / The Knockout ** (USA 1914 – 29min) : Humour bon enfant quoique donnant dans le slapstick (mais sans aucune réalité, sans le début d’une vraie souffrance). Première rencontre du duo Fatty et Charlot, deux comiques à succès de l’époque. Ce film sort le 4 juin 1914 ; Charlot et Fatty font la bombe aka The Rounders sortira le 7 septembre. Chaplin n’en est qu’à ses débuts et le gros de la scène est à Fatty. Il est simplement l’arbitre du match de boxe et signe le scénario. Arbuckle en tant que Pug, ou même la fiancée, sont largement plus importants que lui. Chaplin n’est également pas à la réalisation, comme c’est le cas pour plusieurs de ses films en 1914-1915 et contrairement à tout ce qui suivra. Tout ça n’empêche pas le film d’accrocher plus facilement que nombre des premiers Charlot – les 25 minutes sont bien remplies (et sans dispersion), bêtes et efficaces. Mais le spectacle perd de sa force à mesure qu’il avance, dans l’attente d’un nouveau coup-d’éclat qui relance la machine : c’est définitivement le cas avec l’après-match, des plus folklos. (60)

Charlot et Fatty font la bombe / Charlot et Fatty / The Rounders ** (USA 1914 – 13min) : Les deux stars des jeunes studios de la Keystone Company se trouvent trois mois après The Knockout de nouveau à l’affiche (Fatty est aussi apparu dans plusieurs films centrés sur Charlot). Ils y subissent une cuite terrible. Le numéro d’ivrogne s’effondrant partout et titubant aurait été un classique de Chaplin sur scène, avant qu’il se lance au cinéma. Le film tient ses promesses avec toute la lourdeur appropriée. On peut ne pas rire ou n’être pas réceptif, mais on constate facilement la réussite. (56)

Charlot musicien / The Vagabond *** (USA 1916 – 26min) : Troisième des douze films de la période Mutual et effectivement un court parmi ceux qu’il ‘faut’ voir. Beaucoup plus dramatique et, ce que n’était pas Charlot boxeur, sentimental. Des points communs (le plan sur la route, à la campagne) avec Charlot vagabond/The Tramp. Charlot est devenu moins ridicule et désarmé grâce à son violoncelle. La mise en scène est beaucoup plus posée, a fini d’être esclave des turbulences des personnages, gagne en simplicité et en éloquence. Chaplin lâche un peu l’humour pour davantage raconter. C’est probablement la première fois qu’il donne de quoi émouvoir, ou simplement une œuvre à prendre ‘au sérieux’. (64)

Charlot et le comte / The Count ** (USA 1916 – 24min) : Veut faire rire de la duperie et de l’inversion des rôles. Contrairement à Charlot musicien, l’esprit reste ‘théâtre’ et la bouffonnerie, sans être forcément de beaucoup plus expressive que dans les courts antérieurs, prend une ampleur plus vaste, monte presque en système (donnant raison à la théorie de Bergson sur l’humour). Le film use ses gags et les décuple habilement. On accroche ou n’accroche pas, au lieu de se lasser (sauf à la revoyure, comme tous les films de ce type ?). (58)

Charlot patine / The Rink ** (USA 1916 – 24min) : Entre acrobaties et tartes à la crème, Charlot de nouveau serveur montre l’étendue de son savoir-faire physique – les gags ne sont pas forcément du même niveau (hormis les excellentes batailles de ventre et le couple improbable au restaurant). C’est le premier opus où il me semble y avoir des petits Charlot dans les quatre bords des intertitres. Deux gags à base de chats (pleinement vivants). (54)

Charlot fait une cure / The cure ** (USA 1917 – min) : Charlot en alcoolique faussement repenti fout la zizanie (involontairement le plus souvent) dans une station thermale. 10e épisode de la phase Mutual, qui à l’instar de Chef de rayon prouve que cette période n’était pas tellement formidable. (50)

Charlot s’évade / The Adventurer ** (USA 1917 – 24min) : Dernier de la période Mutual. Comme le précédent, pas passionnant – mais les notes générales sont excellentes. Par contre l’appropriation de l’espace est excellent, la construction du récit, des farces, la direction des acteurs également. (56)

