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MINI CRITIQUES MUBI 7 (2020-1/2)

7 Avr

Les films Mubi vus pendant le premier trimestre de cette année 2020. Des demi-réjouissances inattendues, plus de mauvais que de tièdes-médiocres et davantage de baudruches vaniteuses qui m’ont fixé sur ce que je pouvais attendre de ce site ; en parallèle, quelques choses remarquables ou d’auteurs excellents que j’avais déjà vues.

Le pays des sourds ** (France 1992) : Un documentaire valide avec ses moments d’inepties, spécialement avec les enfants où les débordements d’emphase molle et d’abandon du montage causent des torts. Quand le film évite cette déchéance, la mise en scène est de bonne facture voire recommandable dans le domaine ; les interview face-à-face, dans un cadre apparemment informel, donnent une bonne impression et des scènes propres, pudiques et synthétiques. À l’occasion on apercevra les profs de souche humanitaire et devinera tout ce qu’ils ont de répugnant, à la fois mielleux et sentencieux, comme ces curés minables et ces gardiennes pathétiques dont ils ont volé la fonction. Je recommande plutôt Le pays du silence et de l’obscurité signé Herzog. (56)

Flesh Memory ** (2018) : Moyen-métrage ou quasi long puisqu’il est proche en secondes du seuil des 60 minutes. Des lourdeurs maniéristes, qui blasent a-priori et paient à l’heure de clore. Ce documentaire a les qualités du voyeurisme dans un contexte où celui-ci n’a rien de tabou – la fille se livre sans problèmes, indifférente. En même temps l’exercice est carrément gratuit et stérile, les apports trop personnels pour ‘dire’ quoique ce soit de la profession ou des activités. Une série d’aperçus chez des cas différents aurait été plus bénéfique (de toutes manières la tentative de portrait même indirect doit être vaine avec des individus dans le style de cette femme, qui n’a rien à ‘lâcher’, ce qui fait justement son talent). Projeté dans un festival bordelais et crédité comme français, mais issu d’un réalisateur français qui tourne toujours à l’étranger (cette fois au Texas). (48)

Seuls sont les indomptés ** (USA 196) : La qualité et la sensibilité sont indéniables, mais ce film est tout sauf un modèle. Il voit les individus, un peu leur rencontre, mais n’est que sentimental et vaguement idéologique face aux tendances en cours. L’angélisme du gars est la première stigmate de cet idéalisme et sa bagarre contre le manchot le summum du regrettable ; quelle brave personne aux belles valeurs qui ne mènent qu’à l’échec. Pourquoi en est-on là, pourquoi ce type patauge-t-il dans l’irresponsabilité ? Le film ne saurait y répondre car il ne voit pas comme est son protagoniste. Il préfère le romantisme et au travers de cet homme vaillant mais auto-destructeur, portraite une sorte d’humanisme en train de se gripper. La révolution individuelle est la plus belle mais elle est, pas vaine, peut-être pas carrément impossible, mais improbable en tout cas aujourd’hui. Une jolie séance pleine de sentiments contraires et d’élans contrariés, représentative des erreurs fondamentales de jugement des gens de ‘bonne’ volonté en son temps. (62)

Mort d’un commis voyageur *** (USA 1985) : Adaptation de la célèbre pièce, confiée à Volker Schlondorff. Fort émotionnellement et original dans la forme, bien que l’écriture laisse des trous noirs ou des approximations (probablement de ces malheureuses ‘ouvertures’ à discussions et projections – concernant le passé commun, les liens sales entre ces membres de la famille, le véritable nœud du mal) et surtout que le démarrage incite à la prudence. J’aime beaucoup le réalisateur pour Le Faussaire et Le Tambour, mais sa mise en scène est rarement ‘grand angle’ et avec un tel legs elle l’est d’autant moins – soignée mais claustrée et artificielle. Cette fois elle l’est ouvertement avec les nombreux fonds voyants, mais aussi les interprétations appuyées, affectées ou carrément satiriques – à l’occasion des écarts digne de Guy Maddin. L’approche fonctionne dans l’ensemble mais l’impuissance à se dépatouiller des affres de sa débile existence concerne le film et pas seulement ses sujets – même si tout le monde s’en tire avec des performances flamboyantes ou qui ont le mérite d’attirer la curiosité, ou un dépit froid mais ‘soutenu’. Le personnage de Malkovich ou du moins sa façon de jouer sont ‘too much’ mais d’une façon doucereuse qui contrairement à celle de Dustin Hoffman, hystérique, est loin de remplir l’espace ou de savoir convaincre à l’usure ; par contre ce type de personnage est intéressant par rapport à d’autres qu’il a joué plus tard, comme celui du sombre roublard dans Portrait de femme, un ‘prodigue dépressif’ mieux planqué. (64)

Suggestions : Le coup de grâce, Le jour du fléau, Les raisins de la colère, Rain Man, Rencontre avec Joe Black.

Silvia Prieto * (Argentine 1999) : Du Funny Ha Ha visant benoîtement le niveau Jarmusch avec une pointe des frères Dardenne pour tirer la révérence. Décidément c’était l’époque voire l’année où il était bon de souligner à quel point personne n’est un flocon de neige unique, tout en resté scotché sur le cas par sympathie ou présumée identification – et dans le cas présent, tout en se piquant mollement du petit sort de gens ordinaires, des femmes de préférence. Les déambulations et expectatives de cette fille et de son entourage n’ont aucun intérêt et elle n’est pas seulement avare de mots, son sac comme son contenu sont pauvres, comme ses situations mi-cafardeuses mi-ronronnantes. Les auteurs de cette chose ont peut-être l’impression de mettre en avant la précarité des ‘gens’ triviaux mais n’importe quelle telenovela même sensationnaliste ou pour grabataires en montrerait davantage (et serait plus amusante). Quand on s’égare dans un concert, on se prend à douter sur ce qui semblait la médiocrité de 9 songs. C’est donc encore une de ces pourritures minimalistes sauf pour s’étaler et filmer leurs interprètes sous toutes les coutures (avec en bonus local une espèce d’humour châtré). Le cinéma latino-américain est un gros fournisseur de trucs misérables (et régulièrement prétentieux) dans ce registre, ce n’est pas étonnant qu’il n’ait de réputation un minimum solide que chez les profs et les écumeurs ‘d’art & essai’. Cette fois fut tout de même particulièrement gratiné et la nullité est si proche qu’on ne peut même pas reprocher au film des fautes ou des excès. (18)

Journal d’un curé de campagne *** (France 1951) : Une certaine idée de l’intimisme glacial, où la parole et la dette à la littérature sont importantes sans écraser le matériau ‘cinéma’. Ce curé encore enfantin, victime perpétuelle, témoigne de l’intuition de certains individus religieux à l’égard du cœur humain, ainsi que de la faillibilité de leur vocation et de leur aptitude à réparer. Encore près de la source (nous sommes 15 ans avant Au hasard Balthazar), le style Bresson est pertinent et pas encore trop jaloux de ses différences ; on peut croire voir un ‘film normal’. L’absence d’ambiance sociale guindée rend même les personnages parfaitement accessibles, familiers, contrairement aux Dames du bois de Boulogne (dont la diction de l’héroïne est devenu ‘culte’ pour ma part, sans que cela ait nuit au crédit ou à la qualité du film). C’est ma 18e découverte de l’année et en atteignant le 7/10, la meilleure – un démarrage bien tiède. (68)

La moindre des choses *** (France 1996) : Comme souvent avec ce genre de documentaire sans voix-off, aspirant à l’observation la moins dénaturée (au voyeurisme ?), on écope de séquences inutilement longues à contempler les personnes. Dans le cas présent, souvent à les écouter reprendre les mêmes termes ou discuter d’élocution. Heureusement ce n’est pas avec le filmage plat et sordide du commun des documentaires. Celui-ci s’adapte aux situations et aux cibles. Dommage que cette infiltration chez les fous soit si sage et chorale, inapte à approcher les individus en-dehors de scènes partagées, de face-à-face triviaux, ou de déambulations grotesques. Le réalisateur [Philibert] comme les encadrants sont trop soucieux d’harmonie, d’inclusion douce, de convaincre les présents comme le public que tout va bien, tout est sain – et en plus joyeux (voire poétique à l’occasion). Toute cette bienveillance ne change rien à la gratuité du tournage ; dans ce zoo on est sans doute censé voir des sortes d’enfants ou d’handicapés ; j’ai surtout eu l’impression de voir des gens qui n’en ‘faisaient qu’à leur tête’, en laissant des animaux plus sociaux essayer vainement de les domestiquer gentiment. (64-66)

Structure de cristal *** (Pologne 1969) : Premier film de Zanussi, dont j’ai apprécié Maximilian Kolbe mais pas pour sa mise en scène. Choix ou pseudo-choix de vie confrontés – sans éclats (même de voix). Dommage que le film s’obstine à ne pas décoller ni commettre d’écarts. (64)

Qui sait ? * (France 1996) : Documentaire de Philibert. Intrusion pas inintéressante dans une troupe de théâtre avec des ébats curieux et des discussions sempiternelles. Remises en question constante, voire pathologique, de toute habitude ou norme établie, assortie d’une adhésion critique et d’une compulsion vers le groupe : heureusement il n’est pas question de projet politique. Les sympathies exprimées et les prétentions expérimentales peuvent faire sourire – spécialement le personnage de gitane. Malheureusement tous ces flottements, ces écarts et ces ouvertures mènent à des béances gonflantes ; c’est deux fois trop long et ça devient simplement ennuyeux au bout d’une heure. À force d’être atone et non-interventionniste le film ne fait au mieux qu’accompagner des gens dans la stérilité – avec les aliénés en asile (dans La moindre des choses) l’inanité sans onanisme avait meilleur goût. (42)

