DERNIÈRES SÉANCES 2013

2 Jan

> The Conspiracy*** (72) 

> Conjuring*** (66)

> Dark Skies*** (65)

> Lone Ranger** (58)

> V/H/S 2* (41)

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THE CONSPIRACY ***

4sur5  Malheureusement ignoré, The Conspiracy s’avère l’un des meilleurs films de l’année 2013. Premier de Christophe McBride, il s’ouvre comme un documentaire, s’offre comme un thriller et évolue vers le found footage, avec une caméra à la première personne. Deux réalisateurs suivent un homme soutenant une théorie complotiste ; il vient à disparaître et les jeunes cinéastes se trouvent en proie au doute. McBride brouille déjà les pistes avec son vrai-faux documentaire, inclut des faits avérés ou des concepts audacieux et vraisemblables, fait se succéder les témoignages d’experts et de l’un des réalisateurs. En même temps, le film poursuit son chemin pour allez là où on l’anticipe, mais jamais de la manière ni avec le sens qu’on aurait redouté, surpassant ainsi nos attentes.

Assez téméraire, The Conspiracy nous amène dans l’univers des théoriciens et chercheurs conspirationnistes. Mais il ne fait pas que l’afficher ou le sonder de loin ; il le pénètre, cède à ses artifices et ses projections. C’est une incursion, en quête de la vérité puis à la poursuite d’une société secrète. La valeur du film est moins politique qu’existentielle, renvoyant à la métaphysique propre à chacun. Et c’est ainsi qu’il cerne et instille au mieux le ressenti complotiste. The Conspiracy nous met dans un angle de vue (mais aussi une condition concrète, matérielle) où la réalité est modelée par une instance supérieure et invisible ; où tout est preuve ; où également, c’est une aberration de se battre contre une fatalité, comme de croire alors qu’on peut approcher voir infiltrer l’antre de la Bête. 

En résulte une séance paranoïaque assez exaltante, où on se perd soi-même en spéculations, tout en restant captif du film. Il parvient à faire vivre cette sensation d’être au seuil d’une omniscience terrifiante, dans une vision où nous serions piétinés, mais où pire encore, tout ce qui existe, a été et sera jamais est dérisoire. Et c’est justement l’intérêt des constructions complotistes : elles montrent la réalité telle qu’elle est, avec des protagonistes agissant comme des esprits malfaisants et occultes. Lorsqu’on naît, lorsqu’on est dans la création pure et qu’on refuse de se détacher de sa réalité propre, mais aussi qu’on conserve la capacité à balayer l’environnement et les faits sans céder aux biais collectifs ; on touche au vertige que connaissent les individualistes réels et les complotistes. Ceux qui en fabriquent, ceux qui en voient, ceux qui y sont.

Note globale 72

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CONJURING : LES DOSSIERS WARREN ***

3sur5  James Wan est un génial artisan et formaliste. Il n’a pas fondée une saga au potentiel mirifique par hasard (le boulevard ouvert pour les suites de Saw était inouï) et ses productions suivantes étaient passionnantes (Dead Silence, au suspense gothique, méritait une plus grande attention).

D’excellente facture, avec une imparable gestion du suspense, Conjuring est à la hauteur de Sinister (et même assez supérieur) ; comme lui d’ailleurs, il se distingue des dernières livraisons dans le domaine du ghost movie. Le scénario raconte l’affaire Perron, une des expériences les plus torturées connues par Ed et Lorraine Warren, un couple d’enquêteurs sur les affaires paranormales. Il a réellement existé, a enchaîné plus de 4000 cas dans les 60s et Lorraine, qui contribuait notamment par ses capacités médiumniques, a participé au tournage en tant que conseillère.

