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THE BURNING HELL **

1 Juin

2sur5  Film de propagande évangélique dont les négatifs originaux de 16mm ont été restaurés (après avoir été victimes d’une inondation en 2010) en partie grâce à Winding Refn (le réalisateur de Drive et Bronson), qui a fait resurgir cet obscur objet, parmi d’autres (comme Night Tide, Hot thrills and warm chills). Celui-ci est probablement le plus méconnu de tous.

Le pasteur du Mississippi, Estus Washington Pirkle, a également participé à deux autres films, dont la réalisation était confiée à Ron Ormond. Cet ancien nom de ‘l’exploitation’ (principalement dans le western) a fait son grand saut chrétien vers 1970, après avoir été rescapé d’un crash aérien. Il garde une efficacité et une brutalité ‘sereine’ dans la mise en boîte de ce projet fondamentaliste.

Techniquement le film peut se montrer assez laborieux – il est presque misérable concernant les maquillages (dignes du Lac des morts-vivants) et la mise en scène de l’absorption par l’Enfer. La charge macabre n’est pas aberrante en elle-même et participe à rendre concret le danger – les tortures sont physiques, l’âme n’est pas citée en priorité (ce n’est peut-être pas à elle qu’il faut ‘ouvertement’ parler, avec les cibles modernes ?), elle doit sans doute être vouée à contempler éternellement cette damnation.

Hors de ces scènes grand-guignoles, le film se concentre sur les propos du directeur de conscience, la plupart du temps dans son sermon à l’Église, face à un public souvent l’air ravi. Il s’oppose notamment à l’idée que l’Enfer serait sur Terre et souhaite diffuser une représentation de l’Enfer conforme à celle du Nouveau Testament. Il a également le mérite de prévenir les non-chrétiens et les pécheurs de ce qui les attend ! À cette fin le film a été traduit en plusieurs langues, comme l’espagnol et le portugais (l’Amérique du Sud doit être dans le viseur) – les français étant un cas désespéré, ils ont été oubliés.

La séance peut donc être amusante (contrairement à Blood Freak, l’anti-drogues ravagé) sinon agréable, à deux conditions. Il faut avoir le goût des montagnes russes artificielles, de cet aller-retour entre ambiance ravie de la crèche et décharges de violences punitives (des mots d’experts aux flirts avec la cruauté de l’Enfer, en passant par les assauts des asticots). Les charmes régressifs du bis et ceux euphorisants de la prêche religieuse se combinent ! Il faut surtout ne pas se sentir crispé ou menacé par le prosélytisme (et de ne pas être un de ces enfants exposés -donc éventuellement troublé- à l’occasion de son catéchisme -ce qui n’a pas dû se reproduire depuis les seventies).

Note globale 48

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Jesus Camp + Fric et Foi

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (5), Dialogues (5), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (5)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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MINI CRITIQUES – COURTS 1

30 Mai

Il n’y avait pas de raison que ceux-là évitent le passage sous format Mini. J’ai pensé au départ garder les courts du côté des systématiques, mais ce serait peu pratique et m’obligerait à réagir sur des choses dérisoires.

Les courts ne seront pas ma priorité – je ne suis que ponctuellement pro-actif pour en découvrir. Je pourrais me concentrer sur quelques cas : voir tous ou un bon nombre de courts/moyens d’un auteur, comme j’ai pu le faire partiellement avec Herzog (grâce à Mubi) ou comme je l’ai fait avec Starewitch. Les courts vus sur MUBI sont abordés à part

Les courts/moyens vus sur MUBI sont abordés à part (déjà une session), comme les films ‘normaux’.

Les courts appartenant à des sagas/collection, type séries de Tex Avery, seront traitées comme les autres ; les 8+ pas nécessairement à part. 

In a Heartbeat ** (USA 2017 – 4 min) : Autour d’une romance naissante entre deux pré-ados (ou plus vieux?). Initiative étrange avec ce cœur séparé, mais elle fonctionne. Voir la critique polémique de Voracinéphile. (57) + activité SC

Nocturna Artificialia *** (UK 1979 – 21 min) : Premier film présenté par les frères Quay. Ils ont également tournés deux long-métrages dont le dernier et plus célèbre est L’accordeur de tremblements de terre. Histoire en huit parties, avec des cartons en quatre langues (trois traductions dont une française). Le style n’est pas pédagogue pour autant. Chaînon manquant entre Svankmajer et Burton (plus loin du second, trop perméable). Teneur onirique et fantastique, avec pour ‘héros’ un pantin dans son appartement. C’est hautement respectable mais il est difficile de rester attentif, le charme soutenant l’intérêt davantage que la proposition en elle-même. Les adeptes du Locataire ou d’Eraserhead (ou de The Alphabet ou Grandmother) doivent essayer. (70)

More *** (USA 1998 – 6 min) : Diffuse le message habituel critique envers le ‘big business’, les vies grises et médiocres standardisées. Sa valeur ajoutée : montrer qu’un sujet du système peut dépasser sa condition pour devenir un nouveau maton. Vision négativiste du capitalisme et de la course à la réussite – peut-être même pessimiste sur la condition humaine, en tout cas celle d’un travailleur en Occident. Le réconfort est dans la nostalgie des joies enfantines – ou dans la soumission à des perceptions douces mais illusoires. Les créatures sont inspirées de celle d’ET (le geste du doigt). Par le futur réalisateur de Kung Fu Panda, accompagné du morceau Elegia de New Order. (68)

Franju> Hôtel des Invalides ** (France 1951 – 23 min) : Une visite guidée scrupuleuse a-priori et regorgeant de belles prises. En fait de documentaire nous trouvons un discours superposé – et un film peu animé malgré toutes ses initiatives (ce manque de vie, de fluidité, sert d’ailleurs le long très connu Les Yeux sans Visage). Les ‘gueules cassées’ fournissent une occasion à Franju de faire connaître ses déclarations anti-flics/militaires, son dédain pour leurs hiérarchies et pour les sacrements. (58)

Regen/La pluie (Pays-Bas 1929 – 12 min) : Amsterdam sous la pluie, vue sous différents angles et mouvements. Film ‘poème’, non-abstrait mais totalement subjectif. Sautillant avec une grâce un peu morbide, tout en inspirant plutôt de la joie et du réconfort (plaisir de mélancolique, d’hipster dépressif ?). (68)

Bugs Bunny and the Three Bears *** (USA 1944 – 7 min) : 31e des 159 films ‘Bugs Bunny’ (en incluant les trois opus ‘expérimentaux’ de 1938-39). Marque l’apparition des trois ours, qui reviendront en solo dans cinq opus. Part de la parodie d’un conte pour arriver au romantisme burlesque faisant du lapin l’arroseur arrosé. (67)

Tex Avery> Cock-a-Doodle Dog / Le chant du coq *** (USA 1951 – 6 min) : Humour lourdingue efficace, avec foule de trouvailles pour animer un mécanisme borné (on sait que le chien perdra toujours sauf peut-être à la fin). Second film vu signé Tex Avery et premier hors-Bugs Bunny. Ces univers-là ne me sont pas familiers ! (75)

Tex Avery> Rock-a-bye Bear / L’ours dormira bientôt **** (USA 1952 – 7 min) : Drôle et sadique – d’une férocité inattendue même connaissant les côtés ‘splapstick’ de ces cartoons. (79)

