Tag Archives: Howard Hawks

LES HOMMES PRÉFÈRENT LES BLONDES ***

28 Oct

les hommes préfèrent les blondes

4sur5  En 1953, le réalisateur de Rio Bravo, Scarface ou encore du Port de l’Angoisse réalise son unique comédie musicale : Les hommes préfèrent les blondes avec Marilyn Monroe et Jane Russell, amies dépareillées en croisière. La brune charme les hommes, la blonde en fait des laquais exaltés. Au-delà de ce thème enfantin, celui de l’argent et du statut est traité avec une certaine rudesse, celui du sexe de façon couvée même s’il est omniprésent.

Tout en étant vaguement candide et extrêmement superficielle, la blonde est d’un cynisme total. Elle cherche un mariage d’intérêt pour se donner le loisir d’aimer : seul l’argent justifie les fantaisies et les sentiments. Il faut être une dame, avoir ses mobiles de drama-queen conforme sur tout. Ce n’est pas tant le prix du confort qu’une fin en soi, quoique les diamants sont encore au-dessus de toutes les priorités.

La brune est un personnage plus complexe, au charisme fort, assez offensive et têtue, ne se prêtant au jeu de la séduction que si elle est sincèrement intéressée. Elle n’accorde pas de considération aux barrières sociales ou culturelles et reste toujours distante avec son environnement, même lorsqu’elle est à l’avant-scène. D’ailleurs, la concurrence de son amie Lorelei Lee lui rappelle combien son recul est approprié.

Gentlemen prefer Blondes est manifestement sous l’inspiration de la screwball comedy (années 1930-1940) et jouit de sa liberté de ton. Cette comédie musicale est donc passablement old school dès sa sortie par son genre, elle est aussi d’un culot assez rare, adoptant un ton cru sans sacrifier l’élégance. En plus de sa drôlerie, le show est assez euphorisant, bien plus qu’un film de Blake Edwards (Diamants sur canapé, La Party), plus lucide que lui surtout (sans recul sur son racisme social permanent).

Note globale 71

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

 

.

Hawks sur Zogarok >> Les hommes préfèrent les blondes + Scarface/1932

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités

MINI-CRITIQUES 8 (2018-1)

5 Mar

Hook ou la revanche du capitaine Crochet ** (USA 1991) : Signé Steven Spielberg et doté d’un gros casting (avec Julia Roberts en fée et Dustin Hoffman en capitaine pirate). La morale et les moments avec les enfants prêchent chacun à leur façon pour une morale et une joie humbles et conventionnelles, prenant l’imagination comme opium. La séance est sympathique mais prévisible en tous points. Ni fausses notes ni grands et beaux moments. Robin Williams montre encore, encore, l’étendue de ses talents, tout en paraissant exactement le même. (56)

Your Name. ** (Japon 2016) : Néglige la cohérence de son concept et parfois même le corrompt au bénéfice de surenchères ‘romcom’. Très joli et plutôt agréable, mais gâché par ses préférences infantiles. (62)

Vape Wave * (Suisse 2016) : Documentaire diffusé sur LCP, pas sorti en salles mais projeté dans plusieurs pays, pris en charge par Jan Kounen (narrateur ‘cobaye’ et réalisateur). Les saynètes et les effets, puis les laïus d’effarouchés, dominent les faits et l’éclairage (brut, amélioré ou approfondi, peu importe). Le vapotage est présenté comme une pratique mal perçue, accablée par des fantasmes relayés par les médias, parfois persécutée. Les fumeurs également sont plaints – ils sont victimes de ces gens et organisations n’acceptant pas encore que la vie puisse être douillette. La séance est un mélange de conventionnalisme, de foires d’egos en douce et d’exercice de style en roue-libre ; la véracité est d’autant plus sujette à caution.

Mais en tant que film ou même clip et non documentaire, Vape Wave montre régulièrement une marque propre et le talent créateur de Kounen (qu’on apprécie ou pas ses applications et ses motifs – je ne les ai pas appréciés). Malheureusement cela représente une petite portion, concentrée au début (et dans le futur). Le reste est une publicité à peine masquée, ou une propagande de service public et/ou de collaboratifs ‘consciencieux’ socialement, avec toujours un ton infantile, complice, secrètement d’un sérieux absolu et plombant (régressif). Les petits sketchs sont forts mous, l’imitation par Kounen de la ministre de la santé est un bonheur soudain. Enfin tout ça aurait pu être massivement raccourci. (38) 

La vie de château ** (France 1966) : Comédie de Rappeneau où la jeune Deneuve n’est pas gâtée par son personnage (bien qu’elle-même soit flattée par les hommes – au point d’attirer une exultation troupière, incompatible avec les mœurs ‘anti-sexiste’ 52 ans plus tard). Le film a des points communs avec Papy fait de la résistance mais n’est pas si chargé que lui. Sa légèreté le tire parfois vers la mollesse. Personnages ‘mono’ mais sympathiques. (62)

Star Wars – L’empire contre-attaque *** (USA 1980) : J’ai apprécié le premier opus la semaine précédente, également vu lors de sa diffusion sur TF1. Je sais que cet opus au moins ne fera jamais partie des films que j’aime ou respecte particulièrement, mais j’ai bon espoir pour les deux suivants, qui semblent dotés de ce qui manquait ici – les décors fastes, les arguments déjà réglés pour l’épopée.

