Tag Archives: érotisme

BANDAGED **

15 Août

3sur5  Maria Betty s’est illustrée dans le monde de la vidéo fétichiste et a alignés quelques courts-métrages et plusieurs moyens de trois quarts d’heure, comme Ecstasy in Berlin, célébrations BDSM légèrement transgressives. Bandaged est son premier long-métrage. Le cadre ressemble à celui de L’Heure du Loup : bourgeoisie old school et raffinée. Désireuse de s’engager dans des études de littératures, Lucille ne reçoit pas le consentement de son papa chirurgien. La magnifique jeune fille tente de se suicider et ne réussi qu’à se brûler la moitié gauche du visage. Son père fait venir une infirmière pour la surveiller en permanence jusqu’à son rétablissement.

Intentions et photographie remarquables. Pour le reste, après les bavardages d’introduction très chargés, Bandaged devient un mélo sans temps fort. La passion est induite artificiellement et les personnages n’ont jamais aucune existence. Le point de vue fait défaut et cette absence est ironique pour une cinéaste réputée pour les vertus anticonformistes et libératrices de son œuvre. Son Bandaged est un Prison de cristal s’arrêtant avant le premier obstacle. Maria Betty ne fait rien de cet amour incorrect, se sert de papa et tatie pour s’offusquer dans un dernier acte, mais hormis eux personne n’est tellement troublé. Leurs réactions disproportionnées sont assassines car elles mettent en relief le manque de substance de Bandaged.

Maria Betty n’avait manifestement pas grand chose à exprimer. La relation gagne de l’ampleur que dans le dernier tiers, où le sadomasochisme des deux femmes est généralisé et leurs rôles réversibles. La réalisatrice flirte avec l’horreur, s’inspire de tout le fantastique gothique et est manifestement sous l’influence des Yeux sans visage voir des Innocents. Elle utilise le genre pour habiller son film d’un voile de mystère, comme elle s’attarde sur les rituels (la mise en forme de l’infirmière) et les soins pour insinuer la sensualité dans les non-dits actifs. C’est ravissant à contempler, malheureusement même la séance érotique est déchargée de toute tension. Bandaged montre des objets se côtoyant les uns les autres, figés et sans intériorité.

Bandaged séduit malgré tout. Il est conforme à sa ligne déclarée, simplement inapte à décoller. Maria Betty a un talent de chef opératrice mais pas d’auteure. Elle a pourtant signé plusieurs moyens d’une durée conséquente et jouit ici de moyens corrects. Son œuvre est loin d’être un échec, c’est plutôt une affirmation molle, une occasion manquée. Sorti trois ans plus tard, La Piel que Habito est la version épanouie de ce Bandaged. Enfin les deux actrices sont parfaites, surtout l’infirmière. En les réduisant à l’état de gravures animées sans leur interdire leurs qualités d’interprètes, Maria Betty fait le meilleur choix de son film.

Note globale 57

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Suggestions… Canibal + Dead & Buried

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UROTSUKIDOJI : LE FILM, LA SAGA, LA MARQUE

17 Nov

urotsu 11

Les Urotsukidoji sont une saga d’anime parfois classés hentai, mais constituant de véritables films, avec même des histoires assez riches. Les deux premiers opus jouissent de qualités techniques supérieures et dans l’ensemble, les scénarios sont bons, la forme élaborée même si sa qualité est propre à son époque.

Seul le premier Urotsukidoji est parfois référencé dans les bases de données (Allocine ou Sens Critique notamment) et les autres opus ne sont normalement pas cités lorsqu’on évoque le nom de Urotsukidoji.

Voici comment se décline le label Urotsukidoji – et ce sujet a un grand besoin d’éclaircissement :

 

Manga papier.

La série d’anime (OAV) . Treize épisodes ; puis trois dans la « Nouvelle saga » de 2002. La durée et la cible des épisodes n’ont pas de continuité, sauf dans le cadre des six films singuliers qu’elles composent.

Les six films (rassemblant les 16 épisodes).

