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JOKER ****

17 Oct

4sur5  Tous ces (d)ébats éthiques et policiers sont naturels – naturellement futiles puisque le film se met dans une position irrécupérable pour n’importe quelle cause, à moins qu’elle soit nihiliste ou de mauvaise foi. C’est différent pour les individus qui pourront y trouver matière iconique. Arthur le pré-Joker est irrésistiblement sympathique (ou pathétique). On est invités à vivre ou sentir sa misère, embrasse son point de vue avec ivresse ; en même temps on peut garder ses distances car il est trop taré, mauvais ou répréhensible malgré tout ce qui plaide en la faveur de ce clown ou de son pardon. On le voit tel qu’il est et parfois comme il se voit, on voit le monde comme lui le voit et parfois comme il est. On disparaît dans notre fauteuil lors du pire moment de solitude, inévitable et dans lequel lui plonge avec candeur ; la mise en scène abrège le calvaire [du stand-up] pour une digression d’autant plus tranchée et positive.

Le Joker est à la fois désacralisé et renforcé humainement. Tous les éléments physiques du mythe sont reliés à des handicaps ou dégâts neurologiques appelés à être sublimés. Son rire pathologique n’intervient jamais innocemment. Ces hilarités inappropriées se retrouvent souvent chez des sortes de schizophrènes, ou s’avèrent le fruit d’embarras ou d’émotions trop intenses ; dans son cas, au-delà de sa vérité biologique, c’est son résidu de protections qui craque alors que s’insinuent son âme et son jugement authentiques. En donnant dans le malheur systématique et le pathos à volonté le film devrait se résumer catalogage lourdingue d’A Beautiful Day, mais ce qu’il a en plus (car effectivement il marque peu de points en terme de subtilité ou d’originalité), outre la bande-son édifiante, les décors oppressants et les couleurs asphyxiantes, c’est la radicalité commuée en vocation : l’exposition d’un antihéros dans son premier acte, en train de se vautrer à chaque marche et se relever avec une détermination hagarde.

Habituellement avec Batman, nous avons le point de vue des ‘gentils’, mais aussi souvent un plaidoyer socialement réactionnaire et élitiste, voire ‘despotique’. Zack Snyder a logiquement débarqué dans le secteur et dirigé un Bat v Superman qui pourrait rétrospectivement éclairer les ambiguïtés de Watchmen. The Dark Knight Rises était plus prudent mais peut-être plus accompli encore sur cette ligne. On y retrouve cette admiration (plutôt qu’une déférence) et cette identification envers ces êtres supérieurs, architectes du monde où pullulent les éléments insignifiants, mais aussi parfois jaloux et destructeurs (comme les meutes d’Occupy Wall Street, ou celles acclamant le Joker, ou simplement les microbes qui lui servent de voisin).

Mais aujourd’hui nous sommes du côté de la contestation voire de la liquidation. Il y a le soulèvement populaire, la colère contre les riches de ceux qui n’en peuvent plus d’être des ‘clowns’ donc des imbéciles pour ceux qui ont réussi. Le film est voué à une résonance large, politique dans la foulée : dans son orgie de violence finale, il y a autant de quoi ravir les lanceurs de cocktails molotovs que le supposé cœur de cible ‘incels’ et alt-right d’après les éclairés de la plume et de la critique. Bien sûr ce spectacle obscène et émotionnellement puissant ne peut que plaire en masse, mais il plaira aussi spécialement, à moins qu’ils se sentent obligés, aux véritables psychopathes et impulsifs, puis à tous ceux qui cèdent à l’auto-apitoiement pointé par le présentateur certes pas à un amalgame près, mais pas non plus dans le faux.

Aussi Joker va naturellement parler aux désaxés et nullités sociales en tous genres, donc aux opprimés silencieux auxquels les défenseurs des droits nouveaux et des rentes de l’inclusion n’ont rien à dire et dont ils ont peur car au mieux pour eux ils posent question à leur installation. Pour autant le personnage ne livre rien directement, tout au plus son cheminement peut servir des gens démagogues, des pleurnichards ou des séditieux par nature. Son discours est pauvre et plus opportuniste que profond. Il consiste principalement à déplorer les incivilités – c’est discutable et c’est surtout lui qui ne reçoit aucun égard. Par là on sent bien à quel point Arthur est animé par un stress plus égotique que Franck dans God Bless America, où le gars vit un sincère souci moral.

