ABATTOIR 5 *

20 Jan

2sur5 Abattoir 5 ou la Croisade des Enfants est un nom important de la littérature SF, un roman antimilitariste porté à l’écran par George Roy Hill, cinéaste souvent sanctifié par la critique (notamment pour L’Arnaque). Le film Abattoir 5 porte avec lui toute l’euphorie, l’intellectualisme sauvage et l’audace du cinéma de la marge des 70s. Cette adaptation aurait ravi l’auteur Kurt Vonnegut et est aujourd’hui tenue comme un classique mineur de la science-fiction sur grand écran, honoré par une ressortie en salles en 2010. Pourtant sa découverte est éprouvante, son propos superficiel, ses convulsions métaphysiques incroyablement vaines.

Tout se déroule autour du personnage insipide de Billy Pilgrim, ancien soldat du Viet-Nam jouissant de la faculté de voyager dans le temps. Avec lui, nous expérimentons le chevauchement de deux époques, son présent de 1972 et son infiltration dans la seconde guerre mondiale, où il est capturé par les Allemands puis assiste au bombardement de Dresde. Le procédé est passionnant et participe d’une mise en scène haute en couleur ; mais à force de brasser entre les genres et les tons, Abattoir 5 n’est bon qu’à jouer, comme il le fait avec son gadget spatio-temporel. Et il n’accouche de rien ; rien d’autre qu’une course hystérique, sans objet solide pour étancher sa fureur ; sans volonté suffisante pour accomplir ses intentions. Et s’il n’ose pas être un pensum, il n’a pas non plus la subtilité nécessaire pour éviter le ridicule ou les lieux communs, lesquels se nichent dans tous ses sous-entendus, ses dialogues, sa morale et ses visions.

Mais la véritable raison de la souffrance et de la fatigue ressenties est ailleurs. Il est très désagréable d’être ballotté et perdu dans un torrent de péripéties sans issue, entiché d’un héros sans aucune maîtrise et pire, sans aucun désir de prendre les commandes ou même de saisir la nature de la situation. Celui-ci campe la position du spectateur omniscient mais sans volonté ; mais ça ne marche pas, car sa conscience est aussi endormie et il n’y a rien chez lui, sinon l’accommodement à tout et quelques affects imprévisibles. Cette passivité, déjà inscrite dans le livre de Vonnegut, agit en sa défaveur au regard des auteurs eux-mêmes, puisque lors de ses scènes de vie  »actuelle », il le montre dans une condition confortable et ennuyeuse, assez imbécile par endroits ; il y a là un regard de non-conformistes sur des valeurs sociales américaines à bout de souffle – et même de cohérence.

L’ensemble vire sans prévenir vers le commentaire sur la société du spectacle à travers le dernier acte  »trafalmadorien » ; dans une capsule suspendue dans l’Espace, Billy est captif avec sa compagne (Montana Wildhack, une star aux prestations dénudées dont c’est le seul grand rôle), devant un parterre invisible. Cette rupture de ton et de contexte s’inscrit marque l’apogée de cette espèce de bouillonnement permanent tournant en rond pour finalement s’étaler lamentablement. C’est d’ailleurs ici qu’est tout le sens : car Slaughterhouse-five est un film partagé entre l’hystérie à vide et les détails se répondant, parfois dans la séquence, parfois à l’autre bout du film. Naturellement, cette boucle n’a pour vocation que d’exprimer l’absurdité tragique de la condition humaine (le livre lui aussi traitant d’angoisses de mort et plus généralement de fin – également celle de l’univers) ; mais jamais ce qu’établit le film n’a de consistance intrinsèque ; et jamais non plus il n’exerce de fascination, car il ne sait pas étonner, insinuer, ni donner. Il crache ses jets d’inspiration dans tous les coins, sans autre mobile qu’un second degré de lecture lapidaire et émoustillé.

Face à Slaughterhouse-five, on est au moins ravi de son originalité, des parti-pris radicaux et des essais formels et métaphoriques ; mais ces beaux restes pourraient devoir autant au scénariste Stephen Geller qu’au modèle de base. On peut alors finalement se demander quel est donc l’intérêt intrinsèque d’Abattoir 5, sinon de renforcer servilement l’existentialisme anxieux de Vonnegut et se complaire dans une supercherie conceptuelle ressemblant à une thèse d’enfant capricieux et hautain. Abattoir 5 donne la sensation d’une déprime idiote et volage.

Note globale 38

Page Allocine & IMDB

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 Voir l’index cinéma de Zogarok

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