Franju> La première nuit *** (France 1958 – 19 min) : Manière indirecte de visiter le métro de Paris et de le léguer à la postérité sans trop d’afféteries mais avec poésie. Sans paroles, avec un éveil/espoir romantique. (72)

Tex Avery> Ventriloquist Cat *** (USA 1950 – 6 min) : Avec un chat au ‘meow’ bien à lui. Et toujours ce chien impulsif (c’était moins le cas avec l’ours et le cabot sadique) – cette fois il est même trop benêt pour qu’on soit encore un peu ‘avec lui’. Toujours enthousiasmant, mais un peu long dans ses démonstrations. (74)

Next Floor ** (2008 – 12 min) : Court de Villeneuve sorti deux ans avant sa révélation au commun des cinéphiles avec Incendies. Symbolique assez sommaire mais expansive et insistante. Déjà traité de manières à la fois plus concrètes, abstraites, originales et humoristiques chez Bunuel et Svankmajer ; le style ressemble aussi à du Gilliam en plus glauque et crispé. Brillant travail du chef op’ , mise en scène plus improbable. Trois des quasi-douze minutes appartiennent aux génériques. (48)

Wallace et Gromit : Un mauvais pantalon **** (UK 1993 – 30 min) : Vu sur France4 l’après-midi et peut-être déjà vu auparavant. Un film brillant qui pourrait accompagner une série du meilleur niveau et très addictive. Excellent mélange de comédie et de thriller. Un court-métrage parmi les plus remarquables et surtout les plus agréables que j’ai vus. (87)

Wallace et Gromit : Une grande excursion *** (UK 1990) : Nettement moins intense et brillant que son successeur Un mauvais pantalon, par lequel j’ai enfin pris connaissance avec la franchise. Mais les créatures secondaires sont émouvantes (souris et robot) et l’effort artistique reste remarquable. La VF est dissuasive, il lui manque même l’intérêt comique de celle d’Un mauvais pantalon. (72)

Shoes ** (USA 1916 – 50min) : Vu sur arte (avec un filtre jaune – sauf quelques passages bleus sur la fin, une bande-son typique et agréable) à la suite d’Une femme iranienneSuspense de la même Lois Weber était diffusé ensuite. Ce film est largement moins bon qu’Hypocrites. La durée est disproportionnée par rapport au scénario et au contenu. La représentation des hommes est calamiteuse – entre le mateur sinistre et le père paresseux, des figurants vaguement hostiles ou d’une indifférence sévère. Le langage est brutal, expressif et grave – la main de la pauvreté passe littéralement sur Eva en cauchemar. L’emphase sur cette jeune fille (poursuivant une vie meilleure, réduite à la rêver) rachète tous les défauts. (52)

Pagnol> Jofroi ** (France 1933 – 50min) : Basé sur une nouvelle de Giono. Vu juste après le long Regain, tiré de la même source (avec un conflit entre les deux auteurs à la clé). J’ai nettement moins aimé – on est trop proches du théâtre, heureusement les décors et leurs bruits relèvent la sauce. La comédie de l’aspirant pendu est bien sympathique mais la farce maigre. (52)

Starewitch> Le rat de ville et le rat des champs **** (France 1926 – 8min) : De Starewitch (auteur du Roman de Renard version 1937) dont je n’ai vu que La Cigale et la fourmi (1911). Tiré d’une fable de La Fontaine et par extension d’Esope, en y ajoutant beaucoup et en inventant un contexte contemporain (et une panique générale chez les rongeurs urbains). Les petites créatures anthropomorphes sont la plus belle réussite de ce court muet. (78)

Starewitch> Les grenouilles qui demandent un roi (France 1922 – 16min) : Toute cette foule de grenouilles est réjouissante, grâce à la technique et à quelques drôleries. Comme plus tard avec Le rat des villes, des détails et personnages importants sont ajoutés (la cigogne, l’arbre). Le film est tout de même trop long. (72)

Starewitch> La vengeance de l’opérateur de cinéma *** (Russie 1912 – 13min) : Une des premières animations de Starewitch (suivant La cigale et la fourmi) et un film dans le film (qui est le moyen d’une vengeance). Les protagonistes sont des insectes. Avec une telle configuration les reprises à venir de La Fontaine semblent une vocation, mais déjà la morale est au mieux secondaire et préférée à la drôlerie. Le manège anthropomorphe est curieusement réaliste ! Cela donne au film l’importance d’un Méliès – l’histoire est plus triviale, c’est un vaudeville (à la deuxième moitié presque ennuyante). (76)

Starewitch> Le noël des insectes *** (Russie 1913 – 6min) : Dernier de la série de films d’animation avec des insectes marquant les débuts de Starewitch (après des documentaires entomologistes). Il est moins bon que La cigale et la fourmi ou Vengeance de l’opérateur, mais les distributions d’un père Noël humain de cadeaux à des cancrelats valent le coup-d’œil. Leur séance de ski vaut même le détour. Les décors valorisent le noir et blanc qui est donc préférable aux versions ultérieures colorisées. À ne pas confondre avec sa Nuit de noël (sortie ou du moins attribuée à la même année) tirée de Gogol. (66)

Starewitch> Amour en noir et blanc ** (1923 – 23min) : Joyeuses mésaventures d’un théâtre itinérant. Un Cupidon noir (pour le couple noir) et Cupidon blanc (pour le couple blanc) sont de la partie. Film assez bordélique et un peu long, avec quelques folies. Les animaux ont disparus, à l’exception d’une souris dans les coulisses du music-hall. Un sosie de Charlot atterrit à la fin sur la branche au milieu des deux petits anges. (60)

Starewitch> La voix du rossignol ** (France 1923 – 13min) : Un des courts avec Jeanne Starewitch aka Nina Star, fille du réalisateur. Conte et leçon de vie au bénéfice des petits animaux. Sucré et parfaitement présentable aux enfants, donc inhabituel de la part de Starewitch. Coloré manuellement. Fort en jolis petits détails mais bouffi et lent. (62)

Starewitch> Le lion devenu vieux *** (France 1932 – 8min) : Digression à partir du songe d’un vieux lion. Tiré de La Fontaine d’après un texte récent en intro, appliqué pour une collection des courts de Starewitch, semble aussi inspiré des Mille et une Nuits. Les mouvements des marionnettes sont devenus plus fluides et expressifs, les tenues sont plus sophistiquées. Le ton est mélancolique aux extrémités et joyeux dans l’ensemble, grâce à ces aventures presque merveilleuse – il reste au roi ses souvenirs pour tromper une existence remplie de bassesses et de difficultés. Un autre film de Starewitch, crédité pour la même année, se nomme Le lion et le moucheron. (76)

Ménilmontant *** (France 1926) : Muet sans intertitres du russe Kirsanoff et mélo aspirant à un certain réalisme. Brillant représentant de la mouvance impressionniste. Parfois très rapide (en particulier la séquence d’intro/du meurtre) et plein de superpositions, flous et fondus. L’air du visage et surtout les yeux de Nadia Sibirskaia rappellent Lilian Gish, les costumes dans les flash-backs encouragent la confusion. Malheureusement le scénario et les nuances sont maigres, quoique cette histoire puisse fortement atteindre. Apparemment tombé dans le domaine public. (70)