Reste, au fond, un programme d’exorcisme relativement conventionnel. Justement, Conjuring est une nouvelle démonstration de la capacité de James Wan à transformer et transfigurer des enjeux simples ; lorsqu’il touche à un genre, même si c’est pour embarquer des repères déjà éprouvés, on a l’impression d’emprunter des sentiers jamais battus ; et effectivement, on explore le monde d’un maître en action, donc quelque chose de singulier, qui ne transgresse pourtant pas nécessairement de vieilles coutumes, mais les ressuscite plutôt.

Extrêmement rentable (un Conjuring 2 est déjà en cours d’écriture), Conjuring est voué à se saboter s’il devient une franchise, à moins qu’il emprunte des voix totalement différentes. L’exploration de la genèse de la poupée Annabelle est donc une très bonne option.

Note globale 66

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DARK SKIES *** 

3sur5  Ce que Signes comptait être, Dark Skies l’atteint haut-la-main. Il y a une entrée en matière rapide, en trompe-l’œil ; toujours ce vieux cadre, ces méthodes éculées, cette ascension virtuose et imparable vers le stress. En vérité, Dark Skies passe son temps à se détacher du genre et des codes sur lesquels il semble jeter ses fondations. Scott Stewart a fait un film résolument actuel, du cinéma d’horreur sociale sans cible précise, plutôt avec des témoins. Si on est peu réceptif à cette dimension-là, on profite au moins de ce spectacle comme vrai cauchemar paranoïaque.

Tout se concentre autour d’une petite famille ordinaire, vaguement BCBG, en proie à des esprits maléfiques. Particularité, ici, ce sont probablement des extraterrestres.  C’est l’originalité essentielle du film, si on omet cette intention (aboutie) de faire des personnages et leur situation des incarnations de l’Amérique sous l’effet de la crise économique présente. La réussite notable du film, c’est justement d’exploiter ces phobies ou sensations récurrentes, mais mal identifiées, qui aujourd’hui opèrent une véritable contagion : crainte des conspirations, peur de l’exclusion et du déclassement, solitude des individus face aux systèmes invisibles et donc inqualifiables (puis aussi, par extension, la phobie de l’État et des organismes officiels si typiquement américaine).

Dark Skies s’impose comme un objet transgenre, répondant clairement aux impératifs de la basique série B de genre, flirtant avec une SF innovante et le thriller psychologique sans psychologie, où les personnages sont croqués avec subtilité mais existent essentiellement en tant que symptômes et cas de possessions modèles. Pour le meilleur ou pour le fric, le producteur Jason Blum (Paranormal Activity et Sinister) a du flair. 

Note globale 65

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LONE RANGER **

3sur5  Peu connu en France, le Lone Ranger est une icône de la pop culture américaine. Ancien texas ranger, il s’est engagé contre l’injustice et apparaît sous un masque. Il était d’abord un personnage de feuilleton radio, avant de devenir le héros d’une série dans les 50s.

C’est le réalisateur attitré de la saga Pirate des Caraïbes qui a pris en charge cette adaptation très attendue aux États-Unis, où la critique s’est montrée acide, contrairement à presque partout ailleurs. Occasion pour Gore Verbinski d’affirmer mieux que jamais l’identité de son cinéma, avec un budget faramineux (250 millions de $). Déjà revisité dans le dessin animé Rango (qui ressemble au brouillon de celui-ci), le western, soutenu par la comédie, apparaît comme sa vocation.

Parfait divertissement estival, sorti en cet honneur, Lone Ranger cumule un rythme frénétique et une démarche esthétisante de chaque instant. Importé au Far West, Johnny Depp se montre plus mesuré et adulte. Tous les personnages dégagent un franc charisme. L’ensemble est impeccable, étonnamment mélancolique. La sensation d’un raffinement un peu vain est présente elle aussi.

