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MEGAN IS MISSING **

11 Juin

2sur5  Ça va trop loin, oui, ça va trop loin. Megan is Missing a troublé pas mal de monde et est souvent évoqué comme un film très dur, parfois même comme un choc. Le film a de franches qualités mais c’est un uppercut en mousse. Il surfe sur les paniques morales concernant Internet et alimente une paranoïa disproportionnée, se trompant surtout d’objet, comme d’autres se tromperaient de colère. Michael Goi aura réussi à alimenter les débats sur des sujets impliquant le commun des mortels, mais sa contribution sur le fond est faible.

La demi-heure d’ouverture se déroule avec Megan et Amy, deux adolescentes de 14 ans, meilleures amies, la première étant sûre d’elle, populaire et active. Elles rejoignent quotidiennement des chatroom sur internet et se montrent à la webcam, parfois pour discuter entre amis, parfois avec des inconnus. Surgit Josh, avec sa caméra cassée. Il noue des liens avec Megan sans se découvrir lui-même, puis l’invite à le rejoindre. Megan disparaît. Amy s’entretient à son tour avec Josh et ils évoquent ensemble cette disparition. Peu à peu Josh tient des propos avilissants, mais Amy maintient le contact.

Utilisant la forme du found-footage, Megan is Missing et bien plus intelligent et construit que la moyenne : c’est-à-dire qu’il a l’intérêt objectif d’un film normal. Contrairement à l’essentiel de ses navrants homologues, Michael Goi se comporte comme un metteur en scène et effectue un travail optimal, dans les proportions permises par le principe. Il se permet le split-screen, rend lisible chaque plan et n’introduit que des séquences réfléchies pour son objectif, évitant les logorrhées stupides en caméra cachée.

Il nous implique en nous mettant dans la position de l’interlocuteur ou récepteur, notamment pour le fameux Josh, dont n’existera que la voix. L’essentiel du long-métrage est partagé entre des conversations webcam et des scènes IRL en caméra à l’épaule. Les reportages d’une chaîne info locale viennent s’ajouter dans la seconde partie, après la disparition. Enfin les 22 dernières minutes marquent le basculement dans l’horreur, où Goi s’étend en plans-séquences superflus pour faire sentir le drame, ménageant ses effets par ailleurs. Se prétendant inspiré de faits réels, Megan is Missing apporte une illustration concrète des cas de détournement de mineur par des pédophiles sur internet.

Comme bienveillante propagande de service public, c’est une sérieuse réussite car il installe une grande proximité avec le spectateur et surtout les adolescents. En-dehors de son utilité auprès des enfants (qui ne le verront pas) ou jeunes adolescents, le film revêt cependant peu d’intérêt et demeure un tissu d’amalgames, faisant d’un cas unique et extrême une généralité universelle. Surtout, la personnalité malveillante reste inconnue, or le réalisme cru tant revendiqué s’en trouve entamé, puisque derrière l’écran, il n’y a pas un fantôme ou une abstraction, mais un individu de chair et de sang. Ne pas allez au bout de la paranoïa permet de jouer à se faire peur et faire la leçon. Hormis agiter les parents anxieux et les mégères phobiques, quel est l’intérêt ? Hormis la prévention brutale à coups d’amalgames, quel éclairage ?

Note globale 51

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HARD CANDY **

31 Mai

3sur5 C’est moins le film à scandales tant décrié et couronné à Sundance puis à Deauvilles qu’un cumul de tours de passe-passe. Premier long du publicitaire David Slade, auteur par la suite de 30 jours de nuit et du troisième Twilight, Hard Candy a révélé Ellen Page, intervenant ici comme une chasseuse de pédophile et subtilisant plusieurs masques pour arriver à ses fins : petite gamine jouant avec le feu et exagérant son inconsistance ; jeune fille de riche sur la pente descendante, cherchant quelqu’un pour la dévaler dans l’extase ; justicière emphatique…

C’est un véritable piège masculin (la tentation précède la révélation et la sanction fait-maison) et un grand numéro d’hypocrisie. Sous les habits de la critique d’un système trop faible et d’une indignation devant ces prédateurs trop malins, Hard Candy contourne soigneusement la morale que pourtant il brandit. En vérité, c’est surtout un film indépendant féroce, sans comptes à rendre à qui que ce soit (pas même à la censure – le budget a été resserré sous le million de $ pour l’éviter). Flirtant avec le monstrueux, Hard Candy normalise ses spécimens, invitant dans une réalité sordide certes, mais coupant court à tous les fantasmes. En même temps, le film se donne comme un bijou d’exploitation, au style plutôt luxueux, au thème central et échanges musclés et affûtés ; le huis-clos n’a pas de véritable faille, sinon peut-être son opportunisme et sa relative lâcheté. Il faut dire qu’au-delà de l’étourdissement éventuel et de ses exploits (la castration), Hard Candy, si bien écrit avec sa progression par paliers, est une expérience borderline assez gratuite, avec une pointe de nihilisme amusé.