Révolution interplanétaire ** (URSS 1924 – 8min) : Premier court-métrage d’animation incluant la SF en URSS, sauf éventuelles créations clandestines ou civiles et anonymes. Comme d’habitude avec la propagande soviétique, même lorsqu’elle se pique de réalisme socialiste, les films montrent le ‘paradis’ de la révolution accomplie – les résultats à l’écran sont garantis pour 1929. L’univers spatial est dans la continuité d’Aelita (la superproduction sortie quelques mois avant). Histoire surchargée en détails et redites, à la fois ambitieuse et prosaïque ; l’aspect et les décors rappellent Méliès, passé deux décennies plus tôt. Les personnages ‘mauvais’ sont représentés de façon extrêmement loufoque. (62)

Moydodyr ** (URSS 1939 – 8min) : Leçon ‘romantique’ d’hygiène pour les enfants, chapeautée par le chargé des dessins animés officiels de l’URSS, Ivan Ivanov-Vano. Mêle animations, cartes, prises de vues réelles (impersonnelles). Le dessin est précis et agréable à l’œil, contrairement aux courts de propagandes des années 1920. Les processions et le passage en revue des animaux rappellent le cinéma pour enfants américain. Une version colorisée a été diffusée en 1954. Je n’ai pas trouvé de sous-titres – peut-être qu’une telle lenteur se justifierais mieux. (52)

Budem zorki / Nous resterons à l’affût * (URSS 1927 – 2min) : Ou ‘We’ll Keep Our Eyes’ en anglais. Les soviets clament leur mépris de l’embargo britannique en fondant leurs espoirs sur la participation populaire et les obligations d’État. Un film lapidaire, aberrant et plein d’élan positif. (46)

Moydodyr *** (URSS 1954 – 17min) : Version colorisée et agrémentée du Moydodyr de 1939, toujours sous la direction d’Ivan Ivanov-Vano. Le film en sort largement amélioré et devient réellement agréable à regarder. La durée a presque doublée, de nouveaux animaux et objets entrent (souvent pour danser ou moraliser en groupe), les décors sont affinés, la narration est plus ‘tenue’ et la mise en scène plus fluide (ces deux derniers aspects sont mineurs). Les créatures et la musique sont encore plus ravies. Mr-toilette chante vraiment ! La séance reste bien longue et quelques détails ponctuels peuvent relativiser l’enthousiasme (le garçonnet croit maintenant utile de piailler, heureusement il l’ouvre rarement). (70)

Une vie de chien ** (USA 1918 – 34min) : Je n’ai vu que quelques films (longs ou quasi) avec Chaplin, il y a très longtemps. Cet opus-ci sort un an après The Emigrant, trois avant Le Kid. J’avais déjà réalisé la modération de ma réceptivité, aujourd’hui elle est confirmée. Le début avec la rencontre du chien et les embrouilles des deux policiers m’a amusé, mais la musique additionnelle m’a bien plus captivé. Ensuite j’ai dû raccrocher tout le long (partant et revenant sans efforts).

Après avoir vus de nombreux courts avec Charlot, je sais que cet opus est aussi ennuyeux que la moyenne, peut-être un peu plus. Il est moins prolixe, moins intense dans l’humour, plus explicitement soucieux du contexte social. Mais la mise en scène (surtout le strict plan technique) le ramène vers le haut du panier – c’était le premier film de Chaplin sous la houlette de la First National (où il réalisera bientôt The Kid), sa dernière étape avant celle consacrée aux longs-métrages et aux futurs ‘classiques’. L’histoire est très positive (cet optimisme porte, le scénario et les rebondissements en eux-mêmes non ou de manière fugace). (58)

Charlot garçon de café ** (USA 1914 – 16min) : Ça se remue (des coups et même des flingues dans le dernier combat) mais c’est très con. Avec (validée ou non – probablement peu importe) une moralité d’ingrats pour clore la partie. La mise en scène est remarquablement propre pour l’époque, sans être spécialement dynamique. Regardez plutôt Le songe d’un garçon de café d’Emile Cohl. (50)

Charlot dans le parc / In the park ** (USA 1915 – 14min) : Plein de quiproquos et similaire au précédent concernant la place de Charlot face à la ‘bonne société’. Personnages très expressifs, surtout lorsqu’ils sont des plus riches ou des vauriens. Le film est fait de va-et-vient et en devient vite lassant. Tourné dans le Golden Gate Park de San Francisco. (46)

Charlot à la banque / The bank ** (USA 1915 – 24min) : Un Charlot plus ambitieux, avec des jolies ‘profondeurs de champ’ et un casting mieux régulé, de l’énergie sans excès de gesticulations et pseudo-bordels hystériques. Et les décors ‘en imposent’ plus que le plein-air. Mais c’est toujours aussi traînard, sinon plus et en termes de drôleries on a massivement rogné (malgré les anecdotes physiques, avec Charlot replaçant la langue d’un type par exemple). (48)

Charlot nudiste / His Prehistoric Past ** (USA 1914 – 21min) : Un opus de la première grande année. Comme dans The Bank, Charlot part dans ses fantaisies de sauveteur, son meilleur argument pour séduire une fille. Charlot reste Charlot dans le contexte préhistorique, avec sa moustache, sa pipe et son chapeau. Toujours lent, turbulent et pachydermique, mais l’effort créatif et les farces des deux mâles/chefs rehaussent le niveau. Par contre, s’effondre au niveau des enjeux, qui n’ont jamais été très nourris. Voyez plutôt Brute Force de Griffith, en plus vous aurez droit aux dinosaures. (44)

Charlot chef de rayon / The Floorwalker ** (USA 1916 – 29min) : Avec cet opus Chaplin entame sa période sous l’égide de la Mutual – la moins épaisse dans le temps de ses courts ; par la suite, il passera à la First National et dirigera ses propres longs, pour lesquels il est resté si célèbre. Le scénario est faible, la narration et l’espace concentrés, l’humour est des plus fainéants et redondants. En une demie-heure tout ce qui marque est l’apparition d’escalators et d’un double de Chaplin, probablement deux premières. Le gros gag des escaliers sauve le film mais arrive après 25 minutes souvent ennuyeuses. (46)

Charlot marin / Shangaied * (USA 1915 – 27min) : Un opus particulièrement lent (même si les acteurs restent toujours si agités). Le mauvais parmi les sept enchaînés. (38)

Charlot vagabond / Le Vagabond / The Tramp ** (USA 1915 – 26min) : Un opus important puisque le personnage de Charlot y est plus défini, dans le sens où il sera immortalisé et recyclé à l’usage des longs-métrages (un film-doc de romancier américain tourné en 1976 se nomme The Gentleman Tramp). Beaucoup plus doux et romancé que les autres, tout en restant dans le burlesque. Le dixième piquage de fesses à la fourche arrive six fois après celui de trop. Le rapport à la fille (ou aux femmes) est toujours le même, toujours si enfantin, gentil et pathétique. (52)

