LE VILLAGE DES DAMNES & SON REMAKE ***

2 Mai

LE VILLAGE DES DAMNES (1960) ***

4sur5 Classique mineur, Le Village des Damnés est un film-clé du cinéma d’épouvante des années 1950-60. Dans cette adaptation du roman Les coucous de Midwich, rebaptisé comme le film par la suite, la figure de l’enfant maléfique est utilisée dans le cadre de la science-fiction typique de l’époque, en incluant la télépathie.

La tribu d’enfants surdoués conçus dans d’obscures circonstances renvoient à deux préoccupations très intenses : l’une, sociale et métaphysique, concernant le mélange de fascination et de terreur devant l’exploration de l’Espace et la prise de conscience de la fragilité de l’Humanité. L’autre est politique et idéologique, renvoyant à l’expérience du fascisme et aux régimes communistes ou totalitaires.

À cette fin, ces enfants blonds venus d’ailleurs incarnent des ennemis intérieurs. Les propres enfants de ces américains traditionalistes s’avèrent totalement dissociés d’eux-mêmes, appliquent leurs lois et se jouent de celles de la communauté, puisqu’ils comptent la supplanter. À leurs yeux, leurs aptitudes intellectuelles justifient le recours à la force, les revendications. Par ailleurs, pour se préserver et croître sans entraves, ils agissent comme un seul corps. Cet aspect-là sera davantage pris en compte dans le remake de Carpenter, plus tranché d’un point de vue conceptuel, même s’il s’étale cur de façon maladroite sur la nécessaire « émotion ».

Le Village des Damnés laisse donc les pistes en suspens, avec plusieurs interprétations consistantes possibles (anticipation de  »l’enfant roi »?), armées pour stimuler l’inspiration des auteurs. Rick Wolla a fait synthétique et on peux être tenter de s’approprier l’objet et l’emmener plus loin sous une ou plusieurs perspectives particulières. Au-delà de ces considérations, le film est un franc plaisir. Il est court, clair, la direction d’acteurs et l’esthétique sont impeccables. Plus que l’angoisse, c’est le drame qui monte lentement, l’heure du choix qui avance inéluctablement. Enfin on note la performance du jeune Martin Stephens, leader des enfants ici, consacré un an plus tard dans Les Innocents de Jack Clayton.

Note globale 73

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur DailyMotion

 

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LE VILLAGE DES DAMNES (1995) ***

4sur5 Le remake du petit classique éponyme de Wolf Rilla est souvent rabaissé, comme souvent dans le domaine. C’est pourtant un excellent cru de Carpenter et c’est plutôt un reboot, n’ayant en commun avec l’original que certaines grandes lignes du scénario. On ne s’y ennuie jamais, jubile quelquefois, déplore des détails (lourdeur infinie de ces focus sur la clé et la poignée) et une certaine superficialité. Sa sobriété pourrait autant le condamner qu’atténuer ses flirts avec le ridicule (les regards enluminés, l’invité formolé) aux yeux d’un public né à l’époque ou après (bien que ces effets soient parfaits pour l’époque et la fonte des visages imaginative).

Après L’Antre de la Folie, John Carpenter revient à un programme d’épouvante plus classique, rappelant son Fog. C’est aussi son film le plus paradoxal, où des acteurs et une esthétique glam kitsch trouvent leur place dans un univers extrêmement sombre, où une mise en scène implacable et gracieuse se met au service d’un récit économe et précis, parfois un peu chancelant mais intelligent. La réalisation est brillante et on découvre un Carpenter choral. Christopher Reeve livre ici sa dernière prestation tandis que Kirstie Alley, au physique percutant et ambigu, livre une performance magnétique et presque insolite (à la fois curiosité ou repoussoir, l’idéal pour une séance d’horreur). Dans ce film les femmes ont le pouvoir (et le meilleur temps d’écran) mais celui-ci est dangereux pour ce qu’il étreint, voire dément.

