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LIVRES 2019 (Bilan)

18 Jan

Année moins riche que les précédentes en quantité comme en qualité, où pourtant s’est maintenu le nombre de critiques (pour Cosmos et Arino) alors que je venais d’abandonner les systématiques pour le cinéma.

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Céline Mea culpa **** (France 1936) : C’est donc la découverte sérieuse de l’œuvre de Céline qui sauve cette année littéraire (j’ai entamé un autre de ses pamphlets). Texte court et limpide. Les démonstrations ne sont pas nécessairement le meilleur ni le plus pertinent : en quelques exclamations ou sentences amères tout un filon sur la nature et la condition humaines est déjà épuisé. Les perversions de l’unanimisme, des revendicateurs et des flatteurs, du populisme sont parfaitement senties. (78)

Betsy Haynes – Panique à la cantine * (USA 1998) : De la collection ‘Froid dans le dos’, concurrente de ‘Chair de Poule’. L’idée est bonne mais le plan médiocre et le développement misérable. Pour une adaptation à l’écran il semble impossible de dépasser le très-court métrage sans donner un résultat ennuyeux et copieusement débile. En l’état c’est déjà gentiment crétin à force d’étirer des révélations qui n’en ont jamais été et de donner des réponses plates – même la fin grotesque est expéditive et décevante. (42)

HG Wells – Le pays des aveugles *** (UK 1904) : Édition Folio de 1984. Contient, dans l’ordre : Le pays des aveugles (1904), La porte dans le mur (1906), Un rêve d’Armageddon (1901), La vérité concernant Pyecraft (1903), L’œuf de cristal (1897), L’étoile (1897), La pomme (1896). La nouvelle éponyme approche le niveau des autres grands titres de Wells, comme La machine à explorer le temps. La suivante annonce déjà moins d’ambition, pose des enjeux plus moraux et égocentrés que scientifiques. Les autres sont anodines et ne font qu’évoquer des idées, sauf Pyecraft qui est plus joueuse et frontale, mais assez stérile à cause de son narrateur un brin terre-à-terre. Le fantastique ou la spéculation mystérieuse sont plus fréquents que la véritable SF ; seule La porte dans le mur est un peu marquante grâce à l’émotion de son narrateur, tandis que les autres reposent davantage sur les pures intrigues (interminable dans le cas d’Un rêve, sous-développées faute de temps accordé dans les autres). Notes : Le pays 8.5, La porte 7.5, Un rêve 6, Pyecraft 6.5, L’œuf 6, L’étoile 6.5, La pomme 6. (68)

Guillaume Apollinaire – Les onze mille verges *** (France 1907) : Au départ j’avais surtout du dédain pour ces grossièretés dignes d’un Bigard des heures un peu trash, dans un style correct et déjà un peu fleuri. On y trouve de quoi s’amuser mais c’est quand même bien pauvre. Puis dès le chapitre 2 on décolle et au chapitre 3 on s’envole avec une succession de séquences sauvages et bouffonnes. À partir de là ce n’est plus qu’une excellente farce, qui n’a de surréaliste que la surenchère, la foule d’heureuses coïncidences et la fluidité des interactions vicieuses. La facilité devient un atout, c’est comme dans un conte, mais gras et méchant. (68)

Brigitte Lahaie – Moi la scandaleuse ** (France 1988) : Biographie de l’ancienne actrice de « pornérotisme ». devenue animatrice radio. Je l’ai appréciée en tant qu’actrice ‘traditionnelle’ et dans sa séquence face à une pitoyable enragée. De quoi m’arrêter sur ce témoignage construit bizarrement mais globalement sans fioritures. (62)

Une théorie économique d’après les propos de Soros (le carré ‘équilibre+statique’ est sous-envisagé)

George Soros – Le défi de l’argent ** (1996) : Entretien, en plusieurs parties qui m’ont semblées trompeuses, sans doute plaquées là pour meubler. (62)