Indifférent à ce que cela implique à terme, cette Valse des pantins poisseuse prend parti pour sa créature : une victime, un loser et un fou – qui après la séance deviendra l’emblème d’une insurrection permanente, exultant la rancune envers une société dont on ne tire que les miettes, où on est rien et pour laquelle on a plus d’estime. C’est de la pure destructivité et un égoïsme hideux poussé dans ses retranchements, pas tellement du populisme ou de l’anarchisme, simplement les légions derrière ces notions connaissent ces sentiments et contiennent, avec les refuges psychiatriques, le plus grand nombre de cafards immédiatement reflétés par ce Joker. L’écriture et l’appréhension du personnage sont fragiles à bien des égards mais le film réussit à rendre cinégénique sans la dénaturer la folie. Ou du moins un certain type ; cet exemplaire-là est misérable puis flamboyant, aigri ou exalté, éteint et passablement servile mais à d’autres moments agressif, débile ou impressionnant. Seule unité : l’éloignement constant de la lucidité – donc de la condition du Joker incarné par Heath Ledger, trouble-fête renonçant à son humanité et terroriste parfaitement conscient du jeu.

La mise en scène emploie des éléments pas du tout cartoonesque, réalistes et même cafardeux, comme la pauvre gentille maman abusive ; l’indigence à perpétuité ; le regrettable besoin d’amour ou de reconnaissance ; l’aspect désolant d’un vrai fou et justement ce moment où une expérience est tellement absurde et navrante qu’elle en devient effrayante. Tout ça est commun. Ce ne sont pas des trucs ‘spectaculaires’, même si dans un film on rend la chose fascinante (en évitant les dégueulasseries inhérentes) et que celui-ci arrive au moment où ils prennent une dimension forte (sauf qu’avant il y a environ trois décennies de barbotage). Le problème est d’ailleurs dans ce semblant de misérabilisme, heureusement transcendé mais néanmoins point de départ et ‘rempart’ de tout l’exercice ; Todd Philips l’a explicité et on sent, du moins au lancement, que le film a été nourri par la volonté (que ce soit par amitié ou curiosité) de présenter un bon garçon basculer vers les ténèbres. Ce n’est qu’une accroche et il vaut mieux la laisser couler, sans quoi la séance sera une véritable épreuve, un moment bien triste et finalement inquiétant. À la place il vaut mieux rire avec Arthur qui n’a pas choisi son handicap grotesque, ne comprend rien aux traits d’esprit et se noie dans sa candeur déplacée et ses retards inoculés par son ignoble maman aux yeux de laquelle il est un bon petit chien indépendant. Tout cela est aussi drôle que cette scène où des yuppies puants de certitudes et de bêtise assermentée sont dérangés par l’irruption d’une aberration – et le bouffon à la piteuse bonne volonté devient réfractaire et alors l’humour devient glorieux et savoureux.

Arthur comprend, ou à défaut décide « I used to think that my life was a tragedy but now I realize it’s a comedy » : c’est exactement ce qui rend le film réjouissant voire excitant – qu’il recouvre cette perspective le gâcherait s’il n’en tirait pas d’ironie et ne laissait pas place à cette confusion intérieure. Et c’est exactement le meilleur état d’esprit quand l’existence d’un être, voire lui-même comme chose humaine, sont lamentables : à quoi bon s’engourdir dans la tristesse ! Il faut bien en revenir si on s’accepte condamné à vivre. Et s’il n’est pas un agent conscient il est très vite un symptôme réjouissant : son rire aberrant se heurte aux efforts de sérieux des autres, à leurs convictions fermes et crétines (comme cette maman persuadée de protéger son fils de ce qui ne saurait être qu’un prédateur ou une influence toxique) ; au bar, déjà dans le public il casse l’ambiance. Il scie lui-même la branche de l’humour sur laquelle il veut débouler ; c’est une sorte de blob involontaire qui ne laissera aucune magie et aucun vernis résister, hormis ceux de sa mise à feu (qui n’est pas là pour illuminer le monde ou apporter la justice). Arthur est un déchet humain égaré dans un univers qui n’en finit pas de mourir ou se réformer. Pour les urbains esseulés son parcours peut être une sorte de purge, spécialement lors du massacre dans le métro. S’y répand une rage insouciante seulement ajustée par l’ordre du jour. On est pas ou plus au stade ‘politique’ mais vital. Dommage que cette trajectoire soit nettement encadrée dans l’espoir de lui garantir un sens ‘objectif’ et d’illustrer ce qui doit être une pente fatale vers le crime et un surcroît de démence. Mais les performances ne seraient peut-être pas si éloquentes et la beauté du film pas si éclatante sans cette artificialité et ce surplomb éthique heureusement mal assuré. La scène des toilettes en est le symptôme flagrant – un paroxysme décrété avec une solennité et une douceur qui sans tiédir le délire tendent à le singer (avec virtuosité) ; les danses ultérieures, spécialement celle dans l’escalier et même celle malhabile sur la voiture accidentée, ont davantage le goût de la liberté et de l’accomplissement dément.