Les deux anglaises et le continent * (France 1971) : Photo haut-de-gamme, inspiration revendiquée auprès de Renoir, pour une saveur esthétique à laquelle je goûte peu. Truffaut a réalisé d’autres bricolages pédants avec un sens des décors pour le moins ‘détendu’, mais il en tirait parti, que ce soit avec les jouets géants de Fahrenheit 451 ou en laissant l’accès à la confection du film dans La nuit américaine. Mais cette fois on semble être dans la quête de sublimation d’un film érotique, à la fois bon marché et bien situé, avec de savants effets de montages et des ‘médaillons’ bientôt affreusement ringards (plus à leur place au générique de La croisière s’amuse). Plein grâce à ses dialogues et ses sous-entendus, mais baveux et froid à cause de ses postures ; truc de bourgeois libertaires impuissants ayant l’infini pour finasser, habités par de grands sentiments mais désertés par l’émotion voire par toute sorte d’instinct et de vitalité. Peut-être que la seule différence sérieuse avec Jules & Jim, première adaptation par Truffaut de Roché, c’est cette absence d’élan, même si déjà c’était un film ‘affecté’. (36)

Sugarland Express ** (USA 1974) : Un des premiers films de Spielberg, après Duel et avant Les dents de la mer. Ses qualités sont déjà flagrantes, c’est limpide et rythmé, c’est riche en prises de vues impliquantes, en images jolies voire saisissantes. Pourtant à mes yeux c’est ennuyeux. L’approche se veut chaude et le rendu est glacial. Puis ces gens sont trop cons, les vieux avec leur morale comme les jeunes avec leur agitation puérile. On voit de telles personnes dans la réalité, les premières sont croulantes éternelles, les secondes des cas irrécupérables trop pauvres sur tous les plans pour qu’il y ait à s’en lamenter. Ils n’ont rien de digne ni de romantique, ni d’intense sauf leurs turbulences ; au mieux leur vocation est de figurer dans les best-off ‘white trash’ d’un reality show attardé. Spielberg sublime cette misère en nous faisant voir et entendre du pays, davantage qu’en relayant cette fameuse histoire de course-poursuite.

Cette époque pleine de films formidables et transgressifs a aussi ses faiblesses et sa face lourdingue : une candeur exubérante et ironiquement crispée, un goût de la rébellion compulsif, l’amour du démolissage des codes et de l’opposition aux ‘normes sociales’ plus fort que celui de leur remplacement. Une période ‘crise d’ado’ pour le cinéma comme pour de nombreux arts. C’est pourquoi de nombreux classiques mineurs proches du Nouvel Hollywood, du road-movie, ou leur appartenant, me laissent sceptique – voire désolé sur le fond. Sauf qu’en déboulant sur ce terrain, Spielberg ne manifeste rien du sentimentalisme pour lequel on le connaîtra si bien par la suite (que ce soit pour ET ou par ses prises de positions anti-racistes) ; on a donc un de ces road-movie avec une jeunesse désespérée mais sans la charge subversive ni la ferveur, même sale ou naine, qu’on y trouver souvent chez les concurrents. (46)

Suggestions… La balade sauvage, Tueurs nés, Monster, Christine, La tête haute, Massacre à la tronçonneuse, Les Incorruptibles, Blow Out.

Stark fear ** (USA 1962) : Intrigant et de bonne facture, soit incroyablement respectable pour un « by NWR » (les films restaurés sous l’impulsion de Winding Refn). À la fois drame sentimental adulte et film noir bon marché. Tension sexuelle permanente entre l’héroïne et les principaux hommes autour, avec toujours le poids de la hiérarchie reflétant l’ampleur ou la qualité du lien affectif. Sous influence de Psychose et Suspicion d’Hitchcock. (62)

Boarding Gate *** (France 2007) : Réalisation captivante pour un contenu assez commun et parfois proche d’un porno féminin et plus généralement d’une production spontanée (un pseudo ‘work in progress’). Sur la vie dangereuse avec ses recrues à succès (ou simplement liées au commerce), ses pourries et ses fantômes, ou les trois mêlés, tous portés par des motivations obscures ou évanouies. Mondialisation mafieuse et demi-heureuse. Asia Argento géniale en post-junkie épuisée en constante fuite en avant – instable jusque dans ses relations, elle peut dominer ou se faire embobiner sur la même lancée. L’écriture est pour le moins aérée, sauf au niveau des dialogues ; les gens (femmes) sont souvent à la fois pompeux, pressés et détendus, d’une façon sonnant un peu grossière mais restant vraisemblable. Tout de même trop d’explications, spécialement dans la première moitié pleine de psychologie en friche. Comme un écho sobre et clair au cinéma d’Abel Ferrara, de plus en plus accablé par la drogue à cette époque (celle de Go Go Tales). Ce film pourrait être encore plus plat que Demonlover avec une autre protagoniste, mais il garderait sa radicalité formelle – à côté de laquelle on peut tranquillement passer ; simplement pour ma part c’est la meilleure expérience avec le cinéma d’Assayas, ce monde-là et surtout ce rapport-là pèsent davantage à mes yeux que ceux d’Irma Vep – et Demonlover avait cette manie de préférer la proximité au polar à celle de ses personnages, donc à créer des obstacles sans intérêt. La VF donne un effet grotesque et rapproche définitivement du feuilleton estival accompagnant les comateux du matin. (64)

Suggestions… The Canyons, Le deuxième souffle, Black Coal, Only God Forgives, La reine Margot.

Dazed and Confused/ Génération rebelle ** (USA 1993) : Mise en scène alléchante pour un contenu ennuyeux – moins si on est adepte de Tarantino, qui lui-même adule ce film paraît-il. Sait se tenir malgré son sujet mais n’a pas la richesse émotionnelle ni la saveur ‘authentique’ de Breakfast Club. Une des images principales du site Mubi est puisée ici (Matthew Conaughey avec trois autres mecs pendant qu’il joue au vigile). (58)

Imitation of Life / Images de la vie ** (USA 1934) : Bien aimable et assurément précoce, mais assez douteux malgré son volontarisme ‘inclusif’. La noire reste une benête, s’avère incapable de défendre son intérêt et d’élever par elle-même son standing alors que le meilleur est à sa portée, pour ne pas dire offert – au moins elle est l’outil de ce succès ! Donc l’écrasant regard caméra accusateur est des plus inconvenants, puisque ce film entretient aussi le matériel de la discrimination. Nous sommes dans du paternalisme progressiste, acquis aux valeurs de la libre-entreprise, du capitalisme bien compris et bien sous tous rapports. Nous sommes dans un film de l’ère ‘du code’ et dans l’inconscience généralisée, même quand les sujets sont graves – d’ailleurs sur la honte de la fille blanche d’une femme noire, il n’y a aucun progrès, même pas lors de la scène d’enterrement. Un film bien statique y compris face à de grands changements, d’où les événements sont absents ou pour le moins aseptisés et survolés. Le remake de Douglas Sirk est supérieur sur tous les plans parce qu’il normalise la situation, sans sermonner, simplement en admettant que cette union puisse être normale et saine, avec une individualité noire et pas une brave femme à demi grotesque. Le miel de Mirage de la vie apporte plus de dignité et de crédibilité à cette affaire. Enfin ce film de racistes anti-racisme (de style et d’orientation ‘libérale’) présente de belles qualités, se regarde et attire facilement la sympathie, a une certaine hauteur de vue malgré tout. (58)

Retour en Normandie ** (France 2007) : Retour sur les lieux et auprès des acteurs de Moi Pierre Rivière dont Philibert fut assistant réalisateur (sa première fois). Ce que disent les gens n’est pas nécessairement intéressant et encore moins structuré ou dégrossi, mais l’intrusion vaut le coup ; on a pas l’habitude de voir de telles réalités sur pellicules, largement plus ordinaires et pourtant encore plus rares que celles des patients psychiatriques (sujets de La moindre des choses). (62)

Ice Storm *** (USA 1997) : Ang Lee à la tête d’un casting colossal et disparate (où Sigourney Weaver joue une pouffe amère et égoïste mais résolument adaptée, quitte à professer du catéchisme). Sur la tristesse de la reproduction des mœurs et les murs intimes que se prend la petite-bourgeoisie américaine – à l’époque d’une révolution sexuelle déjà liquéfiée en nouveau conformisme décevant. Peut-être un peu trop banal effectivement. Le coup final, excessif et inutile, tire le film vers une espèce de passion de dépression et de compassion génératrice de peu de bénéfices. Produit typique des années 1990 (jusqu’aux costumes) censé se produire dans les seventies. (66)

Suggestions… De beaux lendemains, Smoke.