Le 2e ou 5e épisode est effectivement supérieur en terme de mise en scène et de divertissement. C’est du grand spectacle, sans les côtés boiteux du premier. Cet opus est relativement sombre, très vif, comblera celui qui se laisse aller. Les décors, la photo (les couleurs !), les gadgets sont remarquables. Les personnages emblématiques gagnent en épaisseur : Yoda est une excellente recrue, qui déniaise un peu les tendances religieuses ou à défaut les étoffe ; Dark Vador gagne en charisme, sa mission et son passé se définissent. En revanche les personnages du groupe principal ratent leur décollage : les deux robots piétinent, la princesse et Harrison Ford entretiennent une relation un peu absurde, mais individuellement ils affinent leurs styles. Chewbecca est superflu mais son incongruité finit par le rendre bienvenue (ses grognements ressemblent à des pleurs d’autiste). Je comprends toujours mieux l’adhésion à Indiana Jones mais j’ai cette fois franchement (même si légèrement) aimé, tout en y voyant de nombreux défauts et pas l’ampleur d’une épopée culte à ce point, notamment lors des combats. (68)

Scoop ** (USA 2006) : Vu à la télé, comme tous les autres sur cette liste à l’exception de Your Name et de Slaughterhouse. Woody Allen est très drôle, parfois sa satisfaction personnelle est un peu trop visible et parasite la vraisemblance (idem pour Joansson, son amusement déborde au bar par exemple). Séance très plaisante, même si le scénario est assez fainéant surtout pour conclure et pour renforcer le réalisme (un millionnaire doublé d’un probable tueur en série se montre si insouciant, ne cherche ni n’obtient d’informations sur cette fille sortie de nulle part ?). (58)

Hatchi *** (2010) : Inspiré d’une histoire réelle, produite au Japon début XXe, transposée aux USA. Le protagoniste humain est joué par Richard Gere, c’est un gentil petit-bourgeois, un professeur de piano épanoui habile au barbecue comme dans sa petite société. Il connaît tous les gens de son circuit quotidien et ne montre jamais d’émotions négatives ou antagonistes : un véritable ravi de la crèche avec le cadre assorti. Et c’est tant mieux. Le film est très niais, mais carrément niais, sans trembler – de la niaiserie pour enfants et pour gens qui ont vieilli et du tire-larmes efficace pour tout le monde. Offre quelques vues subjectives du chien (noir et blanc et couleurs altérées). (68)

La taverne de l’irlandais *** (USA 1963) : Positif comme le précédent, sans la tristesse. Se gâte un peu après la rencontre avec le père, soit au bout d’1h10 environ. Finalement John Wayne vaut bien Gabin (mais c’est une confirmation, pas une révélation). Le personnage de Lee Marlin est insupportable et méritait ce qu’il s’est ramassé ; dans l’ensemble, ce film est plein de justes leçons. Un ‘feel-good movie’ à sa façon, signé John Ford, l’auteur du populiste Les raisins de la colère. (72)

Le Cid *** (USA 1961) : Une adaptation très ambitieuse (de Corneille), superproduction de trois heures avec une foule de figurants, de décors, de couleurs éclatantes (Technicolor). Un excellent film de cape et d’épées, excellent film de type ‘saga’ ou super-soap aussi (rétrospectivement). C’est un grand plaisir jusqu’au-moment où la lassitude l’emporte – elle n’a plus qu’a grignoter doucement le reste du temps. C’est aussi un des derniers films dirigés par Anthony Mann, meilleur que les autres que j’ai vu de lui (Je suis un aventurier, Les Affameurs). (68)

Ulysse ** (Italie 1954) : Représentation directe (à tous points de vue – voilà un [relatif] péplum de moins de deux heures), théâtrale au début, charmante, avec une tendance à la mollesse (mais jamais au point de ‘lâcher’ vraiment). Face-à-face Quinn/Douglas comme dans Le dernier train de Gun Hill cinq ans plus tard. (62)

La Fin des temps *** (USA 1999) : Schwarzenegger vs Satan incarné. Humour grotesque, héros devenu cynique et voué à se racheter, degré premier ou zéro – qui déplaît puisque la religion est dans l’équation. J’ai aimé et me suis amusé. Les interprètes sont très bons (comme à leur habitude). Premier vu de Peter Hyams. (66)

Rescue Dawn **** (2007) : Un film d’Herzog passant à la télé hors-arte et même sur NRJ12 ! Cette anomalie est due à la présence d’un acteur AAA, Christian Bale. L’enrobage est légèrement plus classique (photo, mise en scène, montage, même la musique) à cause des parties impliquées dans la production. Le début et la toute fin ramènent aux joies (diverses) du troupier, le reste est un dur égarement dans la jungle. Les militaires (et autres) ne sont pas présentés de façon manichéenne ou idéaliste. L’excentricité du personnage principal (Dieter Dangler) est plus flagrante que dans le documentaire lui étant consacré précédemment réalisé par Herzog (Petit Dieter doit voler). Cette excentricité n’implique pas d’aberrations. Excellent film de survie dans la jungle, de détention (puis d’évasion), sur la démence. 400e noté 8/10 sur 3583 films sur SC. (78)

Riens du tout *** (France 1992) : Premier film tourné par Klapisch, dont je ne suis pas client, ni la cible. Satire du monde de l’entreprise et de ses petites mains. Léger et piquant, archétypes efficaces (assez ridicules et assez vraisemblables). Les ‘casseurs’ (des cracheurs dans la soupe) sont présentés positivement puisqu’ils sont les seuls à avoir du recul, même si c’est par névrose pour certains. Le jeune faux loubard, sorte de fil narratif par défaut, est dans ce cas ; je l’ai trouvé méprisable, comme son camarade négativiste et le crétin professeur de musique. Le film garde tout de même une certaine lucidité même sur ces sales gosses qui ont le bon rôle. M’a tout de même semblé légèrement ‘long’ pour un film d’1h30, sûrement car on se fatigue de l’effet catalogue. (64)

Le Capitan ** (France 1960) : Sorti dans la foulée du Bossu, avec les mêmes arguments. M’a paru radicalement meilleur, quoique s’englue aussi – les aventures valent mieux que les intrigues. Le duo Bourvil/Marais fonctionne et les farces de Bourvil sont efficaces, dans un registre enfantin et bouffon. (58)