Vladimir Nabokov – Natacha ** (Russie 192-193/2012) : Recueil de nouvelles lapidaires, paru en 2012. Amoral et doux. Des choses significatives ou pittoresques. (58)

Gabriel Tallent – My absolute darling ** (Californie 2018) : Beaucoup trop long avec une emphase et une dureté de chialeux. Sauve sa crédibilité en relevant régulièrement les ambivalences de la gamine, comme elle peut être cassée tout en ayant des ressources, comme elle peut être attachée à son père tout en le détestant ; puis son évolution vers le mépris. Malheureusement trop de tartines mielleuses, une gravité et des élans ‘action-movie’ tous les deux surfaits. (42)

Jean Cocteau – La machine infernale ** (France 1932) : Vulgaire et futile. L’intérêt du projet m’échappe. Les publics rétifs aux tragédies classiques vont trouver une version plus plate, pataude et désacralisée de ce qu’ils se représentent. (52)

Michel Houellebecq – La carte et le territoire *** (France 2010) : Un opus souvent drôle comme toujours, plus sèchement désenchanté et ouvertement misanthrope, où Houellebecq se donne un des rôles principaux. En tant qu’auteur, il s’engage dans des fixettes bizarres autour de quelques idées ou personnes (notamment Beigbeder qui a dû faire partie [à quel degré?] de ses ‘amis’ personnels) ; certaines surprises n’ont malheureusement aucun sens, comme cette supposée homosexualité de Jean-Pierre Pernaut et l’ensemble de ce qui est dit à propos de lui. Houellebecq m’a semblé moins pertinent que d’habitude. Le style est de meilleure tenue que dans Soumission, mais les longues annotations ou compte-rendu (ou copies avérées de notices Wikipedia) annoncent les lourdeurs démonstratives du roman à suivre. Plusieurs éléments cruciaux restent négligés, comme tout ce qui concerne les révélations suite à la mort violente d’un des protagonistes. (64)

Gabriel Garcia Marquez – L’automne du patriarche ** (Colombie 1968-1975) : Atypique dans la forme, car écrit avec un minimum de points (aucun dans le chapitre final de 40 pages). L’expérimentation et quelques descriptions cinglantes le long de cette satire vaguement délirante sont les points forts du livre ; pour le reste il ne vaut pas le coup, devient facilement saoulant (pas forcément agaçant) et demande trop de temps. Vous n’y apprendriez rien, en faits, en pensées spéciales comme en nature humaine – mais vous aurez une illustration bien nourrie du quotidien médiocre des tyrans dans les pays pauvres (l’Amérique Latine ne fait office que de spécificité dans celui-là). (46)

 

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Mise à jour de premières notes (2016) :

  • Le livre noir d’Evola → 7, -2. J’avais crée sa fiche sur SC. Dégoulinant de violence, d’ambition et de grandiloquence. Lyrique plutôt que critique. Pas à cultiver et même peut-être pas bon pour influencer car manque de nuance, mais pertinent souvent et divertissant – d’une façon bouillante. À lire si vous aimez les débordements de fanatisme et de mépris, que vous soyez enthousiaste pour les idées et l’univers d’Evola, ou simplement amateur d’ivresses bien construites et jusqu’au-boutistes (tant qu’elles sont mortes ou impuissantes à bouleverser le monde, mais assez ‘fortes’ pour exister et rayonner par et pour elles-mêmes).
  • Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (Dagerman 1952) → 8, -1. Peu aimé au départ, avant d’admettre que ce n’est pas parce que c’était si élégamment banal et triste que ce n’était pas juste et plutôt remarquable. Je formais mon top10 et comme il devait y être pour un court temps, car ne me remuait pas (je peux trouver géniales et noter très haut des œuvres brillantes me laissant froid), je l’y ai inscris – c’est le genre de livre qui a le mérite de mettre haut la barre.
  • Des souris et des hommes → 6, +1. Note un peu sèche pour ce roman.
  • La conjuration primitive → 8, -1. Évidemment surnoté en lui collant une note maximale, surtout que la fin gâchait largement le programme. Sauf que je n’en renie rien et maintiens que c’est, en terme de littérature vulgaire, sûrement une sorte de sommet – au sens de chef-d’œuvre, pas de ‘super-daube’. La lecture est jubilatoire, la mienne s’est faite en une nuit et des poussières. Néanmoins, laissez-le de côté si le polar/thriller, ou toutes sortes de littérature actuelle et sans noblesse, vous rebutent.

