Tag Archives: Féminisme

MON NOM EST CLITORIS *

19 Mai

1sur5  Succession de petits recueils de parole en roue libre. Beaucoup de grandes ados sages et rangées qui courent après une émancipation tamponnée par la meute et les champs d’études autorisés. Quelques-unes touchent du doigt des choses un peu plus relevées (l’arabe et la ronde) mais elles sont condamnées à se jouer et de toutes manières il faut entrer dans le rayon des camarades, sans quoi elles ne seront pas entendues !

Ce film n’est pas fait pour aller en profondeur ni vers des sujets sérieux (féministes, à potentiel revendicatif, ou non). On entend parler de ‘social’ ; qu’on y aille, qu’on nous en parle, avec le contexte et la nature des participants. Qu’on essaie de cerner d’où viennent ces inhibitions bizarres, ces niaiseries, ou ces armures que portent les filles qui en sont venues physiquement à envoyer des signes dissuasifs. Bien des problèmes de poids, d’habitudes relationnelles ou d’apparence viennent de ces blessures-là ; de convoitises précoces et malvenues, ou de négligences, ou d’un ennui et d’un désespoir mortifiants.

Mais c’est probablement trop violent, trop élémentaire, trop intime, ni dans le champ de l’hédonisme ni dans le champ de la complainte et du visible, donc ça n’est pas soupçonnable – ou bien il faut l’éluder encore, sans quoi les souffrances, les fragilités, vont vraiment remonter. Ce film est probablement réalisé trop tôt, alors ses parties prenantes s’en remettent à la sociologie et aux clichés. C’est pourquoi le résultat n’offre pas matière à débat (et le refuse tellement profondément que ce refus lui-même ne semble pas ‘pensable’ – faut-il faire un lien avec l’absence d’hommes, pourtant défendable ?) – j’ai quitté rapidement celui proposé en direct (?) par SC.

C’est tellement évident et stérile que c’en est même pas triste ; les gens apprécieront ou rejetteront franchement pour des raisons externes, l’œuvre elle-même n’apporte que des poids morts pour ajuster – aux indifférents de la considérer librement. Comme film pédagogique bien-pensant-et-faussement-remuant c’est opérationnel ; avis aux futures instits ! Comme documentaire c’est approximativement le niveau zéro, une bienveillance aveugle et un militantisme prudent mais goguenard se substituant à toute tentative d’investigation ou de compréhension. Ma première ‘Cinexpérience’ SC, la première post-confinement et par internet.

Note globale 22

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Girl + Selfie avoir 16 ans à Naples + El despertar de las hormigas

Voir l’index cinéma de Zogarok

L’IDÉAL *

7 Mai

1sur5 Auto-adaptation de Beigbeder [de son roman Au secours pardon99 francs] pire que lourde, niaisement et furieusement provocatrice. La configuration est typique : on subit ces gens merdiques, infects, abjects et l’ouvrant à fond ; puis ils chialeront s’ils subissent une véritable pression ; mettent déjà en avant leurs raisons pour se faire pardonner au cas où la victoire ne vient pas. La seule qualité du film est de refléter ingénument cet esprit et ces personnes constamment en train de se vouloir (et s’avérer) odieuses tout en se cherchant des cautions et se mettant de côté des parachutes (ou nouvelles cartes blanches). La mise en scène est donc positivement pathétique avec les ajouts et arrêt sur des scènes ne servant qu’à montrer combien notre héros sait être un connard. Le cynisme surfait affecte le piteux humour, tout est insipide et navrant, factice et nul, incapable de cerner au-delà de leur propre médiocrité ces nantis lamentables. Le personnage d’Audrey Fleurot (une ‘Winfield’) est pathétique et s’améliore grâce à la drogue, celui de Jonathan Lambert est finalement le plus pittoresque ce qui a le mérite de cerner immédiatement la misère du programme.