Dès le second opus, les OAV sont conçues en vue d’être restituées dans le cadre du long-métrage – et sont connues principalement par ce biais. Sauf confusion des encyclopédies, on note six films mais pas 16 opus.

 

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urotsukidoji 1

UROTSUKIDOJI 1, LA LEGENDE DU DEMON ***

4sur5  Sade et Paprika se sont coalisés pour engendrer ce monstre. Urotsukidoji est d’abord un manga hentai conçu en 1986 pour une revue de mangas pour adultes (des seinen) par Toshio Maeda. Contrairement à ses pairs, Maeda est capable de donner du sens à ses dessins érotiques, d’y apporter du soin et une certaine vraisemblance. Mais son manga n’aurait jamais été célèbre sans l’adaptation animée.

Entre 1987 et 1989, trois anime portent son œuvre sur grand-écran. Ils seront fusionnés en un film, nommé La légende du démon pour l’exploitation française. Dans ce dernier, de nombreuses séquences sont coupées : les 23 minutes d’ultraviolence. Urotsukidoji devient néanmoins culte et un quart de siècle plus tard la version non-censurée du film est relativement accessible, sans avoir à passer par les épisodes. Par la suite, cinq autres films réuniront une dizaine de nouveaux épisodes, mais le premier Urotsukidoji est considéré comme le meilleur et la marque Urotsukidoji est généralement citée en référence à lui seul.

Urotsukidoji, c’est la perversion des anime japonais à son paroxysme. Le personnage principal, Nagumo, loser voyeur au début, devient le réceptacle d’un démon dont le but est de rassembler  »les » trois mondes. Et déjà les démons et jiyujinkai s’abattent sur le monde des humains pour semer le chaos dans leurs villes et surtout violer leurs jeunes représentants avec une préférence quasi exclusive pour les filles innocentes et pures. Lorsque la fusion des trois mondes sera accomplie, le Nouveau Monde sera un gigantesque parc trash où ces créatures prédatrices pourront exulter dans l’horreur, comme elles le font déjà dans ces 23 minutes.

Lors de ces séances d’extase morbide, les cibles passives reçoivent une décharge agressive sans commune mesure. C’est là que se généralise un élément dont la galaxie hentai ne se remettra jamais : les tentacules en guise de phallus mutants, armes sexuelles plus sensuelles que la foreuse pénienne de Tetsuo mais à l’hostilité subtile et illimitée. Ces tentacules s’inscrivent dans un lot de séquences érotico-gore, quasiment porno-gore même, manifestant une grande puissance d’imagination. Urotsukidoji est un spectacle extrême et brutal, comprenant le sens et la source de ces extases terrifiantes.

Cette conversion d’instincts primaires et antagonistes en déchaînement exotique et raffiné a une vertu : elle représente toute la branche sexuelle et sadique d’un éventuel Apocalypse. Cette jouissance dans un contexte sans limites est justement le meilleur argument promotionnel de tout chantre de l’Apocalypse, du chaos ou de la dégradation. Cette dimension ne se cantonne pas aux fameuses séquences de sexe, dont la proportion dans le métrage est dérisoire par rapport à un hentai traditionnel. Dans Urotsukidoji, le trash et l’invention s’insinuent dans chaque angle du cadre pour doper le tout : et à chaque instant. Le spectacle est vicieux jusqu’au-bout, l’outrance en fait partie également.

Il y a la part vulgaire : les culottes d’étudiantes, le héros minable, les phrasés aussi basiques que les les expérimentations sont raffinées. Mais le véritable sujet c’est cette intempérance absolue, cette furie blobesque, transgression par-delà la vulgarité ou l’élitisme. Face à ce délire visuel dément, Maeda a fait part de sa stupéfaction et de sa révolte tout en reconnaissant être admiratif. Le réalisateur Hideki Takayama dira lui : « Rien ne provoque une réponse aussi forte chez l’être humain que le sexe ou la violence. La fusion des deux est donc très puissante. » Il a raison et son œuvre est au-delà du désespoir car elle déroule le programme d’un Enfer compensatoire pour les déçus de l’Humanité aux appétitis impertinents ; mais aussi au-delà de l’horreur car elle constitue sinon une délectation malsaine, au moins un motif de sidération qu’aucun curieux ne peut bouder.