J’avais prévu de mettre à jour plusieurs premières notes ; j’ai réglé les cas a-priori et attendais de les relire pour confirmer, mais comme je n’ai toujours pas pris le temps d’y revenir et que nous sommes plus d’un an après (près de trois ans ?), j’assume maintenant les changements. Des modifications sont donc encore possibles et les bilans annuels seront les occasions d’y procéder.

UN COUTEAU DANS LE COEUR **

11 Jan

3sur5  Produit fétichiste à outrance puisant dans les grands noms du bis ou du sulfureux (Cruising) des années 1970, de l »underground’ LGBT français, chez Dario Argento et auprès de vieilles références de l’épouvante (celles impliquant des masques ou des brûlés romantiques). Tous ces titres n’ont pas besoin d’être connus pour recevoir Un couteau dans le cœur, séance ‘fantasme’ aux habits de mélo, proche de l’expérimental éprouvé. Malgré ces antécédents et la relativité des surprises, le rendu général reste original, le film loufoque et bariolé sait se montrer limpide et concret.

Vanessa Paradis livre un jeu un peu surfait, plus adapté aux catégories ‘arts et essai’ ou aux courts-métrages qui auraient totalement sacrifié le narratif et la vraisemblance au service de la pose. D’ailleurs, s’il faut reconnaître au film d’aller au bout de son filon et de ses extravagances, on peut regretter qu’il laisse à quai tant de caractères – toute la cour et les sujets de cette productrice de cinéma porno. Car les pittoresques étaient bien là, comme ce réalisateur hautain à la sévérité ‘placide’ typique (Archibald Langevin) ou la vieille ouvrière Bouche d’or (suceur-réactiveur de queues).

Au lieu de développer ces personnes (comme dans Land of my dreams, plus ‘effectivement vivant’) Yann Gonzalez préfère exploiter un univers – avec succès mais aussi avec une superficialité assumée qui pourra lasser les non-acquis d’avance (parmi lesquels on appréciera le cameo de Mandico, auteur du film ‘alter ego’ de l’année : Les garçons sauvages). Souvent ces hommes ressemblent à des grands gosses aux fixations aussi insipides que rococo (120 battements, sans l’esthétique pour agrémenter, avait raison dans ses représentations ?) – c’est pourquoi Vanessa Paradis et les autres intervenantes féminines sont une bonne contribution. La trajectoire d’Anne est ambitieuse, sa traduction presque ennuyante, mais positivement – elle apporte un répit au milieu des hystéries accomplies et douceurs vaguement répugnantes (son passage avec Cathy est une déviation heureuse).

Ce n’est pas que ce film soit raté – simplement il peine à faire aimer son défilé, la faute à un éparpillement dans le genre qui ne semble servir qu’à les entacher de rêveries et de projections homosexuelles – presque toujours lubriques et quelquefois (mais pourquoi ?) parodiques (sans humour bien poussé). Les films tournés dans les studios alloués par Parèze sont à cette image : ils justifient une tournure de comédie (avec la scène du mexicain) ou laissent la fantaisie dominer (Le tueur homo – spoiler : le tueur est une [vraie] femme), toujours pour le plaisir d’un instant – à renouveler si affinités. Le plus brutal mais aussi plus abstrait Body Double avait le double de force émotionnelle (sans parler des autres signés DePalma, plus proches de leurs tristes héros) ; la connivence personnelle (sexuelle ?) n’est pas tant nécessaire chez tous les modèles et antécédents de ce Couteau dans le cœur. Enfin la pertinence de quelques trucs techniques bas-de-gamme (comme ces impressions en négatif) n’est pas évidente.

