Tag Archives: Richard Taylor (effets spéciaux – directeur artistique)

CRÉATURES CÉLESTES ***

2 Fév

3sur5 Une aura particulière enveloppe ce film et entretient sa réputation de drame poétique subtil et pénétrant à la Virgin Suicids. Créatures Célestes a marqué le passage de Peter Jackson du statut de bisseux de première classe à auteur respectable ; ce sera même son ticket d’entrée pour Hollywood, les studios américains se penchant à partir de là sur son cas. Pour l’anecdote, le néo-zélandais Créatures Célestes marque également la révélation de Kate Winslet, magnifiquement promue quelques années plus tard puisqu’elle sera Rose de Titanic, l’un des plus grands succès de tous les temps.

Inspiré d’un faits divers fascinant les foules dans les 50s, Heaving Creatures met en scène les rêveries de deux adolescentes à l’homosexualité latente, que la frustrations vis-à-vis de leur environnement amènera au matricide. Le regard se veut sans jugement, se confondant dans le prisme des jeunes filles ; grâce à cette disposition et son emphase sans retenue, Créatures Célestes traduit à merveille l’angoisse viscérale et intégrale ressentie lorsque son adolescence est tributaire des décisions d’adultes frappés de cécité, qu’ils soient ignorants ou brillants, omniprésents ou évanescents : il faut dire qu’à chaque fois, ce ne sont que pour de mauvaises raisons.

Afin de renforcer l’immersion totale et la proximité, la trame se structure autour de l’authentique journal d’une des deux adolescentes ; les libertés prises par Peter Jackson ne sont qu’un prolongement des thématiques soulevées, qu’il s’agisse de la création de mondes parallèles et utopiques, de fantasmes de revanche ou d’érotisme ambivalent. En se posant comme réceptacle d’une subjectivité sans entrave, Heavenly Creatures fascine et irrite le spectateur, otage de leur exaltation compulsive et de leur rejet sans nuances des éléments contrariants ou étrangers à leur tandem.

Avec toute cette mythomanie prolixe et sa sensibilité pour deux cas diversement désespérés (une hystérique dissolue sans égards pour les limites du ridicule et la victime d’une famille à l’autoritarisme sénile, sans compassion et au niveau d’existence et d’esprit médiocre), Créatures Célestes se pose en œuvre fantasque et sensible, transcrivant de façon flamboyante les mirages et heurts de l’âge ingrat tout en invitant à fouiller les entrailles du fait divers. Belle façon de s’approprier la dimension tragique, héroïque et pourtant pathétique de la folie à deux.

Deux regrets ; d’abord, que les adjuvants ne soient pas autorisés à exister par-delà les enveloppes caricaturales qui eux-mêmes les attristent ; ensuite, que ce repli sur une intériorité factice et partagée ne soit jamais appréhendé comme tel, sinon lors de l’événement redouté, le seul moment où Jackson renonce à l’esthétisation inconditionnelle. S’il est plus qu’un farceur déjanté, Jackson ne sait que se laisser submerger par ce monde émotionnel : c’est comme s’il l’adoptait mais ne le comprenait pas et n’envisageait même pas la moindre autonomie par rapport à cette bulle ultra-focalisée. Le charme et l’étroitesse du film ont une source commune : ne pas juger, c’est aussi, dans le cas présent, ne pas chercher à comprendre, simplement s’imprégner.

Note globale 65

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Aspects favorables

Aspects défavorables

* belle perspective sur l’adolescence tragique, l’exclusion du réel et l’amitié inconditionnelle

* radicalité, caractère fantasque et intense des mondes inventés

* approche psychique dévouée mais superficielle

* absence de l’altérité, de vue et parole extérieure (complaisance impliquant la négligence à l’égard des autres et de leur dimension intérieure)

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MEET THE FEEBLES ***

20 Déc

3sur5 Le Muppet Show remastérisé par Peter Jackson première époque. Après le folklorique Bad Taste, le futur réalisateur du Seigneur des Anneaux réalisait le Téléchat néo-zélandais ; à Kermit et ses collaborateurs ravis de la crèche se substitue une troupe de marionnettes aux mœurs outrancières et trash, collaboratrices dans le cadre d’une comédie musicale. La caricature véhémente du show-business est nuancée par l’attention accordée aux personnages, chacun suivant son propre parcours. Peter Jackson y trouve l’occasion d’incruster des flash-backs mais aussi de proposer une relecture abracadabrantesque de Voyage au bout de l’enfer.

Culte et hautement recommandable à tous les amateurs de pellicules déjantées et hors-circuit, Meet the Feebles est un sidérant défilé de mauvais goût festif, tendance farce obscène et glauque surréaliste. Malgré les réserves, renforcées par le regard rétrospectif probablement blasé du cinéphile aguerri, c’est une généreuse et méchante plongée dans les coulisses, valant son pesant de prestations grand-guignoles et de douces transgressions burlesques.