Ennemis rapprochés ** (USA 1997) : Tandem Ford/Pitt, dirigé par Alan J.Pakula, spécialiste du thriller judiciaire/politique et auteur du fameux Les Hommes du Président. Un peu policier, un peu sentimental, un peu action, très ‘dramatique’ dans le ton et sans grand intérêt. Malgré des atouts supérieurs, a la même valeur pour le spectateur ou consommateur qu’un téléfilm amorphe et correctement ficelé. Une chose plaide pourtant en sa faveur : ces personnages réalistes, qui ne semblent pas tirés des conventions du cinéma et ne font jamais ‘tache’, médiocres ni caricaturaux (idem pour le récit, moins pour la façon de le présenter et dérouler). (46)

9 mois ferme ** (France 2013) : Sixième film tourné par Dupontel, druckerisé et donc loin de la fureur de Bernie, mais regonflé par rapport au Vilain. Son duo avec Kiberlain est excellent, le lourdaud/victime tient un numéro amusant. Court et efficace, sauf sur la fin, gâtée par les sentiments. Mise en scène colorée, avec quelques emballements [heureux] pour passer des propos lourds. (62)

Cartouche *** (1964) : Une des collaborations Broca – Belmondo, deux ans après le jubilatoire Homme de Rio. Inspiré d’un personnage réel du XVIIIe, sorte de ‘robin des bois’ et de terreur, dont on retient ici le potentiel affable et romantique. Interprétations très affectées. Fait le choix des sentiments voire de la tragédie dans la dernière partie, autour du cas de Claudia Cardinale. Énergique, film d’aventures enthousiasmant le reste du temps, quoique laissant peu de traces. Film de cape et d’épées à gros budget bien visible dans tous les cas, malgré des légèretés dans la mise en scène. (64)

Le choix des armes ** (1981) : Réuni Deneuve, Big Gérard et Yves Montand, sous la direction d’Alain Corneau (Série noire, Police Python 357, Crime d’amour). Beaux ou bons décors, quelques séquences remarquables autour du trio (romantiques avec Deneuve/Montand, ou explosives avec Depardieu – comme le passage à la station-service). Trop long. (58)

Slaughterhouse, l’abattoir de l’angoisse * (1987) : Slasher digressant depuis le cas célèbre déjà source d’inspiration de Texas Chainsaw Massacre (1974). La mise en place avec les prétendus ados est fausse et régressive d’une manière qui démoraliserait les parodistes. Une part de farce cohabite avec la franche horreur. Tout un univers passe autour de cet abattoir et d’un filtre cochon, mais le décollage et l’approfondissement n’auront pas lieu. Il reste le travail sur la musique, les cris de cochons, le duo de cinglés et des petites références pour gourmets et goreux (‘la fête du porc’, l’anecdote des empreintes digitales douloureuses). Le complément du titre est spécifiquement français. (42)

Fast & Furious : Tokyo Drift * (2006) : Premier F&F antérieur au 5e que je découvre. Très kitsch (dialogues, relations). Du Crash pour fans de tunning. Quelques bizarreries de continuité. Trop léger et répétitif, juste deux-trois ‘tournants’ dans l’histoire. (32)

Fast & Furious 7 ** (2015) : Après deux opus mieux réputés (ceux que j’ai vu, en plus de Tokyo Drift), la réalisation a été confiée à James Wan. Cet épisode est d’un niveau supérieur aux précédents, également aux autres productions de masse ou franchises dans le domaine de l’action-movie. La photo et les effets spéciaux sont assez brillants tout en étant communs. Le film est souvent simpliste pour soutenir son déroulement et l’introduction de gadgets. Il vire en mode BD avec des sauts d’immeuble ou le débarquement surréaliste à la montagne et retrouve de la beauferie (bling-bling) à Abu Dhabi. Il contient beaucoup de moments sentimentaux, lourds sans être indigents, jusqu’à la diapo où frère Diesel ressasse sa relation avec frère Brian – aka Paul Walker, acteur décédé sur le tournage. (62)

Libre comme le vent ** (1958) : Western sur la forme et drame en pratique, avec les aléas relationnels d’un Steve au centre (Robert Taylor) – avec son frère (John Cassavetes), avec une nouvelle arrivante (Julie London) et dans une moindre mesure avec la communauté. Court et lourd, conventionnel dans ses procédés et ses jugements plutôt que vraiment niais. Animalise un peu le Tony, comme une sorte de nerveux malfaisant et fébrile. Joli habillage. (58)

10 canoës, 150 lances et 3 épouses * (Australie 2006) : (concours de) Bites à l’air libre, chasses, épouses, intrigues relationnelles médiocres, rites et combats : la vie dans cette communauté est des plus dissuasives. Construction instable (portraits/ récits/ enchâssements et répétitions), développement lent. Sous-titré, langage anglais et aborigène. Des passages en noir et blanc. (38)

The Lady * (2011) : Un des regrettables Besson, réalisateur dont je trouve les films habituellement potables, légèrement bons ou simplement mauvais. Besson a voulu s’exprimer sur un symbole vivant et incarné de la lutte contre les tyrans, contre la corruption, pour le pouvoir du peuple par le peuple. Il vient à un moment où tout le monde peut dire du bien sur une ersatz [perçue] de Gandhi. À cette fin il enjambe plein de faits et de nécessaires ambiguïtés. Le film est niais, ses méchants grossiers et mono-traits avec une surface encore plus réduite que pour les autres. Il dramatise à outrance, jusqu’aux petites souffrances d’une otage (et le dilemme avec sa famille). The Lady est une BD mielleuse et donc une misère pour un biopic. Tout comme le ciné-gentil n’a aucun intérêt pour traiter la politique (sauf du point de vue d’un larbin ou de son maître). The Iron Lady à la gloire de Thatcher, à peu près aussi partisan et un peu moins aveugle, en tout cas pas unilatéral, vaut largement le double voire le triple de cette bêtise. Séance débile quoique pas désagréable et sans longueurs. (28)