Clockers ** (USA 1995) : Du Spike Lee routinier avec Harvey Keitel en blanc aidant de service. Musique cool mais le contrepoint et le random à ce point deviennent ennuyeux passé une demi-heure. Théâtral et pauvre, insignifiant à terme malgré la force du style. (54)

Wolf and Sheep ** (Afghanistan 2016) : L’idéalisation de cet état de vie ‘modérément’ primitif et les saines communautés allant avec se prend un démenti. Le capitalisme et la corruption des médias sont loin mais leurs mesquineries et effets pervers supposés pourtant sont présents – les enfants sont impitoyables, un bœuf vaut réparation pour un fils éborgné. Documentaire semi-dramatisé (par exemple pour matérialiser la louve kashmirie déguisée en fée verte à taille humaine) sans intérêt solide pour le reste. Présenté sur Mubi sous le label « La quinzaine des réalisateurs ». La réalisatrice est afghane mais les crédits partiellement danois. (46)

The Spoilers / Les écumeurs * (USA 1942) : Western de salo(o)n où le casting tire des trognes grotesques et pompeuses pendant près d’une heure trente. Effet Dietrich ? Heureusement hors du couple de tête et des phénomènes de foire l’interprétation est posée. Le film est décemment dialogué mais l’histoire insipide et le trait toujours ultra-lourd (ce qui choquera avec la servante noire dont même le ‘black face’ n’altère pas la bonne humeur). Heureusement une grosse scène de mêlée vient remettre à niveau cette ‘aventure’ (mais forcément Wayne en sort à demi-vainqueur avec une dégaine encore plus fausse et ennuyeuse). (38)

Nénette ** (France 2010) : Quasiment un moyen-métrage. Travail sur la bande-son, avec la succession d’intervenants spéciaux, de visiteurs ou passants et quelques musiques (inhabituel chez Philibert – celles en générique sont crispantes). Pas de visages humains (mais des laïus diversement comiques), seulement les orangs-outangs dans leur espace, généralement derrière la vitre. On apprend que les orangs-outangs sont placides, pas du tout vocaux contrairement aux chimpanzés et on les voit sourire ou tirer des bouilles irrésistibles. (62)

No * (Chili 2012) : voir la critique. (32)

Maggie * (Corée du Sud 2018) : Original mais pas explosif en-dehors de sa bande-son. Les auteurs sont probablement dans les grandes ‘largesses’ au point d’oublier des pistes narratives, pourtant il n’y avait pas de quoi se sentir engloutis ou emmêlés. Un film plus à sec qu’absurde ou juste concernant les relations humaines. Comme d’habitude l’expectative soignée l’emporte sur la poésie mais cet essai-là semble à peu près aussi sincère que possible. Le cœur de cible est probablement les filles bien ou normalement éduquées et formatées qui se trouvent bizarres. (42)

Pillow Talk / Confidences sur l’oreiller *** (USA 1959) : Je n’attendais rien de ce film, après cette rafale de médiocres et de mauvais sur MUBI et étant tiède envers ces comédies guillerettes des années 1940-60. Cette bonne comédie romantique, certainement au-dessus de la moyenne de tout le secteur et en toutes époques, doit beaucoup à son couple. Sans Rock Hudson et Doris Day, acteurs charmants dont les personnages le sont presque autant, ce ne serait peut-être qu’un film amusant et bien écrit, sans construction ni tours spécialement brillants – clairement le suspense n’est pas sa qualité. À quelques clichés doucement datés (sur les rôles sexués, encore que le film soit dans l’ensemble équilibré, ni archaïque ni révolutionnaire, propre mais pas prude) leur rencontre fonctionne impeccablement. (68)

Agantuk / Le visiteur ** (Inde 1991) : Dernier film d’un fameux auteur indien multiformes, centré sur un vieux vagabond philosophe de retour auprès de sa famille où il diffuse une morale teintée de cosmopolitisme tiers-mondiste apaisé. Scénario minimaliste, logorrhées ‘intellectuelles’ raisonnables, discours transparent. (58)

One shocking moment * (USA 1965) : Rien à retenir hormis une scène de lacérations domestiques d’une quasi-lesbienne intégriste sur un brave gaillard au mariage poussif. Il y a de la tension chez les personnages et les acteurs sont bons pour la rendre, tout le reste est proche du niveau zéro, spécialement la narration. Scènes à deux de tension et seins nus s’accumulent en tâchant de titiller le conventionnalisme de l’époque ; vu un demi-siècle plus tard, reste de l’agitation lubrique et des turbulences vaines, dans un contexte de sous-bourgeoisie un peu moisi. (28)

Panique au village *** (Belgique 2009) : Hystérique, usant ou grisant ; une succession de grands moments d’absurdités et de débilités. Vu des bouts du film ou de la série à l’époque. Comme je découvrais et que ça relève d’un genre qui vous ‘passe’ dessus – ou devant, je n’ai pas gardé de souvenirs clairs. Je recommande fortement mais avec avertissement : ça peut fonctionner merveilleusement si vous appréciez les cartoons, les cris, à la limite la ‘folie’ légère et expansive ; sinon ça peut être une torture et vous laisser dubitatif concernant tous ces spectateurs et critiques si complaisants pour une création ouvertement idiote. Malgré un moment difficile j’ai trop ri pour tomber ailleurs que dans la première catégorie. Je suis fan du débit du paysan (Poelvoorde) et du personnage Cheval. (72)

Missing – Porté disparu *** (U 198-) : L’aspect surréel d’une dictature et d’événements violents, leur toxicité si radicale qu’elle en devient non banale mais ‘normale’ ; avec la sublime musique de Vangelis cette situation éprouvante, avec sa faculté à tout remettre en question ou ‘à plat’, en devient presque magique. Le tandem d’opposés est des plus judicieux : deux idéalistes sans idéal ou inversement, reliés par le disparu. Costa-Gavras est connu et reconnu en tant que cinéaste politique qui s’est attelé à de vraies affaires, mais c’est en passant au-delà des seuls dossiers, en osant l’émotion, qu’il livre le meilleur. (68) 

Kaili Blues * (Chine 2015) : Film sophistiqué et vaporeux à deux de tension comme ce coin en produit en abondance et comme Mubi aime les relayer. J’ai pensé notamment à Postcards from the zoo et à divers titres des cinémas thais et indonésiens. Celui-là a eu la chance ou le génie d’être acclamé dans les festivals et lancé internationalement. C’est sa seule spécificité éclatante à mes yeux, hormis en terme de proportions : l’influence bouddhiste et les paysages sont particulièrement obèses ce coup-ci. Cette séance est une perte de temps avec de longues déambulations nébuleuses et des moments de vie traversés significativement par aucune autre force que l’inertie. J’ai apprécié les moments où la caméra semble s’émanciper mais ne suis pas client des expériences d’hypnose, surtout s’il s’agit de miroiter l’onirisme alors qu’on est simplement invités à planer ; de la même façon on doit oublier pour se mettre en position de convoquer des souvenirs hypothétiques ou être totalement réceptifs au présent, or on est simplement en train de faire table rase de toute obligation ou volonté humaine, spirituelle ou même naturelle un peu vive ou divergente. C’est normal : s’il en remontait, on sentirait obligatoirement l’inanité de l’expérience et la dimension parodique du genre d’extase et de libération qu’elle postule. (32)

Les diamants de la nuit ** (Tchécoslovaquie 1964) : Typique voire caricatural dans le genre indé total, centré sur des prisonniers pendant la seconde guerre mondiale. Fausseté malaisante à les voir déambuler dans les bois, jouer les hagards et les affamés, supposément souffrir. Une scène autrement éloquente : celle à la fin, lorsque les victimes ont été capturées, dans une grande salle où les gars de la troupe mangent bruyamment (le film est plein de sons hypertrophiés), puis s’enjaillent sur un petit air d’accordéon (?). Des moments de divagations, où l’esprit d’un des deux fuyards esquive l’horreur présente ; à son meilleur, c’est un ancêtre laconique de ces choses sophistiquées, creuses et lourdingues comme It comes at night. (38)

The prowler / Le rôdeur ** (USA 1951) : Assez audacieux mais m’a semblé sous-développé. Malgré la gravité de l’ambiance, les situations restent faibles et le point de vue reste externe, presque tiède. (62)

Monika *** (Suède 1953) : Fin et implacable. Débuts entre le néo-réalisme italien et une hypothétique ‘Nouvelle Vague’ lisible et consistante. Mise en scène sobre, ponctuellement douce et ‘passionnée’, centrée sur une gourdasse moderne et son tout aussi jeune amant en train de brader sa vie. Hédonisme à courte-vue des cousins défaits de Jules & Jim et toute la clique des consuméristes bohèmes et des pré-soixantehuitards. Ils sont réellement dans l’évasion mais les impératifs du ‘réel’ sont encore là et ramènent finalement à ceux de la société. Même lorsqu’il finit par frapper le garçon reste le faible du couple (un couple d’ado-enfants dans un monde d’adultes), écrasé par l’intempérance de sa petite conjointe pulpeuse. (76)

Domicile conjugal * (France 1970) : Antoine Doinel de Truffaut avec Jean-Pierre Léaud. Pas d’avis, que de l’ennui mais strictement poli. C’est manifestement très auto-référentiel or j’ai ratés Baisers volés. De toute façon je suis allergique à ce genre de simagrées, cet existentialisme et cette loufoquerie de zombie des quartiers ‘typés’ parisiens. C’est indéniablement original, pas prévisible comme Les deux anglaises et le continent, mais le flot de réflexions creuses et d’outrances tièdes me semble simplement stérile (avec ou sans connotations culturelles) ; et cette façon de se frotter à l’exotisme ou l’inattendu m’apparaît comme des plus aliénées (on ramène l’imaginaire et le sens de l’aventure aux besognes, on peinturlure naïvement les choses de la vie avec des couleurs neuves peut-être, dévitalisées et laides certainement). Quand à cette façon de représenter et d’approcher les femmes, elle laisse dubitatif (même si à ce niveau de candeur et de doux crétinisme les féministes auraient tort de s’emballer) ; apparemment elle était courante à l’époque parmi les mâles châtrés mais pas moins affamés, tout pleins de ‘science infuse’ & de Nouvelle Vague. (34)

The Palm Beach story / Madame et ses flirts ** (USA 1942) : Pas puritain en esprit (on parle de sexe et d’argent) mais rien d’intime, de privé, de troublant ou d’ambigu. Et bien sûr rien de notable visuellement hormis les pitreries et les costumes soignés de chacun. Pour les amateurs de ces comédies loufoques ; pour les autres, rien à en attendre. (44)

