Tag Archives: torture porn

CAPTIVITY *

1 Fév

2sur5  Avant d’être un naufrage, Captivity est surtout une anomalie. Son existence interroge. Que vient faire sur les plate-bandes de Saw le cinéaste Roland Joffé, lui qui délivrait dans les années 1980 la Palme d’Or Mission ou encore La Déchirure ? Pourquoi s’acoquines-t-il avec Larry Cohen (producteur des Maniac Cop) pour fabriquer cet étrange objet ? À quoi bon si c’était pour un tel produit, si maladroit, rappelant les derniers crus de Argento ?

Soit on estime que Roland Joffé, pour revenir, a simplement surfé sur la vague du torture porn, alors à son zénith (2007). Soit on préfère le croire moins bassement cynique et suppose qu’il a tenté sa lecture propre de ce sous-genre ; une relecture de cinéaste expérimenté et autrement évolué que les faiseurs hasardeux et goreux peu vigilants qui sont les fournisseurs habituels de ce genre de produit.

Tous les détours utilisés pour allez vers le torture porn soulignent l’inadaptation de Joffé. La violence est là, outrancière, mais sinon la pluie d’acide elle est quelconque et n’a guère d’impact. Entre les références fondamentales, à savoir Cube et Saw, Captivity n’est pas grand chose, sinon un catalogue d’esthétisme glauque forain et nouveau riche. L’ensemble n’est pas tant banal que carrément pauvre.

Peu crédible, Captivity l’est autant par manque de moyens que de calcul. La séquence du bar est un sommet de ridicule. Que penser de ce mannequin taciturne se baladant avec son chien ; et au milieu des nightclubbers adaptés, s’amener en semi-créature de giallo pour glisser sa dose de GHB, est-ce bien raisonnable ?

Et puis Captivity renvoie à une autre référence, Nip/Tuck, en présentant comme dans la saison 3 de cette série un tueur moraliste écoeuré par le culte de la beauté plastique qui irait à l’encontre de la nature féminine. Ce n’est qu’un os à ronger pour le spectateur car Captivity n’en fera rien et a même été chercher cette posture pour meubler.

En vérité, Joffé se démène jusqu’au changement de perspective. Il nous réserve un beau rebondissement 25 minutes avant la fin et il valait bien cette inconstance. Voilà une vrai idée, de pur romantique. À défaut d’être exploité pour lui-même à bon escient, le syndrôme de Stockholm est un bon prétexte. Au moins dans l’idée, car naturellement tout cela tourne à la bouffonnerie involontaire (le réveil du frère).

Il y a néanmoins dans Captivity un charme zeddard indéniable, quelques promesses, mais dois-t-on excuser un film aussi brouillon sous ce prétexte ? Le spectateur a trop à faire pour réparer ce produit et allez au bout de ce qu’il engage, remplir les cases, imaginer à sa place. C’est plutôt une berezina modèle.

Note globale 40

 

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Suggestions… Bug + Saw 3 + Saw 5

Passage de 39 à 40 avec la mise à jour de 2018.

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THE BUNNY GAME *

6 Juil

bunny game

2sur5  Tourné en 2008, The Bunny Game a été présenté au PollyGrind Film Festival (à Las Vegas) en 2011, où il a obtenu plusieurs récompenses. Il génère rapidement de vives controverses en raison de ses scènes de violence et de sexe non simulé, allant jusqu’à être interdit au Royaume-Uni. Il connaît une sortie limitée aux USA et est renvoyé au marché DTV pour le reste. Il sera alors honni, rejeté en masses voir hai, récoltant des appréciations désastreuses, pour quelques timides compte-rendus plus nuancés.

Toutes ces émules autour de Bunny Game sont assez étonnantes. Adam Rehmier n’a pas forcément réussi son film mais a le mérite de présenter un torture porn arty, détonnant dans les deux sens. Haneke a pondu un ado effrayant dont la figuration chez Larry Clark a tourné au bad trip fatal. Le spectateur suit l’enfer d’une prostituée, qui commence à être un peu trop finie et pleure à chaque passe. Lors d’une de ses quêtes zombiesques, elle tombe sur un client autrement hargneux. Il va l’emmener dans son camion, la retenir dans le désert et la torturer.

L’action se déroule sur plusieurs jours, mais les repères temporels sont quasi absents au même titre que l’expression des motivations du bourreau. Le film est traversé par de nombreux moments de perditions ; des égarements bien vigoureux. Ces flottements sont cohérents avec l’héroine et sa destinée, puis en fonction de cet enfer dans un semblant de garage. Bunny Game ne propose pas le néant pour autant et ne joue pas le coup de la vidéo amateure aveugle (cas de August Underground et de l’ensemble des found footage).

Il oscille entre immersion scabreuse (cris, expérimentations, jeux malsains) et distance d’esthète ; la séance a donc un goût étrange, suscitant ennui, sidération, curiosité, le tout avec plus ou moins de force et surtout de circonspection. Car on patauge tout de même et il n’y a pas de suspense, juste de l’attente et des délires, au sens propre, quoiqu’il manque une clé et tous les liens qu’elle ouvrirait. Dans les dernières vingt-cinq minutes (sur 75), c’est le temps du happening costumé et de séquences plus agressives, sans revenir au flirt avec le porno de l’ouverture.

Le climax approche – à moins qu’il ne s’éternise sous nos yeux ? Bunny Game est assurément frustrant de ce côté : il propose quelques images fortes voir perturbantes, mais reste interdit devant son sujet, quitte à consacrer son énergie à se planter. Les routiers du trash seront sans doute plutôt stoiques, le public moins averti pourra être sali et consterné. Rahmier laisse une espèce de Tetsuo lynchéen en chantier, obscène mais aussi chic & cheap. Il est peut-être sous influence du mystérieux Pig, court-métrage macabre de 1997.

Note globale 36

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… The Oregonian + 9 songs + Incubius (1965) + A Serbian Film + The Human Centipede

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