Tag Archives: Féminisme

ASSASSINATION NATION *

21 Juin

2sur5  Une vitrine racée et convenablement débile des mœurs liées aux réseaux sociaux, aux fantasmes et prospectivismes grégaires, à l’adolescence criarde de l’époque. Pachydermique mais habile, bien qu’il perde régulièrement en impact et en pertinence ; la dernière demi-heure est un carnage façon The purge ou guérilla kikoo-savage (comme on en trouve chez les japonais). Néanmoins un vrai sens esthétique, de possibles inspirations surprenantes (Ténèbres d’Argento ?) et surtout une fougue indéniable incitent encore à épargner ce film.

Il est capable d’ambivalence et d’intégrer celles de ses sujets. Via la bande on dénonce l’hypocrisie du monde hashtag – et s’inscrit totalement dedans, même s’applique à prendre les devants. Les claques narcissiques font pleurer ces pauvres jeunes filles, elles sont recherchées pourtant ; on se désintègre soi pour mieux se livrer aux pièges et à l’attention de l’environnement. Bien sûr en dernière instance seule la flatterie l’emporte, avec un gros appel féministe grotesque, incroyablement pompeux (« we are legion »). La jeune mégère névrosée se place dans l’attente de la moindre béance, de la moindre tension ; voyez-les : il faut que leur scénario se déroule. S’il ne s’active pas elles le provoqueront en exaspérant ou en se mobilisant. Pauvre petite narcisse arrivée dans un monde plein de règles absurdes et d’injustices !

L’hypocrisie est chez les autres, toujours (les anarcho-trumpistes sont l’ennemi frontal – dans une fosse à purin voisine et tout-public). Les aguicheuses [leurs comportements] sont mal interprétées, objectivées par les autres – on pourrait croire qu’elles participent à fond – faute : dans leur dialectique non. Là-dedans il n’y a pas que des idioties : voilà une ‘pute/salope’ donc on se donne des droits, la fille la plus drôle et pertinente relativement à sa mauvaise foi est le trave ; dans sa solitude Lily devient la cible des moqueurs, de la violence gratuite et ses proches adultes justifient ses malheurs – la société est plus forte que l’intimité même au travers des parents. Ironiquement la pointe de nihilisme ramène le film vers un semblant de lucidité, sous une triple-couche de grossièreté : l’humanité animale se régale des lynchages (le directeur veut faire valoir sa personne mais tous s’en moquent – comme de la réalité ou de la nature de sa faute, l’essentiel c’est simplement qu’une personne passe au grill – dévêtue pour mieux brûler). Les filles et le film ont beau jeu de constater que nous serions tous poussés à la vindicte populaire – aucune place pour le courage ou l’éthique là-dedans, seulement des fracas et les morales de meute fraîche ou enluminée. Car ces mondes-là sont ados, donc contraints – mais tout ça ne mérite même pas de remise en question (les questions aptes à émerger se règlent à coup d’ouvertures type : « la nudité pas forcément érotique »).

À force de dramatisation, victimisation et flagorneries le potentiel de vérité du film (au-delà de la simple crédibilité) implose carrément – le moment critique est le report du hacker boy lâche sur la fille (déjà accablée) ; les quatre commères sont alors soudainement pourchassées. Ce sacrifice n’a aucun sens même de la part d’une foule irrationnelle. N’y survit que le fantasme des sorcières de Salem. Tous les thèmes et toute cette sauvagerie sont tirés vers une thèse : on veut posséder le corps des femmes ! 2018 dans le monde, les slut sont nos boucs-émissaires. Progressivement Assassination n’est plus que ce qu’il est en principe : un truc féministe délirant et déplorable (alors que les aspects ‘délirants’ dans l’ensemble étaient directement vraisemblables, pas des échos lointains ou de la dystopie idéologique). Il n’y a même plus la bêtise joyeuse de l’ouverture, encore un peu spontanée malgré la démonstrativité – qu’un nanar empli de phrases prévisibles, de la démagogie teen tout juste accessible pour les vieux hypocrites. Ce n’est qu’une orgie de problématiques stupides de gens incapables de s’en défaire. Ils et surtout elles n’ont pas le courage d’être autonomes, d’être de vrais individus – ils et elles ont assurément celui de péter leur scandale et d’alimenter chaque petite étincelle pouvant vous transformer en martyr[e] – malheur, les ‘safe space’ ne résistent pas au feu.

Note globale 38

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Suggestions… Idiocracy + Kill Bill + Sprink Breakers

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RENDEZ-VOUS ROMANTIQUES (Gorki) *

25 Nov

2sur5  Ce premier film de Michka Gorki, financé par un club soixante-huitard, était confidentiel jusqu’ici (aucune note sur IMDB, pas de fiche sur Allociné). MUBI le propose actuellement (14 novembre au 13 décembre) alors que sa réalisation suivante, Interprétations (1975) sera présentée à Cannes en avril 2019.

Cet essai est une bonne illustration d’une vanité idiote et d’une agressivité tout juste masquée et démesurée, plutôt féminines. L’actrice-réalisatrice est d’une mesquinerie flagrante, utilise les prétextes de l’art et du challenge ‘intellectuel’ pour se comporter de façon inique et en rajouter dans tout ce qui la rend pénible ou déplorable. Naturellement madame veut incarner toutes les femmes, prétend qu’on trouve en elle ce qu’elle-même passe son temps à vouloir induire. Cette espèce de sirène à la ‘folie géniale’ surfaite ose en plus nous accueillir en exagérant encore la niaiserie feinte – son petit théâtre grotesque pour le générique dicté et animé, où elle inflige sa voix sur-aiguë de ‘femme-enfant-connasse’.

