Archive | 00:08

BIG FISH **

15 Jan


2sur5  Pour ceux qui considèrent que Burton n’est plus le génie qu’il a été, la rupture se situe au niveau au niveau de La Planète des Singes. En revanche même ceux-là écartent toujours Big Fish, un opus systématiquement très valorisé sinon classé auprès de ses classiques. C’est une erreur car Big Fish est le premier faux-pas artistique crucial de la carrière de Burton : avec lui, il tente de se renouveller et n’en arrive qu’à restituer son propre style de façon caricaturale, appauvrie, en multipliant les autocitations comme autant de forme de mise en abyme hagardes.

Big Fish peut même apparaître comme une autocritique, où pourtant les mêmes valeurs sont revendiquées, mais les à-côtés considérés. Dans l’intro, Ed Bloom (Albert Finney pour l’Ed vieux) raconte l’histoire de Big Fish sur laquelle il est intarissable. Il s’agit de son parcours (et de sa réussite) amplifié et romancé pour en faire un conte enfantin et merveilleux, où l’innocence et l’espoir sont récompensés. Tout le monde adore écouter l’intarissable Ed Bloom, sauf son fils, Will (Billy Crudup). Les gens ne comprennent pas que son père n’aurait pas dû avoir de famille. Ils perçoivent le bon papy gâteau au passé mirifique et à l’aplomb bonhomme, mais pas le fils délaissé ne connaissant son père qu’au travers de ses folles épopées naives et victorieuses.

Le premier heurt, c’est la réalisation. Elle s’aligne sur les mœurs des superproductions de son temps, avec des charmes pittoresques dignes de la première partie gâteuse et infantile de La communauté de l’anneau (sorti deux ans avant). À ce style plus anonyme s’ajoute un message consensuel, pas forcément suprenant ; et un moralisme conventionnel sapant l’âme de Burton. Big Fish est un règlement de compte avec lui-même, où tous ses personnages excentriques se voient ripolinés, où les banlieues caricaturales ne sont plus un enfer conformiste mais un repos du guerrier, le théâtre de petites émulations bienveillantes et le rêve d’un humble héros. Sans trop spoiler, à la fin, le fils dont les regrets sont légitimes sera ré-enchanté par toutes ces visions idylliques et reconnaîtra la noblesse de la démarche de Papa.

Le créateur de Vincent s’est enfin rangé au rayon Disney et joue les suiveurs, ou à défaut est trop ensommeillé pour laisser s’exprimer autre chose qu’un amalgame de ce type de réflexes et de sentimentalisme tapageur. En effet l’Ed Bloom jeune, par Ewan McGregor, est un très gros crétin, un bel abruti prêt à travailler pendant trois ans pour obtenir de pitoyables informations mensuelles sur sa bien-aimée, une femme qu’il a aperçu un jour sans pouvoir lui parler. Big Fish, où la régression stylistique, l’anémisme moral et le traditionalisme par défaut, alliés au romantisme niaseux. Le fameux culte burtonien de la différence et du morbide enfantin se cantonne à la visite de l’antre d’une sorcière, au plutôt à la contemplation de sa maison puisqu’on ne passera pas la porte.

Celle qui devient alors la fiancée de Burton est ainsi dépositaire de son bilan ; elle aura la charge de tirer vers le grotesque dans les opus suivants, partagés entre débauche commerciale (Charlie et la Chocolaterie) et retour aux sources (Les Noces Funèbres). Pour le reste, le film bénéficie d’un casting peu synchrone, avec Danny DeVito dans un costume sur-mesure de chef de cirque et Jessica Lange (la star d’American Horror Story) dans un rôle ingrat (et affublée d’une VF inappropriée, la même que pour Sharon Stone). On s’étonne rétrospectivement de déjà trouver Marion Cotillard chez un grand cinéaste US, avant La Môme et Inception.

Note globale 44

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… L’Antre de la Folie

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.
.

Publicités