Toutefois, celui qui accordera une fibre contestataire ou un sens de l’ironie affûté aux Feebles ne peut être qu’un intégriste du bis qui tâche ou un ramolli, à moins qu’il ne se moque de vous. Plus encore que Braindead (le troisième film qui suivra), Les Feebles est une pantalonnade exubérante et volontariste ; et c’est en tant que tel qu’il a de la valeur et tire sa légitimité. Peter Jackson n’a jamais été un auteur profond ou un subversif : c’est un technicien original et virtuose sachant discipliner ses caprices.

Ce n’est pas une surprise si la limite de Meet the Feebles est dans son postulat vacant et ses caractères éculés (bien que croqués efficacement). Pour autant, l’euphorie générale contamine, avec probablement même plus de facilité que pour Bad Taste ; reste que, moins trash, les réalisateurs de South Park ont pourtant su réaliser, avec Team America, un véritable film de poupées réformées pour enfants turbulents. Ce qu’omet Peter Jackson, comme toujours dans son œuvre (à l’exception possible de ses drames comme Créatures Célestes), c’est de conférer un sens et des convictions (pas seulement des anecdotes ni un profil qui tâche) à sa trame et ses personnages ; il faut une matière, pour pouvoir s’en moquer ou la torturer. On ne peut pas rire sur du vide et des farces ne renvoyant toujours qu’à elles-mêmes. Les péripéties exhibées font leur effet mais ne suffisent pas à compenser ce manque.

Malgré tout les Feebles traverseront encore les âges grâce à leurs exploits d’adolescent crade et sans tabous (mention spéciale au fourrage par inadvertance de Arthur) et à sa galerie de portraits parfaitement aberrants, à l’instar de Robert, le petit hérisson innocent ; d’Eye Fly, reporter intrusif dans le corps d’une mouche à merde ; ou encore de Mademoiselle Heidi, la diva hippopotame boulimique, trahie par son manager et perpétuellement humiliée à son insu. Les fans et autres traumatisés consentants de la première heure ajouteraient à cette liste synthétique les numéros musicaux abondants de moqueries gratuites mais aussi ambigus dans leur rapport au premier degré.

Note globale 63

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MAN OF STEEL **

6 Juil

2sur5 Il est intéressant de découvrir Man of Steel à l’aune de Watchmen. Avec celui-ci, Zack Snyder avançait déjà une conception du sur-homme, pragmatique et visionnaire ; acculé à son filtre ténébreux et torturé, le mythe optimiste de Superman trouve une nouvelle expression, régénérant avec brio la vision du pur ange gardien de la civilisation, où la population, compacte et lointaine, voir invisible, relève autant du fantasme que l’idéal de ce deus ex machina loyal et tout-puissant.

Érigé en blockbuster de l’année 2013 et annoncé comme le meilleur film de super-héros depuis The Dark Knight (il existe une correspondance psychologique marquée mais incomplète avec les Batman de Nolan), Man of Steel se démarque par son ampleur épique, sa solennité assumée et la puissance de ses effets. Si la narration semble sans cesse contrariée, déchirée entre le cahier des charges et des aspirations conceptuelles, l’identité esthétique du Superman de Snyder se déploie sans concessions, notamment par la confrontation entre les forces de Zod et celles de Superman ; et aussi avec la belle animation du rêve poliment libidinal de destinée héroïque compilant extase sociale, amoureuse et transcendantale. Mais par-delà les crânes mouvants ou le grain décoloré, les enjeux du combat et l’usage des pouvoirs participent en premier lieu à cette démarche esthétique. Ainsi, le projet de refondation de Crypton au prix du génocide des humains illustre un mélange de tribalisme réactionnaire et de technophilie futuriste, alors que Superman incarne « l’espoir » d’une ère post-déprime voir nihiliste. Il y a aussi dans ce face-à-face un sens manifeste : lorsque Kal-El alias Superman choisit la race humaine (envers laquelle il est ambivalent) plutôt que son peuple, il se pose en contradicteur philosophique et moral d’un général Zod honorant ses racines. Pour justifier ce point de vue, la position du général Zod est assimilée à celle d’une acceptation cruelle, puisqu’il se laisse conditionner intégralement, bien qu’activement, par ce que son héritage a conçu pour lui, alors que ce dernier se révèle souvent un fardeau injuste. Or si le propos de Snyder invite subtilement à une distanciation par rapport à ces principes historicistes, il n’évoque la  »liberté » que pour mieux justifier son indifférence à l’égard des masses, sinon en tant qu’instrument (et obstacle éventuel, voir parasite) de la société de ses désirs : celle du règne de maîtres se tenant pour auto-engendrés à la différence du commun des mortels, entité dont ils se servent par ailleurs de support pour matérialiser leurs projets.