Note globale 58

Page Allocine & IMDB   + chronique Zoga sur SC

Suggestions… Appaloosa + Des Hommes sans Loi

 

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V/H/S 2 *

2sur5  Suite de V/H/S, buzz de 2012, celui-ci balaie son prédécesseur selon l’opinion générale. Comme lui, qui fut introuvable puis diffusé progressivement dans les festivals et abondamment cité par les sites spécialisés, V/H/S 2 est une véritable légende urbaine. Il s’agit d’un nouveau found footage, un de ces faux-document réaliste en caméra subjective. La franchise naissante se dessine sous la forme de films à sketches. Ici des voleurs professionnels découvrent des vidéos chez un trafiquant ; et cette fois ce n’est pas du simple torture porn ni du snuff. Les petits films contiennent en effet de pures aberrations anthropologiques (des zombies en furie) et déviances à la réalité (les apparitions, parfois non-humaines, sont de la partie) – alors que le principe du found footage revendique justement de filmer la réalité sans trucages, si crue et monstrueuse soit-elle pour combler les attentes du public.

Film en quatre temps donc (tous signés par une éminence ou un faiseur typé de la galaxie horrifique), avec l’intrigue de lien servant d’entracte, probablement pour que les fans aillent reprendre leurs esprit en rechargeant le compteur de bières et fantasmant sur la suite. Le premier opus, avec son postulat inouï, rapidement redondant et crétin, s’achève en mode Iskanov. Le second adopte le point de vue d’un mort-vivant contaminé en action. Intrusion dans une secte, le troisième partira vers un massacre délirant. Avec ses extraterrestres agressant de jeunes kékés, le dernier segment couronne ce déni de toute congruence.

V/H/S 2 est une baudruche gore et morbide au possible, un truc d’ados et de légers tarés obsédés par le barbaque et l’absurde. Ne pas le dire ce serait simplement ignorer son caractère. On s’ennuie légèrement et finit par pester contre autant de brutalité sommaire ; en même temps, il y a de vraies démonstrations d’horreur, une pureté dans le trash et le happening underground (l’attaque d’un anniversaire d’enfants par les zombies). Pas de nuance, pas de double sens, toujours un premier degré parfait, y compris dans l’aberrant. Ça en fait une curiosité. Certains y voit déjà un futur classique ; peut-être certains de ses exploits peuvent sembler anthologiques (les visions démoniaques du troisième opus peuvent plaider en ce sens). Mais en dernière instance, V/H/S 2 ne laisse rien d’essentiel ou de persuasif. Juste une débauche sinistre digne d’un Guinea Pig.

Note globale 41

Page Allocine & IMDB  + chronique Zoga sur SC

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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4 Réponses to “DERNIÈRES SÉANCES 2013”

  1. Voracinéphile janvier 2, 2014 à 00:45 #

    Hmmm…
    J’ai raté the conspiracy et suis dans l’incapacité momentanée de rebondir à son sujet. Repéré toutefois depuis octobre 2013, son postulat intéressant a capté mon attention. J’y reviendrai donc.

    Concernant The conjuring, c’est un petit cas de cette année. L’approche honnête du genre et les bonnes idées pour les séquences de stress (ce fameux jeu d’enfant très bien utilisé, à plusieurs reprises) en font un film d’horreur sympathique, suffisamment pour se démarquer de la masse qui déferle ces temps ci. Avec pourtant moins de personnalité que son précédent insidious (qui osait un concept, quitte à prendre des risques avec son final), James Wan parvient à faire un bon exercice de style, en alliant à la fois respect du genre (un vrai film de fantôme) et innovations ponctuelles efficaces. Il serait plus intéressant de rebondir sur Insidious 2, qui lui est beaucoup plus bancal (en fait, il semble bâclé sur plusieurs points, et le ridicule de certaines idées (le passé du fantôme) plonge sérieusement le spectateur dans l’embarras sur l’avis à avoir…

    Dark Skies m’a tellement ennuyé que le mépriser sèchement m’a tenté. Je vais m’y confronter à nouveau simplement pour éviter d’être vague quand je repasserai en parler.

    Lone Ranger sympathique, sans grosses surprises ni déceptions : un spectacle aimable, anachronique et sincère.