El despertar de las hormigas / The awakening of the ants ** (Costa Rica 2019) : Si vous cherchez du cinéma entièrement féminin, ceci est pour vous. Le focus sur les ‘petites choses’ et le contact avec la réalité, l’appropriation hédoniste et sereine de son environnement, l’insurrection contre l’enfermement dans un destin social et sexuel, peut avoir son charme, susciter la complicité, ou radicalement mais poliment ennuyer. Pour le peu qui en dépasse ce n’est que simplisme : le mari fait du foot et du bricolage, elle, son ménage, elle est seule et dévouée, la vie domestique est un peu pénible, la baise pour elle est éprouvante voire gentiment morbide. En général dans ces films consacrés à la condition féminine, le ton est compassionnel ou agressif, parfois les deux, cette fois c’est la première exclusivement ; on est assez proche de Jeanne Dielman avec l’évasion au lieu de la violence. Que les enfants soit deux garçons et non deux fillettes aurait été intéressant ; comme dans Les conquérantes, on aurait sans doute vu ces germes corrompus du patriarcat en train de l’asservir jusque dans l’intimité de sa cuisine ! Mais ils l’auraient été en toute innocence – car tout le monde est bien bête et innocent là-dedans. Heureusement l’optimisme prévaut ce qui permet de passer les coups de durs et les sensations de solitude ; aussi d’éviter la hargne débile et l’auto-destruction. (48)

Selfie * (Italie 2019) : De braves musiques ou joyeusetés sonores et des moments plus ‘poétiques’ mais aussi plus sérieux dans la seconde moitié ; ça reste une idiotie qui ne nous apprend rien sur la mafia et le climat social, si peu sur ces rues de Naples ou la vie dans cette Italie (des peccadilles sur la fatalité ou les déterminismes sociaux, les divertissements et fascinations bling-bling des jeunes). Prenez un reportage, un laïus sur Whats App, un filmage en mode automatique digne des spiritueux d’Asie du Sud-Est mais focus sur des rues dégueulasses et des cuisines filmées à mi-hauteur. Réduisez l’intérêt de chacun à néant : pas plus que les babioles, toujours en gardant les deux bonhommes dans les parages. Instillez la platitude et la prétention aveugle à la véracité du film humaniste expérimental de festival. Cela donne cet essai moche et futile. N’importe quelle compilation d’extraits vidéos merdiques sur YouTube apportera plus de sens et de perspective sur le sujet que vous voudrez – ou à peu près autant si comme le réalisateur de ce film vous n’osez pas trier. Les gens dans ce film ne sont pas antipathiques. Néanmoins quand je vois que ce film atteint 8,7/10 avec 2.170 votes sur Mubi se barrer n’est plus une option. (28)

Guilty Bystanders * (USA 1950) : Film noir charmant, soucieux de la tenue de ses rares personnages et de ses rares décors ; mais un film à la musique peu inspirée et envahissante, tourné à huis clos avec des moyens incertains, au développement laborieux, où tout est forcé et l’intrigue particulièrement bricolée, où l’interprète principal manque d’authenticité et de crédibilité. (42)

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Autres Mini-critiques :  13, 12, 11, 10, 9, 8, 7654321 + Mubi 6, 5, 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

DOCTOR SLEEP **

6 Nov

3sur5 D‘une durée similaire cette énième adaptation de Stephen King est plus variée et alambiquée que Ça 2 sorti deux mois avant, tenue avec un plus grand souci du rythme, mais à peine plus convaincante en fin de compte. Il n’y a que deux points où cette suite à demi officielle est fidèle à Shining : la qualité des compositions et les failles dans le domaine des émotions. Les traumatismes et les grands plans des personnages sont essentiels dans le déroulement, les auteurs semblent s’y attacher, mais il les fétichisent plus qu’il ne les sondent ou les étoffent réellement.

Cette espèce de sensibilité à la fois manifeste et très professionnelle est probablement la clé permettant de mieux cerner l’incapacité des précédentes réalisations de Flanagan à s’envoler malgré un talent garanti (spécialement dans Hush et sa série avec la fratrie éplorée). Comme d’habitude la mise en scène est soignée et expressive (fondus en abondance), évite le kitsch sans innover, la photo est sombre mais lisible ; c’est de l’horreur tout en douceur, synthèse de lignes diverses, avec les moyens et la virtuosité dont ne pouvait se prévaloir un produit bis comme Oculus. Le seul point relativement insipide ou trivial est la musique – et le détail critique, cet abus d’effets sonores cardiaques (mais on ne mise pas sur le jumpscare alors les férus de subtilité et d’effroi trèszintelligent décréteront que Doctor Sleep n’use pas de recours faciles).

Le casting sait rendre attachants voire aimables les personnages. Même les pires ou les plus fades dégagent un certain magnétisme. Malheureusement ils ne sont jamais assez épais ou taillés pour marquer, toujours assez lisses afin d’être adoptés par le public malgré leurs excentricités. On débouche sur un équilibre stérile, à refluer la grossièreté des films de super-héros tout en s’interdisant la consistance en matière de psychologie comme de business surnaturel. À terme malgré les enluminures se joue simplement un duel de titans se remplissant de mana pour le combat final. La liste de péripéties s’enrichit mais pas l’histoire. La plupart du temps Doctor Sleep se détache largement de Shining et se contente de le citer par ses décors ou par des gadgets, mais ses citations font peu pour l’animer ou le grandir. En revanche elles mêlent une nouvelle signature à celle du ‘grand’ Kubrick tout en gardant distance respectueuse, au lieu d’une déférence qui aurait rendu l’exercice aussi désuet que le commun des adaptations notamment pour la télévision.

Basé sur le roman de la reprise en main de King qui omettait la contribution du film de Kubrick, celui-ci le trahit finalement pour une issue ambitieuse et carrément vaseuse. Elle a pour rôle de fermer la boucle laborieusement rouverte, mais pas de sens en-dehors du ‘fan-service’. À ce titre il faut reconnaître que les reconstitutions sont, comme l’ensemble du film, formellement irréprochables – avec un cosplay réussi pour maman Wendy, plus embarrassant via papa néo-Nicholson. Les vampires avec leur côté ‘hobo’ bobo sont finalement ce qui tient la séance debout, sans quoi elle s’engluerait dans le sentimentalisme gelé. Ce qui rend le film fondamentalement frustrant c’est que les ‘pourquoi’ restent en suspens – pas seulement en terme de résolution d’intrigue, mais aussi de motivations et d’origine. Les pouvoirs extrasensoriels, même lorsqu’ils permettent des sauts narratifs, s’invitent sans justification. Éventuellement ils se reposent sur du pré-existant (les finals de Shining et de cette suite répètent un même schéma), mais on ignore pourquoi telle faculté se déclenche à tel moment, pourquoi tel événement survient maintenant quand il y a déjà eu tout le temps. C’est encore en omettant poliment de s’interroger sur les menaces, les héritages et opportunités au mieux réglés par des sentences amphigouriques, généralement ignorés.

Au lieu de fouiller et muscler son univers Doctor Sleep multiplie les échos au modèle ou à ses thèmes (les vampires servent encore une fois à réfléchir l’addiction). Cela donne une espèce d’expérience hypnotique qui manque de chair, met l’hypnose entre nous et le sujet pour dissiper l’incrédulité et retarder l’ennui, en introduisant une once d’auto-déconstruction. On agrippe le spectateur et l’emmène à destination sans se laisser divertir, mais on oublie de garantir la valeur, ou bien il faudra compter sur un éclairage futur. Malgré une poignée de scènes fortes, spécialement une odieuse et une volante astucieuse, on courre plus de chances d’être placide que remué à regarder défiler cette belle machine déterminée en attente d’un programme clair, de douleurs et d’aspirations concrètes.

Note globale 56

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Suggestions… The Addiction/Ferrara + Les démons du maiis + La malédiction + The Last girl celle qui a tous les dons

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THALASSO ***

8 Sep

3sur5 Si on connaît les protagonistes, on a pas de surprises, ou alors minuscules et agréables. Ils jouent le rôle par lequel on les identifie, quoiqu’on ne s’attendait pas nécessairement à Houellebecq vaniteux. Cette suite de L’Enlèvement (téléfilm de 2014 diffusé sur arte) a le bon goût d’accepter un certain état de paresse et délabrement tempéré par les satisfactions d’une conduite anarchique. Contrairement à Valley of Love qui à force de fan-service docile et d’attention scrupuleuse pour son couple iconique devenait simplement insipide, Thalasso se vautre sans pudeur ni justification dans une gaudriole à la mesure de ce tandem formant « la honte de la France ». Il est conforme à leur image sans croire nécessaire de les rehausser ou de les défendre ; eux-mêmes ne se soucient pas d’être récupérables, tout au plus se régalent-ils de se laisser-aller publiquement et ainsi soigner leur crédibilité de demi-humoristes inconvenants, surtout Houellebecq pour qui c’est moins fréquent.

L’écrivain avait fait part de son incapacité à se convertir au catholicisme ; dans ce centre de soins ses tentations mystiques apparaissent plus concluantes. Dans sa première ivresse [du film] il confie croire à la résurrection des corps, lui qui en porte un malade, fuyant manifestement la vie sans renoncer à la jouissance. Michel se lance alors dans un déni pathétique de la mort, cet accès d’émotivité est le morceau le plus déstabilisant de la séance. Ses airs de petit garçon passif-agressif et de moribond détendu étaient déjà connus, mais prennent une tournure tendre au début avec sa compagne. Les petites échappées fantastiques liées aux rêves de Michel sont le deuxième élément relativement insolite. La présence incongrue d’un Stallone potentiellement alternatif renvoie à cette bizarrerie des romans de Houellebecq : l’introduction de personnalités médiatiques métamorphosées de manière improbable ou jouant un second rôle dont on peut douter de la pertinence. Cela va de l’anecdotique avec Philippe Sollers en éditeur du narrateur dans Les particules au craquage avec Pernaut en capitaliste souriant et homosexuel mondain de La carte et le territoire. Le compère Depardieu est forcément plus limpide, alimente les monologues croisés et évite à tous, y compris au premier intéressé, de sombrer dans les réflexions mélancoliques et les humeurs vaseuses de Michel. À l’occasion Gérard fait son gros dur de cour de récré, sans méchanceté, en bon Obélix teigneux pour la forme – ou pour lever sans tarder les ambiguïtés qui menacent de la gonfler.