Bons Baisers de Russie ** (1963) : Mon initiation à James Bond ! Avec une vieille lesbienne dure et traître à la patrie soviétique. Des moments repris dans OSS 117. Agréable mais futile et trop lent. (54)

La Mort en direct *** (1980) : Vu pour le thème et à cause de la direction par Tavernier. « La mort est la nouvelle pornographie – la nudité ne choque plus personne ». Initiative intéressante mais tendance à s’affaler ; manie (constante dans les futurs docs ou fictions sur la télé-réalité, comme Le jeu de la mort) de compatir formellement et de pointer le gouffre entre la mécanique ou le système et un ou deux humains mâchés dans le processus. Tourné en anglais avec des acteurs US dont Harvey Keitel. Emet le sentiment qu’il n’y a plus de drames et qu’il faut trouver de nouveaux dopants et divertissements à l’Humanité, qui s’ennuie dans son confort pour une part moisie. Le film lui-même offre une aventure authentique, avec vagabondage romanesque et semblant de romance tragique. En conclusion, il indique avoir été tourné en Écosse et à la mémoire de Jacques Tourneur. (68)

2 fast 2 furious ** (2003) : Bien meilleur que le suivant (Tokyo Drift) et au niveau des 56, en étant différent : plus coloré, plus émotionnel, plus sensuel et moins puissant. Un peu crétin, vulgaire, transparent, généreux. Casting sympathique. Finalement, c’est le plus aimable et enjoué que j’ai vu, après le 7e opus – c’est donc le meilleur après lui. (54)

Tellement proches ** (France 2009) : Troisième du duo Toledano-Nakache, autour d’embrouilles d’une famille supposée dysfonctionnelle. Recyclage joyeux et grand-public des clichés en terme de caractères et parfois en terme de vannes. Efficace et simpliste. Niaiserie ravageuse (et convenue comme le reste) dans la dernière partie. (48)

Au Service Secret de Sa Majesté ** (1969) : Second que je vois de la franchise, à nouveau sur FranceO. C’est un James Bond à part, avec l’australien George Lazenby et une ‘vraie’ romance avec engagement. Les décors (dans les montagnes suisses) et la musique forment les points forts. L’action (non le rythme) comble le vide. (48)

L’étudiante et monsieur Henri ** (France 2015) : Auto-adaptation d’une pièce de théâtre par le réalisateur qui avait commencé fort mal via Irène. Vu à la télévision où il paraît au mieux. Naïveté et réalisme, bons mots, bons interprètes. (58)

Bob le flambeur ** (1956) : La raideur habituelle de Melville est poussée à son comble, la lenteur est toujours de la partie et affecte surtout le scénario. Tout est dans le style pour cet espèce de cartoon très langoureux, propre et superficiel(lement ‘noir’). Avec un braquage en perspective, c’est en fait un film de gangsters, dotés du swag de l’époque. Les démêlées du groupe et les faiblesses des personnes occupent presque tout l’espace, l’action est rare, les buts restent mous, la direction est floue. (56)

Fatima ** (France 2015) : La femme du titre est une femme de ménage peu intégrée en France, avec deux filles qui elles parlent le français et n’ont pas grandi au bled (recrée sur place par les bigotes et faute d’accès à mieux). Le film s’attache à sa vie minable sans faire dans le misérabilisme. Il relève d’une école ou à défaut d’une catégorie ‘réaliste’ remplissant un job de fonctionnaire et préférant la vérité sociale à l’art, à la subjectivité (sauf celle d’une ‘héroïne’ mais toujours en plaçant sur elle une expression qui n’est pas la sienne, commente son ressenti de façon didactique). À la rigueur il pourrait être téléfilm et remplirait aussi bien sa mission – ou plutôt sa fonction. Le scénario et le contenu sont minimalistes et sans complexité, mais le film est sensible à son triple-cas, synthétique. La fin abrupte rend l’ensemble assez débile. Dans les quinze dernières minutes la politique commence à s’installer sérieusement et le film ne met plus seulement des mots dans la bouche de Fatima, mais aussi des convictions, les résidus d’une représentation du monde – c’est le rôle de sa lettre, pleine de ressentiment. Le film s’écrase alors : il a pu faire illusion, mais finalement n’est qu’un produit de convaincu, de partisan, qui s’est contenté de faits orchestrés, s’est bien dépouillé, pour installer le terrain et ne dire rien d’autre que ce dont son engagement a besoin. C’est dommage, car il y a de l’efficacité, un joli élan, de l’empathie clinique, une façon de se poser dans la laideur et la bête réalité qui avec davantage de perspective aurait joué un rôle constructif (à une échelle plus large que faire tenir des tranches de vie). (52)

La Ritournelle ** (France 2014) : Film français très classique puisque très humble et portant sur l’adultère avec doutage joyeux et relance à la clé. Donne envie pour un contre-emploi insolite : Isabelle Huppert en femme d’agriculteur (en Normandie). Elle reste une névrosée planant au-dessus ou en-dehors du milieu et de ses fonctions – enfin, une Bovary plutôt qu’une névrosée. Les personnages autour d’elle, sauf le suédois, sont souvent dans la connerie ; elle a une tendance à la fuite, se montre intrépide puis lâche, déterminée mais distraite (elle part à Paris pour retrouver un homme, passe méthodiquement dans tous les magasins de la ligne où il doit se trouver, mais n’a pas prévu ce qu’il faudra lui dire). (58)

