DE RETOUR POUR MINUIT *

24 Fév

1sur5  Film dégénéré. Rappelez-vous du petit sketch dans Tueurs Nés, pervertissant les soap en explicitant toute l’horreur qui aurait constituée le non-dit d’un drame familial. Le bonhomme alcoolique, mari bourreau et père incestueux était Rodney Dangerfield, avec sa tronche si prodigieusement folklorique, dont la laideur pittoresque balaye les efforts d’un Jean Roucas.

Sans lui, le film serait assez ennuyant, car il lui donne tout son relief. On le retrouve ici dans son dernier rôle, quelques mois avant sa mort (2004). Il incarne Jake Puloski, un directeur de prison. Mais une gentille prison, sans vrais méchants, seulement des petits voyous qui dans le pire des cas on fait de mauvais choix. On s’attend à un centre aéré : erreur, l’intrigue n’est pas là. Le contrat de Jake n’a pas été renouvelé et il va s’appuyer sur quatre prisonniers pour mener un plan contre son richissime patron, reprendre la prison et en faire un club social pour criminels.

On s’en fait une idée. Mais c’est au-delà. Peu importe ce qu’elle est, Back to Midnight est au-delà, au-delà du nanar commun, au-delà de l’univers de Vincent Lagaff. Pour situer, le Bigdil est un reportage ordinaire et vaguement plombant asséné par le service public dans ce monde-là. Peu de bruitages et d’artifices cependant, tout est dans le scénario et les performances d’acteurs.

Par exemple, un type, Oreille, a d’immenses oreilles en plastique ; un autre est surnommé Débile et honore son titre. L’humour est du niveau des bande-annonce Adam Sandler dans South Park. C’est un film d’une beaufitude si accomplie qu’elle en vient à s’auto-parodier. Et la VF vient souligner le tout. C’est la clé du film ; il joue à fond chaque note, dans chaque détail, alors qu’initialement elle est déjà obscène et idiote. Pas de simples répliques nulles par exemple. Non, ce film n’est pas fabriqué par des gens dépourvus de talent, il est directement démoulé par une bande de potaches désinhibés au dernier degré. C’est vulgaire et moche au possible, on se croirait dans un monde régi par les lois des Deschiens.

Tous ces films minables comme Les Tuche ou Boule & Bill consternent toujours par leur médiocrité, leur absence d’inspiration, la brutalité et les facilités de leur écriture. Mais un film comme celui-ci les dépasse, car il ne prend pas de gants et va droit à la bêtise pure. En un sens, il est plus réussi qu’eux. Car on éprouve une plus grande tolérance pour une calamité pareille destinée aux bacs à zedderies absurdes ; que pour des productions à vocation comiques présentées avec une certaine emphase ou mobilisant les moyens d’un film normal. D’un point de vue technique, la mise en scène est télévisuelle, avec quelques plans dégueulasses, en particulier des plongées ou contre-plongées sur le propriétaire. Notons aussi la présence d’un guest annonçant Le Singe Funky, production suivante de Harry Basil, sans son acteur fétiche décédé dans la foulée.

Il faut donc regarder De retour pour minuit en espérant voir repoussées les limites de la beaufitude, parce que c’est son job, qu’il l’annonce cash et que cette attitude là, si elle ne le récupère en rien, le rend au moins humble et honnête, jouant dans son pré-carré. Par conséquent, De retour pour minuit est bien une sorte de gros déluge d’humour gras, de burlesque pachydermique, de gags sur le sexe et même zoophiles, puis naturellement de vannes scato en folie (avec un gros pet dès la quatrième minute – et, il faut bien l’avouer, peu par la suite). Il tient ses promesses. Le pire sera là. Le problème… c’est qu’on en prend pour 89 minutes. Beaucoup trop par rapport à la simple jouissance d’avoir trouvé une épave de cette ampleur. Mais ça en vaut la peine !

Note globale 18

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Les Tuche 

Note arrondie de 15 à 18 suite à la mise à jour générale des notes.

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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8 Réponses to “DE RETOUR POUR MINUIT *”

  1. Voracinéphile février 24, 2014 à 08:30 #

    Complètement d’accord dans la gradation des navets, ceux qui ne prennent pas la peine de se cacher finissent fatalement par s’attirer notre sympathie. Une médiocrité pareille, dont le visionnage se fait sans cynisme (alors qu’on est forcé d’y faire appel pour supporter la banalité d’autres navets type Beur sur la ville) reste vraiment rafraîchissante, tout le monde est jovial ici, pour le suicide artistique de carrière que cela constitue (Rodney Dangerfield, paix à son âme, tire sa révérence avec un coup d’éclat… inattendu, mais marquant).
    On pourrait disserter sur le degré du rire (vu qu’on ne rit pas des gags à proprement parler) mais comme c’est à la base une comédie, et qu’on rigole quand même, est-ce qu’on ne peut pas dire que c’est réussi ? Merci en tout cas pour cette précieuse découverte, pas vu un niveau pareil depuis trèèèès longtemps.

    • zogarok février 24, 2014 à 11:35 #

      Pas besoin d’allez chercher autre chose pour ma part, je l’ai vu, je l’ai vécu. C’est après-coup que je fais des comparaisons, pas entre les films (je pensais aux Tuche et à Boule et Bill car ce sont les navets industriels exemplaires pour 2014 et 2013) mais bien entre les niveaux de « cinéma », les intentions de chacun.

  2. Voracinéphile février 24, 2014 à 19:45 #

    C’est intéressant de juger ce niveau d’évaluation sur les nanars. Je vais aussi dans ce sens, le film est finalement sympathique pour sa profonde régression dans la nullité (à ce titre, on peut parler de nanar, il n’y a pas de mépris authentique pendant le visionnage). Ce n’est même pas caricatural au final (comme pouvait le laisser croire le personnage du texan), c’est juste… au delà de nos frontières spatio-temporelles.

    • zogarok février 24, 2014 à 20:16 #

      C’est carrément une différence de nature. Et, sur les questions de forme/technique, il y a sans doute des choses à rattraper dans « Les Tuche », alors qu’il n’y a rien de ce genre dans « De retour ». Par contre comme genre de délires, oui, celui-ci fait moins pitié, il est plus.. entier.

  3. arielmonroe février 26, 2014 à 14:53 #

    Eh bien, ça a l’air d’un gros morceau ! Je sais que c’est nul mais ça me donne envie. Même la vidéo, c’est du lourd.

    • zogarok février 26, 2014 à 20:56 #

      Haha c’est bien le but ! Je suis ravi d’avoir trouvée cette perle ; j’en ai même crée la page sur Sens Critique !

  4. simon mars 14, 2014 à 18:53 #

    ça a l’air pas mal aussi ça

    vu qu’il y a du gag scato, c’est sans doute plus hardos que T’aime, mais je suis pas convaincu qu’on peut faire pire après ce que j’ai vu

    • zogarok mars 15, 2014 à 18:40 #

      « T’aime » le surpasse, c’est catégorique. Mais les deux registres sont très différents, ici c’est de la pure comédie beauf, alors que « T’aime » est une sorte de drame philanthropique, pacifiste et… « visionnaire », enfin il en a l’ambition.

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