Ce film ressemble à une récré pour adultes gâtés ou profondément blasés. C’est quasiment un nanar exigeant mais en roue libre, un peu comme Tenue de soirée – évidemment c’est loin d’être fracassant comme du Blier, mais les dialogues sont savoureux en moyenne, excellents parfois. Les situations ne sont pas nécessairement meilleures que prévues, mais plus originales que ce que laissait entrevoir les bande-annonces. On écoute des bourrés cultivés, truculents ou portant en eux les résidus d’heures fort inspirées. Il y a un côté Absolutely Fabulous dépressif au masculin, à observer des privilégiés rétamés voire diminués par leur alcoolisme, ainsi qu’une proximité avec Groland à cause des octogénaires en rupture (et de l’attitude sombre mais sanguine de monsieur). La thalasso apparaît comme un EHPAHD ‘de luxe’, un mouroir AAA ou semi-HP farniente pour vieilles célébrités semi-démentes ou demi-vieux usés. Attention la fin façon Triplettes de Belleville (ça ne ‘divulgache’ rien) n’est qu’un petit tour pour nous scotcher au fauteuil en guettant un éventuel bonus. Vous pouvez économiser une minute et accepter simplement ce dénouement à l’arrachée, décevant même avec les faibles attentes induites par le scénario et la participation de branquignoles.

Note globale 66

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Suggestions… Near Death Experience + Les Valseuses + Donnie Darko

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MINI – CRITIQUES : MUBI (2)

4 Oct

Le révélateur *** (France 1968) : Second film (suivant Marie pour mémoire) de Philippe Garrel, à seulement vingt ans ! Tourné en Allemagne immédiatement après les événements de mai 68, avec Laurent Terzieff, ce Révélateur est un opus notable aux rayons ‘expérimental’ et ‘arts & essais’. Il présente un onirisme plus ou moins terrien, domestique et existentialiste ; est probablement bercé de psychanalyse, ou ouvert à la chose.

Autour d’un enfant d’abord secoué voire effrayé par ses parents, traîné par eux dans leurs escapades, les libérant parfois. Leur relation, leurs gesticulations sont un spectacle et une source d’éveil ou de distraction pour lui. Il est au chevet de parents vivant dans la peur, que lui ne comprend pas ; comme eux fuient le monde, lui se détachera bientôt de ces malheurs et ces menaces supposées dont il ne voit que les effets.

Triomphe de l’enfant, de son élan vital et de son optimisme ; sur des parents déboussolés, parfois l’utilisant, à d’autres moments tentés de l’abandonner et se retrouver. (64) 

Les hommes qui marchent sur la queue du tigre * (Japon 1945) : Quatrième film de Kurosawa, entre suspense (besogneux) et comédie (ultra-pudique sauf pour les mimiques). Tout est ultra-appuyé (farces, faciès, symboles), les longueurs s’accumulent, parfois sans raison. Tiré d’une pièce de théâtre, en garde l’esprit et les raideurs obligées, la lourdeur du mouvement. Faible intérêt pour l’espace, sauf au début et via la micro-exception finale.

Resté censuré par le gouvernement d’occupation américain jusqu’en 1952. Clairement le moins bon de Kurosawa vu à ce jour. ‘Tora no o wo fumu otokotachi’ en VO, ‘The men who tread on the tiger tails’ en anglais et ‘Qui marche sur la queue du tigre…’ sur MUBI. (38)

Le lit de la vierge * (France 1969) : Errances froides à rallonge, débouchant sur beuglages de Pierre Clémenti – appelant « mon père » à son secours, car il voit bien qu’il n’arrive à rien. Sinon, divers échecs assortis de cris de terreur, pour illustrer le désarroi du Christ de retour aujourd’hui. Pas de confrontations, pas de séquences avec ou sans moralité, prise de conscience – mais des successions de monologues décalés et de saynètes allégoriques obscures.

Bref, c’est en plein dans ‘l’expérimental’ complaisant avec substrat intello ‘mystique’ – ça en emploie toutes les recettes, jette peut-être plus de mots que la moyenne. Ce qui en distingue plus nettement est le niveau technique – confirmation d’une photo de qualité propre aux travaux de Garrel, après Le révélateur (Michel Fournier déjà à la tâche) et avant Les hautes solitudes.

La recomposition familiale est fidèle : le père est Dieu, le fils et ‘l’homme’ (conscient, émotif, probablement) sont en Jésus. Même actrice pour la (mère) vierge Marie et pour Marie-Madeleine : ohlolo la psychologie des profondeurs est de sortie !

Tourné en Bretagne au début puis à Marrakech. Un peu de musique locale, ou de hippie avec Nico pour le vocal. Au même moment, Bunuel livrait une autre version athée d’un tel phénomène, parmi les sketches et hérésies distanciées de La voie lactée. (28)

Un conte de Noël ** (France 2008) : Premier contact avec le cinéma de Desplechin. Reste aimable malgré la longueur et les remous. Deuxième de la trilogie Dédalus, autour d’une famille bourgeoise parisienne, genrée artiste – à ses heures catho dissipée (se reposant sur les vieilles traditions pour digérer leurs soirées). Ambitionne Bergman (dernière période) ; un Fanny & Alexandre au présent.

Amalric tient le rôle d’un canard boiteux et fier de lui. Il laisse quelques-unes des meilleures répliques à sa ‘mère’ Deneuve, en besoin de greffe. L’ado, Paul, présumé ‘fou’ apparaît surtout à terme comme un égaré mou. Anne Consigny joue une connasse, de type chouineur, haineux et pseudo-moral. Emmanuelle Devos ressemblerait à Angela Basset : what the fuck ? Divisé en trois, ce conte aurait donné un soap sans suspense. (50)

Chien enragé ** (Japon 1949) : Kurosawa tourne avec sa star Mifune et son camarade Shimura. Mifune joue un détective moralement embarrassé par l’arme d’un crime. Kurosawa l’a dirigé juste avant pour L‘Ange Ivre, ils sont aux débuts de leur riche collaboration (16 films).

Malheurs, menaces sur la vie, tentation du laisser-aller ; l’irruption du ‘Mal’ et de la corruption dans la vie (professionnelle) ; traversée de la misère ; période de canicule, sensations d’écrasement, fatigue générale et irritation.

Assimilable aux ‘films noirs’ anglo-saxons, ce qui valide le préjugé du Kurosawa cinéaste nippon américanisé. (62)

Signes de vie ** (Allemagne de l’Ouest 1968) : Premier long-métrage d’Herzog, en noir et blanc comme son court Herakles. Un soldat allemand bloqué sur une île refuse l’inaction. De quoi devenir un symbole des ‘ratés’, égarés, mis à pied, s’obstinant à gesticuler.

Le documentaire amorphe l’emporte sur le portrait ou l’introspection. Herzog se place et nous embarque en témoins inclus dans la torpeur, tranquillement hagards et extérieurs. Sa signature est bien présente : cette approche ‘brute’ montre son style à l’état mal dégrossi, l’intérêt se porte déjà sur les élans grandiloquents et stériles d’un inadapté.

La révolution absurde à la fin, quand il est arrivé en état de se faire interner, relève du beau geste. Cette tentative spectaculaire de quelques secondes affirme un peu le goût de la grandeur travaillant le soldat. Par son inanité c’est la démonstration de son impuissance. (52)

Après la nuit * (Suisse 2013) : Dans les bidonvilles créoles, action à Lisbonne, essentiellement nocturne. Embrouilles, (semi-)ghettos, gangs et trafics, misère modérée, etc. Une certaine routine. Un dealer à machette défile au milieu en posant régulièrement une trogne mélancolique. Pour les gens qui ont aimé le côté Cité de Dieu dans Madame Sata. Techniquement correct, mais inaccompli en tant que documentaire et raté (bâclé ?) en tant que fiction. (26) 

Tropical Malady *** (Thaïlande 2004) : Découverte d’Apichatpong Weerasethakul. Première partie sentimentale, seconde glissant dans le fantastique, le tout sensoriel à plein régime, avec dream-pop en bande-son. Film ‘d’esprits’ mystiques – et film de fantômes atypique.

Un des deux gays/protagonistes évoque son oncle qui ‘verrait’ ses vies antérieures – c’est l’annonce d’Oncle Boonmee, Palme d’or 2010. « Monsieur a l’air très heureux aujourd’hui » / « c’est normal c’est jour de solde » : universalité des clichés ? (66) 

Nuits d’ivresse printanière ** (Chine 2009) : Film chinois (de Lou Ye) rempli de trucs occidentaux typiques (la femme qui le fait suivre, les photos sur le portable, gnangnanteries) ou almodovariens (l’un des types se déguise dans des bars). Histoires qui se croisent et se confondent un peu, accumulations, dans un style aérien et sensuel. Plutôt random, mais généreux pour les scènes de ‘craquages’ et frontal (autant que possible) pour les scènes actives et nues.