Note globale 58

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Suggestions… Le fantôme de l’Opéra, Mother !, Tous les garçons aiment Mandy Lane, Le Loup-Garou de Londres, Capitaine Orgazmo, Mandy, Annihilation, Hérédité

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (7), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (4)

Les +

  • haut-en-couleur, avec des anecdotes fortes dès le départ
  • éclairages
  • se laisse suivre grâce à un certain ancrage, des détails et un ‘mauvais goût’ constants
  • le grotesque de certains rôles

Les –

  • des ‘poses’ ou des parti-pris hideux, aberrants..
  • ..par exemple dans la direction d’acteurs
  • approfondit rien sauf son esthétique, donne des personnages médiocres malgré leurs éventuelles possibilités

Note arrondie de 60 à 58 suite à l’expulsion des 10×10.

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CAPITAINE ORGAZMO *

22 Oct

orgazmo

2sur5  Trey Parker et Matt Stone sont surtout connus pour la série South Park. Ils ont également conçus plusieurs films, réalisés par Trey Parker, dont le premier fut Cannibal, The Musical ! en 1992. Cinq ans plus tard, au moment où démarre South Park sort en parallèle Capitaine Orgazmo. Si Team America est une gaudriole parfois monumentale, South Park génial, son incursion au cinéma moins tout en restant à haut niveau ; comment peut-on produire un tel écart entre l’animation et le cinéma live ?

Nanar volontaire, Capitaine Orgazmo est une comédie de potaches restant au ras-du-bitume. Le niveau est digne de la suite de Dumb & Dumber, du pire de Alex de la Iglesia (le générique de Action mutante). La beauferie finale de De retour pour minuit n’est pas si loin et même Ali G de Sacha Baron Cohen est plus fin. L’esprit parodique n’excuse pas la médiocrité : indigence de la mise en scène, inspiration faible, gags idiots bloqués au stade collégien, tout est bâclé, plus foireux encore que Z.

Il y a bien sûr quelques séquences marrantes, comme la vieille du DADV, certains dialogues absurdes. Mais Parker et Stone sont paresseux, se contentent des passages classiques des parodies débiles, avec par exemple l’insistance sur les flashbacks et larmes ironiques. Les sous-intrigues caricaturales ou référencées sont là, avec notamment le restaurateur chinois harcelé par le mafia. On en arrive bien sûr aux pets et aux chutes contre des portes.

Du dépit arrive finalement la faculté à se prendre au jeu, surtout que la séance s’améliore par paliers. La performance de Trey Parker en Joe, mormon engagé sur un tournage X et dont le personnage devient une star est valable. Il ressemble à une espèce de Butters adulte au pays des pornos folklos et hauts-en-couleurs avec scénarios ringards et abrutis. Matt Stone est bien gentil en poux photographe, mais lui (et son homosexualité refoulée) rejoignent directement l’univers de Scary Movie 2, en simplement plus cru. L’indulgence est possible, mais c’est à voir avant ses 16 ans de préférence.

Note globale 36

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BOOGIE NIGHTS ***

27 Mai

3sur5 Boogie Nights offre une vision contrastée de l’industrie de la pornographie. Le film qui a révélé Paul Thomas Anderson (on lui accordera ensuite une confiance aveugle pour exécuter Magnolia) a de petits côtés  »Scorsese s’infiltre dans le porno » ; il nous introduit dans cet univers grâce à différents degrés d’appréciation.

D’abord, il se concentre sur le jeune Eddie Adams (Mark Wahlberg), un garçon paumé mais optimiste qui a trouvé sa vocation ; Boogie Nights s’applique également à être une espèce de traité  »du métier », en rapportant la signification et les implications à une période donnée (seventies -le « Golden Age of Porn »- puis eighties, avec l’arrivée contrariante de la vidéo). Enfin il définit sa nature d’un point de vue communautaire ; car avant tout, la pornographie est une grande famille consanguine.