Charlot machiniste/ Charlot fait du ciné / Behind the screen *** (USA 1916 – 24min) : Le septième film de Chaplin tourné avec la Mutual (la période qu’il a préféré sur le plan créatif). Le scénario est relativement dense, avec plusieurs sous-intrigues et pas de temps morts, ce qui distingue ce film des précédents. Ce qu’on voit du cinéma comme métier n’est pas très enrichissant au niveau de la profession – on aperçoit des généralités propres à toutes les corporations (ce qui n’est pas si générique, c’est la causticité envers les grévistes et les patrons). La visite des coulisses était peut-être beaucoup à l’époque, à Hollywood en particulier ce devait être énorme – évidemment un siècle après c’est monstrueusement banal. Par contre, l’exploitation des lieux reste excellente et offre de multiples occasions de farces (en plus la répétition n’use pas les gags, sauf avec lors du repas partagé avec le camarade machiniste, où la fausseté plombe tout). Un Charlot particulièrement mordant et inventif : contrairement à celui au parc, sur la mer ou à la préhistoire, c’est un plaisir de le regarder. C’est le premier sur huit Chaplin à la suite qui me fasse vraiment rire (les autres à la marge et Une vie de chien un peu au début). (66)

Charlot boxeur / The champion ** (USA 1915 – 21min) : Dépasse les 30min selon plusieurs sources, la version accessible serait donc incomplète. Le moins comique est un des plus ‘notables’ pré-Mutual (1917-18) vus à ce jour (c’est le troisième chez Essanay). Pour autant ce n’est pas brillant, simplement plus solide qu’A Prehistoric past ou le chef de rayon par exemple. C’est un petit film sur un maigrichon dégingandé se retrouvant sur un ring – le tout emballé avec du burlesque. The Knockout où Fatty domine l’affiche voyait seulement Chaplin apparaître dans une séquence en tant qu’arbitre dépassé. (54)

Charlot fait du cinéma / A Film Johnnie ** (USA 1914 – 11min) : Un des tous premiers films avec Chaplin, qui se déroule partiellement dans les studios de la maison de production de la Keystone (basé à Los Angeles). Chaplin joue un fan se tapant l’incruste, faisant la démonstration de sa niaiserie chevaleresque. Dans une scène il est le bouffon spectateur, d’une émotivité et d’un manque de recul extravagants (cela rappelle The Countryman and the Cinematograph, où le péquenaud n’était pas si sensible). L’humour est bien grossier quand il n’est pas simplement joyeusement lourd. Opus court et efficace, toujours dans l’abus. (60)

Charlot garçon de théâtre / The Property Man * (USA 1914 – 23min) : Un court de la première année (sorti en août 1914). Moins intéressant que les deux films au cinéma. Très violent pour une comédie de l’époque – du splapstick pur et dur, avec avalanche de claques et de coups. Mais entre-temps, que de répétitions. (40)

Charlot et Fatty sur le ring / The Knockout ** (USA 1914 – 29min) : Humour bon enfant quoique donnant dans le slapstick (mais sans aucune réalité, sans le début d’une vraie souffrance). Première rencontre du duo Fatty et Charlot, deux comiques à succès de l’époque. Ce film sort le 4 juin 1914 ; Charlot et Fatty font la bombe aka The Rounders sortira le 7 septembre. Chaplin n’en est qu’à ses débuts et le gros de la scène est à Fatty. Il est simplement l’arbitre du match de boxe et signe le scénario. Arbuckle en tant que Pug, ou même la fiancée, sont largement plus importants que lui. Chaplin n’est également pas à la réalisation, comme c’est le cas pour plusieurs de ses films en 1914-1915 et contrairement à tout ce qui suivra. Tout ça n’empêche pas le film d’accrocher plus facilement que nombre des premiers Charlot – les 25 minutes sont bien remplies (et sans dispersion), bêtes et efficaces. Mais le spectacle perd de sa force à mesure qu’il avance, dans l’attente d’un nouveau coup-d’éclat qui relance la machine : c’est définitivement le cas avec l’après-match, des plus folklos. (60)

Charlot et Fatty font la bombe / Charlot et Fatty / The Rounders ** (USA 1914 – 13min) : Les deux stars des jeunes studios de la Keystone Company se trouvent trois mois après The Knockout de nouveau à l’affiche (Fatty est aussi apparu dans plusieurs films centrés sur Charlot). Ils y subissent une cuite terrible. Le numéro d’ivrogne s’effondrant partout et titubant aurait été un classique de Chaplin sur scène, avant qu’il se lance au cinéma. Le film tient ses promesses avec toute la lourdeur appropriée. On peut ne pas rire ou n’être pas réceptif, mais on constate facilement la réussite. (56)

Charlot musicien / The Vagabond *** (USA 1916 – 26min) : Troisième des douze films de la période Mutual et effectivement un court parmi ceux qu’il ‘faut’ voir. Beaucoup plus dramatique et, ce que n’était pas Charlot boxeur, sentimental. Des points communs (le plan sur la route, à la campagne) avec Charlot vagabond/The Tramp. Charlot est devenu moins ridicule et désarmé grâce à son violoncelle. La mise en scène est beaucoup plus posée, a fini d’être esclave des turbulences des personnages, gagne en simplicité et en éloquence. Chaplin lâche un peu l’humour pour davantage raconter. C’est probablement la première fois qu’il donne de quoi émouvoir, ou simplement une œuvre à prendre ‘au sérieux’. (64)

Charlot et le comte / The Count ** (USA 1916 – 24min) : Veut faire rire de la duperie et de l’inversion des rôles. Contrairement à Charlot musicien, l’esprit reste ‘théâtre’ et la bouffonnerie, sans être forcément de beaucoup plus expressive que dans les courts antérieurs, prend une ampleur plus vaste, monte presque en système (donnant raison à la théorie de Bergson sur l’humour). Le film use ses gags et les décuple habilement. On accroche ou n’accroche pas, au lieu de se lasser (sauf à la revoyure, comme tous les films de ce type ?). (58)

Charlot patine / The Rink ** (USA 1916 – 24min) : Entre acrobaties et tartes à la crème, Charlot de nouveau serveur montre l’étendue de son savoir-faire physique – les gags ne sont pas forcément du même niveau (hormis les excellentes batailles de ventre et le couple improbable au restaurant). C’est le premier opus où il me semble y avoir des petits Charlot dans les quatre bords des intertitres. Deux gags à base de chats (pleinement vivants). (54)

Charlot fait une cure / The cure ** (USA 1917 – min) : Charlot en alcoolique faussement repenti fout la zizanie (involontairement le plus souvent) dans une station thermale. 10e épisode de la phase Mutual, qui à l’instar de Chef de rayon prouve que cette période n’était pas tellement formidable. (50)

Charlot s’évade / The Adventurer ** (USA 1917 – 24min) : Dernier de la période Mutual. Comme le précédent, pas passionnant – mais les notes générales sont excellentes. Par contre l’appropriation de l’espace est excellent, la construction du récit, des farces, la direction des acteurs également. (56)

Charlo brocanteur / Charlot chez l’usurier / The Pawnshop * (USA 1916 – 21min) : Tous les éléments du scénario sont typiques et rebattus (l’employé, le patron, la fille, la cachette), sauf à la rigueur la présence et concurrence d’un collègue. J’ai été totalement insensible à cet opus, qui rejoint Charlot marin en bas du classement – mais celui-ci me paraissait mauvais, alors que Charlot usurier me semble plutôt pencher vers une certaine ‘inertie’. (38)