A ce titre, l’ivresse devant l’insolite est communicative ; le spectateur est violenté et confronté à la crise, convié dans l’hystérie du film alors que tout est sous contrôle de cet ange exterminateur. Il est embarqué, comme les deux collaborateurs, dans cette spirale sans retour : nous avons mis un pied dans l’engrenage, un pas en arrière laisserait exsangue, mieux vaut en finir. Ainsi le tandem ignoble est emporté par ce programme expérimental déguisé en punition normative ; elle mène la danse avec un humour noir, il finit par accepter cette fatalité en évoquant ses parcours, sa détresse même. Cette relation de bourreau-confident et de pervers-victime dégrade les deux parties engagées, tout en les épurant grâce à une confrontation si intense à la vérité de leur condition. Un choix radical, dans une enveloppe précise, habillant une philosophie étrange, faisant cohabiter conscience et empathie avec principes répressifs, masque d’instincts déréglés.

Dans le fond, la justice privée dans laquelle elle s’invite n’est qu’un argument pseudo-altruiste factice se retournant rapidement contre elle. Mais elle a choisi un coupable pour expérimenter sa curiosité morbide, étanchant cette soif malsaine à la façon d’un Dexter. Elle ne se moque pas tout à fait de vertu et a même l’honnêteté de se salir aux dépens d’une autre ordure. Et tout le deal du film est là : pousser les limites sans s’investir moralement, avec une couverture qui ne trompe personne mais implore une décision : alors on accompagne les monstres jusqu’au-bout, avec une résignation complice. Tout comme eux sacrifient leur vie et leur surface si patiemment conçue car une telle expérience est de trop. Finalement, c’est un processus de purge pour tous.

Note globale 57

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KAIRO ***

14 Oct

3sur5  Sorti pendant la vague Ring, Kairo dispose d’un postulat de départ proche du film-phare incroyablement sur-évalué de Hideo Nakata. Surnaturel et technologies (nouvelles éventuellement) sont confondus dans les deux cas. Sauf que Kairo se distingue allègremment de l’ensemble des J-horror et même des catégories traditionnelles. Il n’y aura pas plus d’hémoglobine que de fantômes. Kairo est un film de Kiyoshi Kurosawa typique et accompli : il est profondément original, raffiné sur le plan formel, avance de grandes ambitions théoriques et les tient à distance faute d’avoir l’audace intellectuelle de les nourrir.

La radicalité esthétique compensera tout. L’OST de Takefumi Haketa est assez remarquable. La mise en scène est parfois éblouissante et certains plans évoquent Possession. Comme lui Kairo est un drame où l’humanité s’évapore, mais dans un contexte pré-apocalyptique. Kurosawa n’envisage pas d’avenir et promet un apocalypse final. Il le fait venir avec douceur et met l’accent sur l’agitation dérisoire de ses personnages. La première partie joue à fond sur les mystérieux suicides d’étudiants face à un étrange message internet et se montre très inquiétante. La seconde consiste en une sorte d’émiettement, où plus rien n’est vraiment à élucider et les détails prennent l’ascendant.

Pour les personnages, il s’agit autant de l’organisation de sa vie que de mises au point sur quelques préoccupations. Quand à Kurosawa, il échappe à son sujet en s’épanouissant dans l’exercice de style ; son travail n’est pas vain pour autant, car les manières du cinéaste se veulent toujours chargées de sens. Eternel dissident au solide, Kurosawa approche le cinéma comme un créateur pur, restrictif, se protégeant des influences extérieures mais aussi du possible trouble qu’induirait le face-à-face avec ses thématiques, auxquelles il répond toujours de façon laconique. S’il n’enrobait pas cela avec des expérimentations si graves et précises , ses films seraient faibles. Kairo a en plus pour lui l’emphase sur l’élément humain.

Note globale 63

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FEED *

2 Fév

1sur5   Un policier australiens axé sur les crimes sexuels s’introduit dans le monde du  »feederisme », une relation à caractère sado-maso où une victime consentante se trouve gavée et engraissée par son nourrisseur (probablement jusqu’à la mort). Pour les feeders de ce monde, Feed est le premier à évoquer leur passion. Pour les autres, ce sera probablement une simple fiente transgressive.

Le film de Brett Leonard (Le CobayeSouvenirs de l’au-delà) est odieux et audacieux, mais c’est surtout un désastre, notamment sur le plan technique. On a l’impression d’assister à un épisode musclé et fauché des Experts virant au n’importe-quoi. Tous les clichés ringards, dans la structure et les manières, sont de la partie, avec le lot de dialogues emphatiques de nanars gênants par leur profusion d’insanités creuses.

On patauge avec les traumatismes enfantins du méchant, l’enquête remontant vers la source du mal et découvrant l’étendue des horreurs du sujet, l’attraction maladive du chercheur, dégoûté mais envoûté, etc. D’un autre côté, nous avons ce pervers se prenant pour un architecte visionnaire et s’étalant sur sa métaphysique du surpoids.

Feed ne rate rien, exploite tout le ridicule de sa substance, cette sombre série B racoleuse se permettant ainsi une référence à l’affaire des cannibales homosexuels allemands, sur le mode grotesque (« je veux être mangééééé!!!!!! »). Toute cette sorte de folie morale et de folklore bouffon débouche sur un dernier tiers haut-en-couleur dans l’antre de la bête et son objet immonde, la truie dépendante en mal d’amour. Hallucinant et débile avant tout.

Note globale 33

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