Gribouille ** (France 1937) : Vu dans le Cinéma de minuit de France3 avec un préambule peu engageant, où le narrateur n’a de mots que pour les acteurs et les films relatifs. Il indique qu’un remake hollywoodien a été tourné en 1940. Vu pour Michèle Morgan, qui n’est pas à son meilleur dans un rôle pourtant à fort potentiel et approprié (probable tueuse de son amant créant la confusion dans la famille qui la prend en charge). Lourd et traînant. Sorte de comédie à suspense, d’un registre courant dans les années 1930-40. La musique est le meilleur. Raimu chante Gloria In Exelcis Deo à l’Église – l’ensemble des scènes reste insignifiante. (36)

Chérie, je me sens rajeunir ** (USA 1952) : Comédie loufoque ou burlesque de Howard Hawks. J’ai peu accroché au début et sur la fin, aimé les phases de folie ou de régression de Cary Grant et Ginger Rogers, ou encore la participation du singe. Le film se renouvelle trop peu malheureusement et le silence aurait été préférable au laïus final sur la jeunesse en esprit, même s’il dure une vingtaine de secondes (avant le baiser convenu puis ‘the end’). Marilyn Monroe joue une secrétaire-potiche allumeuse (à quel degré de conscience ?). (56)

.

Autres Mini-critiques : 9, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

RIO BRAVO **

22 Août

2sur5  C‘est la quintessence du western, paraît-il. Et lorsqu’il s’achève après deux heures et vingt minutes de gentilles péripéties guillerettes, rien d’autre n’a été donné à voir qu’une liquéfaction d’un genre en gros loukoum familial. Ce constat doit être nuancé par le travail technique et narratif opéré sur ce Rio Bravo, huis-clos à ciel ouvert orchestré avec une minutie remarquable, à défaut de génie ou d’invention dans la mise en scène.

Lui-même inspiré du Train sifflera trois fois et de 3h10 pour Yuma, Rio Bravo sera une référence pour de nombreux cinéastes comparable à Blow Up. Tarantino et Carpenter lui ont rendu hommage avec Assaut et Reservoir Dogs et l’ombre de Rio Bravo plane sur plusieurs productions parfois majeures de cinéastes ultérieurs. Ce sont souvent des œuvres cherchant le mélange de genre, ce que Rio Bravo n’accomplit pas, sauf si l’alliance de la guimauve et du western peuvent être qualifiées ainsi (dans le mielleux Je suis un aventurier vaut mieux).

Le western est le grand perdant de cette association. Face à Rio Bravo la question se pose : où est le western ? Il n’y a aucun paysage, quasiment aucun affrontement physique, absolument aucun horizon à conquérir. Il y a tout juste un gunfight en conclusion, expédié comme une affaire courante, dont l’acte le plus spectaculaire est la chute d’un type du premier étage, moins impressionnante et pittoresque que celle d’un bourguignon dans Les Visiteurs 2.

Les acteurs ont de belles gueules mais les personnages sonnent creux. La caractérisation de certains relève du cartoon sénile et inassumé : Stumpy (aka Walter Brennan) passe son temps à hurler comme un constipé en surcompensation et s’il a vocation à amuser les enfants il a aussi le don de générer une grande souffrance lorsqu’il s’agit de contempler ses laborieux numéros (heureusement rien de tel qu’avec La dame du vendredi).

Ces personnages manquent de charisme, de destin même : ils sont insuffisamment confrontés. C’est le revers du parti-pris de Howard Hawks et John Wayne, qui ont décidés de présenter ce dernier en cow-boy de service public. Wayne l’infirmière affectée quoique sobre va ainsi tirer le meilleur de ces gens pas forcément vertueux a-priori et les mobiliser pour faire face aux envahisseurs hostiles lors du siège qui se prépare.

Par conséquent, on piétine pendant deux heures, autour d’intrigues qui devraient être secondaires mais occupent tout l’espace. Les enjeux sont faibles mais on se laisse facilement charmer par la romance se profilant entre Wayne et Angie Dickinson et prend un certain plaisir lors d’un passage chanté ou quelques confessions innocentes d’un protagoniste. Malheureusement il faut réaliser que rien de plus puissant n’est prévu au programme et que ces accompagnements acidulés sont en fait le cœur du spectacle (La rivière rouge n’était pas pétaradant non plus, mais plus solide sur les relations et personnages).

Au cas où on douterait de sa perception, la fin sidérante vient signer. Nous étions bien devant la variante familiale, niaise et optimiste d’un genre que les italiens ont vraisemblablement tiré de la noyade. Pardon John, Howard et Warner Bros si l’idéalisme un peu farouche de Fred Zinneman vous a contrarié au point qu’une mission de purification vous est apparue nécessaire ; mais où est le western (ou à défaut le scénario, les conflits, la tension) ? Pardon les cinéphiles, mais où le chef-d’oeuvre dans ce qui est probablement plutôt un fétiche de votre enfance ?

Note globale 52

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…  Le dernier train de Gun Hill + Scarface

Ajout (à l’occasion de la publication SC en février 2019) de la dernière parenthèse et de la référence à Je suis un aventurier ultérieurement (vu en juillet 2017 vs juillet 2014). Idem pour La rivière rouge (décembre 2014) et La dame du vendredi (janvier 2015).

 Voir l’index cinéma de Zogarok

MINI-CRITIQUES 2

28 Avr

Seconde vague de Mini-critiques, avant la première pour les séances Mubi.

.