Les invités ont des profils très différents, plusieurs se prennent pour des genres d’artistes, ou manifestent une espèce de virilité timide ou mollement lourdingue. Ils peuvent être amusants (sauf le troisième, trop sombre, avec finalement cette assurance de dépressif) ; on satisfait son voyeurisme, voire une variété de mesquineries (selon ses attentes et son sexe).

Les injonctions aux femmes ne sont pas flagrantes – au maximum il y a quelques injonctions tout court. Leurs propos trahissent surtout le poids de la société, de la morale, des conventions, de l’imaginaire collectif. Leur machisme est dérisoire (cet homme d’affaire à la rutilance misérable par exemple). On voit davantage la pudeur et les faiblesses de ces hommes – pour un peu on deviendrait condescendant ou rieur à leur égard. Gorki nous entraîne vers de mauvais sentiments en jouant l’investigatrice innocente.

Finalement « l’expérience » (elle y tiens, ça pardonne tout) n’est pas concluante ; pas assez de dérapages pour épater la galerie, pas assez de grasses confidences pour autoriser les habilitées à exalter leur haine ou leur avidité ; mais surtout la démonstration tourne court, car elle est forcée. La pêche est bonne pour une vulgaire séance de caméra cachée, malheureusement la concurrence est si rude – et les méthodes sont plus gênantes que le résultat. Le gros bourru à la fin (que la monteuse a la décence de ne pas montrer) surpasse les espérances féministes, sauf qu’elle est effectivement affalée devant lui et l’a probablement aguiché – car manifestement l’initiative dans la rue est venue d’elle, au moins pour les candidats dont il y aurait davantage matière à se moquer.

Note globale 40

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Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (-), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (2)

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JE NE SUIS PAS UN HOMME FACILE *

11 Juil

1sur5  Ce film a vocation* à nous faire comprendre ce qu’endurent les femmes : le systématisme de la domination masculine. Ce ‘nous’ pourrait être inclusif, car les femmes comme toutes les sortes d’esclaves sont affligées d’éléments corrompus ou inintelligents ; heureusement ce film n’éprouve aucune haine contre ces pauvres créatures aliénées. Les seuls vrais adversaires sont bien parmi l’autre moitié du genre humain. Cette moitié pourrie d’orgueil et de suffisance avec son phallus désinhibé, qui en plus n’a rien de phallique au sens où elle le croit !

Je ne suis pas un homme facile ne se contente pas de remplacement ou d’inversion. Il pratique une espèce de vengeance. Ses créateurs se laissent griser, exhibent leurs intentions et prétentions plutôt qu’ils ne recréent le réel conformément à ce qu’il aurait pu ou pourrait être. Pour que ce projet ait un sens, il aurait mieux valu des femmes qui soient des femmes, non des hommes sur-joués par des actrices. Le résultat est plutôt le futur craint ou espéré de féministes et mâles anxieux. Avec option démence. Car un monde où la grande majorité des femmes sont des patrons ne suffit pas ; il faut aussi que ce soit un monde où les femmes pissent debout. Bienvenue au paradis des métrosexuels ou aspirants chippendales et des momos-brutes, où personne n’aura l’idée d’amuser la galerie avec des histoires de Vulvomètre et où les couilles pendantes sont lourdes à porter.

C’est le genre de programme proclamant ‘tout essentialisme est dans le faux’ en refusant d’accepter qu’une part de l’activité humaine n’est pas crée ou voulue. Un homme n’est pas délaissé car son « horloge biologique » tourne ; l’argument peut être employé à des fins hypocrites ou en raison de croyances, mais il reste a-priori faux (les exceptions et les ‘modalités’ ou affinités pourront toujours relativiser ce qui s’applique ‘par défaut’ ou dans la plupart des cas aux êtres humains). La stérilité à venir pour toutes les femmes n’est pas une invention sociale, ou alors la ménopause et ses stigmates sont une somatisation induites par des siècles de mensonge. Nous voilà juste à côté de la subjectivité intransigeante, celle qui conduit un unijambiste Blanc à se considérer comme un Noir valide (comment soutiendra-t-on cette volonté lorsqu’il faudra mesurer les performances ?), puis surtout à imposer que chacun perçoive cette subjectivité comme vérité (unique – car il n’y a pas trois ou deux vérités pour une même chose – il faut bien faire tenir ce dernier palier sans quoi la revendication et les bénéfices deviennent hors-de-portée). La biologie elle-même n’a qu’à bien se tenir (comme toute béquille des oppresseurs, elle devra rendre des comptes) !

D’ailleurs le film reprend à son compte cette théorie grotesque selon laquelle les hommes préhistoriques ont affamées les femmes pendant des millénaires (54e minute). La fille qui est donc le garçon social oppose alors que la supériorité physique est due à la nature. Voilà la hantise gauchis(an)te des ‘discours naturalistes’. Donc, dans ce monde, la factualité est niée – or dans ce monde comme dans le nôtre, les hommes ont, effectivement, une plus grande force physique (probablement inhibée dans le monde alternatif du film). En effet, le social fait beaucoup ; des décennies d’éducation permettront l’assimilation de cette théorie. Elle sera toujours fausse et finira balayée ; comme toute tromperie, elle se condamne à l’obsolescence. Une concurrente ou une adversaire la dépassera, jusqu’à l’heureuse époque où nous n’aurons plus besoin de nous soumettre devant des concepts et des explications construites – mais cette époque a plus de chances de traverser toutes les autres que de leur succéder.

