Tag Archives: crocodiles

CRAWL ***

6 Août

3sur5  Produit d’exploitation relativement luxueux se piquant de réalisme, film à sensations perfectionné en pratique. La minorité de scènes hors du sous-sol est également réussie et le déferlement climatique ne laisse pas supposer un tournage en Serbie (les reptiles aussi sont massifs, crédibles et d’inspiration locale, mais numériques) ! La séance est à privilégier sur grand-écran ou dans des conditions immersives, notamment pour apprécier la tempête et les ambiances du faux Sud. Sur un petit écran et en compromettant le son ces séquences [des vingt premières minutes essentiellement] perdront de leur saveur.

La direction est très différente de celle de Piranhas 3D, divertissement épais et plus ouvertement régressif. Ici le carnage est moindre et les corps sont davantage exposés aux morsures des créatures qu’à nos regards lubriques. Le niveau est supérieur aux diverses réalisations et productions honnêtes mais pas mirobolantes qu’Aja a enchaînées depuis son éblouissant remake de La Colline a des yeux (comme Mirrors ou 2e sous-sol) ; le cadre et le scénario sont plus minimalistes et transparents. Les éclairages seraient irréprochables si on ne subissait pas cette palanquée de flash de lampe dans les yeux : effet inutile et désagréable : chers madames-messieurs-divers des équipes techniques, prière de le noyer et l’oublier.

Pas de scènes ni de trucs inutiles, pas non plus de poussées surnaturelles ou de hasards opportuns. L’honnêteté se combine à la culture de l’efficacité. Ce mariage n’empêche pas un petit lot de passages conventionnels, assimilés élégamment. Nous avons droit aux morts sarcastiques (ou pseudo-morales) et aux entrevues sentimentales avec les évocations de souvenirs et credos un peu surfaits vus de l’extérieur (l’éternel chapelet du ‘crois en toi’ et le sobriquet de « super prédateur »). La résistance des deux malheureux est peut-être un peu trop puissante ; il manque cet épilogue où on procéderait raisonnablement et avec charité à quelques amputations. Tous ces points limites triviaux entament mollement le crédit et pas du tout l’adhésion au spectacle.

De la même manière on pourra remarquer qu’un peu de prudence aurait évité toutes ces aventures ; mais il n’y a rien d’invraisemblable à agir de façon inconsidéré, ni dans les autres négligences, que les deux Keller vont commettre. Leur obstination, la pudeur des dialogues et de la caméra à leur égard, les rendent assez aimables et respectables pour achever de distinguer cette séance du tout-venant. Le sommet des films de crocodiles n’est pas loin mais Rogue/Solitaire devrait continuer à planer au-dessus. Il est probablement moins impressionnant mais est aussi plus large (par son programme, ses paysages, ses acteurs) et plus près de l’antre de la bête.

Note globale 68

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Haute Tension + Over the Rainbow + Maniac/2013

 

Les+

  • efficace, vif, concis
  • minimise les invraisemblances
  • personnages honorables
  • créatures réussies
  • évite le gras, le racolage et le superflus

Les-

  • de quoi pinailler comme toujours
  • les lampes droit dans l’œil du spectateur

Voir l’index cinéma de Zogarok

SOLITAIRE/ROGUE ***

4 Août

solitaire

3sur5  Malgré ses crocos tueurs au casting, Solitaire aka Rogue n’est pas du tout un film d’horreur bourrin ordinaire. C’est à la fois une grosse série B et un film d’auteur au panthéisme agressif et décontracté. La séance est généreuse et drôle, simultanément brutale et aérienne. Rogue ne se départ pas des ‘clichés’, pour fonder quelques personnages secondaires et leurs relations, mais prend toujours de la hauteur sur eux.