Fatty en bombe / A Reckless Romeo ** (USA 1917 – 23min) : Un film de et avec Roscoe Arbuckle, où Fatty le bagarreur a été filmé dans ses exactions, suite à quoi le menteur est démasqué devant sa femme lors d’une projection publique. L’introduction de souvenirs et les passages dans une salle de cinéma apportent un intérêt supérieur au film. Sans cela il reste une comédie infantile remarquablement énergique. Buster Keaton apparaît dans un rôle secondaire. Une formidable cigogne aussi. (50)

Fatty cabotin / Back stage ** (USA 1919 – 21min) : Un des derniers Fatty. Keaton y partage l’affiche avec Arbuckle (et Al Saint John) et gesticule dans le monde du théâtre. Le scénario est très rempli et oppose ce film aux seules successions de gags, qu’étaient essentiellement les dizaines de précédents. Valable pour ses acrobaties et sa palanquée d’outrances, davantage que pour son humour ou la précision de la mise en scène (trucages du film aussi visibles que les trucages dans le film). (52)

Fatty et Mabel à San Diego / Fatty & Mabel at the San Diego Exposition ** (USA 1915 – 13min) : Ne pas confondre avec Fatty at San Diego de 1913. Grimaces remarquables de Fatty/Arbuckle. Turbulent et absolument superficiel. Humour simple et bourrin sur des sujets triviaux. (50)

Fatty garçon boucher / The Butcher Boy ** (USA 1917 – 24min) : Un des plus connus avec Arbuckle, grâce à la première apparition de Buster Keaton et peut-être les déguisements de Fatty. C’est aussi le premier film réalisé par Arbuckle chez son nouveau producteur Schenck à la Comique Film Corporation. Cet opus est particulièrement exubérant. (48)

Fatty’s New Role * (USA 1915 – 13min) : Avec un Fatty totalement débraillé. Intrigue mince mais le film est assez court et les personnages assez nombreux pour limiter les faiblesses. Le peu de variations et même de gags francs en revanche tire le film vers le bas. (36)

Entr’Acte ** (1924 – 20min) : Anticipation (formelle au moins) du courant surréaliste, projeté pendant l’entracte d’un ballet dadaïste. Le film sort quelques mois après Ballet mécanique (y a-t-il pioché ?) et cinq ans avant L’Homme à la caméra (il fait partie du ‘paquet’ sur lequel le russe avait les yeux tournés). Une musique d’Erik Satie a été superposée en 1967 (comme dans Ascenseur pour l’échafaud, le terme ‘accompagnement’ convient moins). Le réalisateur de La Beauté du Diable a fait plus aimable (la rapidité et l’absence de répétitions me rend les choses aimables) et directement significatif plus tard, même si ce film doit être son plus ‘notable’.

La plus grande vertu de ce film est son recours à un maximum de techniques. Il ne va pas jusqu’à refuser toute histoire un peu suivie comme Ballet mécanique, mais il a en commun l’absence de scénario et d’unité narrative. Il s’inspire du monde forain, témoigne des fantaisies de l’époque et est, sans que cela altère son caractère atypique, cousin du burlesque alors si populaire et des films à trucages autour de 1900 (type L’Homme à la tête de caoutchouc). La scène du chasseur et des œufs a dû travailler les créateurs du Roi et l’oiseau dans leur jeunesse (le toit et la vue trouble confortent l’impression). (66)

L’Émigrant / The Immigrant ** (USA 1917 – 25min) : Fait partie des opus nobles parmi les courts de Chaplin – son titre sans ‘Charlot’ en atteste (Le Vagabond est l’un des seuls à avoir eu cet honneur auparavant ; les films avec la First National l’auront bientôt tous). Plus fade qu’Une vie de chien, avec route aplanie et farces faibles en chemin. L’immigré Charlot apparaît soucieux de trouver une place discrète, d’être intégré mais pas nécessairement relevé ni s’affirmer – le couple est la vraie ‘terre d’accueil’ où il pourra s’extérioriser et s’épanouir. (60)

Paris qui dort ** (France 1925 – 36min) : Premier film de René Clair mais sorti après son Entr’acte. Superbe initiative pour un résultat décevant, nonchalant et un peu vain alors que de grands espaces sont (littéralement) libérés. L’aspiration poétique de Clair est évidente et sur ce plan c’est une réussite. Le film est également assez rare car il va sur les terres de la SF. Claude Autant-Lara a participé à la réalisation. (56)

La Tour *** (1928 – 11min) : Film à la structure originale, pour visiter et rapporter l’histoire de la Tour Eiffel. Certains effets de découpage/montage sont excellents pour l’époque. (64)

Her Boy Friend ** (USA 1924) : De Larry Semon (réalisateur, scénariste, acteur), avec Olivier Hardy (du futur duo Laurel & Hardy, formé en 1927). Enflammé mais peu stimulant car à peu près ‘vide’ malgré des exploits slapstick (sur un même éternel bolossé et faible fiancé). (52)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

AVANT LE DÉLUGE (2016) **

15 Nov

3sur5  Cette propagande a le mérite d’en être une explicite et de poser des objectifs précis. Projetée à la télévision le 30 octobre 2016 sur National Geographic, elle a été mise en ligne gratuitement pendant une semaine, avec 45 langues à disposition. Leonardo DiCaprio (qui participe à ce film pendant ou après le tournage de The Revenant d’Inarritu), star hollywoodienne investie dans la cause environnementale, sert d’animateur et de représentant pendant ce documentaire, où il rencontre plusieurs décideurs ou spécialistes à de multiples endroits du monde. L’acteur est officiellement ambassadeur des questions climatiques chargé par l’ONU – on le voit passer au début et à la fin du film au siège des Nations Unies. Les constats sont alarmistes mais pas désespérés. Le film va droit au but, la réalisation est ‘sobrement’ lourde, donne des chiffres et termes précis sans en rajouter dans l’émotionnel. DiCaprio fait un peu son numéro mais ne tire pas la couverture à soi et est là pour être sciemment un outil, un passeur tout au plus.

Le tableau dressé est clair, factuel, même s’il tient aussi du spectacle ‘liberal’, égratignant au passage les gardiens républicains liés aux grandes firmes privées (et, encore plus typique, revenant au méthane lorsqu’il évoque l’élevage bovin). Le film présente l’état actuel à plusieurs endroits du monde. Il fait le bilan des décennies récentes (disparition de 50% des coraux, etc) et évoque les principaux points ‘chauds’ : la menace d’engloutissement des îles du Pacifique, le rétrécissement de la calotte glaciaire, les incendies délibérées dans les grandes forêts pour créer de l’huile de palme. Le déréglage du climat se passe plus vite que prévu : le « point de bascule » approche et se voit avec la fonte de la glace au Groenland. Des faits purs et durs sont invoqués – les sceptiques n’ont plus qu’à regarder. L’usage massif du charbon en Inde, ou les pratiques des pays en plein boom économique, sont évoqués rapidement. En oubliant pas le problème des enjeux de puissance qui tendent à rendre obsolètes tous projets de ré-équilibrage ; car les USA ou les Européens auront du mal à défendre les ‘petits’ goulus de passer par leurs propres erreurs. A contrario, l’inquiétude en Chine serait assortie d’une marche ‘dans le bon sens’. Selon le narrateur, les médias et la population sont impliqués, le gouvernement emploie des énergies renouvelables. Pourquoi ces flatteries ? Concession, manière d’amadouer, billard à trois bandes ?

