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UN COUTEAU DANS LE COEUR **

11 Jan

3sur5  Produit fétichiste à outrance puisant dans les grands noms du bis ou du sulfureux (Cruising) des années 1970, de l »underground’ LGBT français, chez Dario Argento et auprès de vieilles références de l’épouvante (celles impliquant des masques ou des brûlés romantiques). Tous ces titres n’ont pas besoin d’être connus pour recevoir Un couteau dans le cœur, séance ‘fantasme’ aux habits de mélo, proche de l’expérimental éprouvé. Malgré ces antécédents et la relativité des surprises, le rendu général reste original, le film loufoque et bariolé sait se montrer limpide et concret.

Vanessa Paradis livre un jeu un peu surfait, plus adapté aux catégories ‘arts et essai’ ou aux courts-métrages qui auraient totalement sacrifié le narratif et la vraisemblance au service de la pose. D’ailleurs, s’il faut reconnaître au film d’aller au bout de son filon et de ses extravagances, on peut regretter qu’il laisse à quai tant de caractères – toute la cour et les sujets de cette productrice de cinéma porno. Car les pittoresques étaient bien là, comme ce réalisateur hautain à la sévérité ‘placide’ typique (Archibald Langevin) ou la vieille ouvrière Bouche d’or (suceur-réactiveur de queues).

Au lieu de développer ces personnes (comme dans Land of my dreams, plus ‘effectivement vivant’) Yann Gonzalez préfère exploiter un univers – avec succès mais aussi avec une superficialité assumée qui pourra lasser les non-acquis d’avance (parmi lesquels on appréciera le cameo de Mandico, auteur du film ‘alter ego’ de l’année : Les garçons sauvages). Souvent ces hommes ressemblent à des grands gosses aux fixations aussi insipides que rococo (120 battements, sans l’esthétique pour agrémenter, avait raison dans ses représentations ?) – c’est pourquoi Vanessa Paradis et les autres intervenantes féminines sont une bonne contribution. La trajectoire d’Anne est ambitieuse, sa traduction presque ennuyante, mais positivement – elle apporte un répit au milieu des hystéries accomplies et douceurs vaguement répugnantes (son passage avec Cathy est une déviation heureuse).

Ce n’est pas que ce film soit raté – simplement il peine à faire aimer son défilé, la faute à un éparpillement dans le genre qui ne semble servir qu’à les entacher de rêveries et de projections homosexuelles – presque toujours lubriques et quelquefois (mais pourquoi ?) parodiques (sans humour bien poussé). Les films tournés dans les studios alloués par Parèze sont à cette image : ils justifient une tournure de comédie (avec la scène du mexicain) ou laissent la fantaisie dominer (Le tueur homo – spoiler : le tueur est une [vraie] femme), toujours pour le plaisir d’un instant – à renouveler si affinités. Le plus brutal mais aussi plus abstrait Body Double avait le double de force émotionnelle (sans parler des autres signés DePalma, plus proches de leurs tristes héros) ; la connivence personnelle (sexuelle ?) n’est pas tant nécessaire chez tous les modèles et antécédents de ce Couteau dans le cœur. Enfin la pertinence de quelques trucs techniques bas-de-gamme (comme ces impressions en négatif) n’est pas évidente.

Note globale 58

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Suggestions… Le fantôme de l’Opéra, Mother !, Tous les garçons aiment Mandy Lane, Le Loup-Garou de Londres, Capitaine Orgazmo, Mandy, Annihilation, Hérédité

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (7), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (4)

Les +

  • haut-en-couleur, avec des anecdotes fortes dès le départ
  • éclairages
  • se laisse suivre grâce à un certain ancrage, des détails et un ‘mauvais goût’ constants
  • le grotesque de certains rôles

Les –

  • des ‘poses’ ou des parti-pris hideux, aberrants..
  • ..par exemple dans la direction d’acteurs
  • approfondit rien sauf son esthétique, donne des personnages médiocres malgré leurs éventuelles possibilités

Note arrondie de 60 à 58 suite à l’expulsion des 10×10.

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CAPITAINE ORGAZMO *

22 Oct

orgazmo

2sur5  Trey Parker et Matt Stone sont surtout connus pour la série South Park. Ils ont également conçus plusieurs films, réalisés par Trey Parker, dont le premier fut Cannibal, The Musical ! en 1992. Cinq ans plus tard, au moment où démarre South Park sort en parallèle Capitaine Orgazmo. Si Team America est une gaudriole parfois monumentale, South Park génial, son incursion au cinéma moins tout en restant à haut niveau ; comment peut-on produire un tel écart entre l’animation et le cinéma live ?