Cujo * (USA 1983) : Ce film d’épouvante récolte des appréciations très contradictoires, du ‘culte’ nostalgique aux tomates moisies pour nanars accablants. Je suis plus proche de la seconde troupe. Cujo est lent, redondant, trop centré sur ses personnages insipides – notamment sur la mère et le fils. La première échappe un peu à la platitude générale par sa faute morale, le second jouit d’une VF phénoménalement cruche. La créature est pour le moins décevante, les quelques plans subjectifs avec la bête sont très courts (celui de l’intro est une exception, l’enjeu est médiocre puisque le chien y course un lapin). Le film manque de ressources dramatiques, les flottements après le combat de la mère le démontrant par l’absurde. Le huis-clos arrive trop tard et bien sûr le final est médiocre. La mise en scène est brutale mais de bonne tenue pour du gros bis qui tâche. Sur le thème des chiens tueurs il vaut mieux encore Dressé pour tuer/White Dog, pour un chien maléfique de plus haut niveau préférez Baxter. (42)

Cowboys & envahisseurs * (USA 2011) : Réalisé par Jon Favreau après les deux premiers Iron Man. Mélange western/science-fiction assez improbable sans verser dans l’humour. Au XIXe s’organise une chasse du syndicat des cow-boys contre des extraterrestres aux trafics sinistres. De courtes hallucinations couleur glauque sont servies en guise de flashforward hypothétiques pour ces pauvres terriens. Les personnages se la jouent lourdement burnés, le ton devient grandiloquent et l’écriture est bâclée. Les effets spéciaux sont à la fois très expansifs, apparemment ambitieux et salement kitsch. (36)

Gorky Park ** (USA 1983) : Par le réalisateur des futurs Gorilles dans la brume et Le monde ne suffit pas. Ce film américain tourné sous Reagan se déroule en Russie. Produit assez banal au rayon espionnage/thriller, mais doté d’un cadre et de termes un peu exotiques, avec des parti-pris inhabituels, un rythme tendu mais posé, un souci des psychologies. Choix pas nécessairement payants, surtout le dernier.

Par son biais les USA livrent une représentation à charge de l’URSS, en dénonçant en plus de ses vices idéologiques et de son autoritarisme (crimes du KGB) sa désintégration en marche. Mais la corruption et le cynisme n’ont pas de frontières. La vision est pessimiste, ce qui peut donner l’impression d’une Amérique vaguement auto-critique.

Ceux qui ont accroché peuvent se tourner vers Réincarnations de 1981, fantaisie horrifique partageant beaucoup de points communs, en esprit et dans les détails d’ambiance. (56)

Falbalas ** (France 1945) : Jacques Becker a réalisé Casque d’or, Touchez pas au grisbi et finalement du Trou (vus les deux derniers) ; avant ceux-là il a tourné Falbalas à la fin de l’Occupation. Ce film est centré sur un couturier parisien et ses démêlées sentimentales avec une Micheline (Presle) brisant sa confiance, ses défenses et ses illusions.

Falbalas est donc un festival de mondains, pédants productivistes, plus encore (mais au second plan) d’armées de mannequins ou petites mains. Il est à découvrir pour les amateurs de mode ou ceux qui en veulent une vision inhabituelle (ancienne et française), vraisemblable mais sans les excès. Le milieu est relativement ‘libertin’ par rapport à la société, par les goûts et dégoûts.

On nous donne à contempler les loisirs (hauts-)bourgeois, l’amour discourtois, les exercices de séductions entre autres tenues de comptes.. puis le tout verse près de l’onirisme, avec un antihéros à la poursuite du romantisme perdu. Marcel Rochas, couturier d’envergure mondiale, s’occupe des costumes – deux ans après une contribution équivalente pour un film écrit par Cocteau (L’éternel retour). (56)

Communion ** (1989) : « Based on the true experience of one american family » dont le scénariste avait tiré un livre, ce film (par le réalisateur des deux premières suites de Hurlements) pourra plaire aux amateurs d’ufologie. Le style est très kitsch et l’écriture semble hasardeuse, avec du bourrage entre les éléments clés. L’environnement du protagoniste joué par Walken prend beaucoup de place (famille, amis, interlocuteurs) mais ne nourrit pas de conflits. Quelques mouvements et prises typiques de films d’horreur et notamment de slasher (ou de cauchemar) d’assez bon niveau.

Tournant majeur au milieu du film, à partir duquel la psychose, la parano justifiée ou non, une manipulation à la X-Files, deviennent envisageables – le risque de tomber dans la première dominant largement. Les apparitions sont cheap & plastique, pas sans charmes lorsqu’elles restent abstraites. Le climax niveau ‘fantasy’ a probablement inspiré l’épisode pilote de South Park avec la sonde anale. Bons interprètes mais les ambitions sont superficielles – hors-récupération d’un thème insolite. (58)

Real ** (Japon 2013) : Signé Kiyoshi Kurosawa (Kairo, Tokyo Sonata), un des réalisateurs japonais les plus suivis depuis Cure en 1997. Un jeune homme aux traits féminins plonge dans l’inconscient de sa fiancée dans le coma. L’expérimentation vire à la balade nostalgique, à la lisière du conte de fée – sombre et dépouillé. L’approche est sentimentale et prudente. Real rappelle Inception, The Cell, un peu Oshii, mais n’a ni l’éclat ni le panache de ceux-là. (52)

Tu seras mon fils *** (2011) : Centré sur la filiation et le rejet d’un fils trop fluet par son père. Proche d’un téléfilm sans bavures ni relâchements. Montre assez bien les enfermements dans des situations insolubles mais chargées émotionnellement (le fils qui ‘s’accroche’) ; et par extension le déni, pour retarder la prise de conscience entière et éviter conflits ou autres actions décisives. Acteurs très bons, bonne surprise du côté de Mairesse même si elle reste plus théâtrale que les autres. (64)

Fast and Furious 5 ** (2011) : Meilleur opus présumé de cette saga, découverte pour l’occasion sur TF1. Moins de vigueur dans la deuxième partie, à cause des préparatifs de l’invasion de la Banque et des approches indirectes ; plus de musique tapageuse d’ailleurs. Amitié limite et pleine de sous-entendus entre les beaux-frères. (52)

Hot Shots ! * (USA 1991) : Un des exploits de l’écurie ZAZ, parodie fonctionnant sur l’abaissement constant, soit de la dignité des scènes ou de l’esprit originels, soit en tirant tout vers le pragmatisme balourd. L’humour est essentiellement visuel, avec un petit côté ‘Les Nuls’ quand il passe par les dialogues ou attitudes en face-à-face.

