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OCÉANS ***

26 Sep

océans

3sur5  Les océans sont un monde encore largement inexploré, ici, sur Terre, notre planète recouverte aux trois quarts par de l’eau. Jacques Perrin et Jacques Cluzaud présentent en 2009 un film à leur gloire, au terme de quatre années de tournage dans une cinquantaine de lieux. Perrin, acteur français, s’était déjà illustré dans le domaine : depuis son engagement au poste de producteur (Les enfants de lumière, 1995) il s’est consacré à plusieurs documentaires sur la vie animale et naturelle (Microcosmos puis Himalaya, Le peuple migrateur, etc). Il est aussi devenu un narrateur régulier, au-delà même de productions sur la Nature puisqu’il assure le commentaire du Parfum de Tom Tykwer.

Océans est une balade superbe, une centaine de minutes de contemplation continue. Un défilé de merveilles, de vies exotiques communément ignorées ; parfois de créatures excentriques ou plus pittoresques qu’attachantes, comme les lamatins. Il n’y a pas de dramatisation, pas de musiques exaltées, la bande-son est harmonieuse et égale, le rythme de même : et c’est excellent ainsi. Les rares commentaires sont d’autant plus lourds et superfétatoires. L’exposition de ses nobles intentions par Perrin entame largement le plaisir de la séance. Il intervient pour ressasser des sentences banales sans délivrer aucune information concrète. Le voilà passant juste pour afficher sa mine grave dans le musée. C’est un moraliste trop soucieux de jouer l’exalté averti.

Pas besoin d’idéologisme à la Yann-Arthus (Home), il suffirait de quelques remarques précises et solides. Elles aussi inexistantes que les commentaires soutenant l’escapade sont rares et inutiles. Perrin fait de la mandoline verbale, son évocation futile de Colomb et ses autres images sont grandiloquentes en vain car déconnectées de leur sujet. Le film se distingue également par son absence de narration : ç’aurait été artificiel, certes, mais de toutes façons un documentaire est artificiel dès le moment où il est tourné caméra à l’épaule en s’en tenant à l’immédiaté : de cette manière il refléterait de façon optimale son objet, mais là encore il serait orienté puisque tenant un point de vue restrictif et superficiel. Il n’y a même pas besoin du montage pour tronquer la réalité.

Par conséquent, la direction est un peu paresseuse. Les parties sont tout, l’ensemble n’est qu’un récipient. Il n’y a pas absence de travail, puisqu’il y a celui de la Nature à l’oeuvre, ensuite celui des plongeurs et des assembleurs de toutes ces merveilleuses anecdotes. L’immersion est réussie et le film est visuellement magnifique, il n’y a jamais d’ennui, les processus naturels apportent leur dynamique. La direction leste et les interruptions de Perrin gâchent ce délicieux déversement irrationnel. Il aurait mieux fait de donner plus d’indications, les commentaires en intro/conclusion étant eux-mêmes pauvres en faits et idées. La connaissance et le plan d’action d’un missionnaire valent mieux que les postures affectives, même sobres. Reste que le film atteint des hauteurs remarquables grâce à sa cohorte de figurants, avec même des séquences réactives comme celle des petites tortues regagnant la mer au péril de leurs vies ou le passage des serpents marins.

Note globale 67

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LE PEUPLE MIGRATEUR ****

27 Juin

4sur5  En 2001, Le Peuple Migrateur est le premier long-métrage déployant une logistique massive pour suivre de près un vol d’oiseaux. Le tournage dure trois ans et nécessite des innovations techniques (avec cinq appareils brevetés à la clé). Le film est centré sur la migrations annuelle des oies sauvages, sur des milliers de km. Il introduit d’autres variétés d’oiseaux (pélicans, canards, perroquets..) et quelques micro-péripéties à la marge. Les commentaires de Perrin sont réduits au minimum, les rares indications écrites sont objectives, donnant la race, la hauteur du vol, le lieu pendant la prise de vue, le trajet d’ensemble.

Ces images sont accompagnées de sons naturels, d’un large panel de cris d’animaux et de quelques musiques calmes (la bande-son est signée Bruno Coulais, collaborateur régulier de Perrin). Le voyage est peu scénarisé, ne cherchant pas à créer l’illusion de missions rapprochant des Hommes ou égayant les enfants (comme le font certains documentaires animaliers avec une mère cherchant sa progéniture, les querelles internes d’une meute, etc). Le film se structure en allant avec les mouvements de la Nature et des animaux. Il assure le suivi des cycles naturels (les vols, les circuits, les modes d’alimentation) et se nourrit d’aléas triviaux, comme les contacts avec les Hommes (chasseurs, scène des animaux en cage) ou leurs effets (le mazoute des marées noires).

