DEUX SŒURS ***

26 Juil

deux soeurs !

4sur5  Tout commence avec Rose et Lotus, un conte folklorique coréen. Dans ce kogan, une femme frustrée s’efforce de chasser ses deux belles-filles et finit par les conduire à la mort. Celles-ci reviennent cependant hanter le lac de leur disparition. Un jour, elles prennent contact avec un nouvel homme, le premier qui ne soit pas effrayé par leur apparition. Il apprend les méfaits de la belle-mère et de son fils et les fait exécuter. Les corps des deux filles réapparaissent, sont enterrés. Le père se remarie et sa troisième épouse met au monde les réincarnations de Rose et Lotus.

Contrairement à l’adaptation de 1972 par Yu-seob Lee, Deux sœurs est une adaptation très libre. C’est le troisième long-métrage de Kim Jee-Woon, qui a également contribué au film à sketche Trois histoires de l’au-delà. Il obtient un succès retentissant et est amalgamé avec la vague de films de fantômes japonais dont Ring-Le Cercle est le leader. Pourtant Deux sœurs n’est pas tant un produit de genre, voir même pas un film d’horreur. Il est avant tout un drame aérien sur cas anxieux et douloureux.

Avec une maîtrise remarquable, Kim Jee-Won utilise les formes classiques du drame et de l’épouvante pour installer une intrigue mystérieuse. Le trouble ne vient pas de la narration non-linéaire, qui n’empêche pas un déroulement lisible, mais de la nature véritable des situations. Entre gravité dans les sentiments et légèreté virtuose dans l’application des codes, Deux sœurs cultive un décalage discret dans l’horreur. Les tout petits effets sont propres mais pas clairs ; leur sécheresse nous dit quelque chose qui se découvrira ailleurs.

Deux sœurs nous raconte une condition mentale. Le lieu de l’action est une tour d’ivoire par défaut ; une belle maison familiale chargée d’un passé lourd et de souffrances. Tandis que le père est lâche et absent, les deux sœurs (Su-mi et Su-yeon) mais aussi leur belle-mère sont toutes des otages. Eun-joo est son bourreau comme elle est le leur. Une ambiance oppressante et opaque s’installe ; cette réalité apparaît contaminée par la cruauté et le malheur et chaque nouvelle séquence nous enfonce dans une inquiétante étrangeté.

Les désordres psychologiques se manifestent mais de façon déguisée, comme lors de cette scène troublante du dîner. On est partagé entre la sympathie pour Eun-joo (on ris avec elle malgré ou à cause de la mesquinerie qu’elle exprime) et la sidération en constatant la réceptivité quasi nulle de son entourage. Et progressivement, en lâchant les deux sœurs pour se concentrer sur cette belle-mère sadique et désespérée, Janghwa Hongryeon devient le spectacle d’une solitude absolue. Tous les masques et les mythologies servant à la maîtriser, mais aussi la confortant, nous sont ouvertement exprimées.

Le résultat est un enchantement et accessoirement un film à twist, où la révélation propose de tout ré-envisager, sans corrompre la cohérence de l’histoire. Deux sœurs est une grande réussite par son ambiance indicible et son élégance ahurissante. L’interprétation de Yeom Jeong-a lui apporte une dimension encore supérieure, sans laquelle le tour de magie opérerait, mais sans le charme. Le film aura son remake américain, des Intrus plus anonyme que celui de Grudge ou du Cercle. Il est surtout le coup-d’éclat d’un formaliste prodigieux : Kim Jee-Woon, bientôt l’auteur de A Bittersweet Life et J’ai rencontré le diable.

Note globale 75

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Alone/Faet + Dark Water + Mulholland Drive + Shining 

Voir le film sur FilmVF.net

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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