C’est une seconde fois le discours élitiste d’aspirant-illuminé qui travaille le film et lui confère un sens particulier. Cette fois l’œuvre tient plus de la projection idéaliste que de la métaphore souterraine ; et elle ajoute au double-niveau de lecture (affaibli) un double-niveau de langage. Ainsi, avec Man of Steel, le cinéma de Syner revendique ses chimères grandiloquentes (avec une facette altruiste) tout en étayant sans relâche sa misanthropie et son dégoût des masses ; qu’elle tend à confondre en même temps qu’il fait l’éloge de l’individu. Il prétend que chacun se bâtit et vaut pour et par ses actes et sa personne ; pourtant il enferme dans des carcans pré-déterminés et se montre indifférent aux individus lorsqu’ils sont là et font la preuve de leurs qualités, de leur acuité, de leur ingéniosité.. toute humaine soit-elle. Par ailleurs, on retrouve cette idée, déguisée voir consciemment rejetée par le script et pourtant bien intégrée, que le commun des mortels est dangereux et stupide ; alors qu’une petite poignée est sage et éclairée et même, parce qu’il faut légitimer sa position, bienveillante ; de la même manière, on déclare que l’individu est tout et évoque la richesse de chaque homme – tout en se servant de cette prose humaniste et universaliste pour défendre le statut-quo et maintenir une saine ignorance. Néanmoins, le révolutionnarisme fantaisiste de Snyder semble incorporer une dimension emphatique, en tenant compte de ces pions ingrats formant la population avec laquelle il faut composer. Le personnage de Kal-El incarne même un tenant de l’avant-garde passablement résigné, plus attiré par la satisfaction commune qu’un progrès hypothétique ou circonscrit. Ainsi à l’arrogance, il préfère un orgueil discret.

Note globale 52

Page Allocine & Metacritic

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LE HOBBIT : UN VOYAGE INATTENDU (THE HOBBIT) **

14 Mar

2sur5 Il faut se conditionner avant de se lancer dans ce spectacle de près de trois heures : The Hobbit est à prendre comme une galerie commerciale abondant de produits amusants éparpillés, dont la seule unité est le manque de subtilité criant et la fonctionnalité stérile par-delà la première approche rigolote. Le prequel du Seigneur des Anneaux n’est que pyrotechnie à un point délirant pour mieux enrober un amas de banalités. Le Hobbit de Tolkien avait vocation à combler un public enfantin et sa seconde version cinéma (un film d’animation de 1977 s’était déjà acquitté de l’adaptation) se montre éminemment conservatrice (plutôt par tiédeur dans la vision que par conviction), à l’image du cinéma de Peter Jackson, disposition d’esprit que ses farces gores (Bad Taste, Braindead) considérées comme les masterpieces du genre démontraient déjà.

Il y a quelques moments pittoresques, comme ce tunnel d’une demie-heure où une rafale de nain dévaste la petite demeure cotonneuse de l’imbuvable Bilbo Saqué. La cohorte de créatures ubuesques dont les trolls (le trickster contemporain) et les Orques (méchants au design providentiel) font de ce Voyage Inattendu une attraction foraine remarquable par ses arguments et son efficacité. Sauf que la narration désuète et les épopées puériles engendrent un conte dévalué, où la niaiserie des Hobbit, créatures soporifiques et penaudes s’il en est, contamine l’écran. Cette quatrième séquence perd la noirceur de la trilogie pour y substituer une sorte d’hybride entre farce lasse et heroic-fantasy au sérieux aussi mal placé que déconcertant, la faute à un aspect patchwork peu subtil et vulgairement haché. Les codes farfadesques souillent comme une lame de fond l’univers luxuriant dans lequel ils s’inscrivent, neutralisant l’homérisme cultivé, faute de lui conférer un charme, un sens, une motivation aussi transcendante que le voudrait les cheaps logorrhées mystiques. The Hobbit ressemble presque par instants (au début notamment) aux épisodes du Dr Who, accumulant les péripéties et les contes saugrenus sans jamais présenter l’essence d’un récit initiatique, les traces de civilisations

C’est essentiellement un film de commande, qui a usurpé son existence, qui n’a été invoqué que pour pomper le filon jusqu’au-bout alors que l’œuvre était déjà complète. Le label du Seigneur des Anneaux est une simple vache à lait et ses producteurs ont eu tort de s’y être remis, car cet opus-prétexte démythifie son sujet. Le travail opéré sur la trilogie ne s’en trouve pas entamé, mais il est évident que le spectacle était bouclé et n’avait plus rien à donner. Ses avatars en sortent dégradés ; hors de leur célèbre mission et de la configuration coordonnée par la trilogie, il sont juste des pantins éructant au service d’enjeux circonscrits et d’un univers relevant du pastiche. Les plus fastes graphiques ne peuvent tromper l’absence d’imagination et de consistance. Le film ne peut sérieusement impacter que les amateurs de la saga ; eux se délecteront de ce tour de piste loyal et du come-back de leur vieilles idoles.

En s’achevant avec le réveil du dragon, Peter Jackson donne rendez-vous pour deux suites : The Hobbit sera-t-il une trilogie parallèle au Seigneur des Anneaux ou restera-t-il son simple corollaire ? A ce stade, The Hobbit a la chance de marquer une étape dans le développement du cinéma en bénéficiant d’avantages techniques, avec les caméras  »Epic » permettant des prises de vue de 48 images par seconde, au lieu de 24 jusqu’ici. Au-delà de cette révolution factuelle, le film est tourné vers la régression.

Note globale 52

Page Allocine

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