Pourtant le plus malheureux dans ce purgatoire n’est pas son espèce de complaisance mi-honteuse mi-crâneuse, c’est plutôt ses tentatives de jouer les redresseurs de torts. Outre ces pauvres remarques sur le racisme présidant au choix d’égéries blanches (dites « caucasiennes » pour avancer masqué), déjà démoulées dans 99 francs avec Dujardin, le film donne carrément dans le point Godwin. Et comme si le filon était génial, il en rajoute – sur ces modèles mettant la pression, induisant l’uniformité donc la nazification, prétexte à recycler des vannes autour d’Hitler (les bourdes de la fille s’excusant pour sa sextape sont un sommet de trolling entrée-de-gamme et ringard). Il y a bien quelques parties crues et justes sur le ‘travail’, parfois avec Proust, souvent avec Lambert, mais c’est tellement tiède, court ou banal, comme ces justifications sociales aux mesquineries et arrangements ordinaires (le patron achète 51% français, chez son « ami Bernard Arnaud »).

Fatalement la vulgarité et l’outrance sauvent la séance. Dans un océan de plates débilités la bêtise démonstrative se met à avoir du goût, ou du moins une odeur qui éveille, ne serait-ce qu’un mépris amusé. Ainsi avec ce passage sur les montagnes russes (chez le milliardaire qui au passage ‘nous’ vomit dessus), substitut à celui en cartoon et en voiture de 99 francs (sous influence Las Vegas Parano). Ces grotesques répits compensent le renouvellement de trucs toujours plus communs et minables, comme la fille sortie de nulle part, plus mature que papa, talentueuse et ‘sublime’ – une parfaite baudruche pour servir les postures démagos du film. Elle nous permet d’accéder au comble de ces amalgames et alliages de parasites pompeux, vernis et avides. Le monde de la pub superficiel et capitaliste ‘à crédit’ rencontre celui des intellos communistes au fond à droite derrière le bar pour ‘[jeunes] gens raffinés’.

Un des grands problèmes de ce film et de ses impuissances, c’est que même dans l’anti-pub, lui et ses sujets sont dans la pub – et avec des représentations fausses et criardes. Et pendant qu’un certain monde joue la carte de l’humour et de l’amertume pour se protéger, veut se revendiquer cynique tout en nous suppliant de lui pardonner ses dérives et de lui lustrer son ego pas si facile à porter, on ne ressent rien de la peine, de l’envie ou de l’intérêt qu’il espère ; seulement un mélange de dépit général et de satisfaction particulière à le voir se vautrer dans des tourments de narcissiques pseudo désinvoltes réduits à l’état d’esclavage sous ce qu’ils veulent prendre pour un soleil. Que penser d’autre de cette conclusion femen-friendly où notre consommateur et connard obsédé par ses érections défaillantes (est-ce censé attendrir ? Plonger les salles dans l’hilarité, les individus dans une obscure gêne salvatrice ? Ou seulement attirer la rage tant désirée de quelqu’unes ?) trouve l’accomplissement et l’authenticité entouré des trois femmes de sa vie dans la Nature – lesquelles n’ont pas besoin de lui pour la copulation, ni de respect ou d’attente honorable concernant quoique ce soit. Après tout chacun a son idée sur ‘le bonheur’ et puis il faut bien moduler le curseur.

Note globale 28

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…

Les+

  • techniquement correct
  • souvent potable en-dehors de ses postures
  • déballe tout avec une candeur qui semble le dépasser
  • capable d’être amusant et même pertinent bien que vaguement

Les-

  • trivial et tapageur
  • mal écrit malgré des ‘trucs’
  • style moche et froid
  • on s’amuse pour de mauvaises raisons, apparentées à celles d’un ‘nanar’ ou d’un film engagé grossier qu’on aimerait pas

Voir l’index cinéma de Zogarok

SCANDALE / BOMBSHELL *

28 Jan

2sur5  Une séance très abordable et même divertissante grâce à sa tournure de mockumentary racoleur, simpliste et déterminé tout en dégoulinant de partout, l’absence de rigueur et la préférence pour la satire aidant. Les bons mots pleuvent, souvent de la bouche du méchant, généralement pleins d’une vulgarité et d’une médiocrité rendant le spectacle comique pour n’importe qui n’est pas crispé (soit par l’importance d’un si noble combat, soit par son ignominie) et pas exigeant. Malgré toute sa vertu et son engagement le film commet des lapsus étranges, spécialement via le personnage lamentable de Nicole Kidman [troisième et dernier stade pour la blonde archétype de Fox News] – qui effectivement se paye une revanche et cherche à faire fructifier son malheur et se défausser de sa décrépitude. Quand elle signe un contrat qu’elle bafoue d’avance et que le film choisit de se terminer là-dessus, on s’explique mieux la présence (probablement aussi à mettre sur le compte de la maladresse et de l’incompétence) d’ouvertures et d’ambiguïtés ; et on sait ce qu’il faut attendre.