Ce mode narratif non-conventionnel donne une impression de pureté ou de vérité. Sans forcer une quelconque magie ni inventer de la majesté, il arrive à générer des émotions agréables, figurer un horizon de plénitude. Cela donne un programme de faible intensité, très diversement appréciable (l’intérêt, sans se dissoudre, peut se faire superficiel voire s’amollir). Dans tous les cas il offre à voir un enfilage [constant] de beaux morceaux, une grande variété de points de vues et d’espèces, quelques pièges comme celui des crabes et de la mouette traînant son aile cassée (67e min). Malgré ses prouesses techniques et un enchantement certain, Le Peuple Migrateur n’a pas l’ampleur poétique de Microcosmos (1996, produit par Perrin), ni la richesse d’informations qu’un documentaire plus concentré aurait donné.

Les rushes du Peuple Migrateur serviront à fabriquer une série documentaire (3 épisodes de 52min) : Les Ailes de la nature, également étiquetée Galatée Films (maison de production de Perrin). Perrin et Cluzaud conjugueront à nouveau leurs efforts pour présenter Océans (2010), puis Les Saisons (2016, où le rejet de l’anthropocentrisme et la volatilité deviennent plombants). Ils tourneront aussi de nombreux documentaires, comme la collection Le peuple des océans pour arte. Perrin reste très actif pour le cinéma au-delà du poste de réalisateur, en tant que producteur, acteur (pour Barratier notamment) mais aussi narrateur (voix-off de La Planète Bleue, du documentaire L’Odyssée de la vie en 2005, VF du Parfum l’année suivante).

Note globale 78

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Suggestions… 

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Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (5), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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PAS VU, PAS PRIS **

29 Jan

L’extrait sur lequel le film s’appuie ; voir le film (extrait au début)

2sur5 Chroniqueur de Dechavanne licencié pour non-respect des animateurs de la chaîne (France2), puis contributeur à la série des Strep-Tease, le journaliste-reporter, enquêteur et trublion Pierre Carles réalise en 1995 le documentaire Pas vu à la télé pour Canal+. Mais cette commande destinée à nourrir une thématique  »Politique, télévision & morale », sur le thème de la connivence entre politiciens et hommes de médias, est censurée, notamment parce qu’elle présente un entretien  »volé » entre Mougeotte (directeur des programmes de TF1) et François Léotard (Ministre de la Défense). De surcroît, cet entretien explicite (dont Carles possède une copie mais qui n’a jamais été diffusé sur une quelconque antenne, alors que rien ne l’interdisait) devait être diffusé sans commentaires. Carles ne lâche pas l’affaire et essaie d’imposer son reportage, tout en prenant contact avec des personnalités médiatiques ; sa censure est relevée par Le Monde et Libération, puis attire à lui Karl Zéro, ce dernier arrivant alors lui-même sur Canal+ pour y animer son Vrai Journal. Pas vu pas pris est le récit de ces péripéties et ressasse tous les faits et interventions. Il ne sortira en salles qu’en 1998 grâce à l’association  »Pour voir pas vu » conjointement animée par Charlie Hebdo et Gébé ; c’est le premier film de Pierre Carles et il démarre sa trilogie sur les médias, prolongée récemment par Fin de concession.

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Entre brûlot tatillon et work in progress, le style s’impose déjà. Pierre Carles se filme dans son enquête, sans tronquer les images ; le montage s’efface au profit de la vérité documentaire. Mais les œillères de Pierre Carles elles aussi sont là en permanence. Pas vu pas pris anticipe précocement la rebellocratie de Canal+ et son manque de courage social et politique ; il montre une chaîne somme toute alignée dans les attitudes sur ses concurrentes et dévorée par les réseaux et les conflits d’intérêts. C’est l’un des grands mérites du documentaire et à ce titre, une pièce à charges. En outre il apporte, surtout dans sa seconde moitié, des informations intéressantes sur certaines personnalités médiatiques en relevant leurs contradictions (Michel Field notamment) ; une piqûre de rappel sur la cuisine interne de la télévision et ses mœurs parfois borderline, à l’instar du choix par le Président de la République de ses questionneurs pour les entretiens officiels.

