ALICE – SVANKMAJER ****

1 Fév

4sur5 Milos Forman l’a vu et a parlé de la rencontre entre Disney et Bunuel. Alice est le premier-long métrage (1988) de l’artiste multiforme Jan Svankmajer, après une vingtaine de courts d’une originalité affolante. On y retrouve les animaux et marionnettes omniprésents jusqu’à cette période dans ses courts, ainsi que les objets dissidents à leurs fonctions présumées et des assemblages artisanaux (certains de ces monstres sont composés à partir de chaussettes).

Dans la filiation du surréalisme, Alice démarre sur une présentation excentrique, annonçant en fait que ce qui va suivre est l’accompagnement d’un processus introspectif (Kristina Kohoutava alias Alice sera d’ailleurs seule humaine en scène). La petite fille dit : « Alice se dit en elle-même : je vais vous montrer un film. Un film pour les enfants. Peut-être… Peut-être si on se fie au titre. Pour ça, il faut fermer les yeux, ou sans cela vous ne verrez rien du tout ». Par la suite, la parole est rare. Le lapin se libère de sa cage, Alice (qu’il appellera Marie-Anne) le suit, se retrouve dans un champ désert où la terre sèche craquelle. Elle passe par le tiroir de la commode se trouvant là et après un saignement de doigt pas innocent, l’aventure commence, dans les pas de l’empaillé lunatique déambulant avec son horrible ciseau.

En adaptant Lewis Carroll, Svankmajer nous précipite dans un monde totalement inconnu, où les repères du quotidien abondent mais ne répondent plus de façon commune et prévisible. Procédant par emboîtements, la narration soutient cette déroute organisée. À l’instar de Mars Attack, c’est une incursion dans un folklore monté de toutes pièces, trahissant la logique et les références culturelles, qui terrorisera les enfants ou au contraire les enchantera par ses transgressions et son onirisme fulgurant. Tous ces éléments de l’enfance sont transformés de façon fantasque ou sinistre et cette version du conte choisit l’angle de la prise de conscience physique de soi, de la complexité du monde indifférent à nous et de la présence des éléments véritables de la vie : la liberté, la mort autour, la frustration. En même temps, Svankmajer raconte le Pays des merveilles en restaurant son sens, son identité profonde : c’est un rêve, une aventure intérieure et non une cascade de pérégrinations exotiques (angle de l’adaptation burtonnienne).

Si révolutionnaire soit-il, Alice apparaît, aussi, comme une synthèse pour l’observateur averti de l’œuvre de Svankmajer, que tous les nouveaux curieux doivent dévorer. Dans le style et le concept, cette version d’Alice est ainsi anticipée par Dans la Cave, évoque les sensations oppressantes du prisonnier connues avec Le Puits, montre à nouveau le corps comme un fardeau trop volumineux dans une petite pièce à l’instar de Obscurité lumière.

Note globale 81

Page Allocine & IMDB

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