Nanar volontaire, Capitaine Orgazmo est une comédie de potaches restant au ras-du-bitume. Le niveau est digne de la suite de Dumb & Dumber, du pire de Alex de la Iglesia (le générique de Action mutante). La beauferie finale de De retour pour minuit n’est pas si loin et même Ali G de Sacha Baron Cohen est plus fin. L’esprit parodique n’excuse pas la médiocrité : indigence de la mise en scène, inspiration faible, gags idiots bloqués au stade collégien, tout est bâclé, plus foireux encore que Z.

Il y a bien sûr quelques séquences marrantes, comme la vieille du DADV, certains dialogues absurdes. Mais Parker et Stone sont paresseux, se contentent des passages classiques des parodies débiles, avec par exemple l’insistance sur les flashbacks et larmes ironiques. Les sous-intrigues caricaturales ou référencées sont là, avec notamment le restaurateur chinois harcelé par le mafia. On en arrive bien sûr aux pets et aux chutes contre des portes.

Du dépit arrive finalement la faculté à se prendre au jeu, surtout que la séance s’améliore par paliers. La performance de Trey Parker en Joe, mormon engagé sur un tournage X et dont le personnage devient une star est valable. Il ressemble à une espèce de Butters adulte au pays des pornos folklos et hauts-en-couleurs avec scénarios ringards et abrutis. Matt Stone est bien gentil en poux photographe, mais lui (et son homosexualité refoulée) rejoignent directement l’univers de Scary Movie 2, en simplement plus cru. L’indulgence est possible, mais c’est à voir avant ses 16 ans de préférence.

Note globale 36

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BOOGIE NIGHTS ***

27 Mai

3sur5 Boogie Nights offre une vision contrastée de l’industrie de la pornographie. Le film qui a révélé Paul Thomas Anderson (on lui accordera ensuite une confiance aveugle pour exécuter Magnolia) a de petits côtés  »Scorsese s’infiltre dans le porno » ; il nous introduit dans cet univers grâce à différents degrés d’appréciation.

D’abord, il se concentre sur le jeune Eddie Adams (Mark Wahlberg), un garçon paumé mais optimiste qui a trouvé sa vocation ; Boogie Nights s’applique également à être une espèce de traité  »du métier », en rapportant la signification et les implications à une période donnée (seventies -le « Golden Age of Porn »- puis eighties, avec l’arrivée contrariante de la vidéo). Enfin il définit sa nature d’un point de vue communautaire ; car avant tout, la pornographie est une grande famille consanguine.

Réaliste et intégral, Boogie Nights s’inscrit dans la grande tradition de la tragédie américaine, avec le schéma foi et/ou nécessité-extase-doute-décadence ; mais d’abord avec sa propre marque, drôle, lucide, dans un style puissant et précis. Finalement le regard (et le message moral – au jugement impersonnel, carré) est assez standard, de même que la trajectoire sans surprise. La chute de Eddie Adams est trop linéaire ; la star s’alourdit et perd de sa superbe, fait face à de nouveaux concurrents et subit les innovations dans le secteur (plus violent, plus osé, plus varié).

Malgré ce sentiment d’assister à un pastiche, on est néanmoins totalement imprégné par l’angoisse des personnages, ressentant l’impasse, les rêves brisés et les expériences accomplies, subissant la fatalité, notamment de ces portes qui se ferment au profit d’une jeune génération.. laquelle connaîtra certainement les mêmes délices, la même ivresse, la même arrogance, le même désespoir et finalement, la déchéance.

Toutes ces sensations se concrétisent avec le dernier tiers très sombre, où Eddie rejoint sans s’en apercevoir la condition des petits voyous se prenant pour de grands mafieux (on pense au second Scarface lors de la scène de l’échange chez le junkie richissime) : la fête sera courte mais intense. Après l’orgie, toujours la dépression (plan final presque macabre d’un homme seul avec son phallus blasé). Film poignant, emphatique à souhait, ironique mais jamais acerbe. Les acteurs s’y donnent de façon téméraire et on ne sait trop si on admire davantage ou au contraire si l’image de Julianne Moore en sort bien amochée, tandis que Philip Seymour Hoffman atteint des sommets dans l’art du sacrifice.