Moins bon et varié que les Y a-t-il un flic, moins enfantin que le pilote dans l’avion, ce foutage de gueule fait pâle figure face à la Team America des auteurs de South Park. Concrètement Hot Shots épluche Top Gun, avec des agréments tirés de gros films récents (Full Metal Jacket, Danse avec les loups..). Il gagnerait à être concentré sur plusieurs cibles (comme son descendant Scary Movie) – ou totalement émancipé (OSS 117). (38)

Flic ou zombie/Dead Heat ** (1988) : Marqué par état d’esprit léger, parodique (des films à ‘mystère’ typiques de l’époque, qu’ils avancent sous le vernis policiers ou SF), mais surtout bête et lubrique. Poussif au début, quand les personnages prennent encore toute la place ; sauvé et dopé par son culot. Fantaisiste et grotesque, avec des séquences de gros bis torché : le climax étant cette séquence avec animaux morts voire quartiers de viandes zombiefiés, où on trouvera une attaque de cochons ressuscités. La scène où le sosie de Vincent Price plaide pour l’immortalité des riches est autrement croustillante. Le reste est peu intéressant mais enjoué (la danse au rythme des coups de feu – et de leurs déjections rouges, les poussées beaufs). (52)

Grand Hôtel ** (USA 1932) : Un des premiers ‘all star movies’ avec notamment Greta Garbo et Joan Crawford. La direction d’acteurs est extrêmement théâtrale, les décors se veulent baroques, sur tous les plans on sort le grand jeu. Produit dans un contexte d’optimisme généralisé, le film est habité par un esprit ‘progressiste’ (au-delà de la politique, où s’il faut classer il sera loin de toutes considérations élevées ou généreuses), balancé par les malheurs et les chagrins propres au luxe et à l’ennui des éléments parasitaires ou ‘show-biz’ des plus vernis (fût-ce le temps d’être dans la cour). Les fantaisies de riches (ou wannabee) sont bientôt englouties par les drames, les hontes, même la mélancolie, avec des démêlées criminelles en bout de course. (56)

Le prisonnier de Zenda ** (1952) : Format très carton-pâte avec une mise en scène proche du théâtre lors des présentations. Commence comme une balade touristique et vire au mélodrame masqué en film de cape et d’épées, sur fond de royauté. Combats peu crédibles et sentiments exacerbés, le tout très strictement emballé. Réalisé par Richard Thorpe (Le rock du bagne avec Elvis) à la même époque que son Ivanhoe. (56)

Sarajevo mon amour ** (Bosnie 2005) : Autour du secret d’une femme et mère. Ceux tombés sous le ‘charme’ de Goodbye Lenin !, ou généralement convaincus par les films ‘à prix’ à l’esprit un peu scolaire, devraient aimer. (58)

L’attaque de la malle-poste ** (USA 1951) : Rawhide, western se déroulant dans l’Arizona. Sans cow-boys dans la poussière ; huis-clos. Film de série rondement exécuté, tendu mais lent à la manœuvre, insignifiant au fond. Personnages pauvres sans être caricaturaux (hormis par les gueules côté idiots et/ou méchants). Beau travail du chef opérateur. (62)

Vincent, François, Paul et les autres ** (France 1974) : Histoires de cœur et blues de CSP+ quinquagénaires. Des femmes froides et frustrées remontées contre eux. Depardieu incarne la touche CSP- digne et petit aventurier posé. Franchement oiseux, ce film de mœurs n’aurait rien été sans ses acteurs. Yves Montand est lourd et mauvais pour un personnage infect dont le déclin est encore à peine perceptible. (44)

Hatari ! *** (1962) : Signé Hawks, un film qui pourrait réjouir en particulier les enfants. Foule d’animaux différents filmés de près. Proximité appuyée parfois entre humains et animaux (Dallas avec ses éléphants ‘domestiques’). Vision d’un zoo idéal, presque ouvert. Les scènes d’interactions humaines exclusives sont un peu plombantes. (68)

Tout ce que le ciel permet *** (1955) : Douglas Sirk, mister ‘mélo’ signe un de ses meilleurs films, indirectement politisé (comme Le temps d’aimer et le temps de mourir). Une bourgeoise d’âge respectable et un ouvrier envisagent de se marier. Le scepticisme, les railleries et le rejet sont au programme, pour la seconde moitié (d’une courte séance). Il est donc question de hiérarchies et de classes sociales, sans différences flagrantes ou éléments gadgets pour court-circuiter : la sortie d’un Tout ce que le ciel permet serait un bug aujourd’hui (hormis pour les joies de la comédie). Vif, synthétique, implacable plutôt que dégoulinant. Angélique au fond, non-conformiste en dernière instance (met les sentiments au-dessus). Style moins rococo que dans les autres opus que j’ai vus (tel Le secret magnifique). (72)

Le Marginal ** (France 1983) : Le dernier représentant de l’apogée de Belmondo, alors abonné aux polars. Celui-ci est caricatural mais aimable. Bébel fricote avec plus déviant que lui. Deray (La Piscine, Borsalino) sera à nouveau derrière la caméra en 1987 pour Le Solitaire, où ce numéro de flic ‘libre’ commencera à user. (58)

Les enfants Loups, Ame et Yuki *** (2012) : Conte joli en tous points de Hosoda, réalisé après La traversée du temps et juste avant Le garçon et la bête (un des bons crus de l’an dernier). Joue avec de nombreux clichés : le vieux bougon avec du cœur au fond, les enfants sur-kawai, la mère-courage aussi gentille dame qui ravale tout. (68)

Le Loup-garou de Paris ** (France 1997) : Film cosmopolite du réalisateur de Témoin muet, se présentant comme la suite d’An American Werewolf in London de John Landis (1981). Lorgne vers le slasher et se balade entre le teen-movie, la comédie lubrique et l’horreur gothique. Devrait plaire aux nanardophiles, pour lesquels ce sera un genre de blockbuster haut-en-couleur.