Le film semble mettre de l’eau dans son vin revendicatif [victimaire], spécialement via Megyn, de loin la plus intéressante des trois femmes ; Kayla n’est qu’une friandise pour les deux sexes, sauf peut-être pour les envieuses flétries. Probablement sa relation saphique sert à retourner les clichés et les attentes machistes.. ou bien c’est l’ordre patriarcal qui continue d’imprégner jusqu’à ses honnêtes pourfendeurs – plaignons donc le film pour ses fautes et prenons-les comme témoins ! Aussi quand Gretchen déborde de jalousie entre autres mauvaises passions, le film semble le présenter positivement, comme l’expression d’une grande et forte femme humiliée mais sur la voie du triomphe. Pourtant on la voit introjecter le puissant Roger avide de loyauté – les demandes libidineuses en moins, le carriérisme et l’orgueil en plus. Et quand des arguments atténuant la monstruosité de la cible, ou même son ascendant, sont apportés, ils se noient immédiatement dans le flot d’une narration excitée mais pas vive à tous les degrés.

La cause est loin d’être flattée. Les cibles faciles ou à l’ordre du jour sont chargées, les victimes ‘safe’ sont montrées acculées puis applaudies ; heureusement le film n’est pas aussi sommairement con et grotesque que son ouverture le laisse présager – la présentation des locaux par Charlize/Megyn est un sommet de cette potentielle ironie qui pourrait n’en être aucunement – peut-être que les Barbies aiment trop leur rôle malgré tout. À quelle vague doit se rattacher ce féminisme ? Féminisme corporatiste ? Féminisme pour post-bimbos nanties ? Féminisme des collaboratrices ingrates une fois le pactole ramassé ? Même le courage et l’authenticité sont relatifs, il vient un temps où ils ne sont plus que de façade.

À défaut de prises de positions claires concernant les questions sérieuses, relatives au pouvoir et aux hiérarchies, on à droit à des scènes curieuses et des répartitions des points pour le moins clivées. Climax du dégueulasse vomi dans un canevas convenu : l’opposition entre le collaborateur indirect soutenant les poursuites contre Ailes, avec sa kippa lors d’une réception ; à l’autre bout du fil un proche de Roger sortant d’une église catholique/protestante [prononcez ‘slash’]. Pourtant cette maison-là a bien produit Weinstein et Eppstein mais peu importe ; à la limite il manquait un enfant au bout de la bite de l’aspirant sosie assurément dégradant de Rudy Giuliani. Mais ce serait aborder trop de fronts à la fois et minorer la saine, juteuse et paisible cause des femmes [célèbres lésées et affamées]. Bombshell n’est pas totalement pusillanime, il sait même donner le nom des Murdoch, indiquer leur emprise et le népotisme ; mais il est comme figé face à eux. Peut-être ce cas reflète trop celui des grandes filles du film ; à tous les étages c’est une bataille entre ouvriers de l’establishment et gros décideurs apparemment indéboulonnables.

C’est quand le temps vient de verser dans le sentimentalisme ou de prendre des grandes poses de combattantes que la gaudriole vire au malsain. Les plans pleins de commisération sur la fille de Kidman restent le plus pathétique dans le premier registre ; dans le second, la déclaration de Carlson d’après laquelle Roger (et par extension les hommes de pouvoir) sèment la discorde entre les femmes est bien gratinée aussi. C’est balayer deux possibilités : induire en compétition, voilà ce que font les patrons ou les supérieurs à leurs inférieurs ; voilà ce que savent s’infliger les employés, ou simplement les gens, y compris les femmes même [surtout] en vase-clos. Enfin ce rejet de toutes sortes de vices et spécialement ceux qui nous habitent sur un épouvantail est le propre de toutes les idéologies, de tous les groupes sociaux en surchauffe, puis de probablement tout ce qui se consolide dès qu’on est plus de deux désocialisés sans intérêts pressants et particuliers. Décidément rien d’original.