+1 pour la claque lors de la grosse crise, mais annulé par le +1 pour le pétage de plomb de la fille au bureau. (48)

Gosford Park ** (UK 2001) : Chez les aristos anglais dans les années 1930. Mon premier vu d’Altman. Sur les deux heures, ne fait que présenter des personnages (très nombreux – s’agit-il du pilote d’une grande série ?) ; l’enquête s’ajoute sur les derniers trois quart d’heure. Gros casting, caméra ‘aérienne’, compositions et technique de haut niveau. Sorte de cinéma de chambre étendu à toute la grande propriété, avec toute la vaste faune des variétés de nobles ou riches et de servants – et de la dissidence là-dedans. (50)

La forteresse cachée *** (Japon 1958) : Un des Kurosawa les plus accrocheurs (probablement même plus que Vivre !, mais derrière Le garde du corps), plus compatible avec un public jeune et/ou occidental et/ou actuel. En contrepartie, La forteresse est moins intense et mystérieux que son Château de l’araignée. Mifune y devient sérieusement badass. Film d’aventure incluant la comédie (les deux acolytes pleutres, ouvrant la séance sur un échange d’injures). (68)

Les nains aussi ont commencé petits *** (Allemagne de l’Ouest 1971) : Un an avant son voyage au Pays du silence et de l’obscurité, Herzog dégote déjà des individualités anormales, prises en groupe. Il nous présente une communauté de nabots fêlés, limite déments, en rébellion contre le directeur du pensionnaire (frappé de la même infirmité). Gueules de vieux, propos d’ados sous substance et attitudes d’enfants fous. Cynisme, ricanements et pétages de plombs à foison (avec un soupçon de cruauté envers les animaux). En noir et blanc, comme Herakles et Signes de vie, premiers films du réalisateur d’Aguirre. Digne des Midnight Movies de la même décennie, mais redondant et finalement bien lent. Tournage à Lanzarote (îles Canaries). Musique pénible. (68)

L’enfer de la corruption / Force of Evil *** (USA 1948) : Tourné par un cinéaste inquiété pendant la phase maccarthyste, ce film perçu comme anticapitaliste est une des références fondatrices déclarée de Scorsese. En plus d’être très court il a un style rapide, droit au but, qui le rend très dense sans sacrifier la lisibilité.

En contrepartie il est schématique. Sa rigidité l’amène à s’affadir continuellement sans s’autoriser de relances (pas ou peu de nouveaux éléments), en suivant la déchéance des frères – il paraît alors surchargé et insensible à ses personnages/prétextes. Les dialogues sont excellents et les vingt premières minutes pleines de durs, qui se fâchent vite.

C’est un bon film sur la paranoïa à échelle individuelle, de l’individu dans la société (pas de la parano ‘psychique’ ou proprement psychologique) – celle d’un type abîmé dans les méandres de la corruption, des trafics, des abysses au cœur de la ville-lumière – pas un tourmenté par des penchants naturels, mais bien par la réalité.

Avec cet accent sur le capitalisme ‘parallèle’ (beaucoup de cette sorte d’euphémismes et de déclarations indirectes), Force of Evil rejoint la mouvance de film noir sans être représentatif et anticipe effectivement les films d’argent de Scorsese. Il est peu comparable aussi en tant que films de gangster, à cause de sa façon surtout discursive de montrer l’entrepreneuriat et sa culture de la prise de risque pervertis. (70)

Fata Morgana * (Allemagne de l’Ouest 1971) : L’intro le garanti, ce sera répétitif – mais c’est normal et ce n’est que faux-semblant, ça c’est le titre qui l’indique. Herzog s’est embarqué dans un délire proche des mondo movie, dont résulte une espèce de doc hippie dark (la musique est de leur milieu, pas d’Afrique traditionnelle).

Des blancs manifestement stones (on en trouve plus dans la partie III-L’âge d’or), des autochtones blasés/indifférents et trois pauvres animaux : un fennec/renard des sables attaché par un enfant, un varan (interminable), une tortue barbotant. Tout ce brave monde s’encroûte dans les déserts africains, élu pour l’occasion théâtres des illusions humains et mensonges religieux. Le retour ‘chez nous’ (en fait, à Lanzarote – où Herzog a également tourné Les nains aussi) se résume à un passage pseudo-festif (en plusieurs temps, naturellement).

Symbolisme lourd à l’appui : dans la partie I-La création, alors qu’une vieille radote en voix-off sur la création des animaux, la caméra balaie une zone jonchée de cadavres de bovins, desséchés, vidés, atomisés. Les textes appartiennent à la mythologie maya, chapitre invention du monde. (42)

Le beau Serge *** (France 1958) : Premier film de Chabrol, à 28 ans. Brialy est de retour dans le village (de la Creuse) où il a grandi. Devenu un citadin, il a été malade récemment et doit « vivre au ralenti ». Son ancien ami (par Gérard Blain), un alcoolique et père d’un trisomique vite avorté, a honte de ce qu’il est (devenu) : un raté.

On voit le film aux côtés de François/Brialy, dont les voisins seraient « comme des animaux (…) on a l’impression que vous n’avez aucune raison de vivre ». Il y a du vrai mais c’est négliger la frustration à refouler, pourtant manifeste chez les aigris du bar comme chez d’autres petites gens (pas tous). Son ami est plus clairement affecté car il a eu le tort d’espérer. Le ‘bon sens’ voudrait qu’il parte : mais ‘à quoi bon’. L’impuissance, le ressentiment et le dégoût s’opposent plus souvent que la peur à un grand départ, à une tentative d’épanouissement.

Le film se dilue un peu autour de la bagarre. L’orientation finale est un peu improbable, avec ses parallèles christiques. Détail regrettable : si on ne nous disait pas à plusieurs reprises au début qu’Yvonne est moche, on ne s’en rendrait pas compte (elle est jouée par Michele Meritz). (72)

Les Cousins ** (France 1959) : Reprend le duo du Beau Serge (et quelques acteurs secondaires). Cette fois c’est Blain qui s’invite et Brialy le receveur – le campagnard vient à Paris. Chez les jouisseurs-branleurs, avec un exemplaire vivant comme un prince, mais aussi un beau bal de mondains hédonistes et à la marge des variétés de jeunes pédants – et aussi de vieux !

L’histoire d’une inadaptation, de sentiments et scrupules débiles, d’une grande perte de temps. La photo et la mise en scène sont typiques d’une certaine qualité d’époque, un peu plus raffinées que l’ensemble du cinéma de Chabrol à venir. Blain apporte un contraste sans lequel l’ennui l’emporterait. (58)

Entre le ciel et l’enfer *** (Japon 1963) : Un des rares Kurosawa post-Sept Samouraïs se situant un des rares dans le présent (comme auparavant Vivre et L’ange ivre). Fait partie des polars (comme Les salauds dorment en paix), versant un peu moins célébré de son œuvre.

Quasi huis-clos (dans la grande maison) pendant la première heure. Tourne alors autour du refus de payer de Gondo et de sa position (sociale et de dominant au sens large) à tenir ; il a peu de considération à côté, indifférent en dernière instance – et la raison comme ses besoins familiaux l’y autorisent, seuls des ‘grands principes’ pourraient s’opposer. La deuxième heure est centrée sur l’enquête et la capture du criminel, qui aura la parole au dernier acte, dans un face-à-face éclair avec le riche désargenté devant le rebelle damné.

Les enjeux moraux et sociétaux dominent sans trop vouloir se déclarer, laissant l’action voire l’intrigue flotter. Ces enjeux s’expriment principalement via des discussions matérialistes et relatives à la hiérarchie. Fait beaucoup de démonstrations et de mystères pour retarder l’inéluctable et l’antagonisme convenu. L’autorité tergiverse seulement pour des raisons pratiques, à cause de la pression ; le reste suit ; finalement l’édifice pesant sera effectivement ébranlé, au détail voire peut-être dans quelques consciences, mais trop vaguement pour secouer les nôtres et plus encore celles des acteurs de cette société.

D’où un aspect Hugo light, plus posé et emprunt de recul, mais sans gains en pertinence pour autant. Ce film pourrait se décliner ‘facilement’ au théâtre, mais donnerait a-priori un résultat très rigide : dialogues abondants, directs, chargés, quasiment tout passe par eux (pour l’essentiel du reste, par les acteurs). Sans musique, informatif et ‘réaliste’. Côté ravisseurs et victimes, personnages compliqués et ombrageux, lourdement ‘typés’ ou intense. Une scène en train assez audacieuse pour l’époque. (66)

Cœur de verre *** (Allemagne de l’Ouest 1976) : Herzog nous présente des pseudo exaltés de Bavière au XVIIIe, sur la pente de la religiosité délirante après que le souffleur de verre, maître de la seule activité apportant une ‘valeur ajoutée’ au village, soit mort avec son secret.

Approche en deux hémisphères : dans le village, avec la folie et l’exaltation collective ; une approche ‘cosmique’ en marge. Ce second versant vient finalement nourrir le second, en étant infiltré par un élan scientifique et en voyant le chemin pour la reprise de l’espoir et ‘la foi’ de cette petite région.

Ce film a simultanément l’apparence d’un documentaire et d’une digression mystique. Les lieux sont magnifiques mais pas spécifiquement allemands (tournage dans la forêt de Bavière, aux USA, en Irlande, en Suisse).

Les acteurs tourneraient sous hypnose, à l’exception du vacher aux prophéties apocalyptiques. Bonne bande-son, plus typique. (68)

Un baquet de sang *** (USA 1959) : Film d’horreur léger, grotesque, doucement sarcastique et satirique, signé Roger Corman. Un type falot (quoique l’acteur soit inapproprié – hiatus en tout cas sur les premiers plans), qui a tout du larbin mais avec des rêves, aspire à la reconnaissance de ses pairs (beatniks) et du monde (rempli de femmes). Dès sa première ‘réussite’ il se voit en ‘artiste’ et enfin les autres sont là pour valider, au lieu de le rabaisser.

Malgré ce protagoniste on rit mais sans grands éclats. Ce film est d’abord une curiosité où l’art du recyclage domine à tous les degrés. Il est clairement sous influence de Poe, auquel Corman s’apprête à consacrer une série de libre adaptations où défilera Vincent Price.