Note globale 69

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HARDCORE ****

9 Nov

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5sur5  Industriel dans l’Amérique rurale, Jacke VonDorn est un homme pieux (affilié à l’église réformée hollandaise) et très traditionnel. Individu paternaliste, un peu pénible, bien obtus, il amalgame avec un sens inné de l’équilibre la discrétion (par sa retenue, sa modération) et la lourdeur (il s’insinue dans tout). Il peut être sec, il sera toujours fiable, il a bon fond, il est travailleur, sans mystères. Voilà qu’il apprend grâce au détective Mast que sa fille, partie pour la Youth calvinist convention, tourne dans des films pornographiques de seconde zone. Ni Mast ni la police ne l’aideront, il part donc seul la retrouver.

Scénariste pour les géniaux (au moins) Taxi Driver et Obsession, Paul Schrader a pu se lancer dans la réalisation dès 1978 avec Blue Scolar. Hardcore est son second film, un an plus tard. Avec une finesse et une profondeur cristallines, Schrader met en scène la mentalité d’assiégé, de dernier homme, que partagent aussi bien les îlotiers, les survivants que les prudes. Cette approche est orientée par l’axe de jugement préféré de Schrader : celui des mœurs. Ainsi Hardcore nous raconte l’angoisse d’un père et d’un homme issu d’une communauté préservée de la corruption et de l’immoralité du monde extérieur.

Précipité dans un monde où on se moque de lui et qui l’horrifie, Jacke fait, pour le spectateur, la démonstration des vertus de son caractère. Sa rigidité a le mérite d’en faire un homme droit et fort, indifférent aux considérations extérieures, ne cherchant que l’ordre et le salut. Il se retrouve dans le piège des bordels contemporains, destinés à extorquer contre des jouissances frustes et bien compartimentées, pas par ses propres soins (Edmond de Yuzna épiloguera là-dessus). Il découvre toutefois une alliée dans ce monde-là, Niki (Season Hubley) un substitut de sa fille, de son versant inconnu. Avec elle il arrivera aux portes du snuff-movie. Il cherche, interroge les gens, sans honte ni précaution : évidemment personne ne lui répond, parce qu’il frappe aux mauvaises portes.

Alors il se fait passer pour un entrepreneur cherchant à financer un film porno ; puis pour un réalisateur faisant passer des casting. Il emprunte le costume et reste à distance, en revanche, la résistance aux tentations, pas celle du sexe mais des pulsions de violence, devient consciente. Cette violence cependant lui permet de garder pied dans ce monde où sa vie est menacée. Il l’ignore, évidemment, mais il pourrait y revendiquer sa place de dominant ; il commet les abus intrinsèques de cette position (naturelle), par exemple en s’en prenant violemment à un partenaire de sa fille vu sur une photo, lequel n’est responsable de rien.

La présence de cet homme, dominant, grave, humble, inhibé, amène tout un lot de limitations, mais aussi une réassurance. Son monde d’origine, où règne un traditionalisme radical, n’a rien de méchant, rien de morbide. Il est juste une invitation à la résignation. C’est un univers très terre-à-terre, mélancolique mais sans troubles. Jacke en est la parfaite incarnation. Il est impossible de ne pas éprouver de l’empathie de Jacke, même si son acception de l’harmonie est douloureuse à porter pour lui comme pour l’autre. Schrader le sait et se montre équitable dans son point de vue.

Ce que Jacke ne conçoit pas une seconde, c’est que sa fille pourrait être, sinon bien là où elle est, au moins volontaire. Peut-être que personne ne lui a retourné le cerveau, peut-être que c’est elle qui a souhaité s’engager sur la mauvaise pente ! Que les parents soient prévenus : à force d’être tenus dans la répression, un jour vos enfants imploseront ! Les parents comme Jacke ne sont pas des monstres, bien au contraire. Toutefois ils ne réalisent pas l’effet de leur attitude et sont coupables. Une emprise écrasante sans contrepartie, même soutenue par des intentions saines ou se voulant telles, poussera à un recours auto-agressif ou nihiliste à la liberté.

Les enfants opprimés sur-compensent de manière particulièrement agressive : ils ont eu tout le temps de percevoir les attentats possibles à ce rouleau-compresseur de la sérénité, au parfum si mortifère. Schrader dresse un avertissement sans condescendance : il nous fait respecter, sinon aimer, ce type. Le point de vue de Schrader est ouvertement  »conservateur » lui-même, pas dupe ni de ses limites ni des règles du jeu. L’auteur se range avec son héros du côté de la fatalité, avec détachement et philosophie, en y trouvant une certaine légitimité, un charme aussi, même triste. Et finalement même les saints et les héros ne peuvent sauver les damnés. 

Note globale 87

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Suggestions… Harry Brown + The Canyons + L’Impasse + Pulsions/Dressed to Kill   

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