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THE THING (1982) ***

8 Juil

4sur5 Dans Halloween, John Carpenter postait les enfants devant un écran qui diffusait La Chose d’un autre monde de 1951. Ce film a été l’un des chocs clé pour Carpenter en tant que jeune spectateur. Porté par le triomphe d’Halloween, le cinéaste se permet donc plus qu’un remake de ce modèle puisqu’il élabore une nouvelle adaptation de la nouvelle à son origine, La Bête d’un autre Monde de John Wood Campbell. Selon les connaisseurs, cette version est largement plus fidèle.

Monument d’effroi, The Thing présente beaucoup de points communs avec Alien : la Chose est elle aussi une vie inconnue et imprévisible venue d’ailleurs, les vestiges d’un vaisseau s’avèrent la passerelle de la créature, le groupe est isolé du monde extérieur. Comme dans Hellraiser, une narration très classique se fait le support d’une merveille de construction.

The Thing fait partie des meilleurs films de monstre, genre hautement casse-gueule et sa créature conçue par Rob Bottin (Total Recall, Maniac, Seven) est une référence. Mais plus encore que les effets spéciaux très percutants malgré leur désuétude objective, c’est l’atmosphère de The Thing qui en fait un objet si remarquable. John Carpenter filme la base comme une prison et l’Antarctique comme le théâtre d’une apocalypse s’annonçant par indices. Outre la paranoïa contagieuse de l’équipe, la sensation dominante pour le spectateur c’est d’être au bord du cauchemar, en ne pouvant se retourner que pour voir en face sa concrétisation. Puis face à la chose et l’inéluctable catastrophe, c’est l’hystérie avant la résignation inquiète.

C’est une œuvre importante, mais mal-aimable. Souvent on le dit comme un éloge. Mais il faut voir tout ce que ça signifie. The Thing est donc, malgré toutes ses qualités et certaines scènes immenses, difficilement attachant. Il est terriblement sec, éprouvant aussi par sa sobriété et son sérieux absolus, sans le moindre gramme d’authentique humour (même Halloween peut davantage être drôle par à-côtés). Une lourdeur dans tous les sens du terme, qui contribue à la puissance du film comme au détachement qu’il peut inspirer

Dans l’ensemble de la carrière de Carpenter, il est à rapprocher de Prince des ténèbres. Avec celui-ci puis L’Antre de la Folie s’est profilé ce qu’on a qualifié plus tard de « trilogie de l’Apocalypse ».

Note globale 73

 

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Hurlements + Aliens vs Predator + Dreamcatcher + La Mouche + Horribilis + Annihilation + Silent Hill + Society + The Stuff

 

 

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PRINCE DES TÉNÈBRES ****

26 Avr

4sur5  Difficile à appréhender, Prince of Darkness est tenu par beaucoup [de ses adeptes] comme l’un des chefs-d’œuvre de Carpenter tout en étant son film le moins compris, voire le plus négligé. Rappelant, par sa lenteur et les circonstances de l’action (des individus isolés de l’extérieur contraints de s’unir face à une menace surnaturelle) The Thing, c’est un spectacle rude et candide, au style déroutant, à la mise en scène éloquente et la musique impressionnante.

Second de la Trilogie de l’Apocalypse (clôt par L’Antre de la Folie), Prince des Ténèbres est surtout une œuvre mystique (avec sa relecture anxieuse du dualisme) : détonnant dans l’univers d’un type aussi libéré que John Carpenter (plus tellement avec le recul et après Piégée à l’intérieur  –  ce qui n’empêche pas d’humilier des prêtres dans Vampires). Corruption de l’ordre moral (et de ses représentants anéantis), destruction de l’intérieur, renversement des valeurs et dégradation de l’Homme : voilà les manifestations de cette Apocalypse imminente.

Pressés dans une église pour manipuler une menace inconnue, les analystes se trouvent en vérité dans la gueule du loup – pire, du Diable dont le fils prépare son avènement. Comme dans Halloween du même cinéaste, nous sommes les témoins de la contamination inexorable exercée par des forces obscures, face auxquelles les hommes de foi et ceux de la science sont tenus en échec.

Si Prince des ténèbres est si spécial, c’est qu’il a tout, sur le papier et peut-être même sur le fond, pour être un nanar grandiloquent, alors que le spectacle est d’une virtuosité et d’une élégance rares (sans être noble – c’est normal – ni immédiatement aimable – c’est nouveau). Tout en sublimant ce parfum de série B si caractéristique de son cinéma, Carpenter se montre au sommet de son art avec son style claustro et ses angles paranos. La réalisation est calquée sur le récit, simultanément abstraite et littérale, glaciale et puissante.