Malheureusement il devient trop décousu dans la seconde partie, où il s’effondre avec des éléments prégnants mais bizarrement employés, sinon sapés (les méchants skinh, la pente ‘film de poursuite’). Les fantômes de cadavres déchiquetés doivent-ils devenir des acolytes ingrats, ont-ils bien quelque chose à faire payer ou à apporter? Julie Delpy est en fâcheuse mais séduisante posture ; des images de synthèse (très ‘jeu-vidéo’ d’époque) enluminent les vues subjectives de monstres. (48)

.

Changements de notes le 15 mai 2018 suite au lissage de l’échelle : Cowboys et envahisseurs (37-36), Communion (57-58), Fast and Furious 5 (53-52), Grand Hotel (57-56), Le prisonnier de Zenda (55-56), L’attaque de la malle-poste (61-62), Tout ce que le ciel permet (73-72), Le marginal (59-58). En juin 2019 à l’expulsion des notes en -0, Cujo passe à 42.

.

Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

LA DAME DU VENDREDI *

2 Jan

dame vendredi

2sur5  En 1938, Howard Hawks réalise L’Impossible Monsieur Bébé, un des emblèmes de la screwball comedy. Deux ans plus tard, il récidive avec La dame du Vendredi, réunissant une large partie de la même équipe, devenant lui-même un des films les plus fameux du genre. Malheureusement pour ce His Girl Friday si mal traduit en France, l’âge et la réputation ne changent rien à l’affaire. Il n’y a pas de raison d’être complaisant avec une comédie gueularde et superficielle s’arrogeant une supériorité morale ou intellectuelle à base d’idées reçues médiocres ou primaires.

Il n’y a donc pas de raison de tenir en estime cette Dame du Vendredi, produit exactement comme ses personnages : bavard et insipide pour une abondance de faits et d’échanges oiseux, au service de démonstrations d’une arrogance illégitime et d’autant plus déconcertante. Il est fondé d’estimer que le monde de la presse est décrié ici, montré comme cynique et absurde ; de voir dans His Girl Friday un film affichant une société proche de l’hystérie et d’une superficialité monumentale. Or nous rions avec ce monde ennuyeux, nous sommes présumés exulter avec lui, en lui, par lui, tout en accompagnant une perspective d’une pauvreté et d’un conformisme affligeants, voir assez agressifs.

La Dame du Vendredi est l’Hollywood classique, grossier et conquérant incarné. Ce film voudrait avoir tous les lauriers, profiter de l’enthousiasme vaudevillesque tout en se posant comme ‘critique’ également : mais il est comme eux, ne cessant de l’ouvrir en croyant faire de l’esprit. Cela se traduit par quelques petites saillies au mordant innocent où est censé percer une acuité profonde et un moralisme intense. Il n’y a rien, aucune observation, aucune finesse : c’est le degré zéro du regard d’auteur et de la réflexion. Par moments la séance ressemble à une sorte d’AbFab précoce, où tout et surtout tout le monde est tristement normal mais pas moins obscène.

Parmis tous ces bourgeois euphoriques et dramatiques, Carry Grant est censé être l’opportuniste lucide se détachant. Il est tout aussi insupportable et bête que les autres, son intelligence est pratique et il a les références nécessaires. C’est bien faible et surtout bien laid. L’euphorie poussive de l’Hollywood classique, avec tous ces imbéciles joviaux et rationnels aux voix sur-aigues, est au zénith. Il y a une petite nuance dans l’optimisme, une petite goutte d’acidité : c’est présumé donner au film une complexité dont il n’a pas le contenu et à peine les formes.

Que cette chose passe pour un équivalent des travaux de Bunuel ou même de Renoir, ce qui est sa prétention manifeste, est une connerie monumentale. C’est une comédie hollywoodienne chic et criarde, sans aucun recul vrai sur elle-même (pas forcément spirituel pourtant, Les Hommes préfèrent les blondes sera infiniment plus pertinent quand à ce qu’il profère). Au début le réalisateur souligne bien qu’il ne vise pas la presse (pour nous indiquer donc qu’il la dénoncera l’air de rien) ; et il infiltre deux gimmicks ironiques dans le flux. C’est tout. Un condamné à la peine capitale et même une mort sur la route de nos bourgeois exaltés : il y a du lourd, message reçu.

Il y a du lourd mais après tout le directeur des opérations est le même que pour Rio Bravo, western lénifiant niant son genre à force de grandiloquence et de démagogie. Le qualifier de disneyen est tentant, mais Disney a du fond, peu importe qu’il soit niais ou normatif. Disney a une stature morale qu’il communique, Disney ne feinte pas la distanciation et donc ne se donne pas l’occasion de travestir sa bêtise. Tenter de battre le record de mots à la minute ne change rien à l’idiotie intrinsèque du programme. Cela ne fait qu’interdire le moindre répit aux otages d’une représentation basse et vaniteuse.

Note globale 36

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Howard Hawks sur Zogarok >> Rio Bravo + La dame du Vendredi + Scarface (1932)

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.