Réaliste et intégral, Boogie Nights s’inscrit dans la grande tradition de la tragédie américaine, avec le schéma foi et/ou nécessité-extase-doute-décadence ; mais d’abord avec sa propre marque, drôle, lucide, dans un style puissant et précis. Finalement le regard (et le message moral – au jugement impersonnel, carré) est assez standard, de même que la trajectoire sans surprise. La chute de Eddie Adams est trop linéaire ; la star s’alourdit et perd de sa superbe, fait face à de nouveaux concurrents et subit les innovations dans le secteur (plus violent, plus osé, plus varié).

Malgré ce sentiment d’assister à un pastiche, on est néanmoins totalement imprégné par l’angoisse des personnages, ressentant l’impasse, les rêves brisés et les expériences accomplies, subissant la fatalité, notamment de ces portes qui se ferment au profit d’une jeune génération.. laquelle connaîtra certainement les mêmes délices, la même ivresse, la même arrogance, le même désespoir et finalement, la déchéance.

Toutes ces sensations se concrétisent avec le dernier tiers très sombre, où Eddie rejoint sans s’en apercevoir la condition des petits voyous se prenant pour de grands mafieux (on pense au second Scarface lors de la scène de l’échange chez le junkie richissime) : la fête sera courte mais intense. Après l’orgie, toujours la dépression (plan final presque macabre d’un homme seul avec son phallus blasé). Film poignant, emphatique à souhait, ironique mais jamais acerbe. Les acteurs s’y donnent de façon téméraire et on ne sait trop si on admire davantage ou au contraire si l’image de Julianne Moore en sort bien amochée, tandis que Philip Seymour Hoffman atteint des sommets dans l’art du sacrifice.

Note globale 69

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LARRY FLINT *

28 Jan

2sur5  Milos Forman est un cinéaste surtout connu pour ses biopics ou portraits de ‘freaks’. Son Larry Flint se situe qualitativement très en-dessous de Man on the Moon et évidemment d’Amadeus, ou encore du sacro-saint Vol au-dessus d’un nid de coucou. Il parvient cependant à terrasser celui-ci dans le domaine de la démagogie. Comme dans celui-ci, cette démagogie est mise au service d’un être relativement malsain. Alors qu’on ne savait rien du passé de Jack Nicholson, les lubies de Larry Flint sont ouvertement obscènes. En effet, le film est la biographie du producteur de l’industrie du porno le plus fameux de l’Histoire des Etats-Unis

Tous les deux ont cependant un grand mérite présumé, en tant que combattants de la liberté. Pour Nicholson/McMurphy, c’était la liberté face à un système autoritaire ; pour Larry Flint, c’est la possibilité d’être un déchet, de polluer son environnement, la société à laquelle il ne reconnaît pourtant aucune existence mais également certains individus précis. Larry Flint pousse l’idée que « les vices ne sont pas des crimes » à un point de rupture, non en allant vers la banalisation de sombres perversions, mais en permettant à un pitoyable histrion de faire de sa médiocrité l’expression la plus intransigeante de la liberté.

Milos Forman réserve un traitement extrêmement classique à son sujet. Les processus habituels sont là : le choc, la montée et le succès, les excès, le déclin mais le bonheur puis la rédemption. C’est exécuté avec classe et ça n’apporte rien, aucun supplément. L’espèce de dissonance perpétuellement ressentie avec ce classicisme tient à la nature du héros. Loin de l’ivresse sarcastique du Loup de Wall Street, Larry Flint n’a jamais d’apogée, ni de période faste ou heureuse, finalement ; et il ne tourne pas non plus à l’hagiographie, le point de vue relevant de la tendresse malvenue.