Dans cet univers parallèle, les femmes sont dures, ne font pas de compromis, enfilent sur elles le préservatif. Nouveaux hommes, elles trouvent des excuses pour leurs tromperies, claquent les fesses des passants affriolants, se tiennent comme des bonhommes et écartent volontiers les jambes. Les hommes eux sont souvent ‘objets’ (cet aspect est plus poussé que dans Majorité opprimée), s’habillent court et moulant, se pomponnent, se soucient d’être désirables (et sont honteusement sifflés quand ils viennent au travail en portant un jogging marqué ‘HOT’ sur les fesses !), contrairement à leurs partenaires à l’aise dans leur peau et amatrices de foot. Dans la précédente réalisation d’Eleone Pourriat, le court Majorité opprimée (brouillon du long présent), les femmes étaient ‘recevables’ tout en étant unanimement assertives voire dominatrices. Ici, elles sont toutes des brutes, éventuellement en costard ou en esprit, plus rarement elles passent pour des bougons (la mère et son « boudin »). Pourtant des zones d’ombres persistent : étrangement, les hommes ne portent pas de talons et les dames ne se rasent pas – preuve du progressisme prosaïque des scénaristes, peut-être compagnons de route de l’ennemi viriliste sans le savoir ?

Forcément il n’y a pas que du délire à l’intérieur de ce film. Il sait montrer des symptômes d’une domination consentie, consciemment ou non, par peur ou résignation, par faiblesse ou stupidité. Ainsi avec la rationalisation des victimes, via le jeune danseur abusé sexuellement, auquel un autre homme suggère de lâcher l’affaire. Un exemple plus douteux ou relatif est fourni avec un laveur de carreau assimilé à la ménagère niaiseuse adepte de soap et de pensées simplettes, puis surtout amoureuse de son exploitation, meublée intérieurement par les discours qui la font aliénée. L’hommasse mégère se montre admiratif d’un roman « puissant » car écrit par un mec (soit une femme biologique ‘chez nous’), or chacun sait qu’avec eux on n’obtient généralement pas des livres « à l’eau de rose ». L’attitude de ce personnage est déplorable, mais son pitoyable jugement est-il si éloigné de la vérité ? Que veulent dire les mots (« eau de rose » pour sentimentalité, sensibilité ou pour infantilisme, niaiserie ?) et ne sommes-nous pas en train de nier des récurrences massives en laissant une créature arriérée mal les nommer et apprécier ? (les témoignages en littérature sont peut-être plus fréquents chez les femmes et se reposent sur l’expérience vécue et ressentie, alors que les hommes feront moins état de leur personne dans le rapport d’une action, jaugent souvent la réalité de façon plus impersonnelle ; il pourrait y avoir des journaux intimes typés ‘féminins’ et d’autres ‘masculins’ avec des correspondances fortes pour le valider.)

Il sait aussi désigner l’hypocrisie ou la mesquinerie de bonne foi des dominants, trouvant des justifications apparemment complaisantes envers les dominés pour nourrir un récit favorable à leur joug. C’est ce que contient la scène avec l’éditrice trinquant « à l’éternel masculin ». C’est l’un des points critiques les plus justes et ‘bienveillants’ du film, car de ce côté il y a bien du fatras essentialiste et romantique légitimant une certaine bêtise dans les rapports et surtout une iniquité, au nom de la ‘complémentarité’. Là encore malheureusement, cette ‘faute’ universelle s’arrête assez vite, les données de la réalité ayant, qu’on le veuille ou non, le poids de toutes les autorités. L’erreur est dans l’usage des données, pas dans l’acceptation pratique, même ‘évoluée’, de leur existence ; ou alors nous entrons dans le domaine doctrinaire (ou carrément religieux) et comme d’habitude, le saut vers la foi se pose en shoot vers la compréhension achevée ou supérieure. Le déni, si utile à l’action, devient un substitut à la raison (vulgaire ou subtile, peu importe). À la marge on aperçoit que les hommes aussi sont victimes de cet ordre masculiniste dans lequel nous ignorons vivre : le héros fut humilié dans son enfance à cause de son costume de Blanche-Neige (choisi pour se rapprocher d’une fille !). En montrant que les hommes (équivalents des femmes de notre monde) pleurent devant leur télé, la réalisatrice affirme que c’est à cause de leur position que les femmes seraient ainsi émues – elles sont en attente de validation, car c’est le gage de leur viabilité. Cette intuition n’est pas à jeter mais elle met de côté, outre les particularités, le cas des femmes qui ont passé l’âge ou le besoin de trouver un mari, une planque ou une assurance ; elle néglige aussi les injonctions similaires subies par les hommes, qui devraient donc pleurer devant Judge Dredd ou les malheurs de Rocky.

Aussi on peut noter, parmi les nombreux détails significatifs raccrochant le film à d’autres causes, constats militants ou ‘interrogations’, la couleur de peau des CSP- de service : à la fin de la séquence du basculement dans le monde parallèle, les deux éboueurs sont deux noires, les seules non-blanches du film avec l’ambulancière. Il en faudra plus pour intégrer véritablement cette frange de supposés laissés-pour-compte, dire ou produire quoique ce soit de pertinent à leur sujet – dans une perspective d’enragé contre les hiérarchies ‘arbitraires’ au sein de la société, ce signe est un clin-d’œil, dans une perspective plus neutre, il pourrait amener à interroger davantage les choix de casting du film. Inversée ou non, la réalité d’une grande cité française (ou d’un pays voisin) est racialement plus diverse, suffisamment en tout cas pour affecter les étages intermédiaires et supérieurs de la pyramide sociale. Mais les questions de rapports sociaux et même de constructions culturelles, hors des assignations et constructions de genre, sont dans l’angle mort du film et de sa pensée, sauf dans la mesure où son filtre de la domination masculine peut tirer une conclusion. Les questions de société sont rapportées aux choix d’hommes et de femmes, avec leurs goûts orientés par la société. Avec son duo de « mecs voilés » (deux hommes particulièrement féminisés, avec cette façon de les tirer vers la pré-vieille fragile et facilement blessée), le film montre deux personnes dont le choix individuel ne serait pas respecté, leur sexe ou genre permettant de les juger (et en passant, le film prend son petit ticket pour le wagon de l’intolérance à l’intolérance). Or le problème ici n’est pas relatif au genre, mais bien à la culture au sens large, à l’identité nationale ou collective. Cette double occultation vient peut-être d’un besoin de désenfler les soupçons de xénophobie opposables à Majorité opprimée (ce n’est pas si théorique : des accusations venues du camp [égalitaire] présumé acquis sont effectivement tombées, dans les commentaires sur internet).