Il n’y a aucune accélération, aucun emportement, les mouvements de caméra soulignent cette stase galopante. La violence est brutale, sa réception dépouillée. Aussitôt nous revenons à l’histoire générale, vers les éléments encore réfractaires. Ce rythme est celui de la Mort, éternelle et jamais consommée. Convoquant Orphée et sa reprise par Jean Cocteau, Carpenter s’inspire également de Lovecraft : la genèse du Mal (de l’Antichrist) se déroule dans l’indicible, l’indicible explicite, affichant ses stigmates et sa volonté, sans se laisser déchiffrer, donc maîtriser.

Côté casting, on note la présence d’Alice Cooper, leader des clochards anémiés, premières légions de ce Mal sans autre but que sa propre affirmation. Les acteurs fétiches et premiers collaborateurs de Carpenter sont là : Donald Pleasance (le docteur Loomis dans Halloween et la saga), Victor Wong. Seule fausse note assez grave du film, (quoiqu’elle apporte une touche de légèreté et de familiarité, susceptibles de rendre la satisfaction complète), plusieurs interventions sonnent cheap – celle de Dennis Dun devient éprouvante en VF (nuisible en général concernant les dialogues). Son personnage gravite encore dans le monde des Aventures de Jack Burton et apparaît en décalage total.

Note globale 84

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions… Réincarnations + La fin des temps + Conjuring 2 + New York 1997 + La Maison du Diable + L’Exorciste

 

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (9), Esthétique/Mise en scène (9), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (7), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (5)

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Les+

  • atmosphère exceptionnelle
  • musique
  • quelques plans géniaux
  • cette sorte de huis-clos
  • son hypothèse ‘mystique’
  • ce minimalisme

Mixte

  • kitschissime
  • dialogues

Les-

  • personnages peu fouillés
  • des incohérences et flottements (et l’aberration du stigmate sur le bras)
  • acteurs pas passionnants

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Note passée de 81 (82-83 sur listes SC) à 84 suite au re-visionnage en 2018 et à la réduction des notes possibles. Critique mise à jour (complétée) à l’occasion.

 

Voir l’index cinéma de Zogarok

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PONTYPOOL ***

14 Jan

pontypool

3sur5  Ce film à petit budget a fait des émules chez les amateurs d’horreur/fantastique scrutant toutes les sorties du genre. Conçu pendant la vague des films de zombies des années 2004-2009, il en est l’une des versions les plus originales et minimalistes. C’est un huis-clos dans une station radio locale, au moment d’une invasion de zombis. Le spectateur peut se sentir cobaye d’une sorte de gag systémique, il est en tout cas le témoin d’un spectacle au concept radical et casse-gueule. Pontypool est un film sur l’aliénation par la confusion et l’incompréhension : les ‘zombis’ sont les individus qui se sont abîmés à essayer de cerner ce qui dépassait (et empoisonnait) leur capacité d’entendement.

Le virus se transmet par la langue mais sa source est déjà ancrée : tout le monde en est porteur, c’est lorsque la raison s’applique à déchiffrer voir à manipuler ce qui se passe d’elle que les symptômes se propagent. Tout en ne montrant presque rien (l’essentiel passe par les mots, les abstractions collectives), Pontypool est travaillé par l’indescriptible ; le premier-tiers peut paraître abusif car il nous enferme dans le champ étriqué de l’équipe radio. Malgré le panache du récit et l’attention sur les aspects techniques, on peut s’impatienter car somme toute, les repères sont très clairs et toute cette mise en place est bien verbeuse. Puis les situations deviennent de plus en plus complexes (celles à l’extérieur aussi), les compte-rendus du réel toujours plus perturbants.

Tout le monde devine une menace profonde mais les perceptions sont incomplètes et il n’y a plus rien pour les encadrer. Les outils de conceptualisation connus jusque-là deviennent non seulement obsolètes mais également corrompus : en somme leur validité est attaquée et finalement ces éléments dépassant le cadre sont en train de démolir le cadre tout court, rendant inapte la conscience pendant que les instincts sont comme orphelins, dans le brouillard. Les frustrations induites par un tel exercice sont simultanément justifiées par sa logique absolue. Ce n’est pas un pop-corn movie mais son intelligence et son caractère insolite en font un véritable plaisir ; un parcours insolite stimulant grâce à ses constantes remises en question.

Note globale 68

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Lords of Salem + Detention/2011 + 28 semaines plus tard + Chromosome 3

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (5), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

. Voir l’index cinéma de Zogarok

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