Tag Archives: Christian Bujeau

INSÉPARABLES **

9 Sep

3sur5 Cette comédie ne vaudrait pas grand chose sans Ivanov, même avec sa poignée de gags décents. Tous les ingrédients pour la douce médiocrité sont réunis sans que rien ne soit assez mauvais ou bâclé pour réjouir le haineux ou le naveteux compulsifs en quête de carburant pour sa mauvaise foi. Mais la prestation d’Ivanov n’est pas simplement un bon point superposé sur un film insignifiant, elle tire tout avec elle. Son partenaire est le premier à en profiter, lui au jeu si appuyé, surtout face aux malentendus ou pour manifester une soudaine inquiétude. Certains de ces petits instants semblent pensés pour les florilèges et bande-annonces, notamment lorsque Poutine l’appelle « copain » au moment de se coucher. Ce n’est pas gravement plombant mais ce défaut bien présent rappelle, au cas où on nourrirait des espoirs, que nous sommes dans une comédie française criarde et pressée dont il ne faudra jamais attendre plus qu’un divertissement débile – éventuellement bien exécuté, c’est son cas.

Le rythme est bon, le scénario en lui-même pauvre mais carré, les dialogues honorables, la bande-son raisonnablement moche. Les acteurs sont dirigés avec sérieux, c’est-à-dire que les concepteurs de ce film comprennent que c’est au spectateur de s’amuser et que lui montrer comment faire n’est ni efficace ni nécessaire. Ivanov défile avec des costumes épatants et réserve au moins deux instants excellents (le Dark Vador africain et le blocage sur son rire cassé au dîner). L’enchaînement d’accents navrants par Mika est typiquement le genre d’humour nullissime trouvant sa voie grâce à la confrontation à un public inerte ou se faisant violence par complaisance – comme celui ramassant les vannes d’Henri. Il aurait tout de même fallu aller plus loin et plus fort sur ce terrain, par exemple en entraînant davantage Poutine à trouver de quoi rire ou envisager de la distance, au lieu de lui expliquer si souvent que ce qu’on vient de pondre est censé inviter à (sou)rire.

Bien sûr le film est dépourvu d’originalité, évoque Tais-toi (avec Depardieu en déficient gentil comme celui du Huitième jour) et Intouchables. Du reste les fictions où un type doit cacher son passé d’escroc à la fiancée ou la nouvelle famille mais sera évidemment rattrapé et probablement pardonné sont légion, sur grand-écran et encore plus dans les feuilletons télé. La partie ‘comédie romantique’ est des plus plates, un peu cynique, un peu mielleuse, pudique à une échange grasse et fausse près. Un seul point reste en suspens : la première minute est une caricature de pleurniche sur l’enfance difficile du protagoniste, on jette immédiatement cette proposition pour mettre la comédie sur ses rails, puis la récupère in extremis : pour qui, pour quoi ? D’où vient cette interférence et à quoi bon ce flirt avec le tire-larmes si c’est pour ne rien en adopter ?

Note globale 56

Page IMDB    + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir l’index cinéma de Zogarok

Publicités

LES VISITEURS 2, LES COULOIRS DU TEMPS ****

22 Fév

5sur5 La suite des Visiteurs fut accouchée dans la douleur. Des fans volent des morceaux de décors, le tournage est catastrophique, l’ambiance entre Muriel Robin et le reste de l’équipe est très mauvaise. Le résultat : un cartoon extrême, avec désastres en série.

Le grand reproche posé au film concerne la prestation de Muriel Robin, qui remplace Valérie Lemercier de le rôle de Béatrice de Montmirail. En un sens il est légitime : l’humoriste incarne moins l’héritière de l’aristocratie. Elle ressemble plutôt à une bourgeoise (de ceux qu’on moque pourtant dans le premier, en lien avec les schémas héréditaires – comme Jacquard) ou une aristo kitsch. Alors certes, elle ne correspond pas au cliché. Mais j’ose : Muriel Robin est géniale. Par sa performance volcanique, elle dépasse Lemercier en charisme brut. Et elle correspond parfaitement à l’atmosphère de ce second opus ; mieux, elle est un beau symbole.

Au lieu du simple débarquement à une autre époque, Poiré prend en compte les couloirs du temps. Ce superbe gadget offre une infinité d’aller-retours entre les époques, décuplant le chaos généralisé. Car Les Visiteurs 2, c’est du jamais vu, même le dernier tiers de Mars Attacks ! ne partant pas à ce point dans le bordel euphorique. C’est incroyable : tout est surréaliste, il y a quasiment un gag par seconde, les acteurs sont hystériques et semblent sous substance. Chacun semble dans sa propre ivresse en plus de celle collective : un bon exemple à ce titre, c’est lorsque Ginette s’enfuit vers Saint-Tropez et refuse de boire son cho-cho-cho-caca-o, alors que Jacquouille de son côté se prépare à lui couper la main : chacun hurle et court en ignorant totalement le projet de l’autre.

Clairement, Les Visiteurs 2 surpasse son prédécesseur dans la pure farce. Il est bien plus bourrin et même paillard ; mais il est encore bien au-delà de ça. Dans Les Visiteurs, à l’outrance burlesque s’ajoutait une espèce de mysticisme soft ; or dans Les Visiteurs 2, c’est un carnaval euphorique, totalement absurde, presque inhumain par ses excès.

Par conséquent il n’essaie pas d’être un film  »normal » : tout consiste à envenimer l’anarchie. La construction est extrêmement bizarre : d’une part, au placard Costa-Gavras, ici les plans durent deux à quatre secondes pas plus [règle générale évidemment]. Mais aussi, des voix parasites s’incrustent (une sorte de « Putain Marielle » au milieu d’une des seules séquences censément premier degré, car d’une fonction importante pour l’avancée du script) ou des répliques magnifiquement saugrenues s’infiltrent l’air de rien (« arrêtez de gueuler saucisse »). Par cette absence hallucinante de sérieux et de profondeur, Les Visiteurs 2 peut d’autant plus être perçu et tenu comme un navet ou un nanar. Totalement destroy, le spectacle défie quelquefois la cohérence et la vraisemblance (sans tomber dans l’aberration – qui gâcherait tout – mais en rebondissant toujours plus loin qu’on pu l’espérer), flirte avec le slapstick. Au-delà du face-à-face guindés/pouilleux, on se délecte de la rencontre de Jacquouille avec la société de consommation, dont il est le meilleur fan et annihilateur.

Et puis surtout, c’est une avalanche de répliques cultes : indépendamment du crédit qu’on lui accorde, on assiste à une rafale de dialogues folkloriques. Même les plus sceptiques en reconnaîtront l’intensité – en même temps, cette logorrhée absolue peut épuiser. C’est leur affaire. Les Visiteurs 2 est une série Z punk avec des moyens de grosse production, un produit extraordinaire où on s’amuse à tout faire voler en éclats, avec une énergie prodigieuse. Pour ceux qui n’entreront pas dans le délire, ce sera harassant, pour les autres, cette tornade est jouissive. C’est, de toutes façons, un exploit cinématographique… ou un contre-exploit. Merci aux aléas du tournage et du montage pour leur collaboration. 

Note globale 91

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film

Voir l’index cinéma de Zogarok