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Toutefois, Carles lui-même ressemble à un adolescent levant le voile sur des secrets de polichinelle. Il est probant dans les faits, pointe un phénomène réel mais reste aux portes, non seulement des confidents, mais aussi de l’engagement sérieux et dérangeant. Lorsque Canal+ fait une fronde contre lui, en retournant, à l’occasion d’un autre exemplaire de la même émission où son sujet devait être diffusé, vers les interviewés pour qu’ils fassent part de leur expérience et pour refouler l’affaire naissante autour de cette censure, Pierre Carles fait de cette ligue un trophée (de même que l’appui paradoxal de Karl Zéro). Et il a raison car c’est une preuve qu’il touche juste. Mais pourquoi, dans son propre documentaire où il a les mains libres, Pierre Carles ne va pas au bout des choses, en pointant, au-delà des liens incestueux, la constitution de certains monopoles dans les coulisses de la télévision ? En l’état, s’il est pourfendeur et grain de sable, il ne fait que remuer quelques-uns, assène implicitement ses convictions socialement de gauche, mais le système pointé n’a pas à se faire le moindre souci.

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A l’arrivée, il évoque somme toute peu de choses. A propos du lobbying entre les décideurs médiatiques et politiques, que chacun soupçonne et relève, Carles apporte peu de pièces à son dossier, sacralisant le bout de révélation, l’extrait à l’arrachée dont il fait le pilier et la pièce décisive de son film. Or il n’y a pas de choc : juste la démonstration d’une connivence entre des individus de pouvoir, mais rien d’illégal, rien d’outrancier, simplement des éléments cruciaux généralement opérés en privé, qui ici ont la chance, pour les curieux, de se retrouver en public grâce à une caméra cachée et l’inattention de ces deux individus de pouvoir dans un contexte détendu et franc. Pierre Carles s’embarque ici, mais c’est une de ses sales manies, dans une croisade puérile en s’appuyant sur des faits criants mais tout à fait communs. Ses ornières anarchistes le flouent, s’il dénonce une certaine désinformation et la lâcheté de ses collaborateurs potentiels, il oublie d’expliquer la nature du problème, ergotant par un torrent de morceaux de bravoure avortés. Les journalistes ne font pas leur travail, soit ; mais qui ne le fait pas non plus, qui omet de séparer les pouvoirs ? Où est le contrôle, la supervision indépendante de ces médias vendus ou opportunistes ? Il est évident qu’un dirigeant de chaîne ou qu’un journaliste défende ses intérêts, de même qu’un ouvrier défend la maison qui le nourrit. Il s’agirait plutôt de voir s’il franchit les limites et dans ce cas, rappeler à l’ordre la loi, or nous sommes très loin de ce genre de sortie de route de la part des antagonistes et de ce type de témérité réellement pugnace de la part de Carles. Trop occupé à cogner, Carles oublie ces questions essentielles. Trop vaguement et férocement contestataire, il oublie totalement d’apporter de la matière et de la réflexion à son sujet, mais aussi des objectifs. Un film à faire, un coup pour peu.

Note globale 45

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.Pierre Carles sur Zogarok : Fin de Concession 

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LA STRATÉGIE DU CHOC ***

29 Avr

4sur5 En 2007, Naomi Klein, papesse altermondialiste ( »No Logo ») publie l’essai  »The Schock Doctrine » où elle démontre que les victoires du néolibéralisme triomphant dépendent d’une mise sous condition des populations, de la réactivité voir de la provocation de bouleversements dans les agendas public. Les situations de crise comme opportunités des passages à l’acte les plus déraisonnés ou déviants : les populations perçoivent comme légitime, voir réclament, des changements jouant contre eux. En 2010, Michael Winterbottom et Matt Whitecross, auteurs du remarqué The Road to Guantanamo, s’approprient les thèses du livre tout y insérant leur propre perspective.

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Le propos s’appuie sur quelques lignes directrices, évoquant dès le départ l’influence de prêcheurs sacrés comme Milton Friedman sur les gouvernements anglo-saxon. Il rappelle notamment la « méthode chilienne », autrement dit l’ère Pinochet qui fut une expérimentation en Argentine de l’ultralibéralisme le plus débridé et absolutiste, grâce à une dictature militaire subventionnée par la CIA. Les expériences de Cameron dans les 50s, basée sur des électrochocs, cures de sommeil et bandes sonores diffusant en boucle des litanies sordides, pour abaisser les vigilances internes des individus afin de leur inculquer un nouveau cadre sont mises en parallèle avec l’OPA des programmes de dérégulation économique à marche forcée.

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L’œuvre cerne les enchaînements : dans le cadre précis de son sujet, ceux amenant à imposer le capitalisme sauvage ; de façon plus vaste, en pointant les avatars récurrents permettant la remise à plat et la domination brutale d’une thèse, d’une volonté (guerre, démoralisation – autant de critères réunis à chaque changement radical de la nature d’un régime ou d’un ordre social, que ce soit pour le meilleur ou le pire, dans l’intérêt exclusif des élites ou dans l’intérêt général, à la faveur d’une projection visionnaire ou de besoins pragmatiques).