Note globale 78

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Suggestions… Bernie + Old Boy + Les Ardennes + Killer Joe + Le Loup de Wall Street + Excalibur + Blow Out + Gacy + Two Lovers + Requiem for a dream

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CEUX QUI TRAVAILLENT ***

26 Sep

3sur5 Focus sur un homme d’âge mûr en position de petit lieutenant de ce qu’un citoyen d’aujourd’hui doit typiquement pourfendre sans jamais vraiment gratter, éventuellement en fuyant vers l’émotion – ce que le film laisse faire à qui le souhaite. Ça y ressemble mais ce n’est pas un film social gentillet et finalement crétin mais publiquement irréprochable comme l’ensemble de ceux tournés avec Vincent Lindon (et justifiant son jeu pour le moins restreint) ou les dernières livraisons de Ken Loach (comme celle avec le vieil imbécile Daniel Blake). Il reste détaché, ramasse sans forcer la critique du capitalisme, du travail, de la mondialisation, tous vecteurs d’aliénation (sans laquelle on est hagard). Dans ce mode mineur il évite la stupidité mais aussi de répondre au sujet, sauf sur le plan moral retourné d’une façon qui deviendrait poisseuse si le point de vue livré n’était pas si ouvert.

L’humour est au diapason (il porte généralement sur l’inertie émotionnelle du type et l’indifférence ou l’égoïsme cru des gens) : l’être éclairé et bien éduqué aura ce petit rire en un souffle plein de déférence aux vertus cardinales, le ricaneur va se réjouir de tant de nihilisme cordial, celui qui se reconnaîtra dans ce personnage ou tient pour inévitable son attitude ignominieuse pourra s’esclaffer intérieurement. Ceux qui travaillent pourrait aussi flatter ces cadres sup’ souffrant de se sentir larbins AAA et redoutant d’avoir à se le faire confirmer ; plus généralement il va parler à tous ceux qui éprouvent ou redoutent le déclassement. Quand Franck se présente à un rendez-vous, il est droit et honnête, prêt à coopérer mais sans vendre davantage que sa force de travail ; or l’interlocuteur attend qu’il joue le jeu complètement ou qu’il dégage (ou les deux simultanément ?). Franck n’a pas compris qu’au bout du bout les règles éthiques n’ont réellement pas d’importance primordiale et qu’il n’a raison que sur le rayon des apparences.

Ceux qui travaillent pratique un petit jeu à la fois facile et audacieux. Facile car il se débarrasse de ses propres responsabilités avec son issue penaude ironique tout en livrant une seconde partie plus propre et rassurante. Il ne montre jamais le plus directement troublant, tout en ayant des plate-bandes et une vocation toutes-faites (et Le Couperet comme antécédent, sans comme lui donner dans le thriller). Il est pourtant audacieux car mal-aimable avec son absence de repères clairs ou de manichéisme, sa façon de pousser à l’empathie avec cet antihéros présenté comme l’homme du sale boulot nécessaire. Concrètement le film ne salit jamais son antihéros, en même temps il ne retient aucune information externe cruciale, or une grande partie est accablante. Sa maison est triste et finalement ses sacrifices pourraient ne pas valoir le coup dans l’œil du spectateur comme du réalisateur ; Franck ne fait que poursuivre une vie de labeur et de remplissages sans laquelle il est démuni et peut-être se sent plus vide et nul qu’un autre.