Charlo brocanteur / Charlot chez l’usurier / The Pawnshop * (USA 1916 – 21min) : Tous les éléments du scénario sont typiques et rebattus (l’employé, le patron, la fille, la cachette), sauf à la rigueur la présence et concurrence d’un collègue. J’ai été totalement insensible à cet opus, qui rejoint Charlot marin en bas du classement – mais celui-ci me paraissait mauvais, alors que Charlot usurier me semble plutôt pencher vers une certaine ‘inertie’. (38)

Fatty en bombe / A Reckless Romeo ** (USA 1917 – 23min) : Un film de et avec Roscoe Arbuckle, où Fatty le bagarreur a été filmé dans ses exactions, suite à quoi le menteur est démasqué devant sa femme lors d’une projection publique. L’introduction de souvenirs et les passages dans une salle de cinéma apportent un intérêt supérieur au film. Sans cela il reste une comédie infantile remarquablement énergique. Buster Keaton apparaît dans un rôle secondaire. Une formidable cigogne aussi. (50)

Fatty cabotin / Back stage ** (USA 1919 – 21min) : Un des derniers Fatty. Keaton y partage l’affiche avec Arbuckle (et Al Saint John) et gesticule dans le monde du théâtre. Le scénario est très rempli et oppose ce film aux seules successions de gags, qu’étaient essentiellement les dizaines de précédents. Valable pour ses acrobaties et sa palanquée d’outrances, davantage que pour son humour ou la précision de la mise en scène (trucages du film aussi visibles que les trucages dans le film). (52)

Fatty et Mabel à San Diego / Fatty & Mabel at the San Diego Exposition ** (USA 1915 – 13min) : Ne pas confondre avec Fatty at San Diego de 1913. Grimaces remarquables de Fatty/Arbuckle. Turbulent et absolument superficiel. Humour simple et bourrin sur des sujets triviaux. (50)

Fatty garçon boucher / The Butcher Boy ** (USA 1917 – 24min) : Un des plus connus avec Arbuckle, grâce à la première apparition de Buster Keaton et peut-être les déguisements de Fatty. C’est aussi le premier film réalisé par Arbuckle chez son nouveau producteur Schenck à la Comique Film Corporation. Cet opus est particulièrement exubérant. (48)

Fatty’s New Role * (USA 1915 – 13min) : Avec un Fatty totalement débraillé. Intrigue mince mais le film est assez court et les personnages assez nombreux pour limiter les faiblesses. Le peu de variations et même de gags francs en revanche tire le film vers le bas. (36)

Entr’Acte ** (1924 – 20min) : Anticipation (formelle au moins) du courant surréaliste, projeté pendant l’entracte d’un ballet dadaïste. Le film sort quelques mois après Ballet mécanique (y a-t-il pioché ?) et cinq ans avant L’Homme à la caméra (il fait partie du ‘paquet’ sur lequel le russe avait les yeux tournés). Une musique d’Erik Satie a été superposée en 1967 (comme dans Ascenseur pour l’échafaud, le terme ‘accompagnement’ convient moins). Le réalisateur de La Beauté du Diable a fait plus aimable (la rapidité et l’absence de répétitions me rend les choses aimables) et directement significatif plus tard, même si ce film doit être son plus ‘notable’.

La plus grande vertu de ce film est son recours à un maximum de techniques. Il ne va pas jusqu’à refuser toute histoire un peu suivie comme Ballet mécanique, mais il a en commun l’absence de scénario et d’unité narrative. Il s’inspire du monde forain, témoigne des fantaisies de l’époque et est, sans que cela altère son caractère atypique, cousin du burlesque alors si populaire et des films à trucages autour de 1900 (type L’Homme à la tête de caoutchouc). La scène du chasseur et des œufs a dû travailler les créateurs du Roi et l’oiseau dans leur jeunesse (le toit et la vue trouble confortent l’impression). (66)

L’Émigrant / The Immigrant ** (USA 1917 – 25min) : Fait partie des opus nobles parmi les courts de Chaplin – son titre sans ‘Charlot’ en atteste (Le Vagabond est l’un des seuls à avoir eu cet honneur auparavant ; les films avec la First National l’auront bientôt tous). Plus fade qu’Une vie de chien, avec route aplanie et farces faibles en chemin. L’immigré Charlot apparaît soucieux de trouver une place discrète, d’être intégré mais pas nécessairement relevé ni s’affirmer – le couple est la vraie ‘terre d’accueil’ où il pourra s’extérioriser et s’épanouir. (60)