Nous sommes trois ans avant le carnage gore Blood Feast ; ce film-là est assez cheap et régressif, y compris dans son rapport à la violence. Les premières morts (du chat et du flic) sont stupides : le chat, déjà empaillé, le flic, vite abattu (et planqué au plafond par un avorton en panique). Le ton est à la fois ironique et enfantin à l’égard des émotions ou aspirations des personnages, y compris par rapport au milieu des laudateurs d’ ‘artistes’ et ‘créatifs’ (des jeunes, souvent toxicos ou avec du temps à perdre, qui ne conçoivent pas d’autre expression du génie). (68) 

La petite boutique des horreurs ** (USA 1960) : Assez connu grâce à la présence, pourtant mineure, de Jack Nicholson (client du dentiste ‘alternatif’) dans un de ses tous premiers rôles (sept ans avant de contribuer à The Trip comme scénariste). Mauvais goût, délurés et ‘drogués’ ; c’est un parent innocent de John Waters, encore en plein dans l’optimisme généralisé. Comédie hystérique : les appels de la plante (« feed me » de petit animal de cartoon) ; les tronches d’ahuris ; le dentiste fou. Le gore est surtout verbal et lorsqu’il est physique, c’est très pudique et artificiel (la fin avec les têtes à fleurs). Le remake est plus trivialement et ‘pulpeusement’ ‘haut-en-couleur’. (52)

Alexandra *** (Russie 2007) : Traitement indirect de la guerre par Sokourov. Centré sur une vieille de passage dans un camp militaire (en Tchétchénie) où se officie son petit-fils. Elle déambule, s’interroge sur l’état du monde présent et fait son examen de conscience. Chez les soldats et le peuple occupé, elle constate la frustration ou l’accablement de tous – il reste encore la foi ou l’habitude. (72)

Barberousse *** (Japon 1965) : Un des plus fameux Kurosawa, particulièrement respecté sur Sens Critique (influence de Torpenn, le ponte originel ?). Durée-fleuve (trois heures).

Toshiro Mifune est dans le rôle-titre du médecin « humaniste » parfait, montrant à l’occasion une forte aptitude à coller des gnons. Le film accepte l’idée d’extraire du bien dans le mal – valide les sombres raisons poussant à l’altruisme.

Deuxième partie (après l’entracte) consacrée au ré-établissement de l’ex-domestique. Quelques moments avec ‘le souffle de la mort’ rapprochent ce film de La gueule ouverte de Pialat. (72)

Dernière femme sur Terre ** (USA 1960) : Sorte de vaudeville post-apocalyptique (d’une apocalypse instantanée, 100% bis de foire). The last woman est ravissante, le style aidant. Le reste ne vaut pas grand chose : trop lent, ménageant une petite tension qui ne s’épanouit pas. Une certaine ambition anime les dialogues mais au mieux elle pousse à conclure : décidément les Hommes manquent de savoir-vivre. C’est donc un petit Corman, agréable quand même, représentant typique du ‘tout ça pour ça..’. (44)

La Créature de la mer hantée * (USA 1961) : Rempli de détails loufoques, change plusieurs fois de direction. Des incongruités vaguement relevées, des pics d’humour (avec Betsy Jones-Moreland, déjà présente dans Dernière femme sur Terre, opus de Corman sorti en 1960).

Monstre rare (une apparition éclair avant sa parade des dernières minutes) et digne d’une poupée moisie de marché aux puces. À la limite de l’amateurisme avec des tendances chaotiques – part totalement en vrille sur l’île. Pourtant c’est à la même période qu’était produit The Pit and Pendulum.

Mon premier 3/10 depuis un mois avec Chez nous et Le missionnaire. (32)

Toni ** (France 1935) : Avec des abrutis du midi (Toni est un immigré italien qui travaille auprès des autochtones) et une pauvre Marie. Tiré des notes d’un projet de roman (de Jacques Levert) et produit par Marcel Pagnol. Confirmation de mon ‘incompatibilité’ avec l’œuvre de Jean Renoir. Néanmoins j’ai eu de la sympathie pour les décors, les trois ou quatre protagonistes – et de façon générale, c’est relativement divertissant (ça se veut aimable en premier lieu puis tragique) et la grossièreté des personnages finit par les rendre intéressants. (48)

The Terror/L’Halluciné ** (USA 1963) : Anciennement traduit en ‘Le château de la terreur’. Assez malmené dans les avis/notes spectateurs, probablement car fauché et décousu. Ré-utilise les décors de films précédents de Corman (Le Corbeau et peut-être aussi La Malédiction d’Arkham) ; une pratique courante chez lui, l’hyperactivité étant à ce prix.

Typique du style Corman et d’une certaine esthétique gothique et un peu ‘folklorique’ vendue sous format ‘train fantôme’. Dégage un charme enfantin dès son excellent générique d’ouverture. Histoire alambiquée et traitement superficiel, alourdi par son programme et sa naïveté au fur et à mesure. Une sorte de film ‘de série’ à la fois exquis et régressif.

Premier film où Nicholson est en tête d’affiche ; également sa troisième apparition chez Corman (il a un petit rôle dans La boutique des horreurs de 1960) et la seconde collaboration entre Corman et Francis Ford Coppola. (62) 

Cashback ** (Royaume-Uni 2007) : Prolongement du court-métrage (2004) éponyme réalisé également par Sean Ellis. Esthétique éclectique, d’une originalité marquée par l’air du temps ; entre le romantisme post-ado deux ans après Eternal Sunshine et l’ironie tendre, à base de lourds archétypes, d’excentricités très marquées et d’une once de potache mise à distance du cœur – la poésie du protagoniste et ses grands élans restent épargnés. (54)

Les ailes du désir ** (Allemagne de l’Ouest 1987) : J’en avais vu le remake, La cité des anges, dans des conditions qui ne me permettent pas de m’en rappeler. Je n’avais pas aimé mais il pourrait fournir une expérience plus agréable que cette séance-là. Ce film, que je souhaitais voir depuis les débuts de ma cinéphilie (à cause du titre, de l’affiche et de l’étrange notoriété) – mais qui ne m’intéressait pourtant pas, ne décolle jamais. On comprend le désarroi et la blasitude de l’ange. Il y a donc un concept original et ses illustrations bout-à-bout. Le film est froid mais s’il prenait la visite de l’ange totalement ‘à chaud’ ce serait aussi stérile et non-attractif. Ambitieux et somptueux (en principe) mais aussi pompeux et assommant (dialogues, narration, propos et postures). (48) 

Du rififi chez les hommes ** (France 1955) : Adaptation d’un polar d’Auguste Le Breton, suivie de trois autres dérivés pour le grand écran et deux autres en romans. Festival de l’argot et intrusion dans les ‘bas-fonds’ et les mafias de Paris. Si ça vous plaît mais qu’à raison ça vous semble tiède, voyez plutôt Port du désir avec Gabin sorti quasiment le même jour.

Froid, poseur, besogneux, langoureux. Exilé, Jules Dassin (Démons de la liberté, Forbans de la nuit) reste un metteur en scène américain. Le fond, le scénario, sont banals, à la limite d’en devenir odieux (les personnages ‘boulets’ ou ‘faibles’ – dénigrement pas compensé par la présence de pointures en face), si tout ce manège n’était pas carrément rasant. Forcément les tentatives ‘mélo’ prennent pas. Rappelle un peu Asphalt Jungle. (46)

L’Île au trésor ** (France 1985) : De Raul Ruiz je n’avais déjà vu que L’hypothèse d’un tableau volé, au principe casse-gueule et au résultat convaincant sans être attractif pour moi. Ce film est une adaptation ouvertement autonome de L’Île au trésor de Stevenson. Le roman est cité directement une fois, le cadre et les relations ne sont plus les mêmes, l’aventure est esthétique et narrative. Atypique et audacieux, joli mais lent, trop autiste et peut-être décousu pour être pleinement intéressant. Flottant à la limite du rêve personnalisé. Farces intellectuelles ou érudites en guise de dialogues, parfois à la limite du stérile. (56)

Woyzeck ** (Allemagne de l’Ouest 1979) : Herzog se base sur la pièce inachevée de Georg Buchner (1837). Kinski s’inscrit dans un rôle plus introverti que d’habitude, plus égaré et pathétique aussi (en proie à la confusion, menacé de chuter dans la bestialité). Son personnage est un inadapté même sur les choses primaires (justifiant son cucofiage). Il se répand en laïus délirants, débuts de divagations poétiques ou énoncés ‘bon sens cryptique’.

La mise en scène tient à distance les personnages et situations. Le style est d’un théâtral atténué ou compartimenté. L’exercice tombe dans le surplace passé un certain stade, tendu genre paralysé en filant vers un dérapage final – bête et tragique, une conclusion parfaitement assortie à cette destinée.

La réduction à à peine 80 minutes paraît judicieuse – il ne semble pas y avoir énormément à proclamer ou afficher. Déjà les hauts moments dramatiques s’éternisent sans autre raison que la pose. C’est un film d’intuitions qui ne se permet, ou ne peut se permettre, de ‘grands sauts’. Pour la musique, on a pioché dans le meilleur – l’usage peut sembler décalé, car il renforce le côté aberrant du personnage, sans davantage affecter le concernant ; le lyrisme pourrait opérer en isolant la scène mais est ‘inaudible’ sinon. (62) 

La Leon * (Argentine 2007) : En noir et blanc avec quelques très beaux plans. Assez plaisant mais paresseux voire un peu crétin dans ses représentations. Le scénario est celui d’un court contemplatif de quinze minutes. Autant revoir Tropical Malady ou s’amuser avec L’inconnu du lac. (42)

Police ** (France 1985) : Le film de Pialat avec Depardieu (cinq ans après Loulou). Marceau y a moins de 19 ans, on lui ‘découvre’ un visage rond ! Plus crû et ‘bonhomme’ que le futur L.627 de Tavernier. En trois tiers : un premier d’aspect documentaire et très énergique, un dernier personnel avec la liaison entre les deux protagonistes, un intermédiaire(plus court) où l’intérêt se tasse, centré sur des situations plus récréatives ou secondaires. Pourtant quelques affaires s’y règlent ou s’accélèrent et Bonnaire gratifie Gérard et le public d’un passage nu (ses débuts, assimilée à une prostituée, peuvent déconcerter vu depuis aujourd’hui ou sans doute déjà depuis vingt ans).