Note globale 76

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Suggestions… Perfect Blue

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UROTSUKIDOJI 2, L’ENFANT ERRANT **

4sur5  La suite directe de Urotsukidoji est moins connue mais parfaitement à la hauteur. Les viols tentaculaires, attaques sur la ville, crises organiques et autres orgies sadiennes sont à nouveau au programme. L’histoire se déroule peu après celle du premier opus et en reprend quelques personnages, dont Nagumo et la mascotte (l’espèce de singe).

Urotsukidoji avait une option : la surenchère. Il en prend le parti et se montre encore plus machiavélique, violent et explicite, cela dès sa redoutable intro de 8 minutes. Urotsukidoji 2 ne fait pas que persévérer dans la quantité ou la radicalité. Là où le premier opus était déjanté et très éparpillé, celui-ci se montre plus concentré et structuré.

Les scènes érotico-gores sont plus lisibles. L’aspect estudiantin et léger est plus présent, vire parfois à la grivoiserie, sans être aussi expressément vicieux que dans le premier opus ; d’ailleurs, l’allégresse est répandue quand le Monde est préservé des caprices sadiques. Ceux-là justifient des séquences très virulentes, où s’impose une broyeuse pénétrant puis finalement atomisant ses victimes. La fantaisie est totale : cette fois, Hitler et Satan, carrément, sont sur la rampe. Préférant toujours les instincts dévoyés à l’usage de la matière grise, Urotsukidoji 2 manie un certain langage théologique ou occulte et là aussi, se montre plus accompli et précis que son prédécesseur.

Le Graal représenté par le Nouveau Monde est affiché au grand jour, lui qui permettra une domination notamment sexuelle, une emprise sur les corps et une annihilation des esprits. Avec cette plus grande attention pour les motivations des démons et autres obsédés de la réunion des trois mondes, Urotsukidoji 2 fait écho aux théories complotistes. Il reflète les fantasmes alimentant le mythe des reptiliens mais aussi toutes sortes d’aspirations ésotériques qui ont pu occuper quelques hommes de pouvoir les plus haut placés.

Note globale 75

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Suggestions…

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UROTSUKIDOJI 3, LE RETOUR DU DÉMON ***

3sur5 Le troisième opus de la saga marque une rupture. Le niveau est moindre, la fièvre aussi retombe un peu. Il n’empêche que le spectacle vaut largement la peine de sacrifier 3h30, si on a été convaincu par les deux premiers essais. Urotsukidoji 3 se partage entre 4 épisodes cumulant 210 minutes, dont 56 pour le premier. Il chasse la plupart des protagonistes de référence jusqu’alors ainsi que leurs intrigues pour se situer dans un univers déjà acquis aux lois des démons, où certaines forces travaillent là aussi à rassembler les trois mondes.

La plupart des créatures et éléments introduits dans ce film sont totalement étrangers au manga originel et il en sera de même par la suite désormais. Urotsukidoji 3 est une mutation achevée vers le soap opera, voir le space opera. Il est très ambitieux et cela vaut dans un premier temps un retour à l’éparpillement de La légende du démon, décuplé par 10. Les 4 épisodes marquent quatre temps différents, bien marqués ; dans le second, la tragédie romantique occupe l’essentiel du terrain. Dans un climat mélangeant étrangement langueur et fureur, de nombreuses thématiques malines sont traitées.

Parmi les prédicateurs du Nouveau Monde, le nouveau Nagumo mise sur la séduction pour asservir et accomplir ses desseins, distribuant les plaisirs et laissant croire à ses sujets qu’il a pour eux un semblant d’affection ou d’amour. C’est un portrait du Mal très ingénieux, reflétant certainement le lot commun des gourous, mais surtout le mode de domination le plus répandu dans les périodes où règnent démoralisation, divertissement et immanence la plus bête et sommaire.