La thèse sous-entendue semble culpabilisante ou plutôt ne semble devoir être avouée que comme telle ; il y a de quoi se demander s’il n’y a pas plutôt une forme de fatalisme, voire une attirance envers le ‘mal’ simplement digérée. À l’instar de la famille qui aimerait mieux rester aveugle et notamment du fils cadet ingrat, consommateur débile, nous [spectateurs et citoyens ‘forcément’ indignés par les ‘dérives’ du capitalisme globalisé, par le mépris de la vie et par le sort funeste des migrants] serions tous impliqués. L’aîné, l’enfant qu’on voit le moins, est ouvertement et sans mesquinerie attiré par la violence. Pour cet héritier direct la pourriture du monde n’est pas un problème ; comme papa, il accepte ses lois sans rien états d’âme ni quelconque réflexion. Mais papa y a été contraint et s’est senti un salaud, quoique surtout à cause du monde extérieur.

La force de ce film c’est d’afficher cette solitude des ordures (très ordinaires), qui ne sont que des rouages loyaux ou des professionnels pas spécialement dégueulasses ni spécialement angéliques, en fait des gens qui s’en cognent ; justement tout le monde s’en fout ou tourne la tête avec dégoût, il faut simplement passer ce petit malaise ou le gérer avec des masques aux prétentions nobles. C’est donc presque énervant en sortie de séance car ce film n’avance à rien, veut être prêt à tout dire et ne s’attache qu’à rester dans la compassion clinique et l’expectative critique ; néanmoins il apparaît valide pendant la séance et avec le recul, grâce à cette banalisation de la monstruosité, que ses concurrents ou que les gens percevraient trop vite avec horreur ou dégoût et criminaliseraient simplement. La journée pédagogique où le terrain est privilégié au centre de décision, le métier à son seul chapeautage par la hiérarchie, compense ce flirt avec le cynisme par une louche de démagogie et d’un bon sens plus accessible ; au moins, pour une fois, la démagogie arrive avec du contenu plutôt que des postures (et le prof-émissaire n’a aucune crédibilité pour nous enseigner la vertu).

Aura-t-on avec Russbach un nouvel Haneke qui aime à se répandre froidement dans la fange en nous pointant du doigt ou en ne nous laissant en option ‘viable’ qu’à faire comme lui et dénoncer avec une morgue sinistre – ou vomir car c’était excessif ; ou bien un auteur attiré par l’ombre et qui l’assume sans chercher à poser des petites briques à l’ombre du ‘cinéma social’ qui lave de tout tant qu’on peut convertir sa matière en réflexions bien-pensantes, fussent-elles éprouvantes ? Est-ce le début d’une œuvre originale et joyeusement inconfortable nous invitant à regarder l’espèce en face, ni en la surplombant ni en la vénérant, ni même en se souciant de l’excuser ou de l’aimer trop fort ? Les deux prochains opus de cette trilogie sur l’ordre contemporain devraient y répondre : rien que la désignation de ‘ceux qui prient’ pour nos âmes apportera un signe probant.

Note globale 66+

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Suggestions… Corporate + Le septième continent

Les+

  • prend un angle presque courageux
  • Gourmet parfait
  • la première partie où le monstre croit encore à lui et à ses chances
  • les dialogues et les silences
  • la maison triste

Les-

  • techniquement juste opérationnel, rien de renversant
  • la fin un peu planquée et la seconde partie plus compatible avec le consensuel et l’indignation citoyenne bien avertie

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AKINJEON / LE GANGSTER, LE FLIC ET L’ASSASSIN **

17 Août

3sur5 Polar descriptif et assez prosaïque, divertissement fiable et efficace. Le niveau est celui d’un film d’exploitation contemporain secouant et cognant allègrement son petit monde. C’est à proscrire pour les spectateurs en quête d’originalité, à recommander pour ceux lassés des thrillers timorés. Pourtant les bavardages ne sont pas exclus : le film est lent pour lancer les réelles hostilités et boucler la collaboration. Il préfère traîner autour des motivations des deux protagonistes. Comme il ne vise pas de grandes découvertes ou des sommets d’intelligences, il aurait gagné et nous aussi à se passer d’explications – éventuellement pour multiplier les démonstrations comme celles introduisant ses champions, quoique le résultat soit déjà gratiné.