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Didactique, le film fournit des clés aux spectateurs et de la matière pour alimenter le dossier antilibéral. Il apporte un vocabulaire ( »chicago boys »), des événements, des personnages et des symboles forts pour illustrer l’ascension néolibérale. L’ensemble est vivant, coriace, clair et exhaustif. Il réussit une brillante synthèse et touche à l’essentiel, sur les méthodes de pouvoir, sur les hégémonies idéologiques ; de la même manière, il éclaire sur l’état actuel du monde et sur l’ascendant des forces dominantes, des ultralibéraux dont le pouvoir s’est étendu, jusqu’à arriver aux néoconservateurs dont les thèses sont aujourd’hui au centre des prises de décisions politique nord-américaines. Les réalisateurs régissent leur pensée selon les systèmes et tendent à lier les phénomènes et initiatives de politique, arrivant ainsi à évoquer les croisades du gouvernement Bush en Irak. Ils n’ergotent pas comme le font les dissidents faciles surfant sur des polémiques ; ils pensent le cadre global, celui de la civilisation humaine, pas le simple contexte local ou les interactions tacticiennes, qui si odieuses soient-elles, ne sont qu’une portion triviale de tout véritable sujet d’indignation.

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La grande limite tient à l’unilatéralité du propos. Le document est sans contradiction et parait attaché à épurer les nuances ; pour fournir un brûlot magistral et sentencieux à l’égard de l’emprise néolibérale. Parfois dualiste et partisan de la victime de l’oligarchie totalitaire (vision angélique et expéditive du régime d’Allende), le film donne régulièrement dans les contrastes grossiers, tout en dénonçant et catégorisant un diktat réel, identifiant ses sources fondamentales et ses manifestations avérées. La chronologie semblera audacieuse pour le grand-public, or elle ne fait que retracer les tâtonnements de la mise en œuvre de l’ordre économique actuel. Elle permet aussi de relativiser l’omnipotence du dogme du marché libre et de la dérégulation, rappelant les faits, l’Histoire et l’influence d’acteurs politiques souvent rangés en périphérie, voir dans l’ombre.

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Le film est partisan, au point que Naomi Klein a pris avec ce compte-rendu ses distances (essentiellement en raison du manque d’interlocuteurs). Pour autant, Wintterbotom et Whitecross peuvent arguer que si le document est à charge et teinté de leur propre grille de lecture et perception des idéologies et de leur application, à chaque image, chaque rapport, tout est vrai. Le ton est emphatique mais il est clair, sans manipulations ; la touche personnelle tient aux jugements des auteurs et à l’expression de leurs convictions. Ce sont des sociaux-démocrates (étatistes et keynésiens) et en l’état, ils ont toutes les raisons d’assumer leur subjectivité, car elle se nourrit de vérités effectives.

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Idéalistes, ils affirment leur espoir en une vague d’incrédulité active et montrent ouvertement combien ils aimeraient s’affubler d’un champion (Obama), mais reconnaissent aussitôt que cette aspiration conduit au mirage consenti. Le film s’achève en invoquant l’acte militant ou la lutte citoyenne par le moyen des manifestations de rues ; presque malgré lui, le document trahit aussi combien la tâche est rude pour entraver les mécanismes qu’il a décrit et plus encore, comme les alternatives et plus encore leurs émissaires manquent. Leur illustration de la « stratégie du choc » est féroce et avisée : toutefois, l’activisme de Wintterbotom et Whitecross est aussi salutaire que déceptif. Les esprits sont recadrés mais d’autant plus frustrés, car ce film  »anti » ne trace pas la voie d’un engagement aussi limpide. Son empressement lui-même démontre que tout reste à faire et atteste des difficultés à dépasser le cap du constat, alors même que toutes ces analyses et conclusions sont propagées avec difficulté. Il aurait été intéressant d’étendre le sujet au « sweet power », car c’est lui l’assistant et le relais de la « stratégie du choc ».

Note globale72

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2012 : SÉANCE DE RATTRAPAGE

30 Jan

L’année 2012 a été plus riche que la précédente en matière de découvertes cinés. Mais en dépit de ces retrouvailles, la Politique n’est pas loin de prendre l’ascendant sur la Blogosphère… Affaire à suivre. L’année 2013 s’annonce sous les meilleures hospices, avec le remake de Maniac pour démarrer.

