QUATRE DE L’ESPIONNAGE / AGENT SECRET (Hitchcock) **

10 Nov

3sur5  Ce film de la période anglaise d’Hitchcok est assez atypique, voire subtilement déglingué. C’est un des mal-aimés de son géniteur, qui après-coup regretta le manque de panache ‘univoque’ du protagoniste ; plus spécifiquement, sa réticence envers sa mission. Mais la séance interpelle. Quatre de l’espionnage/Secret agent est plein de déviances qui en font une expérience divertissante et riche, si on met de côté la frustration due à sa légèreté et sa lenteur. Secret Agent (tiré du roman d’espionnage Mr.Ashenden de Somerset Maghaum) séduit par son humour et sa gestion du suspense plutôt que par un propos de fond. Il évacue les pentes ; il s’agit d’éviter les ‘sous-textes’ ‘hors-cadre’ comme les détails nécessaires à l’entretien de l’illusion.

Hitchcock berce le spectateur sans son consentement, tourne autour des caractères et d’une intrigue prétexte, où les réactions incongrues (cas de conscience et bouffées de candeurs déplacés) et les pièges de l’environnement changent une donne terre-à-terre malgré la nécessité pour ces gens d’entretenir des mystères. Hitchcock joue avec des fonctions et des figures prises à contre-emploi. Ça baigne dans l’ironie du trivial à la structure, du déclaré à la prestance des acteurs. La plupart des personnages sont rendus antipathiques, ou suscitent l’indifférence/la circonspection ; le couple à former fait exception mais leurs caractères aimables et raffinés ne leur garantissent pas une grande visibilité.

Les salauds prennent de la place ici, c’est presque un film choral avec des gens forcés ou feintant de s’accorder. Peter Lorre, marqué à vie par M le Maudit (aussi apparu dans L’Homme qui en savait trop chez Hitchcock), incarne encore une sorte de pervers manifeste, dont la face cachée ou refoulée (se découvrira vite pour le spectateur et) ne devrait pas démériter. Cette apparition bat des records. Il fume, porte une boucle d’oreille et est grossièrement basané dans les premières scènes ; un fêlé lubrique et arriviste. Il ressemble à un sous-mafieux mondain (le genre a été porté haut en 1931-32 via Scarface, Le petit César, L’Ennemi public, etc) aux petites et grasses manières de laiderons pédants et romanesques. Les scènes de colère ou autres émotions fortes placent entre le rire et l’embarras dédaigneux.

Quatre de l’espionnage est encore gêné dans sa visibilité par l’existence de Sabotage/Agent secret (adaptation de Joseph Conrad), tourné dans la foulée et dont le titre est objet de confusion (il aurait dû être ‘Agent secret’ en VO, comme son modèle ; les ‘restaurations’ étrangères ne font qu’en rajouter dans l’emmêlage). À l’époque (1936), Hitchcock venait de présenter L’Homme qui en savait trop et Les 39 marches, devenant un des nouveaux maîtres de la scène britannique. Le précédent opus introduisait notamment le MacGuffin, bientôt une marque de fabrique. Hitchcock est encore un jeune réalisateur et s’envolera bientôt vers les USA, où il exprimera des penchants propagandistes. Son premier film américain est Rebecca (1940).

Note globale 63

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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