La plus grande qualité du film, malgré tout ce qui peut la minimiser ou la contredire, vient de la volonté de rendre les choses concrètes, de façon à mieux troubler. Là le film est efficace, même si c’est pour se crasher. La direction d’acteurs est efficace pour mettre en forme l’inversion, elle est aussi excellente pour relativiser certaines expressions : ainsi sont ‘virées’ des mimiques féminines (ou masculines) par lesquelles de nombreuses femmes (ou hommes) se stéréotypent, même si c’est pour les échanger (la plupart du temps, car la neutralité ou la mixité/l’ambiversion tiennent une place mineure). Ainsi pour l’affreuse bouche pincée en biais (avec faciès de petit animal battu en option – quand le héros demande la clé au concierge), qui reste massivement féminine mais peut être absorbée et reformulée par n’importe qui. Pour le reste soit l’essentiel, tout est sans nuances (en théorie aussi avec une approche bloc contre bloc – pas de femmes ou d’hommes hors des deux ‘groupes’ – donc une inversion à partir du fantasme appauvrissant la réalité, avant même de la caricaturer), dépourvu de cohérence interne, hors du principe de l’univers parallèle – qui devant le reste (la réalité, les alternatives à ce ‘délire’ et les roulements des sexes possibles) n’a plus grand chose de cohérent. La vision du monde ne saurait être absolument isolable en général, ici en particulier elle affecte tout. Aussi c’est également au tout-médiocre que nous avons droit : les personnages sont misérables, sauf quand pointe la comédie brutale (effective pour une seconde – du travail correct pour des pubs de bourrins, pas pour une fiction longue), l’écriture est bâclée (sur une architecture précise voire fignolée, mais au service d’un système foireux) comme en atteste l’écoulement débrayé.

Ces prémisses audacieuses, ces ingrédients grotesques et cette tournure débile engendrent un de ces films à la fois fadasse et outrancier. Le rythme est mollasson, le contenu pauvrement ‘néo-objectif’, la musique et les moments poétiques affligeants. Sans la radicalité du principe, on s’endormirait devant cette ‘dégringolade’ constante, accentuée passée la première nuit d’amour, où les « autrices » s’acharnent à pasticher la ‘romcom’ (avec soudain une douceur, comme une volonté de complaisance, dans les limites autorisées par la construction en miroir). Pour le bonheur de tous, cette production ‘Mademoiselle Films’ (relayée par Netflix) s’oriente volontairement vers la bouffonnerie grâce au personnage de Sybille. Pour la farce ce gros lourd sans carapace ni ambiguïtés est de loin le meilleur. Il nous gratifie d’une belle scène où ‘la femme baise comme un homme’, s’effondre et s’endort immédiatement après sa besogne, lourde et sans plaisir pour le receveur (concrètement empaleur mais les lunettes sociales déforment la vue, là-bas aussi). Mais comment être vraiment drôle lorsque sa représentation du monde tel qu’il serait [les premières minutes avec ce gros blaireau et charmeur misogyne dans son élément] oscille entre la BD pour enfants et la caricature avinée ? Je ne suis pas un homme facile a finalement trouvé le bon compromis, en se plaçant à mi-chemin entre la comédie assumée (bonne ou non) et l’instrumentalisation accablante d’un Martin sexe faible (websérie à la lourdeur et l’étroitesse inqualifiables). Le final est du genre accablant avec son insurrection féministe aux airs de manifestation pour les ‘civil rights’ dans les années 1950.

Il y a aussi une contradiction à résoudre concernant l’éventuel génie des femmes : d’un côté, la bête idée qu’elles seraient « plus matures » semble désignée comme telle, de l’autre le héros se voit refuser sa proposition ‘d’appli’ au motif qu’il serait « intelligent, peut-être un peu trop » (c’est la gâterie accordée au milieu de considérations plus dures à avaler). Ce genre de mise en scène et de mise en accusation donne l’impression d’être fabriquée par des personnes s’estimant lésées pour leurs qualités, dont le talent ne serait pas reconnu – c’est possible, était-ce pour des raisons de genre ? Pour le travail en tout cas, le film récolte un point (il ne le marque pas par lui-même), car la reconnaissance paraît entravée si on se fie aux différences de salaires. Espérons simplement que l’existence des discriminations réelles ou supposées ne serve pas à s’arroger des passe-droits ‘compensatoires’ pour quelques-un-e-s sachant mobiliser ou se faire valoir. Ou de lot de consolation bourré de ressentiment, à la façon des étiquettes relatives à l’intelligence ou au ‘haut potentiel’ pour les recalés et les frustrés. Ce n’est pas parce que les règles du jeu ne sont pas en votre faveur qu’elles le sont pour les autres.