Des pratiques, de particuliers et surtout d’entreprises, sont dénoncées. D’autres sont recommandées. Si le consommateur de viande se met à préférer le poulet au bœuf, il diminuera ses émissions de 80% (et libérera du paysage, puisque l’élevage de volailles demande radicalement moins de terrain). Le solaire est évoqué. Le directeur de l’entreprise Tesla plaide pour la taxe carbone ; avec le soutien de Gregory Mankiw, professeur d’économie à Harvard. Ce dernier annonce le dé-tricotage des cotisation sociales en échange ; l’aile gauche des spectateurs pourra être embarrassée. La croyance dans la démocratie, la responsabilité et le marché peut faire rêver en théorie, mais face à la réalité laisse dans l’expectative. Au passage le film montre l’opposition au combat environnemental et ses relais dans les médias ; elle indique aussi que les représentants politiques acquis au climato-scepticisme sont souvent payés pour ça, donne des noms et des chiffres. Au-delà des pratiques courantes, il y a l’ennemi public ultime, non-humain : la combustion des énergies fossiles est la cible principale. La Cop21 récemment conclue à Paris est tenue pour saine et rassurante, mais ne doit être qu’une étape.

Les méthodes et les ambitions défendues par Avant le déluge sont plus qu’honorables, mais l’équipe sur laquelle le film repose est douteuse. Les allées-et-venues de DiCaprio se passent dans une bulle avec les autorités et experts bienveillants (avec même une rencontre d’Obama). Home glissait son idéologie, Avant le déluge introduit ses figures-clés. Ce documentaire reste évasif ou flexible sur le plan des idées ou des grands principes abstraits, mais convoque des personnalités peu crédibles, voire peu recommandables comme le Pape (dont une récupération si facile par la gauche altermondialiste -certes celle de salon ici- devrait interroger les catholiques, décidément les dindons de la farce publique). La rencontre avec ce dernier est assez étrange, puisque le ton est mielleux, pendant que DiCaprio met une illustration de Bosch sous le nez du Pape. Ce doc donnerait-il dans l’ironie très partiale, sous la couche civique et passe-partout ?

Dans tous les cas, il a clairement l’allure d’un produit de bonne volonté rangé pour l’establishment. C’est probablement la meilleure option lorsqu’on a des urgences à servir. Cependant cette complaisance semble débordante et le film ramène à la sacralisation du vote, en lui prêtant la toute-puissance imaginable dans le réel. À la fin le DiCaprio nous explique comment s’impliquer : utiliser notre pouvoir d’électeur, or la prochaine occasion datait du 8 novembre, soit une semaine après la sortie du film. Même s’il n’y a rien sur l’actualité politique des USA ou sur la campagne des présidentielles, même s’il omet l’existence de Clinton et Trump, Avant le déluge suggère des préférences et un camp précis. Le vote sera démocrate (ou acquis à l’élite ‘international liberal’), sans le dire mais par défaut (comme American Nightmare 3 en début d’année, sur des thèmes sociaux) ; aujourd’hui et demain. En plus de cette connexion précise, on peut se demander ce qu’Avant le déluge couve ou élude ; mais l’enjeu écologique est là. La séance se ferme sur un rappel des actions politiques et individuelles à mener.

Note globale 60

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Suggestions…

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (1), Ambition (4), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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49e PARALLÈLE ***

27 Juin

3sur5  En 1940 le Royaume-Uni est menacé par l’expansionnisme nazi. Le gouvernement de Churchill mobilise les forces défensives et adresse des instructions à la population britannique. Le cinéma aussi est mis à contribution. En octobre 1941, un mois avant Pearl Harbor (qui entraînera l’entrée en guerre des USA), sort le film 49th parallele, film de propagande anti-nazi (plutôt pédagogique, avec des allemands parlant anglais comme leurs hôtes). La réalisation a été confiée à Michael Powell, dont la carrière est en plein essor depuis quelques années grâce à sa conversion aux films de genre : guerre et espionnage. Powell deviendra par la suite un des réalisateurs britanniques les plus marquants et flamboyants, grâce à des films très ambitieux sur la forme et parfois sulfureux, comme Une question de vie ou de mort, Les Chaussons Rouges ou Le Narcisse Noir.

49th parallel se déroule en 1940, un an après l’invasion de la Pologne et alors que les Canadiens (auxquels le film est officiellement dédié, dans le générique d’ouverture) se sont engagés (le Canada déclare la guerre le 10 septembre 1939, sept jours après l’engagement de la France et de la Grande-Bretagne). Il suit six soldats allemands traversant le Canada, traqués par les autorités. Survivants du bombardement de leur sous-marin, ils cherchent à rejoindre les États-Unis, territoire encore neutre. ‘L’effort de guerre’ [auquel contribue 49th parallel] consiste à invoquer l’engagement des voisins américains, en plus de porter des coups à la philosophie (ou du moins aux aspirations) nazies. Le film de Powell et Pressburger le fait avec génie et est une merveille de propagande douce, malgré (ou simplement : avec) sa franchise (et son inévitable lourdeur). C’est un film de propagande avec de la politique à chaque réplique ; un film de guerre sans la guerre, mais avec ses troupes (des groupes actifs ou appelés à le devenir).

Nous sommes loin des champs de bataille et le plus souvent, loin des zones urbaines, des fortes concentrations de population et de la modernité. Ce groupe ressemble à une cellule de dissidents (secte/terroriste/espions) portée par idéologie nazie, dont le bon sens est mis à l’épreuve sur le terrain. Dans un premier temps ils sont dépeints comme des soldats zélés et propres sur eux, mais pas des sauvages. Malgré une recrue trop nerveuse, ils sont globalement calmes et toujours dévoués, leur violence est canalisée, tout au plus sont-ils parfois sourcilleux et constamment enclins à la colère. Progressivement leur destructivité éclate, leurs manières bestiales s’affirment. Les allemands passeront principalement par trois lieux : le repère des chasseurs-trappeurs d’abord, la ferme des chrétiens allemands ensuite, le campement chez les indiens enfin. Chacune de ces étapes renvoie au cosmopolitisme et au pacifisme, vécus concrètement et par choix par les canadiens (aux ancêtres venus d’Europe depuis le XVIe) ou des européens plus fraîchement débarqués (en fuite ou en escapade). Notons toutefois que ces migrants blancs s’installent parmi des peuples sans s’y confondre : les chasseurs avec les eskimos au début, puis Mr Scott avec les indiens sous son tipi, cohabitent mais leur laissent leur mode de vie. Ils gardent auprès d’eux le confort et les divertissements conçus par les européens – qu’ils sont par leur culture et leurs idéaux.

