MARY & MAX ***

11 Avr

4sur5  Adam Elliot estampille son œuvre ‘clayographie’. Ce néologisme associe l’argile (le mot anglais ‘clay’) et la biographie. Les personnages en pâte à modeler peuplant son univers souffrent tous d’exclusion, de manies ou de maladies atypiques. Le réalisateur australien s’est principalement exprimé sous le format court, avec un triptyque de portraits (Uncle, Brother, Cousin) puis Harvie Krumpet, sacré par les Oscars en 2004.

Cinq ans plus tard il présente Mary & Max, également conduit par un narrateur en voix-off et animé en stop-motion (il fait alors partie des rares longs-métrages reposant sur cette technique). Le film suit la relation sur vingt ans d’une gamine plutôt moche d’Australie et d’un Asperger (ou ‘Aspie’, lui-même préfère) en surpoids. Juif athée avec kippa à pompon rouge, il vit planqué dans une ‘chambre de bonne’ new-yorkaise. La petite Mary et ce quarantenaire antisexuel par sa constitution sont réunis grâce à leur solitude (sans amis au départ) et partagent une passion pour les Noblet (groupe de crapauds d’une série télé).

Le cas de Max concentre l’essentiel, celui de Mary est plus trivial (gamine ignorée et souvent victime) mais aussi plus social (la famille est délabrée, lui inflige de mauvais traitements). Max est sujet à de nombreuses obsessions (comme le comptage compulsif) ou bizarreries (il se traîne un même ami imaginaire depuis l’enfance), éprouve un besoin de symétrie, ne comprend pas les gens dans leurs motivations. Égocentrique, il incarne à son corps inconscient un rationalisme caricatural et régressif. Il est généralement apathique, avec quelques pics d’énergie (très mentale) ou d’inspiration. Son besoin de stabilité absolue au quotidien le pousse à limiter ou du moins contrôler scrupuleusement les apprentissages, afin d’éviter les angoisses (crises très glauques).

Le film souhaite clairement communiquer (voire ré-informer) sur un profil clinique en particulier et sur l’autisme en général. Il s’y prend avec humour et empathie (avec une certaine fascination pour les aléas gastriques), en s’autorisant une pointe de méchanceté complice et surtout une candeur choisie, de combat. La tendance à accumuler les malheurs peut agacer ou sembler refléter un délire misérabiliste, ce qui restera défendable. Cependant le film reste conforme à des situations réelles (l’animation japonaise développe au même moment un focus comparable sur les enfants lésés) et à la panoplie du trouble psychique de Max – autrement dit, conforme aux retards et excentricités de Max, ou aux résultats des moqueries récurrentes subies par les deux protagonistes.

Le style du film reste son meilleur atout ; il rappelle Burton et plus secrètement, le tandem Eraserhead/Elephant Man de Lynch. Elliot revendique également l’héritage de Svankmajer (animateur tchèque avec une prédilection pour le surréalisme – connu pour Alice et Les possibilités du dialogue) et des photographies de Diane Arbus. L’OST reprend des airs sophistiqués, avec une application parfois péremptoire mais avisée. La relation du film à la psychiatrie est ambiguë, elle pourrait être qualifiée de ‘progressiste’ par opposition à ‘contestataire’. Malgré les traitements répressifs, les catégorisations aliénantes et mesquines qui lui sont attribués, son langage réformé est approuvé. Le film reste valable parce qu’il est indépendant et au plus porte-voix à l’occasion, à la fois de la pédagogie ‘psy’ ou des variétés d’autistes.

Ce qu’il rapporte de la société est toujours soumis aux filtres personnels de Mary et Max. Le réductionnisme et l’aseptisation de ce dernier sont projetés sur l’extérieur (New York est sinistre, à dominante noir & blanc sur une couche de gris uniforme ; les australiens ont droit au jour et aux couleurs – plutôt sépias). Ses représentations figées, parfois sophistiquées ou même fantaisistes (la conception des bébés, les pieux mensonges) enrichissent son quotidien et amusent le spectateur, mais son attitude suscite une indifférence ou une incompréhension légitimes ; lui-même est empêtré dans sa ‘normalité’ obtuse. Le film a la sagesse de le prendre tout entier, Mary la bonté de l’emmener vers le choix du bonheur. Indirectement le plus souvent, elle l’amène à se confronter aux (nombreux) angles morts de sa personnalité (anxieuse et excentrique) et de son esprit (littéral).

Note globale 77

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le sens de la vie pour 9,99$

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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