*(notion paternaliste et bien connue d’une rhétorique fascisante – un esprit éclairé l’aura repéré, pourvu que vous en soyez, sinon il reste en vous matière à récurer**)

**rien à voir avec la logique des inquisiteurs, puisque l’objectif dans notre contexte est l’émancipation des êtres humains, par le rejet du monde tel qu’il s’impose à nous, par l’Idée. Enfin l’Idée n’est pas tant le problème de ce film ; il exprime d’abord un désir de faire entendre envie, souffrance et colère.

Note globale 32

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Suggestions… Elle/Verhoeven

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (5), Ambition (7), Audace (3), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (4)

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MAJORITÉ OPPRIMÉE *

1 Juil

1sur5  Impressionnant. Il va être temps de redescendre ! Le concept est puissant, l’application d’un idéologisme confinant au délire, le déroulement aberrant (et l’emballage hideux mais pour ça il y a carte blanche – « Kubrick mes couilles ! » avec son Barry Lyndon de l’ancien monde). Le court-métrage cumule le pire des nuisances quotidiennes sur l’espace de quelques heures de la journée d’un type – un homme dans un monde parallèle où les femmes assument les fonctions des hommes. Admettons que ces nuisances s’accumulent à ce point et à ce degré, sur une même personne (dont la vie se résume à être victimisée, mais après tout cela existe, cela nourrit même des egos) ; mais en s’accordant avec son point de vue, il reste une catastrophe ou une débilité.

Pour commencer cet homme subirait quelques remarques méprisantes et serait humilié, plutôt que traité en objet sexuel ou traité hypocritement comme un ‘allumeur’. Oui car cet homme est, disons-le poliment, enrobé et peu attractif. Une femme sous la ‘moyenne’ ou ‘laide’ subira évidemment des brimades, mais elles n’iront pas si vite ou systématiquement dans ce sens-là. Surtout si elle s’habille d’une façon aussi terne (c’est un des détails secondaires ruinant la crédibilité du propos – enfin de telles considérations sont tellement étroites, [petites-]bourgeoises peut-être). Mais le plus absurde est la réaction de sa conjointe au commissariat, agacée par sa plainte contre la société (« féministe » – oui le film saborde son combat en amalgamant les mots, mais c’est sûrement la faute à un niveau d’exigence et de logique inaccessible aux masses non-averties). Il est peu probable qu’un homme ait ce genre de réaction. À la rigueur, s’il fallait diaboliser le mâle, qu’il enrage d’avoir laissé son ‘objet’ lui échapper ! Ou alors l’épouse du violé a peur de ce groupe, ou d’autre chose ; il aurait fallu expliciter plutôt que finir sur une pirouette très z’artistique. Les concepteurs de ce film sont rendus tellement loin qu’ils ne savent même plus attaquer convenablement. Peut-être qu’en vérité, cette réaction, comme les autres, est excentrique, peut-être que ces personnages sont simplement fantaisistes et ne prétendent pas refléter la réalité ; mais alors à quoi sert ce film et comment peut-il encore espérer tenir debout et plus encore, tenir son discours ?

La crédibilité compte moins que la démonstration, acceptons là aussi, mais grâce à cette approche nous voyons directement toutes les fautes d’appréciation des auteur-e-s du film. Ils estiment (oh mille excuses – il-lles estiment – veuillez agréer toute ma confusion distinguée, vraiment) que les comportements efféminés relèvent de la soumission, infligée aux femmes, non d’un caractère féminin ; en prenant littéralement cette hypothèse (défendable), ils aboutissent à un résultat entièrement faux, d’un comique involontaire certes mais qui ne saurait être autre chose que navrant ou déplorable (à l’exception de la scène du feu, trop sanguine et grotesque). Peu importe la théorie ou les envies, il vient un moment où un homme et une femme sont trop différents (ces différences ne justifient pas la persécution pour la plupart des gens – même passive, complice, systémique) ; un homme soumis comme une femme ne va pas imiter les manières d’une femme, il aura l’air d’un homme soumis, pas d’un homme déguisé en mégère ou en pré-vieille cachée sous son voile (sommes-nous en présence d’un prequel caché de Guillaume et les garçons ?). Le physique ingrat du personnage n’est pas en cause ; si le court touchait juste, même un peu, les hommes pourraient au moins être gênés (y avait-il la crainte de montrer un ‘homosexuel d’apparence’ et donc passer pour des archaïques ou des beauf-e-s ?). Ils ne pourront qu’être consternés s’ils ne sont pas simplement ennuyés ou amusés. Ce film aurait mieux fait de retourner des rapports sociaux sérieux, de miser sur les différences au travail notamment, plutôt que de mettre en scène de façon si pauvre et péremptoire la fameuse ‘objectivation’ – sans se rendre compte que cette hostilité généralisée ne vient pas du sexe de l’agresseur ou de l’agressé, ou de façon marginale, ou à une échelle plus ‘haute’. N’importe qui peut subir ce genre de négation ou de malmenage (ou de voisine inepte/syndic à grande gueule, ou de remarques paternalistes, ou demandes à être plus aimable), même sans faire partie d’une minorité – et un individu seul sera plus certainement exposé qu’une minorité, d’ailleurs l’homme de la ‘normalité’ n’a, comme l’exclu, pas la ‘majorité’ pour le défendre et l’immuniser face à un groupe numériquement puissant et turbulent. Les étiquettes de discriminés sont pratiques lorsqu’on a un ‘soi’ à revendiquer ; porter ce ‘soi’ (qui plus est seul-e) serait trop lourd, en même temps il faut bien faire valoir et rentabiliser ce qu’on tient, ou ce qu’on se fabrique, ou ce qu’on s’inflige comme filtres à ‘conscience’ !