L’humour lui-même est assez pittoresque et l’ensemble bien écrit, malgré quelques flottements dans le deuxième tiers (quand le groupe tombe dans le piège). Pas original sur ce point, le film est en effet divisible en trois temps et le second est le moins fort, alourdi par une surenchère normative le contrariant dans son épanouissement. Il fallait la dose de gore et de moments d’émotion apocalyptiques mais les auteurs ne maîtrisent pas si bien les grossièretés trop conventionnelles. En tant que film gore animalier, Rogue est de toutes façons atypique.

Dirigé par le réalisateur de Wolf Creek, il a quasiment l’approche d’un documentaire ; non un de ces faux documentaires fainéants ou vulgaires pullulant dans tous les archipels de l’Horreur ; pas non plus un docu-fiction taillé pour le service public. C’est plutôt une sécheresse fondamentale résultant d’un recueillement face à son sujet. La Nature est donnée à contempler de la façon la plus optimale possible selon les moyens en présence ; elle est le vrai sujet et les pseudo-aventuriers potentiellement dévorés ne sont que des passagers servant de repères et de distraction.

Rogue séduit également par sa précision et son honnêteté. Il n’y a pas de ‘second degré’, de surprises grotesques ou de surgissements gratuits, il y aura bien en revanche cette idylle décalée. Issu de la patrie de Crocodile Dundee, Rogue prend à revers et envisage son folklore à disposition avec un maximum de réalisme, y compris sur le plan humain et pratique ; ce dépouillement ne lui interdit pas d’être ludique. Voilà un happening reptilien détonnant, appelé accessoirement à régner sur la branche crocodilienne de l’horreur animalière.

Note globale 70

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Borderland + Piranhas 3D + Black Water + Primeval

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

BLACK WATER (2007) **

5 Jan

3sur5  Dans la catégorie des films d’horreur animaliers, les serpents et araignées ont une longueur d’avance, les crocodiles sont les principaux challengers. Dans la première décennie 2000, ils sont de plus en plus prisés. En 2007 sortent deux opus relativement fameux, tous les deux australiens et montrant des groupes de touristes égarés chez les reptiles hostiles. Il s’agit de Rogue (ou Solitaire) et Black Water, tous les deux habités par quelques velléités documentaires. Rogue (du réalisateur des Wolf Creek) est l’un des meilleurs films dans le genre, Black Water s’élève par son sérieux mais manque d’intensité.

BW est particulièrement lent. Il se focalise sur le point de vue des personnages (deux couples amputés d’un membre dès l’entrée du serial killer), bloqués dans un arbre, forcés à survivre, attendre et tenter quelques ruses désespérées. Les effets spéciaux sont minimalistes (le budget le garanti : 700.000$, à peine compensés par le box-office), le gore plutôt du côté de l’imagination ; mais le prédateur est au garde-à-vous et ses rares apparitions théâtrales. La photo de Biggins semble s’aligner sur les tons reptiliens, le travail sur le son donne l’impression de participer aux flottements (à tous degrés) des trois brochettes humaines en panique. Black Water meuble habilement et joliment. La gravité et le manque de recul du ‘récit’, la lourdeur incorruptible des décors, ont des effets magnétiques.

Le film doit beaucoup à son inspiration auprès de faits réels, heureusement pas comme ressource à décalquer mais comme justification. Car sinon, en plus d’être peu impressionnant ou palpitant, BW est léger au possible (modestie du dispositif et des actions) ; son réalisme se déploie sur un cadre trop limité pour devenir un argument fort. Il y a peu d’informations à prendre sur les crocodiles ou les mangroves ; il y a bien la minute santé sur les blessures de la blonde, à la fin du métrage. Sur le plan humain c’est encore plus évident : les personnages sont falots, celui de cette blonde un peu confus : les circonstances exceptionnelles estompent les doutes, puis au fur et à mesure les approximations sont trop criantes. Finalement BW tire peu d’avantages positifs de la carte blanche octroyée par le ‘based on a true story’.

Note globale 56

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… The Reef + Territoires/2011

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Passage de 55 à 56 avec la mise à jour de 2018.

Voir l’index cinéma de Zogarok

.