Au niveau narratif, ce troisième opus casse ce qui distinguait Urotsukidoji pour rejoindre un semblant d’heroic fantasy. L’univers reste toutefois trop singulier pour diluer Urotsukidoji dans une sous-galaxie précise. Les scènes de sexe sont plus rares mais basculent clairement dans le porno désormais, avec des séquences particulièrement odieuses (la longue tournante avec les monstres du troisième épisode) et d’une inventivité formidable ; intérieur des organes et phallus inside, voici la pénétration vue de l’intérieur – vingt ans avant Enter the Void.

En marge du défouloir, un romantisme cabalien. Le sentimentalisme de Urotsukidoji 3 est adulte et déviant, il est aussi omniprésent. Une certaine tendresse est là, au milieu de la haine et des ignominies. L’idylle entre la princesse et sa bête puissante et protectrice elle aussi vise nos instincts primaires, pour le meilleur et le pire. Toutefois la belle Alector n’est pas cernée seulement par son amant rebelle Buju, car un papa possessif est également de la partie. Ce climat incestueux se consacrera lors d’une abominable scène de freak porn, gargantuesque et repoussante contrairement aux autres.

Dans l’ensemble, Urotsukidoji 3 est un grand plaisir, quelquefois hagard (premier des quatre épisodes), avec des morceaux de bravoure touchés par la grâce, peut-être une once de gras en trop. Il est objectivement plus calme et tempéré, d’ailleurs du gore et de la mort, c’est surtout l’odeur qui répond présent. Une violence inouïe est cependant omniprésente, au travers de chacune des scènes, alors que les deux premiers opus avaient leurs séquences purement réalistes, même si c’étaient souvent des intersections plutôt que des séquences valant pour elles-mêmes.

Note globale 69

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UROTSUKIDOJI 4, APOCALYPSE *

2sur5 Après la confirmation du second opus et la transformation valable du troisième, les restes. Apocalypse pour la France, Inferno Road ailleurs, Urotsukidoji 4 s’étale sur plus de deux heures et comprend trois épisodes. Il propose une version rabougrie de ce qui a été connu jusqu’à ce jour et emmène la marque vers l’anecdote. Le trip soap opera occupe la moitié de la place, les affaires du gang du Village des Damnés en prennent un tiers, le reste est sexe laborieux.

Il y a quelques beaux plans, comme celui de la jeune fille au clair de lune (partie 3) ou la balade dans ce grand château enveloppé dans une nuit bleue. Une inspiration du côté de Alien et Giger se fait sentir. Le versant graphique du film est de loin son meilleur atout. Pour le reste, le rapport avec la marque s’en tient aux pénétrations par tentacules et à la reprise de quelques personnages clés dont Nagumo.

C’est routinier, aseptisé, sans violence. Limite paisible. Le film aligne des scènes X tout à fait conventionnelles, avec une espèce d’orientalisme de circonstance pour l’orgie du début. L’intérêt est nul (comme l’essentiel de la partie 2) et même sur son terrain graveleux, le film fait défaut. En effet les spectateurs tomberont normalement avec des copies où les recoins explicites sont floutés – ce qui est pour le moins ballot pour cet hentai softcore.

Note globale 39

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Suggestions… Guinea Pig 4  

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UROTSUKIDOJI 5, THE FINAL CHAPTER **

3sur5  Urotsukidoji 5 est un opus à part. Il contient un seul épisode (de 60 minutes), est quasiment introuvable, pas référencé même sur les sites spécialisés (comme Cinemasie) et il y a très peu d’informations sur lui. Il reprend à partir d’une scène du premier opus, La légende du démon, où Nagumo se transforme alors qu’il fait l’amour à une camarade timide.

Le film a de franches qualités formelles et plastiques. Dans la franchise, la bande-son a souvent été assez envoûtante, stéréotypée aussi : ici elle est à son meilleur, plus expressive et sensuelle que jamais. Quand à la qualité de l’image, elle situe ce cinquième opus au-dessus du lot ; les deux premiers opus n’ayant pas subis une remastérisation qui serait bienvenue, les 3 et 4 souffrant et profitant à la fois de la désuétude du trait, tandis que le 6e est très vaguement semi-numérisé et utilise des couleurs pastelles criardes.

