THE WICKER MAN ***

27 Mar

4sur5 On dirait que les surréalistes se sont invités pour traduire un monde qui n’existe pas. Passé inaperçu à sa sortie en 1973, The Wicker Man a rapidement fait parler de lui pour devenir un film-culte (et maudit), souvent célébré par la critique et les classements en tous genres, tenu comme l’un des meilleurs films britanniques ou encore qualifié de « Citizen Kane de l’horreur » par la revue américaine Cinefantastique (1977).

Hybride. En vérité, The Wicker Man est un inclassable, un film transgenre, généralement rangé dans l’horreur ou le fantastique, mais s’avérant plutôt un drame entre ubuesque et tragique, mixant Bunuel et un Gene Kelly halluciné, multipliant les numéros chantés outranciers et revendiquant les penchants carnavalesques.Imaginé par Anthony Shaffer (scénariste de Frenzy), le scénario confond de multiples registres, adoptant des manières de comédie musicale et de thriller psychologique, tandis que la réalisation de Robin Hardy aspire à réinventer le genre horrifique, prenant le contre-pied de la Hammer déclinante tout en lui empruntant Christopher Lee pour un rôle-clé (et le favori de l’acteur, alors désireux de se débarrasser de son association aux vampires). Loin du gothique dans la forme, loin du macabre dans le sujet, The Wicker Man est irradié par les éclairages naturels et le printemps luxuriant de l’Écosse ; son naturalisme renforce la proximité et l’étrangeté, tout en créant un climat unique, où la clarté et l’allégresse ne dissipent jamais cet indicible poison malsain.

Atmosphère. Plus que par son suspense ou même sa dialectique doctrinale, The Wicker Man s’impose par son charme puissant et l’exotisme entre fantasme (l’île de Summerisle n’existe pas) et réalité (décors authentiques, véritables chansons locales, païennes ou paillardes). Les ébats de ce monde en vase-clos, tribal, mystique et festif, avec ses folklores euphoriques, sa sexualité libérée et son naturisme courant, déroutent et fascinent. C’est à la fois inquiétant et exaltant : on rêve d’entrer dans la danse alors que la voix de la raison, étouffée par la curiosité, nous supplie d’honorer l’évidence et rebrousser chemin. En se heurtant doublement à ce micro-climat, le lieutenant de police Howie, par son attitude, amplifie le sentiment de désorientation du spectateur, agacé mais compatissant pour ce compagnon d’infortune.

Religion. En confrontant un policier puritain (décidé à conserver sa chasteté jusqu’au mariage alors qu’il a déjà la quarantaine) à une communauté païenne honorant des traditions celtes antiques, The Wicker Man ancre profondément son récit dans le phénomène religieux. Hardy et Shaffer explorent le sujet avec finesse, volontarisme et une pointe d’humour ; tout en opposant les deux confessions, ils s’en font à la fois les observateurs, les avocats et les bourreaux nuancés. Au-delà du conflit de cultes, The Wicker Man montre comme les logiciels éthiques peuvent définir un être et avoir l’emprise sur sa vie ; la notion d’angoisse morale trouve ici, à un niveau individuel, une parfaite expression. L’univers séduisant de Wicker Man peut aussi être appréhendé d’un point de vue plus social, car en combinant mœurs dionysiaques et règles strictes, ses îlotiers entretiennent une sorte de petit totalitarisme où chaque membre est consentant, une secte libérée des pesanteurs judéo-chrétiennes pour honorer un culte mais aussi un code civil bien à elle. L’expérience marque durablement par sa folie ouverte, son dénouement téméraire et atteint un autre climax avec la scène-phare de Willow la tentatrice.

Héritage. The Wicker Man a généré malgré lui une large postérité, mais pas au cinéma (il est trop singulier), inspirant notamment dans la musique (avec par exemple la chanson éponyme de Iron Maiden). Cette présence dans les arts a renforcé son aura et la sensation d’un succès raté, d’une occasion manquée à sa sortie. Alors que son remake avec Nicolas Cage a été honni et parfois étiqueté  »comédie involontaire », The Wicker Man trouve une suite informelle avec The Wicker Tree (2011), libre relecture du film originel, par le même auteur et avec à nouveau Christopher Lee au casting. Toujours pas parvenu en France, ce dernier a cependant lui aussi largement déçu.

Note globale 75

Page Allocine & IMDB

Voir le film en VO sur YouTube

Voir l’index cinéma de Zogarok

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