    V/H/S 2 est vain. Oui. Mais c’est effectivement ce jusqu’auboutisme (en oubliant la première histoire complètement chiante), ce dépouillement qui fait en quelque sorte son efficacité. Un petit exercice de style zombie assez vite conclu, une plongée dingue culminant en convocation démoniaque (réalisé par Garett Evans si je ne m’abuse, qui avec Raid a montré combien le dynamisme de ses plans était capable de charger un film d’énergie), et enfin, cet enlèvement tétanisant, où les enjeux secondaires sont vite balayés par un survival intense. En l’occurrence, c’est somme toute le dynamisme de ces trois histoires qui contribue grandement à l’immersion, et à la simple soif d’efficacité à laquelle chaque réalisateur aspire, à leur façon (vu la « modestie » du segment zombie). Pas de messages, une cohérence fluctuante, mais un programme plutôt diversifié, qui varie ses bons points en évitant de marcher sur les plates bandes des autres pour parfois exploiter des concepts aussi brièvement qu’efficacement (chacun, pour leur durée, exploite au maximum ses atouts). Avec un petit coup de coeur pour la secte satanique (et également pour le survival ado-enfantin, malgré leurs caractères imbitables, j’apprécie l’implication d’enfants dans le genre, ça change…). All Hallows eve, découvert cette année, est vain aussi. Mais son ambiance crade et de purs moments d’efficacité (malgré le Z) lui confèrent une indéniable efficacité… Dans des moments pareils, si le film parvient à emporter le spectateur, j’accepte un recul sur le terrain du message ou de la cohérence. V/H/S 2 possède assurément ce potentiel, dont son prédécesseur était COMPLETEMENT dépourvu…

    • zogarok janvier 2, 2014 à 13:53 #

      Satanique => sa mère.

      Comme toi pour « Dark Skies », je n’ai pas envie de faire trop d’efforts pour le cas V/H/S 2. Je crois avoir déjà accompli mon devoir.

      Pour toi et les autres : il faut absolument voir « The Conspiracy » ! Et « Dark Skies ». Quand à « Conjuring », tout le monde l’a vu, non ?

      • Voracinéphile janvier 2, 2014 à 20:41 #

        réponse : satan bouche un coin !

        Je pense avoir fait mon boulot de groupie hystérique sur V/H/S 2, j’attends maintenant des ralliements ça et là, voir d’éventuelles réactions… Je suis content de mon paragraphe, il reprend assez bien ce qui fait l’énergie de ce cru modeste.

        Je ne trouve plus Dark Skies, il semble que dans un élan de clairvoaynce économe, je l’ai supprimé définitivement de ma collection. Et comme aucun de mes camarades de bon goût ne l’a (encore) acheté, je suis bloqué ^^. Ce film peut courir, il ne pourra pas se cacher… Quoiqu’il semble que l’essentiel des critiques négatives, comme moi, se sont simplement focalisées sur le côté « amas de tout ce qui marche ». J’essayerai de pousser ça un peu plus loin… dans la tombe.

        Tout le monde a vu the conjuring, en effet. Après Insidious, c’était le film à voir (il n’avait pas beaucoup de concurrence dans ce rayon aussi lors de sa sortie, je crois). En revanche, je cherche volontiers des confrères pour théoriser sur Insidious 2, autrement plus dégénéré…

  2. thas janvier 10, 2014 à 19:18 #

    Salut, bonne idée cet article.
    Bon. Bof… Conjuring film très médiocre, vu et revu. Lone ranger plus originale mais inutile comme dit dans la critique en gros.
    Celui qui m’amène c’est Conspiracy. Si on connait les théories du complot on se rend compte qu’il est excellent parce que tout y passe. En même temps le message passe bien vu que ça reste une fiction. Je me demande bien pourquoi pas plus de sorties, film gênant ? En tout cas il mérite de dire qui occupe les gouvernements successifs, des voleurs pour qui nous somme juste du bétail.

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