Dans les rares moments d’extase pure et donc surtout au début, tout cloche déjà. Aucune structure morale, soit, mais aucun cap, rien, une vitalité grasse, confuse. Tout n’est que laideur et bêtise, avec cette dimension libérée et ‘pro-sexe’ crétine mais passablement rafraichissante, gentille. L’empathie de Forman pour son Larry Flint est évidente et il a toujours adorés les personnages hors-normes quitte à ce qu’ils soient monstrueux. Cependant son affection tourne à la béatitude et sa sensibilité se focalise sur un pourceau qu’il passe son temps à victimiser. Le titre originel de ce biopic sur un mal-aimé pourtant si innocent, à sa façon, est The People vs Larry Flint.

Par conséquent, Forman passe son temps à flatter Flint et ne met en relief sa vulgarité et sa laideur que pour le rendre plus pathétique. C’est un gamin formidable s’attaquant à un monde trop rigide et punitif, foncièrement plus toxique que lui en raison de tous les interdits et des poids moraux qu’il fait peser. La disposition est courageuse en effet au départ, mais bientôt Flint dérange parce qu’il répugne et se comporte comme un délinquant : or Forman s’obstine à faire de Flint un héros passant son temps à faire secouer les lignes, avec bonhommie et certes, quelques côtés minables tellement inoffensifs. Il mise avec lui sur l’opposition sexe/violence pour indiquer qui est vraiment sale ; cela marche un temps, l’adolescence ne peut durer perpétuellement.

Forman coule avec son minable héros. Aveuglé par sa tolérance, il ne réalise pas la bêtise de sa plaidoirie. Concrètement, sa victime Flint n’est jamais vraiment harcelée : il a des démêlées avec la justice dans un premier temps en raison de son activité de pornographe ; mais par la suite, toutes les affaires le concernant sont provoquées par ses comportements. Et l’indécence dont il est alors question ne concerne plus la sexualité, mais le droit de ses concitoyens. Ce n’est pas étonnant de la part du réalisateur de Vol au-dessus d’un nid de coucou, dont la conception du civisme est bien étrange puisque totalement sous le joug d’une indulgence aveugle et dévoyée.

Par ailleurs, Forman ne s’intéresse pas un seul instant à cette fortune accumulée par Flint, à la tête d’un empire alors que ses qualités humaines et créatives (pour le Flint du film encore une fois) sont celles d’un primate médiocre tel qu’Homer Simpson est censé l’incarner. Enfin, le monde est un endroit décidément bien paisible et accueillant : lorsque Flint révèle des dossiers compromettants le FBI est : mécontent. A-t-on vu de véritables menaces pour un quelconque establishment rendre ce dernier : mécontent ? Forman se contente de jouer avec cela pour renforcer la dimension héroique malencontreuse de sa mascotte.

Flint ne cache pas cependant les mauvais effets sur Larry Flint et son amante de leur ‘hédonisme’, quoique qu’il trouve un masque. Pour elle, si la dégradation physique est certaine, le coup fatal revient cependant au Sida. Pour lui, la tentative de meurtre et l’handicap en découlant sont responsables de sa désintégration – qui consiste à rendre le personnage plus ouvertement tyrannique et puéril qu’avant. Emu par les farces de son gamin, Forman ne pourra s’empêcher de lui donner une victoire éthique en guise de happy end. Pauvre petit candide, si aimable mais impuissant à exprimer posément son idéalisme terrien au monde extérieur.

À son meilleur, Larry Flint est un brouillon de Man on the moon, où Jim Carrey campe un troll horrible, en maîtrise totale de sa nullité – pas médiocrité, nullité, au point de faire de cette nullité une pose subversive car le contexte est généralement bien choisi. Woody Harrelson ne joue au contraire qu’un blaireau sans recul, à côté duquel Mickey de Tueurs nés était un rebelle visionnaire – d’ailleurs c’était bien un philosophe en action, quelque soit son niveau.

Note globale 38

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