FANNY ET ALEXANDRE ***

31 Jan

3sur5  Dernier effort massif d’Ingmar Bergman, Fanny et Alexandre est le compte-rendu copieux de la fin d’une enfance et du grand monde fermé l’entourant. Le film s’étale sur 189 minutes issues des 312 (soit 5h12) d’une fiction en quatre parties pour la télévision suédoise. Qu’un film de chambre si luxuriant ait pu se contraindre pour le petit écran semble aberrant (le créateur de Persona avait déjà travaillé pour la télévision, notamment pour la série Scènes de la vie conjugale ou sa version du Misanthrope de Molière). La technique est somptueuse, les ressources importantes, ce projet est le plus coûteux et matériellement ambitieux de la carrière de Bergman.

Les coupes semblent poser problème. La narration est globalement prudente mais le découpage brusque, avec des revirements soudains, des motivations peu développées. Certaines activités semblent manquer de fond ; ça gâte l’impression générale quand la forme n’est pas nerveuse. Les séquences resserrées ou éloignées se succèdent, toujours pour refléter une foule de sensations et de diversions (concrètes ou plus vaporeuses – la seconde option sera élue par le petit A.Bergman), souvent avec un matériel besogneux ou assez faible (par exemple, longue traversée sur le soulèvement du gamin face à son beau-père – la punition corporelle et le laïus y menant).

À partir de l’arrivée de l’évêque (1h21 sur 3h09), tout semble tendu vers des scènes représentatives, portant un poids émotionnel et un sens à deviner pour le spectateur. Là-dessus la conversion subie n’est pas forcément en cause, c’est l’emprunte Bergman, verticale et éthérée, partagée entre assertions attentives et communication garantie sans pédagogie. Les rêveries d’enfance et les chimères nostalgiques sont loin, même si la forme est prude, elle n’a rien de guilleret – le tableau est froid, le milieu riche et le réel crispé. Le fantastique se propose sans s’immiscer, avec l’homme en blanc ; hallucination ou véritable fantôme, il veille dans les moments de malaises ou de basculements forts. Bergman avait une approche testamentaire (il décide en cours de tournage que ce sera son dernier film) et prend une position logique, de vieille personne.

Il porte un regard éloigné, en hauteur, définitivement étranger au goût du jugement ou même aux fantaisies du sentiment. Tout voir d’un œil neutre et appliqué, en choyant les tournures, sans chercher à rajouter du ‘sens’, semer des clés et des demi-subtilités manifestes. Ce n’est pas une chronique ni un essai analytique ou psychologique, encore moins de thérapie familiale (sauf si jeter ‘de soi’ et de ses souvenirs à l’écran suffit pour glisser dans cette catégorie) ; ces développements sont peut-être à retrouver dans la version totale ? C’est un grand album de famille, sans mots ou événements crus, avec des traumatismes surtout subjectifs et une once d’humiliations ‘remarquables’ infligées par le beau-père. Ce dernier ne tiendra pas sa position de démon ; comble de l’ironie, il ignorait l’occuper. La fin du film réserve les meilleurs morceaux et les atmosphères les plus intenses, grâce à la déchéance du beau-père, à l’insistance de la question de Dieu et aux prises de conscience d’Alexandre.

La version cinéma aurait éludé principalement les passages avec les membres plus éloignés de la famille. Ils occupent la place dans la première heure du film puis y deviennent des figurants aux occasions rares ; c’est à tel point que Fanny et Alexandre contient une sorte de ‘pré-film’ avant de se livrer lui-même (les 80res minutes autour d’une soirée à Noël puis de l’effondrement du père lors d’une répétition de Hamlet). Le nouveau montage éjecte certains moments des plus contemplatifs en plus de détails précis ; au début par exemple, sont sacrifiées les séquences avec Alexandre longuement en observation et dans ses pensées derrière la fenêtre ; ainsi que la synthèse mondaine (ou plus neutre : le tour de salle) lors de l’espèce d’arbre de Noël. Bergman consacrera la suite de sa carrière au théâtre et à la télévision (avec certains opus que les producteurs transforment en film de cinéma, comme Efter repetitionen), jusqu’à Sarabande (2003).

Note globale 65

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (2), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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