L’immense complaisance dont fait preuve le film assure son éclat tout en étant son inévitable et plus grand défaut. Le camp des bons, c’est-à-dire des non-nazis, est constitué quasi exclusivement de semi-anars gentils, individualistes mondains et collectivistes décontractés. La communauté Hutterite (cousins souriants des Amish), qui réalise dans un contexte rural et modeste une espèce de socialisme utopique, est présentée comme un parfait havre de paix et de tolérance ; c’est peut-être bien vrai pour ce cas précis, mais le film est hypocrite car il fait comme si l’autoritarisme, la bigoterie dégénérée, la violence, étant inconnues chez les nords-américains. Le regard humaniste se nourrit moins de raffinements sur le fond que de l’intelligence sur la forme. 49th parallel sait éviter la généralisation côté nazi au cas par cas et d’aller graduellement dans la mise en exergue du mal. Les caractères sont esquissés, les acteurs efficaces et intenses portent des carcasses motivées (Vogel est plus charitable et équitable ; les autres sont bien vivants mais sans atouts transparents), parfois potentiellement touchantes si la crispation n’entravait pas l’expansion des émotions positives (chez eux comme chez le spectateur).

Le film ne les présente pas comme des pions abstraits, leur laisse une épaisseur a-priori (sans qu’elle soit sondée d’ailleurs – l’uniforme justifiant cette démission, qui est aussi la leur). Au contraire, les coups portés au niveau idéologique et politique sont catégoriques. La nature pacifique et harmonieuse de la communauté Huttite sert de contraste au démon nazi : la rupture avec les inclinaisons égoïstes et mesquines de la nature humaine est confondue avec le rejet des racines allemandes. Le discours de Peter (Anton Walbrook), ‘centre’ du film (à la 66e minute), oppose un universalisme heureux où chacun serait inclus à un perfectionnisme nauséeux et dévoyé dont le nazisme et finalement l’identité germanique serait l’incarnation la plus brûlante (« notre germanité est morte », c’est « dur pour les anciens, une bénédiction pour les jeunes » car ici règnent liberté, solidarité et tolérance – et un ordre moral sur lequel on ne s’étend pas). Les nazis deviennent les boucs-émissaires des bataillons de l’inclusion : « Nous haïssons le mal qui envahit le monde (…) nous ne sommes pas vos frères. »

Le nazisme est dépeint comme un cancer, annihilant tout ce qui est « sain en ce monde », etc. Malgré la subtilité dans l’expression, cette vision est la caricature du portrait de l’ennemi viscéral, auquel les attributs les plus sombres ou agressifs de l’Humanité sont attribués. Cette vision est donc plus morale que politique. Cette représentation des nazis est d’ailleurs celle qui est taillée chez les occidentaux après la seconde guerre mondiale et jusqu’à aujourd’hui : en gros, voilà des brutes nihilistes ayant abusé de Nietzsche (pas cité ici), se sont sûrement stimulées en douce sur Baudelaire, mais ne suivent la voie du Néant que pour jouer les bourreaux, abominant et refusant pour eux toute faiblesse, toute tendresse. Cette représentation est cependant bien défendue en surface et ces nazis s’ils sont montrés comme rigides et hostiles (et foncièrement paranoïaques, avec une conviction d’être enviés et secrètement admirés -en tant qu’aryens accomplis- par le reste du monde), n’en demeurent pas moins des hommes, non des créatures fantasques. Le film montre leur censure des formes d’expression incontrôlées et la phobie de tout assoupissement : ainsi ces militaires pourchassent la faiblesse, comme le feraient leurs homologues normaux ; mais surtout ils bannissent la légèreté de l’esprit, les distractions de tout ordre, le moindre oubli à l’honneur et à l’affirmation de puissance. Toute espèce d’évasion (thème sur lequel le philosophe Levinas a disserté par la suite) est perçue comme une déliquescence (et par extension comme une menace, mais ensuite seulement) : par conséquent leur réflexe est dans la purge.

Purge des créations et des êtres : la partie du film avec Scott est la plus significative. Les deux nazis lui font payer ses provocations inconscientes (il ridiculisait Hitler face à ses deux invités égarés dans les bois) et son slogan « La guerre est accidentelle mais l’art est éternel » : ils brûlent les exemplaires de Mann (en se félicitant que le Reich l’ait chassé) et des œuvres de Picasso, font leur démonstration d’anti-intellectualisme. Scott le dandy éclairé garde son calme (sans lever le ton, garde la tête haute malgré la pression), se voit comme un gardien de la raison face à des gamins bestiaux. Après s’être moqué des ‘surhommes’ (savourant avec un pédantisme obtus la ‘défaite’ d’« un surhomme en armes contre un démocrate décadent et désarmé »), il laisse fuir le Lieutenant et son valet en prédisant que leur situation sera instrumentalisée par les nazis (mode : ‘laissons courir l’adversaire au lieu d’en faire un martyr’) – donc le sens du juste sera retourné, dans l’idée du film. Aussitôt vient la confirmation, avec les dépêches des communicants nazis : deux héros seuls face aux millions de décadents canadiens. Enfin 49th parallel souligne l’absence de compassion des nazis et également leur irréligion, en tout cas leur hostilité au christianisme ou à ses ramifications (les nazis sont heurtés par le peu d’égards pour la hiérarchie, la punition, au sein de la communauté présidée par Peter/Walbrook – ce sont en effet d’ultimes ravis de la crèche) ; leur axe de transcendance est ailleurs, il est défini par les incantations du Fuhrer ; c’est la race et son rayonnement.

La contrainte peut être favorable à la création, en générant discipline et motivation, à cause de frontières claires et d’obstacles à contourner. Être mis en position de défenseur est sûrement la forme la plus inspirante de contrainte. La mission donne de l’allant, de la confiance ; grâce à l’unité du propos, on pointe clairement ses buts et absorbe tout à son service. Avec la liberté dans l’invention et tout son talent à jeter dans l’exécution, on optimise les chances d’obtenir un résultat intense, de faire entendre un message – dans le moindre des cas, si jamais tout dérape ou que les ressources sont ridicules, il restera probablement une capacité à interpeller. Cette résolution peut être discutable, mais elle a des vertus : l’énergie. 49th parallel jouit de cette combinaison optimale et en porte les fruits : son efficacité et sa lumière permettent d’accepter son emphase d’une folie presque enfantine envers les canadiens (et la mauvaise foi de certaines postures) ; au lieu d’occulter cette part de candeur (et de parti-pris ‘ultra’ – même si charitables), ici on la magnifie. 49th parallel pourrait donc être un ‘modèle’ de propagande, mais sa trop grande part de subjectivité empêche la copie et l’emprunte voyante d’un style (voire quelques manières délurées) gênent carrément une telle vocation – pour une propagande dominée par le sérieux et l’urgence en tout cas. C’est plutôt une réussite unique, s’appuyant sur sa prostitution de fond pour se donner un cadre.

