SALLIE GARDNER AT A GALLOP / SEQUENCE EN MOUVEMENT DU GALOP DE ANNIE G. ***

14 Sep

3sur5  L‘avènement du cinéma est généralement situé en 1895. Pour l’incarner on cite un de ces courts-éclairs des frères Lumière : La Sortie de l’usine Lumière à Lyon, L’arroseur arrosé ou L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat. Sortie d’usine est l’objet de la première projection sur un écran dans une salle, L’arroseur arrosé est le premier de ces films racontant une ébauche d’histoire, La Ciotat est retenu parce que l’anecdote liée à sa présentation souligne la force du cinéma et permet de s’imaginer ce que fut l’ampleur de cette innovation. Mais avant cela il existait déjà des images animées et des semblants de films. Sallie Gardner at a gallop (Séquence en mouvement du galop de Annie G.) est le véritable pionnier du cinéma. Ce n’est pas tout à fait un film mais il en offre le matériel, en indiquant la transition décisive entre la photographie et le cinéma.

Il s’agit d’une série de photos capturées en 1878, plus tard mises en mouvement via le zoopraxiscope et la chronophotographie. Muybridge (photographe anglais vivant aux États-Unis) y décompose en photo le mouvement d’un cheval au galop. Pour arriver à ce résultat, il a placé douze appareils photos dans un hippodrome, déclenchés par le passage du cheval. Cette démonstration valide la thèse de Marey (physiologiste français), selon qui le corps du cheval perdait tout contact avec le sol un instant pendant sa course. Muybridge cherchait à y répondre depuis 1872. La Séquence est publiée dans des revues spécialisées (Scientific American Review puis La Nature en France) et attire l’attention de Marey, ce qui amènera les deux hommes à échanger. Chacun est un précurseur puisque Marey a développé la chronophotographie (à plaque fixe en 1882, puis sur bande mobile en 1888), tandis que Muybridge est l’inventeur du zoopraxiscope en 1879 (Muybridge s’en servira pour des dizaines et des dizaines de projections sur des ‘lanternes magiques’).

Cette scène originelle montre la vocation utilitaire du cinéma et du pré-cinéma. Le premier but est d’enregistrer la nature et l’analyser (ou admirer ses mécaniques) : dans Sallie Gardner, il faut vérifier des mouvements objectifs, écarter les spéculations et l’imagination. Voilà un paradoxe compte tenu des vertus souvent prêtées et cultivées pour le cinéma, support d’illusions et de divertissements plus ou moins sophistiqués par la suite. Muybridge poursuivra dans cette voie documentaire en réalisant Le Bison Galopant (1886) et La Chienne Maggie (1887), en s’appliquant aussi à représenter son espèce. Il réalise notamment Animated Sequence of a Woman Walking Downstairs (1887) après avoir fait monter un homme (1885). 100.000 de ses photographies sont réunies dans la série de beaux-livres Animal locomotion, présentée en 1887. Muybridge est également l’auteur de plusieurs disques emblématiques du phénakistiscope, suivant les gestes de boxeurs ou d’un couple dansant (1893).

Reynaud ira plus loin avec son praxinoscope, inventé en 1876. Cet appareil est lui aussi héritier du phénakistiscope de Plateau (1832) et du zootrope de Horner (1834). Il permet de créer des bandes animées et présenter un théâtre optique. À force de perfectionnements, Reynaud abouti en 1892 et livre Pauvre Pierrot, premier ‘dessin animé’. Suivront d’autres ‘Pantomines lumineuses’ comme Autour d’une cabine (1894). De son côté Louis Aimé Augustin Prince développe la chronophotographie. Son premier essai connu est Man Walking around the corner (1887), au rendu confus. Il parvient à un résultat lisible avec Une scène au jardin de Roundhay (1888) puis d’autres expérimentations de son semblant de caméra (un appareil capturant une vingtaine de photographies). La mise au point du film souple en 1887 annonce l’arrivée de la pellicule et donc du cinéma ‘normal’ du XXe siècle.

Le film souple est utilisé par le duo Dickson/Edison pour présenter les premiers ‘films’ en mouvement et sur pellicule, via le Kinétographe. La première application finie est attribuée au diptyque Monkeyshines (1890). Ici se trouvent les premiers assemblages d’images dépassant la poignée de secondes (pour élever le curseur à deux chiffres), mais l’image est médiocre. Le premier objet présenté au public durera 10 secondes (dont 2 seulement passent à la postérité) : c’est Le Salut de Dickson (mai 1891). Le kinétographe sera la norme pendant quelques années : le spectateur glisse des jetons dans le Kinétoscope pour voir un film, seul face à l’appareil. Mais la technique fournie par le génie Thomas Edison devient obsolète dès 1895. Avec leur cinématographe, les frères Lumières font débarquer les films sur grand écran et permettent l’organisation de séances collectives. Dans les années à venir Méliès déploiera ses trucages (Escamotage d’une dame, L’homme-orchestre, Le Voyage dans la Lune) et ouvre la voie à l’ensemble des effets spéciaux ‘essentiels’ du cinéma. Pathé et Gaumont s’emparent de ce nouvel art et en font une industrie.

Note globale 68

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