Les démonstrations visuelles (via la succession d’accidents ou de mises à mort, les coups de feu expéditifs, les échanges glacés) sont plus convaincantes que tous les argumentaires verbaux (et rendent leurs faiblesses presque sans incidence). Les face-à-face avec la cheffe Mara passionnent davantage que les explications et les plans de l’agente du gouvernement. L’ensemble de la population, donc les adultes, ne peuvent qu’assister à l’ascension – et y participer en bons aliénés. Le plus interpellant n’est pas que ces enfants créent une bulle au milieu des adultes, mais qu’ils extériorisent leur volonté sans pouvoir être contestés, agissent comme des produits résolus, des êtres finis.

Ce n’est pas une innocence folle qui angoisse, c’est de voir le sens des réalités échapper par le biais de ceux qui devraient être des héritiers. La menace est plus profonde qu’avec des cas apocalyptiques (type Révoltés de l’an 2000) car l’adversaire ne profite pas des accidents des hommes normaux ou de l’Humanité – il va la surpasser, l’anéantir comme le sont chaque jour des formes de vie imbéciles, pas comme l’ont été des civilisations dignes d’être relevées. Le sinistrisme s’appliquant aux membres d’une génération avec l’éclosion d’une nouvelle est étendu au niveau maximal, jusqu’à ne plus être pertinent car la secte des sur-évolués aura une autre appréciation de l’Histoire – elle deviendra lisse et fermée.

Sans liquider le génie, il y a certaines redondances et banalités dans le point de vue (Body Snatchers de Ferrara est plus pertinent – et plus spectaculaire). Il germe une frustration qui n’est effectivement pas gommée, le final étant assez décevant, éparpillé et naïf sur le plan conceptuel (laïus sur l’émotion). Cela n’empêche pas le film d’aligner beaucoup d’idées intéressantes et de pousser plus loin les pistes de l’original, tout en incluant un commentaire sur le pouvoir et sa tentation de faire de la société entre ses mains un laboratoire. Cela concerne autant les enfants et leur micro-société à la rationalisation absolue, que les décideurs bien humains. L’individu est menacé par ces consensus impitoyables.

Note globale 74

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Halloween 20 ans après + Le Blob + The Crazies + Re-Animator + La part des ténèbres + The Faculty

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Les+

  • les enfants et surtout les scènes avec leur patronne
  • le style des trois principaux adultes
  • l’aspect implacable
  • prenant, efficace (plus rapide que les autres Carpenter, à bon escient)
  • convaincant grâce à ses manières et quelques détails éloquents (alors que les arguments par le verbe sont faibles)
  • la préférence individualiste, la défiance envers le pouvoir et l’ingénierie sociale
  • crédible la plupart du temps, grâce au ‘concret’ de la communauté (bien qu’on entre jamais dans les détails, les vies privées)

Mixte

  • complaisant envers le genre (sans devenir servile, en faisant ‘à la manière de’ Carpenter et pas des 50s)
  • l’éloge des émotions contre la duplication d’un modèle de perfection qui ferait de nous des machines snobs stériles
  • pourra sembler ridicule ou cheap à l’occasion, en partie à raison même si c’est voir de façon bornée (plus de 20 ans après, sans tenir compte des bons effets en contrepartie)
  • personnages

Les-

  • propos lourd et peu développé
  • le cas du sous-sol
  • le recours abusif aux yeux haut-en-couleurs
  • répétitif

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Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (7), Dialogues (5), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (8), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (5), Ambition (6), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (6)

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Note arrondie de 73 à 74 suite au re-visionnage de 2018 et à la redéfinition des notes. Critique complétée à l’occasion.

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 Voir l’index cinéma de Zogarok

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Une Réponse to “LE VILLAGE DES DAMNES & SON REMAKE ***”

  1. dasola mai 5, 2017 à 15:53 #

    Bonjour, je trouve que le remake de Carpenter vaut l’original, ce qui n’est pas le cas de tous les remakes. Les deux films sont bien faits car plutôt effrayants. On n’est pas près d’oublier les enfants aux cheveux blancs.

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