La version longue, Je ne suis pas un homme facile, passe pour subtile à côté. C’est un début de bonne nouvelle. Car si des femmes ont effectivement ce genre de représentations et sont sûres de leur fait, c’est à se demander si effectivement, un apartheid entre les genres n’est pas désirable. Au moins le mythe de la femme naturellement plus psychologue sort atomisé par ce film, preuve que toute contribution au progrès n’est pas perdue ! Et si vous estimez être victime constamment de tels assauts ; si c’est vrai ; alors décentrez votre perspective (c’est plus honnête que de vous encourager à vous enfuir, car alors je ferais preuve d’hypocrisie droitière ou de cynisme déguisé). Peut-être que votre espace de vie est plus largement ensauvagé ? Après tout ce film le valide déjà et va même au-delà, puisqu’avec lui les groupes de jeunes crétins exogènes [arabes] ont tellement la confiance qu’ils peuvent violer en plein jour dans un quartier pourtant manifestement loin d’être devenu une zone de non-droit (même si le droit et la loi ne sont pas là pour protéger le sexe ‘faible’, comme en atteste le passage devant la police – ce film, comme les gens qui valideront immanquablement son discours, a une façon bien corrompue d’envisager la notion de ‘majorité opprimée’ et de justice à deux vitesses). Les fafs n’en demandent pas tant ; enfin, si cela sert le noble combat féministe, il n’y a probablement qu’à se recueillir, consentir et se taire.

Oh et pour la femme torse nue, ce qui doit choquer le spectateur tant celui-ci est tenu sous hypnose par le patriarcat ; comment réagiriez-vous en tombant sur un homme bite à l’air et mouilles aux gants en pleine rue ? .. Oui, « voilà ». Sûrement une nuance que les non-intersectionnalisés du bulbe ne pourront pas saisir.

Note globale 22

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (7), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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MINI-CRITIQUES 7

31 Jan

Seuls les 9 et 10/10 feront l’objet d’une critique systématique. Les 8 intègrent donc les Mini-critiques via cette septième édition (grâce au Reptile de Mankiewicz).

Cemetery of Splendour ** (Thaïlande 2015) : Et si tout ça n’était pas adapté pour le cinéma, ou seulement entre parenthèses ? J’avais aimé Tropical Malady, mais cet opus-là est trop lent, les dialogues et même une bonne part des pourtant rares mouvements sont plombants, l’action comme les individus sont dépersonnalisés. Filmer l’irrationnel reste méritoire mais ‘l’abandon’ même encadré mène à une reconstitution du réel qui a-priori vaut autant qu’une impulsive, racoleuse, ou une pure illustration qu’auraient signés des amateurs. Ce qui relève le film outre sa jolie plastique, c’est son charme, rapidement diffusé ; pour le reste, il se distingue en allant sur une pente sûrement jolie et défendable mais qui peu enrichissante à cause de sa passivité volontaire. (44)

Les Nuits avec mon ennemi / Sleeping with the enemy ** (USA 1991) : Film empreint de manichéisme sur la violence conjugale, mais pertinent dans le détail et dans la description d’une relation toxique et ses effets. Au sens strict cette partie n’occupe qu’un cinquième du film (en entrée), le reste montrant la lutte à distance, jusqu’aux retrouvailles.

Ce film (à la jolie photo, au style 100% nineties) est donc en contradiction avec le romantisme de Pretty Woman (plus proche de Cinquante nuances de grey avec sa conception du ‘gros lot’ pour femmes) ; il est partiellement en contradiction avec l’image de Julia Roberts à l’époque et participe à développer sa facette combative (Erin Brockovich arrivera en 2000).

Le style est théâtral et lourd, notamment dans l’usage de la Symphonie fantastique de Berlioz pour souligner l’oppression et la morbidité des situations. Une autre ambiguïté atténue le propos : le moustachu autoritaire est-il un vrai psychopathe ou un homme prédateur ? Enfin tous les hommes semblent être des menaces ou des propriétaires condescendants en germe (l’autre mec voit la relation plus forte qu’elle ne l’est, s’impose) – à moins que ce ne soit que le prisme déformant d’une victime et que nous savons tous, auteurs et contrôleurs du film y compris, que ces biais en sont et font leur office. Enfin l’approche se veut positive pour les femmes, la victime s’avérant débrouillarde (elle a prémédité, de loin, sa fuite) et résiliente malgré les coups qu’elle a pris et sa diminution passée. (48) 

Oblivion *** (USA 2014) : Film de SF à énorme budget avec Tom Cruise, à l’époque où il devient commun de s’en moquer. Plane sur le genre, reprend des souvenirs glorieux ou des références originales à défaut d’être entrées au panthéon (classiques mineurs des 70s, références incontournables pour cinéphiles comme La jetée et Solaris, Postman peut-être -ou car c’est lui-même un pot-pourri- ?). Les spectateurs rodés ne vont rien découvrir fondamentalement, mais le spectacle est de haute tenue, en tout cas irréprochable et agréable techniquement. Reste des aspects trop sucrés ou ringards, catalysés par Morgan Freeman et tirant la dernière partie vers l’insipide. (66)

Ressources humaines *** (France 2000) : Débuts de Laurent Cantet (Vers le sud, Entre les murs), avec Jalil Lespert. Digne d’un documentaire et souvent brillant dans les dialogues, la direction d’acteurs et l’écriture (‘photographique’) des personnages. Malgré l’engagement flagrant et implicitement assumé, ne verse pas dans le fantasme ou le procès, préfère les tons gris et la morosité du réel. (72)