Il s’agit bien de la propreté de l’image : sur le plan esthétique, abstrait et concret, Urotsukidoji 5 est également compétitif ! Il offre quelques effets de perspectives gratuits, de jolis aperçus caverneux et son mysticisme accru lui profite. En effet, si à l’heure de lutter contre les créatures du Mal, les scènes  »hentai » se raréfient, le film dégage beaucoup de force et d’imagination. Urotsukidoji 4 a volé son titre  »Apocalypse » à celui-ci !

Car c’est dans The Final Chapter que s’abattent sur la ville les monstres grotesques aperçus au début de la saga, que vient l’heure de tous les accomplissements. Certaines créations du film évoquent Laloux qui aurait croisé le chemin d’un Gilliam d’humeur grivoise, comme le vaisseau avec son vagin géant. De manière générale, le film est audacieux ; à un degré plus anecdotique, il sort de l’exclusivité hétéro des cinq autres.

Si on retrouve les échanges de fluides interespèces (monstres/ humaines), l’originalité tient aussi à la présence de cet androgyne à temps partiel. Pour le reste, Urotsukidoji 5 décevra les amateurs de chair fraîche, lesquels se régaleront dans les opus 4 et 6. De plus, comme pour le 4e opus et en raison de la commercialisation très limitée de The Final Chapter, les parties intimes en émulation apparaîtront normalement floutées.

Note globale 59

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Suggestions… La Planète Sauvage

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UROTSUKIDOJI 6, NOUVELLE SAGA **

2sur5  Après Kenketsu Hōrō hen (Apocalypse) et Kanketsu Hen, Urotsukidoji 6 est le dernier opus de la saga. Il la fait reprendre en 2002 après six ans de vide. Argument : c’est un reboot du premier volet (La légende du démon), composé de trois parties durant ensemble 131 minutes. Comme les deux premiers opus, celui-ci se veut donc directement lié aux mangas de Toshio Maeda (les trois précédents s’en étant affranchis).

Concrètement, cette nouvelle version est très différente. Il y a beaucoup d’éléments nouveaux et d’orientations à contre-courant. Une personnification de la Mort s’invite, un gang en lien avec le démon déguisé en Ozaki investi le troisième épisode. Les scènes légères sont beaucoup plus présentes, toutes liées à un sentimentalisme débridé, renforçant les contrastes entre l’innocence et la malveillance. Les enjeux sont différés, les forces du Mal moins virulentes que dans les deux premiers opus : sur l’échelle du malsain en revanche il n’y a pas de retard.

Plus de scènes érotico, mais sans gore : sauf celles reprises à La légende du démon. La seconde partie s’ouvre sur une longue scène purement porno. Nouvelle Saga adopte un nouveau look très commun, ne réserve pas de soin particuliers aux dessins, opère quelques petites modifications : les traits de Nagumo tirent vers le renard, la petite mascotte volante est passée du bleu ou noir. Pour les scènes faisant écho au premier opus, la forme est différente, plus expéditive et crade encore. Mais quelle marge dans leurs puissances respectives ! C’est le prix ingrat de cet abattage banal et ce remplissage.

Une scène sur deux lorgne vers le soap insipide, l’autre vers la SF pataude ou les morceaux de bravoure. Par contre il y a le cas Ozaki. L’homme par qui l’apocalypse arrive a changé depuis 1987. Possédé par le démon, il reste toujours lui-même la plupart du temps. Ce personnage ambigu est à jeu égal avec Nagumo. C’est sur ce terrain, celui des individus et même du reflet d’une Humanité basique, sensorielle, que Nouvelle Saga tire son épingle du jeu. Le spectateur est ainsi plus proche des victimes, au lieu de simplement les voir objetisées par les créatures.