En attendant, voici quelques films de l’année écoulée, dans la foulée de chroniques spéciales pour The Amazing Spider-Man, Des Hommes sans Loi, Laurence Anyways ou Frankenweenie
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ONE LIFE / VIVRE ***

3sur5  Film-documentaire animalier, adapté de la série-documentaire « One Life » diffusé par la BBC, il n’a eu les honneurs de la sortie en salles qu’au Royaume-Uni ; en France il est sorti en DVD par anticipation des fêtes de fin d’année de 2012.

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Le parti-pris consiste à faire de la vie animale une immense constellation où se déploient des combattants et des prédateurs de chaque instant. La structure est sans surprise mais beaucoup plus maîtrisée que d’ordinaire dans le domaine ; Martha Holmes réalise une œuvre intense qui gagne à être ouvertement scénarisée.

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Raffinée et cash, souvent pince-sans-rire, sa mise en scène transforme des poursuites ou des quêtes en séquences à suspense, tout en agrémentant les courses ludiques et les drames élémentaires de commentaires informatifs et enjoués (le narrateur US est Daniel Craig ; Anouk Grinberg pour la VF). La biodiversité est envisagée comme le matériau brut d’un recoupage clipesque, dense et intelligent.

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Grâce à cette originalité du ton, au rythme et à une grâce certaine, ce document animalier se hisse au-dessus du lot. La BBC n’a pas réuni les moyens de Yann-Arthus Bertrand pour Home et son produit n’arbore pas la même splendeur, mais il est plus condensé, plus divertissant et se passe de toute velléité idéologue, pour simplement s’acquitter de sa mission authentiquement écologique et de ses impératifs d’entertainment. 

Note globale 65

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TWIXT ***

3sur5 Avec Twixt, Coppola flirte plus qu’il ne revient à la source de son œuvre, l’époque où il appartenait aux écuries de Roger Corman et sortait Dementia 13. Un cinéma de genre, mineur mais divertissant. Il honore cette vieille passion avec élégance, mais ne s’arrête pas là : Twixt est un immense théâtre en trompe-l’oeil, arpentant les genres et l’œuvre personnelle du personnage. Le postulat classique de série B débouche sur une foule d’expérimentations, elles-mêmes consacrées autant à racoler une intrigue classiciste qu’engendrer une sorte de thérapie familiale.

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Le film se vit d’abord comme un spectacle un peu hagard et halluciné, une sorte de métafiction exhibitionniste mais trop polie pour être malade. Pour illustrer le processus de création littéraire, Coppola rempli sa mise en scène d’auto-suggestions et multiplie les morceaux de bravoure et de poésie loufoques, hybrides et grand-guignols. Il fait cohabiter logorrhée métaphysique de briscard sur le départ, ironique et néanmoins ravi, conte gothique et farce à suspense. Le charisme de Val Kilmer, magnétique dans un costume à contre-emploi, est presque un aspect secondaire. C’est surtout la beauté de Twixt qu’on retient, la sophistication du trait : la violence elle-même est désincarnée, c’est la grâce qui compte, dans la forme et dans les moyens (c’est le troisième film de l’ère numérique pour le cinéaste). 

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Néanmoins Coppola s’identifie largement à ce personnage, créateur fatigué quoique toujours vigoureux, virtuose mais assailli simultanément par deux certitudes : celle d’avoir encore des visions en stock, celle d’avoir perdu le souffle, l’énergie d’engager un chef-d’oeuvre absolu. Il se consacre ainsi à donner le meilleur de lui-même, sans chercher le recul ni l’artifice, sans calcul mais en espérant confectionner un produit ludique. C’est l’œuvre d’un cinéaste se vivant soudain comme un gamer, s’attachant à la mise en scène avec une superficialité revêche. Résultat : un spectacle curieux, nonchalant et ravissant, cynique et généreux. Une sorte de rêve lucide où Coppola assume et revendique un lâcher-prise tout en portant haut ses ambitions d’esthète et d’explorateur introspectif. C’est parfois un peu creux et pourtant toujours habité, d’ailleurs les amateurs avertis seront chaussés de lunettes infrarouges que n’auront pas la plupart des spectateurs, qui n’auront qu’à profiter d’une balade si douce, macabre et enjouée, merveilleuse aussi malgré d’étranges écarts pragmatiques, à la mélancolie rieuse.

Note globale 63

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Francis Ford Coppola sur Zogarok > Apocalypse Now, saga le Parrain, Outsiders, Dracula, Jack 

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Bilan de l’année 2012 (et de 2011)

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Publié exceptionnellement à 14heures