Anconina avait déjà son jeu très singulier, probablement mauvais ou inapproprié ; tout ce qu’on sent face à lui, c’est qu’il dissimule avec acharnement – mais quoi ? C’est tout ce qui intrigue chez lui. Dans Itinéraire d’un enfant gâté ou La vérité si je mens, cette sorte de non-jeu ou de jeu de dupe flagrant sera plus approprié, tout en restant d’une anomalie et d’une inefficacité flagrantes. (52) 

La Cité des femmes *** (Italie 1980) : Issu du Fellini vulgaire et décadent accompli de la troisième partie de carrière. Après la première heure chez les féministes puis dans la brousse italienne, vire à la logorrhée d’images, d’aventures et de décors insolites. Maistroianni est devenu un gros bébé aliéné par les femmes (après avoir su les manipuler ou les mettre à distance dans Huit et demi).

Voyage toujours plus irréel dans les fantasmes personnels d’un homme, censés refléter des peurs et désirs propres à son genre, à la racine ou à un niveau plus actuel, face aux avancées sociales obtenues par les femmes. Quelques déviations s’y ajoutent comme lors du passage chez l’espèce de gnome avec une dégaine d’apprenti Phantom of Paradise.

Dans le même registre tentez China Blue de Russell, cinéaste dont Fellini se rapproche avec cet opus. (68)

Chronique d’une disparition * (Israël 1996) : Le premier film de Suleiman use de la caméra ‘intruse’, postée depuis la porte, la fenêtre ou l’angle opportuniste au coin de la rue, pour montrer des gens chez eux ou devant leurs petits commerces le plus souvent. Ce sont des palestiniens modestes, dans un train-train aliéné, parfois statique. Comme en marge de ce dont ils sont censés être des membres. Mais et alors ? Voilà des résidus de la civilisation, comme partout ailleurs.

Ils se robotisent à cause de ce conflit finalement plus larvé qu’effectif (vu depuis ce film), jusqu’au dernier plan où le vieux couple est affalé et indifférent devant sa télé où passe l’hymne israélien. Suleiman allonge ses symboles au lieu de chercher à ‘ajouter’. Il laisse donc de côté les possibilités en germe, comme la piste du musée et des pauvres attrapes-touristes, qu’il relie seulement à sa création pour ce qu’elle contribue à ironiser.

Un peu après la moitié, le réalisateur écrit à la machine « La conscience latente serait la Palestine » juste avant sa conférence. À l’image elle se résume en une scène avec le micro défectueux (long gag crispant), suivie par celle avec les flics pissant contre un mur. Le reste se déroulera autour de ce mec à l’air groggy et de petites poussées lyriques rabrouant l’humour malheureux. (38) 

Gémeaux *** (Argentine 2005) : Film de non-jugement (moral ou éthique) à propos de l’inceste. Donne au spectateur de multiples occasions de se ‘rincer l’œil’ – en toute innocence pour lui, avec embarras pour eux. Le frère et la sœur semblent éprouver un amour sincère, spontané et profond, qui ajoute au malaise et à la circonspection.

La réalisatrice sait montrer les non-dits et les non-sus parfois à demi-consentis.Cet amour sordide se produit au quotidien, à l’insu des parents, parfois presque sous leurs yeux. Il ne manque qu’un réveil ou quelques éléments plus crus – ou même d’avoir bien vu ce qu’on a vu.

C’est d’ailleurs par étapes que la révélation a directement lieu – en montant l’escalier puis avant de passer la porte, prenant le temps de prendre le choc comme s’il devait descendre par paliers pour être vraiment réel et vraiment compréhensible – le long d’une séquence justifiant tout ce qui a précédé pour ceux qui se seraient impatientés.

La mère parle d’inceste qu’elle soupçonne de la part du père d’Olga sur ses filles, en estimant la chose récurrente « dans certaines classes sociales » ; d’autres micro-événements peuplant le quotidien ou la télévision renvoient à la chose. Sur ce plan le film est (passivement) ironique concernant les clichés dont sont parés les pauvres – en même temps l’inceste est aussi souvent attribué à certaines catégories de riches ; cette famille-là est bourgeoise mais pas d’ascendance aristocratique évidente. (66) 

Intervention divine * (Autorité nationale palestinienne 2002) : Elia Suleiman est un palestinien qui a vécu une décennie à New York avant de se lancer au cinéma avec des soutiens européens (sa première production personnelle est Chronique d’une disparition). L’ensemble de ses réalisations sont centrées sur le vécu des palestiniens.

Dans son film le plus connu (où il s’est promu acteur principal) il évoque à nouveau l’absurde réalité des gens sous emprise du conflit et de l’occupation en Palestine. Il tartine maintenant la chose de fantasmes, ramène des images similaires, voire les duplique carrément. Du cinéma engagé allégorique sous Prozac.

Le seul fait ‘hautement significatif’ et communicable à l’ensemble des spectateurs est le passage du ballon avec Arafat (et ceux avec la fille mais ils sont déjà plus fantaisistes dans leurs visées). La photo et l’ambition dans la démonstration ne relèvent pas du discount, mais à quoi bon ? C’est un petit théâtre d’absurdistes auto-déclarés lucides sur l’abrutissement dont ils sont l’objet. L’histoire d’amour à demi-surréaliste au milieu de la grisaille est à l’image de toute la dynamique : éculée, fatiguée, même quand elle se veut forte et insolente.

Enfin ce film a son joli ronron burlesque, son humour mordant et désabusé, puis assez de symboles pour frapper l’imagination et titiller le critique. Mais la scène finale dérivée de Matrix et de la liturgie achève d’enfoncer le film dans l’auto-complaisance et la divagation ironique.

Illustration de la fraude concernant ce film en un coup-d’œil : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=45261.html (42)

Passe ton bac d’abord *** (France 1978) : Du cinéma ‘vérité’, crû mais sans théâtre ni ‘décrets’ par l’écriture, à la limite du pseudo-documentaire, sur la jeunesse et sa reproduction des schémas. Enfermement dans les cycles – sans la violence (et le focus) du Family Life de Loach. On les voit devenir des adultes obtus et perplexes comme les précédents.

La direction d’acteur laisse à désirer au départ, mais en laissant-faire, Pialat obtient de bons résultats. Peut écœurer ou saouler au début et progressivement se laisse voir avec une attention froide. Pourrait être drôle ou accablant mais est trop précis et concis pour laisser ça prendre.

Ne laisse pas tout couler comme Loulou produit deux ans plus tard, qui semblera paradoxalement ‘surfait’ dans son intérêt pour les prolos et leurs aventures. (66)

NORD (Beauvois) **

24 Jan

2sur5  Son court Le Matou (1986) mis à part, Beauvois commence à travailler en tant qu’assistant-réalisateur pour Téchiné, sur Les Innocents (1987). Trois ans plus tard, à seulement 23 ans, il dirige son premier film, Nord, en écho à ses origines dans la région Nord-Pas-de-Calais. Le film tient à la fois du témoignage et de la pure fiction ; sa tendance est à l’extrapolation ‘minimaliste’, à la surenchère. Beauvois dresse un tableau sordide, avec cette famille déglinguée, peinant à communiquer et à vivre autrement que dans la confusion et la médiocrité. Le père, complètement délabré, est la principale raison de cet échec. Les échanges de Bertrand avec ses géniteurs sont rares et peu productifs : la damnation semble nécessaire à son père pour ouvrir le dialogue, ce qui conduit à un dénouement percutant.

Beauvois a plusieurs fois évoqué ses origines et les perspectives d’aliénation qui le guettaient jusqu’à son départ pour Paris. Il a été arraché à ce ‘destin’ par le cinéma, son milieu et ses défis ; c’est un autodidacte qui s’est nourri de ses voyages et surtout de ses rencontres : il est acteur pour de nombreux auteurs français, très divers ; et dès son premier film, il reçoit des soutiens de poids (ici celui de Dominique Besnehard). Il est donc totalement absorbé par la profession sans passer par les circuits académiques ; et sans sacrifier son style, ses vues d’auteur. Le risque avec cette liberté et cette confiance, c’est de se contenter de ‘peu’ et de cultiver les angles morts. Et en effet Nord pêche à la fois par ses excès et par ses manques. L’inceste y déboule comme par magie, s’ajoutant à des bouffées (lapidaires mais violentes) de dégueulasserie gratuite.

Le film de Beauvois dégouline d’investissement personnel, charnel, mais sa placidité est plus significative. Sur la gueuserie ch’ti, Beauvois ne dit rien ; et pour cette famille, il caresse des intuitions, des profils, sans aller au-dedans, préférant recourir à la moquerie passive. C’est le cas notamment au départ, où se succèdent des plans-séquences à la maison : ils sont donnés en pâture, on somnole avec eux. Le point de vue depuis la télé qu’ils écoutent est assassin, autant que puéril et pompeux. La nervosité monte graduellement, toujours étouffée cependant ; Bertrand/Beauvois souffre d’un état de claustration psychique tellement profond que toutes les lourdeurs du monde ne semblent en mesure de l’expliciter ; d’ailleurs, à ce stade, ce n’est plus triste ni mal, ni rien de très fort. N’oublie pas que tu vas mourir bouclera ce mauvais trip, ensuite Beauvois s’illustrera avec Selon Matthieu, Le petit lieutenant puis Des hommes et des dieux.

Note globale 51

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Megan is Missing

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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