Attaquer un patriarche et un tyran, La llorona vient de le faire, avec d’autres lourdeurs typiques mais toujours d’une plus grande valeur. Dans celui-là aussi le casting, resserré, est essentiellement féminin, mais ces femmes, également d’un milieu d’élite, n’avaient pas besoin de se déguiser en pouffes de compétition, ni adopter jusque dans leur chair les codes, idéaux et compulsions de la potiche en taillons aiguilles et au discours redondant de brailleuse conservatrice/réactionnaire (un postillon d’Élisabeth Lévy les écrase toutes !). Mais il y a là un examen de conscience trop lourd ; idem pour leur rôle strictement politique, car elles ont été ces égéries droitières bien trop intensément et bien trop longtemps pour rester crédibles en jouant les victimes du système. Mais peut-être que les légions anti-socialistes contiennent plus de femmes perroquets, de cruches vaniteuses et embourgeoisées jusqu’au trognon ? Dans l’avant comme dans l’après, ce sont des guerrières en porcelaine [quoique cette matière soit un peu trop noble et traditionnelle].

Note globale 38

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Prête à tout + Lion + Society + Showtime + Killing Fields/La déchirure + Spring Breakers

Les+

  • je me suis beaucoup amusé
  • encore un Gros Roger
  • du dialogue con mais bon
  • perspicacité fugitive mais constante

Les-

  • mise en scène des plus grasses
  • écriture pauvre
  • garnitures vilaines, esthétique ‘gâtée’
  • casting paumé (ce qui n’est pas sans charme !)
  • discours maladroit voire confus
  • salement opportuniste

Voir l’index cinéma de Zogarok

ASSASSINATION NATION *

21 Juin

2sur5  Une vitrine racée et convenablement débile des mœurs liées aux réseaux sociaux, aux fantasmes et prospectivismes grégaires, à l’adolescence criarde de l’époque. Pachydermique mais habile, bien qu’il perde régulièrement en impact et en pertinence ; la dernière demi-heure est un carnage façon The purge ou guérilla kikoo-savage (comme on en trouve chez les japonais). Néanmoins un vrai sens esthétique, de possibles inspirations surprenantes (Ténèbres d’Argento ?) et surtout une fougue indéniable incitent encore à épargner ce film.

Il est capable d’ambivalence et d’intégrer celles de ses sujets. Via la bande on dénonce l’hypocrisie du monde hashtag – et s’inscrit totalement dedans, même s’applique à prendre les devants. Les claques narcissiques font pleurer ces pauvres jeunes filles, elles sont recherchées pourtant ; on se désintègre soi pour mieux se livrer aux pièges et à l’attention de l’environnement. Bien sûr en dernière instance seule la flatterie l’emporte, avec un gros appel féministe grotesque, incroyablement pompeux (« we are legion »). La jeune mégère névrosée se place dans l’attente de la moindre béance, de la moindre tension ; voyez-les : il faut que leur scénario se déroule. S’il ne s’active pas elles le provoqueront en exaspérant ou en se mobilisant. Pauvre petite narcisse arrivée dans un monde plein de règles absurdes et d’injustices !

L’hypocrisie est chez les autres, toujours (les anarcho-trumpistes sont l’ennemi frontal – dans une fosse à purin voisine et tout-public). Les aguicheuses [leurs comportements] sont mal interprétées, objectivées par les autres – on pourrait croire qu’elles participent à fond – faute : dans leur dialectique non. Là-dedans il n’y a pas que des idioties : voilà une ‘pute/salope’ donc on se donne des droits, la fille la plus drôle et pertinente relativement à sa mauvaise foi est le trave ; dans sa solitude Lily devient la cible des moqueurs, de la violence gratuite et ses proches adultes justifient ses malheurs – la société est plus forte que l’intimité même au travers des parents. Ironiquement la pointe de nihilisme ramène le film vers un semblant de lucidité, sous une triple-couche de grossièreté : l’humanité animale se régale des lynchages (le directeur veut faire valoir sa personne mais tous s’en moquent – comme de la réalité ou de la nature de sa faute, l’essentiel c’est simplement qu’une personne passe au grill – dévêtue pour mieux brûler). Les filles et le film ont beau jeu de constater que nous serions tous poussés à la vindicte populaire – aucune place pour le courage ou l’éthique là-dedans, seulement des fracas et les morales de meute fraîche ou enluminée. Car ces mondes-là sont ados, donc contraints – mais tout ça ne mérite même pas de remise en question (les questions aptes à émerger se règlent à coup d’ouvertures type : « la nudité pas forcément érotique »).