Par exemple ici, lors de la dernière agression spectaculaire, plan de la fille : de près, à scruter son visage, entendre sa déglutition. Ce petit aparté laisse le temps d’apercevoir la réalité d’une personne et de sa chair. Dans le premier Urotsukidoji, l’hégémonie du Mal se manifestait par-dessus tout et on voyait à peine ces gens, finalement. Ici on les voit avant qu’ils ne soient sacrifiés ; comme on suit les errances de l’amoureuse d’Ozaki. Entre perversion effroyable et sensiblerie, cet opus s’approche du niveau du précédent, mais son lot de surprises (comme le phallus doré) est moindre et l’effet yo-yo garanti.

Note globale 53

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GOJITMAL / FANTASMES *

17 Nov

2sur5  Ce film sud-coréen tiré d’un roman « censuré pour outrage à la pudeur » (c’est brandi en ouverture) envoie du ‘lourd’. Il ne se pose pas de questions de goûts ou de conviction. Gojitmal (‘mensonges’ plutôt que ‘fantasmes’) est l’album-souvenir d’un tandem sado-maso, introduit comme une espèce de sujet de reportage mais ne rendant jamais de comptes, sinon par quelques bouts d’entretiens vaseux. Il restera bien un faux ‘film maison’, tenant le spectateur dans l’intimité de cette jeune fille et de son aîné de 20 ans.

Au départ J, 18 ans, vient à Y pour le dépucelage. Elle est envoyée par son amie Ouri, une décrocheuse qui semble l’utiliser dans ses fantasmes. Y le professeur pervers honore ses attentes et va au-delà. Il a besoin de dépasser la platitude de la sexualité ordinaire, elle accepte (contrairement à sa femme). Bientôt ce stade ‘supérieur’ de sa sexualité en appellera un autre – en fait, une version alternative. La première fois, il s’agit de redonner confiance à Y dans un coup de déprime. Elle, si dévouée et admirative, s’épanouit automatiquement dans sa nouvelle posture. Y a retourné la violence contre lui et il est plus heureux et bestial que jamais. La planche, c’est lui qui va la prendre – et la réclamer !

La provocation est certainement l’idéal du film, mais l’exercice s’apparente d’abord à une farce auto-destructrice. La seule réaction sûre et positive qu’elle génère est le rire. Les illusions ou les récits que se fait Y, l’affirmation de ses préférences écœurantes, la débilité de ses instincts, font de Gojitma, à son meilleur, un divertissement boueux. Le spectateur y est mis à l’aise et peut jouir du sarcasme ou de la moquerie ; ou d’une forme de compassion, d’intérêt candide. La seconde option sera empruntée par les gens trouvant ça ‘positivement’ dingue et aptes à s’en émouvoir avec complaisance. Il reste bien sûr tout un boulevard pour placer les horrifiés, mais c’est la réaction la plus fausse et sociale qui soit.

Dans tous les cas le résultat reste petit. Le voyeur est repus plus que l’amateur de chair embobinée. Quand c’est encore doux, ce n’est que baisers baveux tirant sur le prolapsus buccal, plans dégueulasses, germes de sexualité tordu et ennuyeuse. Ensuite et malgré une orientation ‘anus’ très prononcée et salement puriste, les amants sont des monomaniaques du coup de trique. Les nuances passent rapidement hors-champ (avec leur touche d’humour différencié : panneau ‘deuxième trou’ conduisant à une fellation, dernier conseil de sodomie), car il faut progresser d’un rendez-vous sur l’autre vers la quête du Graal, soit le plus gros et brutal des bâtons. Gojitmal c’est crapoter dans la mouise et s’enfermer dans une petite boîte, une boîte de cul. Ils vieillissent un peu, de motel en motel jusqu’à la dernière pseudo-bourre en France ! Le mobilier est important, j’aime/j’aime pas, rien d’énorme mais c’est dans l’axe.

Les scènes où les deux sont séparés, voire toutes celles où ils se trouvent à l’extérieur (ou s’entretiennent au téléphone) sont une série de bouts de vie insipides. Elles peuvent avoir un intérêt pour les locaux (ou passants/touristes) qui reconnaîtront des lieux ou des structures – d’ailleurs, si la pratique de J et Y peut ‘parler’ c’est en tant que prolongation de la traditionnelle fessée (on a aussi les fantasmes et les fixations qu’on nous a abandonnés ou infligés). Quelques effets viennent varier la mise en scène : accéléré, puis ralenti flouté lorsque J se fait battre. Cette bonne idée, traduisant l’ivresse et la confusion, est gâchée en étant reproduite n’importe comment (tournant au clip abstrait et ‘bloqué’, ou de trip ‘house’ fauché). L’orchestration est assez basique, sur tous les plans ; Jang Sun-woo joue un peu sur le coté DV/proximité et ‘film in progress’, mais c’est juste un cadre et une méthode évitant d’être trop connement cru.

Note globale 37

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Suggestions… L’Empire des Sens + Il est mort après la guerre/Oshima

Scénario & Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (2), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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GLISSEMENTS PROGRESSIFS DU PLAISIR **

2 Mai

3sur5  Trollisme flagrant et grandes ambitions, déconstruction et symbolisme à foison (les œufs, la peinture rouge, etc) : au cœur de tout ça, des femmes dévêtues et objectivées dans l’harmonie vicelarde et les éclats de sang. Avec Glissements progressifs du plaisir, Robbe Grillet désinhibe totalement son cinéma. Le spectateur atterrit dans un ego-trip rafistolé autour d’une histoire de nymphette au couvent (Anicée Alvina) et centré sur les passions sado-maso de l’ensemble des intervenants. L’Immortelle frappait par sa radicalité, Trans Europ Express interpellait audacieusement ; Glissements tourne à l’extase et à la parodie. Le chef de file du Nouveau Roman s’affranchit totalement des conventions, s’en amuse au passage, étale plus que jamais sa fierté.

Constamment une petite musique colore les excentricités de proclamations muettes mais flagrantes telles que  »je suis plus fort et je mène la partie » ou encore  »je me joue de vous ». Cette volonté polluait un peu Trans Europ, l’enfonçant dans un glacis chic mais sec à tous niveaux (le 4e mur y était déjà brisé dans les faits – ici il le sera par les mots). Ce n’est plus le cas dans Glissements car Robbe Grillet est très avancé dans l’autarcie, ce qui le rend d’autant plus sadien. Le film semble sommé de s’auto-détruire, ce qui souille l’exercice du spectateur, dont l’aigreur à l’égard des pitreries en guise de programme se défend sans doute plus aisément que les intentions de Grillet.

Héros superbe (mais entravé) de Trans Europ et ex-Homme qui ment, Trintignant est avilit, fagocité dans un costume ridicule. Sa moustache, ses petits soubresauts, son air inquisiteur débile, son allure de fouine piteusement endimanchée accablent le personnage du policier. La plupart des autres dans l’équipe sont manifestement assignés à un jeu aberrant : tout ce qui ne cède pas au sado-masochisme, ou n’a pas encore cédé, est désintégré, enfermé dans un semblant de fonctionnalité abrutie. Les autorités (exécutives, traditionnelles) sont humiliées ou court-circuitées de façon mesquine.

Robbe Grillet porte ses coups les plus violents contre la religion, insulte ce qui est assimilé à de l’hypocrisie, mais finalement il passe au-dessus de cette opposition pour en jouir. C’est le propre du masochiste de s’associer à ce qu’il perçoit comme une brute et absorber son énergie imbécile mais colossale. Ainsi une antichambre de maison de Dieu remplace le château du Marquis. Concrètement, cela ouvre la porte à de nombreuses séquences SM ou à la sensualité ‘déviante’, en musique. Chez Robbe Grillet, le libertin fantaisiste et raffiné l’emporte sur le gauchiste. En arts comme ailleurs, c’est mieux. Dans son cas en particulier c’est plus enrichissant.