Paris qui dort ** (France 1925 – 36min) : Premier film de René Clair mais sorti après son Entr’acte. Superbe initiative pour un résultat décevant, nonchalant et un peu vain alors que de grands espaces sont (littéralement) libérés. L’aspiration poétique de Clair est évidente et sur ce plan c’est une réussite. Le film est également assez rare car il va sur les terres de la SF. Claude Autant-Lara a participé à la réalisation. (56)

La Tour *** (1928 – 11min) : Film à la structure originale, pour visiter et rapporter l’histoire de la Tour Eiffel. Certains effets de découpage/montage sont excellents pour l’époque. (64)

Her Boy Friend ** (USA 1924) : De Larry Semon (réalisateur, scénariste, acteur), avec Olivier Hardy (du futur duo Laurel & Hardy, formé en 1927). Enflammé mais peu stimulant car à peu près ‘vide’ malgré des exploits slapstick (sur un même éternel bolossé et faible fiancé). (52)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

EVILENKO ****

21 Août

4sur5  Tourné à Kiev en Ukraine, Evilenko(2004) est un film italien librement inspiré de la vie et des méfaits de Andrei Tchikatilo, le « tueur de Rostov ». Premier tueur en série soviétique, c’est l’un des plus  »grands » criminels du siècle, s’en prenant le plus souvent à des enfants (et quelquefois à des jeunes femmes) pour les violer, les tuer et les dévorer. David Grieco est le second à s’inspirer directement de Tchikatilo, le téléfilm américain Citizen X (1995) ayant déjà écumé le sujet ; mais il se sert de l’affaire pour l’emmener très loin de la simple retranscription.

Evilenko est un film extrêmement ambitieux, frisant parfois avec l’embrouille. Se situant au moment de la chute du communisme en URSS, il fait de Evilenko le symptôme d’une crise sociale. La théorie la plus achevée exprimée par David Grieco (scénariste et réalisateur) prétend que sans le Léviathan répressif et idéaliste que constituait l’organisation soviétique, les hommes post-URSS ne sauraient découvrir l’autonomie sans fracas. La répression nuirait à l’exercice sain de la liberté, au point que même une fois dépassée, elle laisse des hommes brisés et surtout seuls face à des démons inhibés. Ceux-là ont gagné en noirceur et en violence à cause de cette gestion folle de la réalité ; au sens où l’institution despotique a agi en psychotique tout en imposant une morale restrictive, fondée sur le déni de l’essence même de l’Homme.

La psychologie criminelle apparaît rudimentaire au moment du film, en tout cas dans l’Europe de l’Est. Cela sied parfaitement au point de vue de David Grieco : si brillant et perspicace soit-il, il se montre également souvent d’un kitsch étonnant, par exemple lorsqu’il s’agit d’évoquer la schizophrénie du meurtrier. Ce n’est pas que les hypothèses ou les conclusions soient infondées, mais elles sont fantaisistes et somme toute très sensationnalistes, tout en gardant un sens profond et sachant rejoindre in fine la vraisemblance. Le film menace ainsi de décevoir mais finalement jamais ne se dérobe : il a juste osé allez plus loin que la logique n’aurait pu le tolérer, sans pourtant la faire mentir.

La performance de Malcolm McDowell amplifie encore l’intensité émotionnelle du film. L’Alex de Orange mécanique est ici un tueur glaçant et pathétique, au magnétisme quasiment surnaturel, malgré une constitution fébrile et même un aspect invisible voir insignifiant. Il inspire des sentiments paradoxaux : un vague malaise, l’indifférence a-priori (il est si commun), une certaine curiosité. Il y a chez lui une tension, une structure à laquelle manque une pièce, que son interlocuteur pourrait détenir. C’est un charme morbide inédit, inspirant simultanément le dégoût et le sentiment de devoir pour une autorité si bancale. Evilenko est ainsi, machiavélique et désespéré, sinistre mais familier. Les décors, la BO d’Angelo Badalamentti (l’une de ses meilleures participations, digne de celle pour Twin Peaks), forgent avec Malcolm McDowell et l’étude (socio-)psychologique approfondie et téméraire ce climat de désenchantement exceptionnel. Clean Shaven est dépassé. Il est rare de pouvoir le dire : Evilenko est fascinant et profondément troublant.

Note globale 82

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Dédales + Zodiac

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