De plus 49th parallel mime l’ambiguïté avec génie, en répandant plusieurs feintes d’auto-critique ou du moins de distance à son propos. L’ultime séquence, dans le train avec le leader du groupe nazi, est éloquente en ce sens. Confronté au nazi planqué dans le ‘boxcar’ pour assurer sa fuite, un soldat déserteur (Brock, par Raymond Massey) se trouve en position de défenseur du camp du Bien (et des Alliés, groupe à muscler et élargir) contre celui de la bête immonde. C’est l’occasion d’un nouveau laïus à la gloire de la démocratie, sur une tonalité très populaire maintenant : ici on peut gueuler, se faire entendre et négocier, puis si ça échoue, au moins peut-on claquer la porte ou se taper dessus pacifiquement, c’est-à-dire de façon détournée. Petit resquilleur comme lui, il jubile en s’arrogeant le droit, après avoir forcé l’assentiment du contrôleur, de régler son compte au nazillon : il va le punir physiquement et le film s’achève là-dessus. Soulagement : les six nazis sont donc morts (ou laminés) ; soulagement embarrassé cependant. La satisfaction d’être venu à bout des méchants est gênée par des signes de confusion. Cette victoire a un côté sombre, la part de bête immonde rôde au mépris de toutes les frontières : prenons farde de ne pas nous faire corrompre aussi. Ne nous avilissons pas : voyez, c’est un vulgaire homme de main qui s’en charge, son allure est un peu trop exaltée et vicieuse pour célébrer impunément le triomphe sur la barbarie. La duplicité des humains et la gestion de la partie poisseuse, refoulée, des désirs criards et/ou absolutistes, sera au cœur de l’œuvre de Powell. Des tensions de cet ordre justifient des réalisations ultérieures comme Les Chaussons Rouges où la corruption et la beauté sont embrassées, Le Narcisse Noir où la transcendance et les flatteries matérielles tâchent de s’arranger ; Le Voyeur en 1960 sera un point culminant, où la préservation des ‘bonnes’ apparences vole en éclat.

Après ce film, Powell et Pressburger fonderont leur société, The Archers Films Production. Ils avaient alors déjà collaboré pour L’espion noir (1938) et Contraband (1940). Pressburger allait devenir le commis en chef de Powell jusque dans les années 1950. L’originalité du scénario, signé Pressburger, justifiera artistiquement l’Oscar attribué au film, pour des raisons évidemment politiques. Au-delà de ces considérations, 49th parallel pourra s’apprécier comme un excellent divertissement grâce aux péripéties fantaisistes de ses salauds itinérants. Le tournage en décors naturel et l’abondance de dialogues vifs (et ‘lourds’ de sens) gâtent le spectateur. Le film verse de façon irrégulière dans la comédie, avec un pic lors de l’oubli de carburant [pour l’avion], seul moment où les nazis sont présentés comme des bouffons irresponsables (quoique les jeunes recrues soient moins dégourdies, leurs offensives trop sanguines, ce qui participe à la ‘douceur’ du début du film où les nazis ont encore des airs de charlots patibulaires). L’efficacité du récit tient aussi au montage de David Lean (également à l’œuvre sur Pygmalion en 1938) : en effet ce fut son poste de 1938 à 1942, le premier où il joua un rôle crucial dans la conception d’un film, avant de devenir un champion du Top 100 BFI, comme réalisateur des grandes fresques Lawrence d’Arabie, Le pont de la rivière Kwai et Docteur Jivago.

Note globale 68

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Suggestions…

Scénario & Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (5), Audace (4), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (-)

Note arrondie de 69 à 68 suite à la mise à jour générale des notes.

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BLOOD FREAK *

24 Avr

1sur5  Richard/Herschell le motard croise une jeune catholique. Elle l’emmène avec elle et ils passent chez sa sœur, où se trouve son groupe d’amis, des hippies bourgeois. Et la voilà à réciter les prescriptions de son pasteur et les commandements de son catéchisme devant des décadents interrogatifs mais fondamentalement sceptiques, puis fondamentalement dépassés par toutes ces louanges, parfois même moqueurs

Herschell va se rapprocher de cette sœur, la petite sorcière corrompue (affinons les symboles imbéciles de ce film, par charité et pour que ça soit plus digeste), qui va lui trouver un travail. Il sera donc cobaye pour un scientifique et son acolyte légèrement stone. Mal justifiée, l’expérience tourne au drame et transforme Herschell en homme-dindon meurtrier. Incarnation des dérives de la drogue, il est également la main de Dieu et du bon sens venue punir les comportements déviants des hommes.

Ce n’est pas une blague, Blood Freak est un film activiste, une propagande anti-drogues au parti-pris ouvertement religieux. Du T’aime destroy de service public, aussi débile que premier degré. Le point de vue est très clair. Voyons d’abord ce motard : c’est un petit con d’apparence, certes ; mais c’est surtout une brebis égarée et mieux, elle cherche à reprendre le bon chemin !

Qui est l’ordure, ce n’est pas le blouson noir ! Blood Freak est manichéen mais c’est un film avec la foi (estampillée catholique pour les puristes) et son regard sur l’Humanité se veut pénétrant et ose bousculer les positions, entre les bons et les salauds, les êtres de lumière et les forces obscures. Ces derniers sont retournés : voyons ces vils scientifiques. Eux aussi mettent au défi le pauvre petit homme perdu en titillant son orgueil de jeune mâle en besoin d’affirmation ; les transgressistes de tous poils savent comment manipuler les plus fragiles !

Comme dans tous les nanars, il faut traverser de grosses séquences d’ennui. Notamment lorsqu’il est l’heure de céder aux tentations (le sexe en particulier), moments censés constituer de vilaines déviances déguisées en pures extases. C’est le cas aussi pendant l’entre-deux, entre le début de l’expérience et le débarquement du dindon mutant. Entre la 24e et la 42e minute, une heure semble s’être écoulée. Mais ça ne s’améliorera pas. Le dindon s’infiltre : ça glousse à partir de la 20e minute, ça vient du hors-champ, ça devrait nous tomber dessus.

L’entrée en scène du dindon ne vaut rien, à quelque degré que ce soit. Ironiquement, un film a réussi à rendre un tueur pourvu d’un costume très similaire tout à fait impressionnant : Bloody Bird (1987), hybride de slasher et de giallo d’une grande beauté criarde. Blood Freak est juste désespérant : la nullité, sans la grâce qui pue qu’un nanar pétri de conviction est censée cultiver presque malgré lui. Le film aimerait virer au gore sale comme une belle croisade punitive et se donne en pré-Borderland du pauvre.

Il se répand en cris insanes, meurtres confus où les acteurs font du surplace en agitant vaguement leurs membres. Imaginez un mec avec un masque en gomme et papier mâché continuer à s’agiter pendant des minutes entières tout en restant bloqué face à un mur – ou au plancher : voilà, c’est Blood Freak, c’est lamentable et difficile d’en rire.

Il y a certes deux-trois résidus burlesques perdus de çi de là… Mais c’est un ratage et un produit totalement vain, y compris en tant que nanar folklorique. Au départ, Blood Freak sidère par ses dialogues ahurissants, avec la séquence chez les junkies mais aussi son intro où un présentateur s’illustre par ses déblatérations sur le changement constant et le rapport des catholiques à ce changement de nature mystique.

Blood Freak est donc à consommer de préférence avec sa VF de folie. Il alignera encore des dialogues d’une maladresse redoutable (« juste un extra ajouté au bonus »), mais rien n’y fait : 15 minutes de plaisir pour 60 de mort lente. Allez plutôt voir Turkish Star Wars, assez éprouvant mais pas à ce degré, capable de surprendre et de faire sourire. Pour du nanar qui en impose, autant sortir des classiques et allez découvrir De retour pour minuit ; pour du nanar total mais ambitieux, Virus Cannibale, qui n’est pas un si mauvais film, ou Zombie:the Beginning, effectivement une calamité quand à lui.

Note globale 16

 

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Note arrondie de 15 à 16 suite à la mise à jour générale des notes.

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