À force de dramatisation, victimisation et flagorneries le potentiel de vérité du film (au-delà de la simple crédibilité) implose carrément – le moment critique est le report du hacker boy lâche sur la fille (déjà accablée) ; les quatre commères sont alors soudainement pourchassées. Ce sacrifice n’a aucun sens même de la part d’une foule irrationnelle. N’y survit que le fantasme des sorcières de Salem. Tous les thèmes et toute cette sauvagerie sont tirés vers une thèse : on veut posséder le corps des femmes ! 2018 dans le monde, les slut sont nos boucs-émissaires. Progressivement Assassination n’est plus que ce qu’il est en principe : un truc féministe délirant et déplorable (alors que les aspects ‘délirants’ dans l’ensemble étaient directement vraisemblables, pas des échos lointains ou de la dystopie idéologique). Il n’y a même plus la bêtise joyeuse de l’ouverture, encore un peu spontanée malgré la démonstrativité – qu’un nanar empli de phrases prévisibles, de la démagogie teen tout juste accessible pour les vieux hypocrites. Ce n’est qu’une orgie de problématiques stupides de gens incapables de s’en défaire. Ils et surtout elles n’ont pas le courage d’être autonomes, d’être de vrais individus – ils et elles ont assurément celui de péter leur scandale et d’alimenter chaque petite étincelle pouvant vous transformer en martyr[e] – malheur, les ‘safe space’ ne résistent pas au feu.

Note globale 38

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Idiocracy + Kill Bill + Sprink Breakers

Voir l’index cinéma de Zogarok

RENDEZ-VOUS ROMANTIQUES (Gorki) *

25 Nov

2sur5  Ce premier film de Michka Gorki, financé par un club soixante-huitard, était confidentiel jusqu’ici (aucune note sur IMDB, pas de fiche sur Allociné). MUBI le propose actuellement (14 novembre au 13 décembre) alors que sa réalisation suivante, Interprétations (1975) sera présentée à Cannes en avril 2019.

Cet essai est une bonne illustration d’une vanité idiote et d’une agressivité tout juste masquée et démesurée, plutôt féminines. L’actrice-réalisatrice est d’une mesquinerie flagrante, utilise les prétextes de l’art et du challenge ‘intellectuel’ pour se comporter de façon inique et en rajouter dans tout ce qui la rend pénible ou déplorable. Naturellement madame veut incarner toutes les femmes, prétend qu’on trouve en elle ce qu’elle-même passe son temps à vouloir induire. Cette espèce de sirène à la ‘folie géniale’ surfaite ose en plus nous accueillir en exagérant encore la niaiserie feinte – son petit théâtre grotesque pour le générique dicté et animé, où elle inflige sa voix sur-aiguë de ‘femme-enfant-connasse’.

Les invités ont des profils très différents, plusieurs se prennent pour des genres d’artistes, ou manifestent une espèce de virilité timide ou mollement lourdingue. Ils peuvent être amusants (sauf le troisième, trop sombre, avec finalement cette assurance de dépressif) ; on satisfait son voyeurisme, voire une variété de mesquineries (selon ses attentes et son sexe).

Les injonctions aux femmes ne sont pas flagrantes – au maximum il y a quelques injonctions tout court. Leurs propos trahissent surtout le poids de la société, de la morale, des conventions, de l’imaginaire collectif. Leur machisme est dérisoire (cet homme d’affaire à la rutilance misérable par exemple). On voit davantage la pudeur et les faiblesses de ces hommes – pour un peu on deviendrait condescendant ou rieur à leur égard. Gorki nous entraîne vers de mauvais sentiments en jouant l’investigatrice innocente.

Finalement « l’expérience » (elle y tiens, ça pardonne tout) n’est pas concluante ; pas assez de dérapages pour épater la galerie, pas assez de grasses confidences pour autoriser les habilitées à exalter leur haine ou leur avidité ; mais surtout la démonstration tourne court, car elle est forcée. La pêche est bonne pour une vulgaire séance de caméra cachée, malheureusement la concurrence est si rude – et les méthodes sont plus gênantes que le résultat. Le gros bourru à la fin (que la monteuse a la décence de ne pas montrer) surpasse les espérances féministes, sauf qu’elle est effectivement affalée devant lui et l’a probablement aguiché – car manifestement l’initiative dans la rue est venue d’elle, au moins pour les candidats dont il y aurait davantage matière à se moquer.

Note globale 40

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (-), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok