COMANCHERIA ***

28 Déc

4sur5  Après Perfect Sense et Les poings sur les murs, l’écossais David MacKenzie réalise son premier film américain : Hell or High Water, reprise d’une expression américaine désignant une tâche à accomplir même si l’Enfer ou le Déluge devaient être endurés. Ici l’enfer c’est l’expropriation, le déluge ce sont les dettes. Pour Comancheria (nom français) MacKenzie s’adjoint les services du scénariste Taylor Sheridan (Sicario, séries Sons of Anarchy et Vanessa Mars) et emprunte à la fois le sillage du film de braquage, du thriller, de la chronique bucolique ; dans une moindre mesure, de la tragédie et du film noir américain d’après la grande période.

Le résultat n’est pas original mais prenant, intense et raffiné. Il embarque les clichés et jongle avec bien plus, les enserre comme le font les gens pour se relier à quelque chose d’identifiable et de communicable. C’est le cas du vieux sheriff (Jeff Bridges, le déchet massif de Big Lebowski et Tideland) étalant ses généralités pour se divertir et agrémenter la galerie désertique dans laquelle il se sent à l’aise. Le décors commun est l’Amérique de l’arrière-pays (dans la zone peuplée par les Comanches avant qu’ils soient refoulés dans des réserves vers 1870), où on se sait anachroniques, sinon insignifiants. Ces gens savent qu’ils appartiennent peut-être à la dernière génération à vivre dans le coin ou vivre comme ça, déjà l’espace est bien trop dégagé pour qu’on fasse encore l’actualité ou joue collectivement un rôle dans le monde.

Les ruines du Texas épanoui, les fantômes des cow-boys sont là, participent à la vie ; ce sont juste des résidus. Comancheria est old school à bien des égards mais c’est bien un film d’époque, d’aujourd’hui. Le spectateur sent la connexion bien qu’il manque les marques, les références actuelles et que tout semble réglé comme ça l’était il y a quelques décennies (et comme le cinéma peut encore l’exploiter pour ses abondantes séquences ‘revival’). Les protagonistes sentent justement ce décalage propre à ceux qui sont dans ces ‘bulles’ folkloriques (et constatent d’autant mieux l’imbécillité sociale de leur situation) – un peu comme celui qui habiterait à côté d’un haut lieu touristique, ou dans un espace culturellement connoté, mais où concrètement c’est le désert pour qui y existe à temps-plein.

Les autorités légales, qui tirent (idéalement) leur légitimité de la protection des citoyens, semblent plutôt là pour donner une présence administrative fantoche, trouver regrettables les incidents, calmer le jeu quand ça chauffe. D’habitude on oublie ces réalités au profit des fantasmes (sinécures ou sauvageries), ici on les montrent, sans sacrifier l’efficacité ou placer le discours devant. L’écho politique est secondaire et la meilleure étiquette doit être ‘indépendant’. Les étoiles pour ce film vont à la caractérisation de ses personnages, l’ambiance et la qualité de la réalisation. Il a cet emballage sec, précis et lumineux, propre aux séries les plus prestigieuses fournies par AMC et HBO ; la même manie d’être carré et sophistiqué, payante puisque la course devient haletante malgré des bases simplistes.

Le filmage est à hauteur d’hommes, le traitement tend à l’égalité, l’approche très organisée, perfectionniste, écartant le secondaire. Le découpage est fiable et strict : on prend un cadre objectif et amoral, en respectant les codes classiques (parfois les poncifs, parfois pour des poses atemporelles) ; les originalités des personnes, des situations, des reformulations constantes qui font la vie, prennent place dessus. L’empathie se diffuse sans aller jusqu’à la complaisance, ou jeter autrement que via le regard au fond d’un trou ou d’une âme. Pas de point de recours externes, pas d’infiltrations ni d’évasions globales ; nous voilà dans un bout de terre détaché autant qu’enclavé. Les braquages sont suivis par la police, ce n’est pas l’occasion d’une psychose généralisée ou d’une propagande médiatique. La métropole et le second degré ne vont pas nous rattraper comme elles le faisaient (quelques mois plus tôt) dans Hunt for Wilderpeople. Parmi les films sortis depuis dix ans, les plus proches doivent être No Country for Old Men, La Proposition. Comancheria est plus vivant que ces deux-là, également très formaliste mais sans leur radicalité ‘contemplative’.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (2), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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