Dans la chaleur de la nuit *** (USA 1967) : Survenu au moment des luttes des droits civiques et des émeutes/tensions raciales. Assez fin dans ses profils sauf peut-être lorsqu’il s’agit des brutes armées et traquant le policier noir. Loin du moralisme et de la haine (générale mais surtout géographique ou ‘de classe’) de productions antiracistes ou antibeaufs de l’arrière-pays comme Un homme est passé. Vu en VF. Serait le premier détenteur du grand Oscar interdit aux enfants (aux moins de 13 ans). J’ai aimé l’ambiance et certains plans ou détails m’ont paru remarquables ; à revoir et rehausser, peut-être. (70)

La part des anges ** (UK 2012) : Septième Loach vu et premier sans critique. Meilleur que Daniel Blake et drôle contrairement à lui. Sait faire apprécier l’aventure à défaut de rendre les petites frappes sympathiques. Davantage une comédie complaisante et tranquille qu’une œuvre ‘sociale’. (62)

Le Jour de la fin du monde * (1980) : Ou ‘When Time Ran Out’ en VO. Film catastrophe banal, pas dégoûtant ni stimulant, avec Paul Newman en brave et Bornigne en vieux chien. Je l’ai vu surtout pour Bisset (remarquée dans La cérémonie). Un ‘film de vacances’ à tous points de vue – et pas des vacances de prolos bien que les effets soient cheaps. Musique balourde. Malheureusement avec la fuite le film perd de son semblant d’intensité. De plus les moments spectaculaires sont très insuffisants et dignes d’une série B de studio B. (38)

The Impossible ** (2012) : Vu sur France 2. Les grands studios n’osent ce genre de films (comme 127 heures) qu’avec le label ‘based on a true story’ – des versions ‘ad hoc’ pour les mêmes résultats ne demanderaient pas beaucoup d’imagination. Efficace, plutôt équitable a-priori mais longuet sur la fin et assez pauvre au fond. (48)

Ex-lady ** (USA 1933) : Vu sur France 3 via ‘Cinéma de minuit’, n’avait que deux notes sur SC (est passé à neuf). Montre une tentative, forcément ratée, d’union libre, avec Bette Davis en femme indépendante rattrapée par la jalousie. Un peu grivois dans les dialogues. Bette Davis joue mal la pleureuse. Plaisant et facile, moins de 70 minutes. (62)

Le jour du fléau ** (USA 1975) : De Schlesinger, le responsable de Marathon Man et Pacific Heights. Tendances mélo et grandiloquentes, semble viser la grande chronique voire la petite fresque. Tiré d’un roman ou d’une nouvelle homonyme paru en 1939. Le physique étrange de Karen Black retient l’attention et son personnage assure le ‘show’ constamment. Malheureusement il y a un fossé entre ce que le film montre (qui est finalement innocent ou banal) et sa dépréciation affichée par rapport aux mœurs, certes basses, pourries ou ‘hors-sol’ des gens de cinéma – ou des business s’y rapportant. Le ton se fait franchement cinglant sur le tard seulement. En revanche Day of the Locust a bien le mérite, si c’en est un, de montrer la réalité par le bout laid, refuser toute complaisance et presque toute magie – presque car il se fait poétique voire lyrique par endroits, quand ses gens sont trop affectés et qu’il n’y a plus de quoi tourner ça à la dérision. La fin (à partir du déchaînement de la foule) relève du cauchemar et de la ‘fantaisie’. À essayer pour ceux qui ont aimé Le Dahlia Noir. (58)

Le bonheur ** (France 1934) : De Marcel L’Herbier, avec Gaby Morlay et Charles Boyer. Tiré d’une pièce d’Henri Bernstein, connu comme auteur de théâtre de boulevard. Michel Simon en homosexuel peut surprendre, mais il l’aurait été dans sa vie réelle – sûrement pas sous ce format. Bien que ce film en soit un, au lieu de se contenter d’un espace de théâtre (il utilise des astuces montage pour les enchaînements), il manque d’intensité. La direction est plutôt claire jusqu’au milieu, mais l’épaisseur manque, probablement par suite de l’absence d’engagement. La critique est donc superficielle, hors de quelques mots plaqués elle est des plus faibles ; le romanesque reste théorique, même le luxe et les moments de passion semblent morts et lointains. Ce film est tout de même précoce, dans la mesure où il introduit dans les coulisses du cinéma et la machinerie de l’illusion amoureuse – avec l’idée qu’il vaut mieux savourer sans toucher, se faire ‘avoir’ de loin sans se faire prendre par les artifices. (48)

Brèves de comptoirs * (France 2014) : Pour la mise en bouche cette adaptation recrute les beaufs présentables type RTL/ FranceInter/ programmes courts du 20h – les FranceInter se mouillent moins, quand même, quoique François Morel déboule avec un costume d’homme-sandwich. Le film se contente de relier les phrases (il est rarement plus long, sauf une scène sur Brigitte Bardot) à l’intérieur de pseudo-saynettes très flottantes. Le premier quart-d’heure est passable, il faut surmonter la centaine de minutes. Une mini-séries avec de mini-épisodes aurait déjà été sans intérêt, puisque ce film n’a aucune vertu et ses acteurs eux-mêmes perdent leur temps. Beaucoup de vannes hyper triviales, déjà vues ou entendues : les champignons pas balancés aux allemands contrairement aux juifs (déjà dans Groland), les remarques sur le racisme, etc. C’est un peu du Mocky en lymphatique et ronflant avec casting populaire et gros blancs. Un petit côté poétique et morbide sensible essaie de se greffer mais tout manque pour décoller. Ribes fait un cameo pour nous dire que les humains c’est si décevant – les gens mesquins se sentent légitimes pour sortir ce genre de conneries. (22)

Le Bossu * (France 1960) : Très raide, pas de souffle – encore moins épique. Les acteurs n’ont pas la place et ne sont pas en cohésion – Marais et Bourvil livrent des versions aseptisées d’eux-mêmes. Pour les fétichistes des ‘beaux costumes’. (36)