Car c’est bien dans toutes ces belles scènes de pauses/poses, où il prend le parti de la domination tout en s’avachissant paradoxalement, qu’il est le plus éblouissant. La régression dans les méthodes est nettement plus dommageable ; les postures révolutionnaires sont falotes, la façon de viser trop puérile pour ça et encore sapée par cette arrogance précipitée. Robbe Grillet accumule les ‘fautes’ délibérément, pour faire onirique ; il casse activement la narration, trompe toute promesse de cohérence. Les acteurs imitent ouvertement leurs personnages, ou plutôt leurs lignes de personnages, s’égarent dans de fausses discussions interminables.

Ce fatras produit des effets plutôt négatifs, inspirant la circonspection (atténuée peut-être par la surprise) quand il n’arrive pas à faire rire – et il l’obtient par des moyens contradictoires. Souvent ces Glissements donnent dans la caricature du surréalisme par le film d’arts et essai masturbatoire ; une caricature non-prévisible. Elle trouve le salut grâce à ses humeurs, via le triomphe du jeu et du vagabondage sur toutes espèces de démonstration. Londasle est chargé d’incarner la portion foutage de gueule de toute cette performance ; il encadre la scène des ‘mots’ (à la fin), possible parodie de l’écriture automatique, avec ses associations au rabais et son culte de l’inspiration, puis le ton précieux en dissonance. La Belle captive sera un tableau plus franc, tellement résolu qu’il donne une impression de clarté et de pleine conscience, si irrationnelle soit sa constitution.

Note globale 58

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Suggestions… Les Diables + Le dernier tango à Paris + Pulsions/De Palma  

Scénario & Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (1), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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LES ANGES EXTERMINATEURS (Brisseau) **

24 Avr

2sur5  Branlette au propre et au figuré. Lorsqu’il réalise Les Anges Exterminateurs Brisseau sort de son procès pour harcèlement sexuel auprès de ses actrices : il va nous démontrer qu’il est un cinéaste téméraire. C’est parti pour les théories en mousse, la sincérité paumée à la Ed Wood, le cortège de spécialistes ébahis devant tant de profondeur et de sophistication.

Les Anges Exterminateurs est une démonstration malgré lui, presque une thèse, du cinéma d’obsédés random déduisés en intellos arty. Oui ce genre existe. Voilà un film sur les films underground dont la vocation véritable, en dernière instance, n’est que de faire du cul, mais avec des manières. Juste avec les yeux, sans y mettre les doigts, ou pas les siens. Attention avalanche de déblatérations sur les mouvements du corps et la sensualité transgressive (mais pourquoi « transgressive »?). On va faire monter la sauce et s’émoustiller, en restant sérieux et concentré.

Second opus d’une trilogie sur le plaisir féminin par Jean-Claude Brisseau, Les Anges est présumé nous raconter un jeu dangereux. La tension est noyée sous les bavardages et le ton sentencieux. On joue aux visionnaires de l’érotisme, on s’extasie sur un hypothétique mystère féminin. Tout cela pour fondamentalement ne déboucher que sur une chronique de la désillusion annoncée.

On éprouve un vif plaisir, celui de voir un auteur en roue libre, nous déverser le résultat de son introspection sélective. Le personnage masculin du film, le ténébreux Frederic Van Den Driessche, est le double (fantasmé, bien sûr) de Brisseau, éprouvé par des comédiennes, cette catégorie désespérante, pleine d’individus immatures. Point de vue appréciable.

Reste qu’on nous vend un réalisateur (celui du film et celui dans le film, les mêmes, avec les mêmes aspirations) simple et plein de principes, cherchant envers et contre tous à être l’instigateur de l’extase mystique, tout en jouant in fine les moralistes complexes. Heureusement il ne fait pas semblant lui-même d’y croire : il y a des limites à la bullshit.

Si on est un peu mesquin (attentif?) on y voit la démonstration des bonnes intentions d’un homme naif, persuadé finalement d’avoir trouvé la clé : il est l’homme fatal malgré lui. Mais dans la réalité, c’est l’autre qui ne le sait pas. C’est pourtant simple ! Ah, voilà un vrai film d’auteur, un malade et bancal, trop facile à piéger, trop entier pourtant.

Note globale 47

 

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