Les portraits ne sont pas géniaux mais les profils assez truculents. Le gangster est un pourri blasé paroxystique mais taiseux et sans méchanceté fondamentale – un Clint avec des responsabilités. C’est clairement le leader de cette galerie emplie de testostérone où les individus sont plutôt agréables mais pas respectables (ou parfois joyeusement méprisables et idiots, même s’il y aurait de quoi pleurer, par exemple de ce larbin fanatisé). Le flic est le plus turbulent – un jeune fougueux, quasiment un chien avec la ruse en bonus, qui ne volera pas ses deux coups dans la colonne. Le démon de l’affaire est une sorte d’ovovivipare transi mais exténué avec la peau grasse et les idées sombres. Son intérêt (encore plus que celui de Don Lee) tient à sa gueule et son attitude : on dirait un croisement entre le nain diabolique de L’homme au pistolet d’or, un autre hippie dissident de l’époque Charles Manson et Gaspard Ulliel dans Hannibal les origines.

Les scènes d’action sont musclées (avec une poignée de détails burlesques ‘sans le faire exprès’) tout en restant loin des références telles que Raid 2. Les manques techniques se font alors sentir, notamment lors du passage rempli d’éclats de verre. La vraisemblance dans l’ensemble potable est jetée aux oubliettes le temps d’une bagarre seuls contre tous aux conclusions dignes d’un cartoon. L’esthétique peut se faire kitsch, en particulier lors des descentes surmontée d’un petit air ringard et dynamique. C’est raccord avec le mépris de la subtilité et les lettres du titre couvertes de sang. La fin livre sans surprise un incitatif à la peine de mort digne de Schumacher (8mm, Le droit de tuer), puis une image finale où la confusion des démons semble l’emporter.

Note globale 58

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Suggestions… The Chaser + Hard Day + The Spirit

Les+

  • énergique et tient ses promesses
  • Ma Dong-Seok
  • l’once de drôlerie

Les-

  • des démonstrations voire des scènes répétitives
  • bas de plafond

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JE PROMETS D’ÊTRE SAGE **

14 Août

3sur5 La conception n’a pas l’air éclatée mais le film semble au carrefour de plusieurs autres. C’est comme si un auteur avait voulu planter les graines de son œuvre à venir, en évitant de trop dépareiller, donc de prendre à bras le corps un de ces projets de film. Au départ la séance donne des indices de comédie familiale triviale (certainement le rôle de Magalie la sceptique maternante) correcte et garantie sans nervosité. Pourtant déjà on sent que le film va tourner mal ou à n’importe quoi (le four au théâtre en ouverture est aussi là pour ça). Tout est calme (et le restera) mais il flotte une petite odeur inquiétante en même temps que la perspective d’une libération.

Effectivement le film va prendre des tangentes, ou plutôt flirter avec et se rétracter. La fin en attesterait sommairement si elle n’était pas d’une immoralité et d’une envie de poésie si flagrantes. La comédie désuète est utilisée comme une espèce de matelas [de secours pour accrocher au film et le faire tenir debout] ; sur ce terrain, le travail est fait, les gags sont laborieux. Un humour atypique pointe constamment, un cynisme serein cherche à s’imposer. Le tandem le cristallise ; en-dehors de lui, on se sent dans une comédie dramatique tatillonne, avec la hauteur et les moyens d’un téléfilm.

Les personnages et interprètes sont de loin le point fort et le seul quasi uniforme (on peut préférer dire ‘mûr’). Le cadre et les gens sont normaux, leurs excentricités sont celles que chacun pourra croiser. Ils semblent avoir une vie en-dehors du film, ce que ne peut pas revendiquer toute la concurrence, même lorsqu’elle s’adresse aux adultes. Avec cette Sybille Je promets d’être sage aurait pu aller loin. Introduite comme une négativiste, elle s’avère une sorte de psychopathe proche de Marina Fois dans Irréprochable, elle aussi en lutte désespérée contre l’humiliation de sa situation. Mais c’est davantage une évitante agressive : elle a du mordant et apparemment de l’assurance mais pas de plan. Sa misère est plus profonde que celle de ces autres qu’elle méprise – et continuera à mépriser quoiqu’il arrive, car au-delà de la mise entre parenthèses (ou de la subordination) elle ne semble pas avoir d’autre façon d’encadrer l’altérité.