Le frisson des vampires ** (France 1971) : Troisième long-métrage achevé de Jean Rollin qui persévérait dans le vampirisme. Fort en style et en initiatives graphiques, mais desservi par sa direction d’acteurs et son indifférence aux rythmes. Ces deux défauts servent toutefois la pente ‘stoner-movie’ de cette production absorbant à son compte (vicieux) les atours hippies et reprenant du paganisme. Parfois très bavard. Agréable à voir quand la lenteur est occultée. Dans le même registre et tourné la même année : La rose écorchée de Claude Mulot. (48)

Quai des orfèvres *** (France 1947) : Marquait le retour de Clouzot après son interdiction d’exercer à la Libération, suite aux polémiques générées par son Corbeau de 1943. Excellents acteurs, brillante mise en scène, scénario ou du moins histoire d’un moindre niveau. Bernard Blier est très intense et tourmenté par rapport à sa moyenne finale. Le commissaire et le catalogage des (mauvaises) passions souillent les vanités du show-business. Louis Jouvet me semble exagérément applaudi pour son personnage de bon et brave cynique, les deux femmes étant largement plus intéressantes et captivantes. Le titre fait référence à l’adresse d’une unité de police judiciaire rattachée à la préfecture de Paris – il sera repris par Olivier Marchal en 2004. (72)

Le trou normand * (France 1952) : Marqué par la première apparition à l’écran de Bardot, qui vient donner la réplique à Bourvil (lequel joue un benêt reprenant ses études pour apprendre à être intelligent – à l’époque ça se conçoit). Les deux sont à la peine. La direction d’acteurs manque de dynamisme, certains essaient de compenser avec de hauts cris, sans succès. Comédie ‘bon enfant’ mais un peu grivoise et à peu près nulle. (20)

Paradis perdu ** (France 1940) : Opus très dispensable mais sans défauts de conception de la fin de carrière d’Abel Gance. Suit un homme perdant sa femme pendant qu’il est poilu, puis évoluant en tant que père de son retour du front jusqu’à la fin de son existence. (52)

Portrait de femme *** (1996) : Par la réalisatrice de La Leçon de piano, Jane Campion. Nicole Kidman y est manipulée par un Malkovich ‘loser’, raffiné, blasé et malveillant, auquel l’a livrée une ambitieuse déçue. Entrecoupé par des séquences d’imagination (simple fantasme la première fois, puis fantaisie en noir et blanc). Le vieux, fumant sur son lit de mort : « Les choses ne sont jamais ce qu’elles pourraient être ». S’essouffle après le milieu. (74)

Moi, moche et méchant * (USA 2010) : Film d’animation franco-américain extrêmement connu (30K de notes sur SensCritique – à la 235e place selon cette liste) et première production d’Illumination Entertainment qui signera ensuite Le Lorax et Comme des bêtes. Responsable des Minions, petites créatures jaunes en salopette, dont les facéties manquent d’inspiration et de ‘jusqu’au-boutisme’. En terme d’humour et d’aventures, le film devient insipide dès que le Gru a adopté les gamines. Les caractérisations restent médiocres mais les différences entre personnages sont assez importantes pour compenser. Musique ‘funk’ de Pharrell Williams. (32)

Le petit dinosaure et la vallée des merveilles ** (1989) : Le début est relativement exigeant, puis les enfants dinosaures sont réunis. (60)

Le Reptile *** (USA 1970) : Une réalisation Mankiewicz (son avant-dernière) avec des audaces et des vulgarités, proche du western italien de l’époque et loin des hauts canons hollywoodiens. Relève de la satire avant l’entrée en prison et garde ensuite des côtés grotesques, sarcastiques. Autour d’un groupe partageant la même cellule d’une prison du XX (parmi eux un vieux couple). Le seul point important sur lequel le film risquait de rester faux était son directeur, mais cet idéaliste est moins niais qu’il en l’air (et c’est encore sans tenir compte de la contagion du cynisme). Dans le même registre, en plus trash (l’époque et le peu de comptes à rendre aidant), il existe Vice Squad. Plus récemment est sorti une version péquenaude avec Rodney Dangerfield en bon papa : De retour pour minuit. (76)

Circus World / Le plus grand cirque du monde ** (1964) : Dans la première phase, John Wayne ne déroge pas à ses habitudes et si on considère le film avec rigueur, lui et son apparence, voire sa prestation, sont hors-sujets dans le contexte du cirque ; auprès des européens il aura moins l’air emprunté. Très bon casting, sans doute plus remarquable que les personnages (en particulier pour Claudia Cardinale). Gagne en intérêt progressivement : le début en Amérique est un peu fouillis, l’arrivée en Europe divertissante, les retrouvailles apportent une dimension plus romanesque. Reste une moitié du film autour de cette affaire de famille compliquée, émaillée par quelques incidents (la vraisemblance ‘physique’ sera parfois mitigée). Enchaînements mélos bourrins (ni flottements ni profondeur dans ces moments-là). VF de la gamine fort décalée. De jolis moments de cirque malgré des répétitions. (56)

La terre des pharaons *** (USA 1955) : Appuie sur l’escroquerie religieuse et notamment le concept de ‘seconde vie’ pour forcer au travail et justifier la dureté et les privations ici-bas. Signé Hawks (Scarface, Rio Bravo), n’a pas l’ampleur de son Cléopâtre, mais reste un péplum bien achalandé, un AAA de routine – avec ses autres qualités. La concurrence entre efforts de réalisme et démonstrations donne un résultat agréable. Le casting masculin manque parfois d’intensité et par suite de crédibilité. (66)

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