Le film ne cache rien de ses petites fourberies et ose les valider. Il souligne cet opportunisme propice à des lâchetés comme à du pur romantisme. Puis il s’y attache et se perd alors. On dirait la victime d’un de ces odieux connards en train de donner carte blanche – et se plongeant dans la rêverie ou l’abandon de soi pour s’assurer que tout ira bien. Jusqu’au-bout cette tentative curieuse en eaux banales semble rabougrir sa vocation pour s’inscrire dans un compromis qui, sans les qualités de jeu (ou de présence) de Léa Drucker et Pio Marmai, serait un film creux à l’improbable potentiel.

Il vaut mieux y aller sans rien en savoir. Dans ce cas on est baladé entre des trucs diversement réussis, assurés mais sans éclats, parfois poussifs (au rayon de la pure comédie, du conflit ordinaire). Si on en sait ne serait-ce que le synopsis entier, on verra simplement un film slalomer et finalement retarder le nerf de la guerre (c’est-à-dire le lancement des escroqueries), où il n’a pas grand chose à explorer ni raconter (les flash-back d’un épisode de Lost étaient déjà plus complets).

Note globale 56

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Suggestions… Prête à tout + Jusqu’à la garde + Ober / Waiter ! + Chien/Benchettrit

Les+

  • les caractères
  • les deux principaux acteurs
  • relativement original et pas obnubilé par les supposées attentes du public

Les-

  • pas sûr qu’il ait trouvé le ton juste, régresse régulièrement
  • peut donner une impression de remplissage

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RIEN SUR ROBERT ***

5 Mai

3sur5 Robert/Luchini est un critique de cinéma ; un type pédant, faiblard (à force de réticences ?) et un peu gland, style Woody français mais en méchant et suffisant, transpirant les petites tares et la post-aigreur, ou le désespoir digéré. Bonnaire est son amie, une sous-rebelle abonnée aux rôles de commis – où elle tire la tronche ; son personnage va évoluer et se découvrir.

Ce film de Pascal Bonitzer vaut pour son humour et ses personnages, avant tout celui du titre, une chère ordure. C’est le type égocentrique mais complexé, qui réagit pas ou mal (notamment lors du dîner où il est non-invité, face à l’assemblée dominée par une espèce de vieux patriarche tordu). Il est « sans élan et sans force » selon le vieux (Michel Piccoli), ce qui n’est pas totalement juste ; c’est plutôt un lâche. Il se dérobe à tout, mais profite des acquis. Une vague de mépris lui tombe dessus, il n’en est même plus à encaisser le coup.

C’est ce qui fait son charme, mais il ne dort pas pour autant ! C’est bien un connard rigide accompli, un parisien cultivé et orgueilleux fidèle à sa mauvaise humeur ; éprouvant, tyrannique quand il peut – l’égocentrique est souvent arraché à ses bougonneries, alors à chaque contrariété (et il y en a tout le temps, car les gens ne cessent de l’interpeller -avec leur sensiblerie et leurs propres besoins égoïstes- ou lui répondre à côté) il pique ses crises. Pourtant il n’intimide pas, semble même ne pas gêner non plus (!), au mieux il dégoûte, en général tout juste il agace – ou lasse – et il crispe et désespère sa propre mère. Il est plaintif, comme un tourmenté de la pire espèce ; ses scrupules sont pour lui, sa santé, son état – pas pour dehors, pour les autres, même les objets de sa profession.

Avec l’évasion dans les Alpes Rien sur Robert vire au simple film de mœurs, ou de relations sentimentales – puis se traîne après le retour. Heureusement l’infâme saura reprendre la main au dernier moment, montrer sa vigueur, mais aussi la dégueulasserie de son caractère !

Note globale 66

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (2), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 67 à 66 suite à la mise à jour générale des notes.

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