ASSURANCE SUR LA MORT ****

9 Déc

assurance sur la mort

4sur5  Double Indemnity est l’un des meilleurs films noirs, sinon le meilleur ; et un film noir véritablement noir, pour le coup ! Réalisé en 1944, il se place loin du machiavélisme parfois enfantin de ses homologues, adoptant un ton parfaitement adulte et sinistre, suave et extrêmement fataliste, jugé de ‘mauvais goût’ à l’époque, tout en étant copieusement récompensé. La dynamique de ce policier ne repose pas sur l’identité du tueur et le point de vue de la victime est délaissé ; nous sommes du côté des assassins et c’est eux qui vivent dans la crainte.

L’excellent suspense caractérisant Double Indemnity vient de cette condition des amants criminels sous pression permanente, exposés par leur faute à un monde dont l’hostilité vient de se réveiller. Dès son quatrième film, Billy Wilder (Boulevard du crépuscule, Certains l’aiment chaud) innove tout un genre et propose une construction permettant d’évacuer les petits mystères, sans pour autant mettre le spectateur dans une position de supériorité comme souvent chez Hitchcock. Dans les premières séquences, le spectateur voit un homme manifestement acculé se confesser à un microphone pour un ami.

Le film sera donc un long enchaînement de flash-back et dès le début nous savons que la vérité va éclater ; nous savons que le destin est écrit, mais nous voulons et pouvons encore croire à une alternative, même pas sinueuse, il suffirait d’un bon concours de circonstances ou même de nouveaux méfaits ; et les amants seraient libérés, n’auraient plus à douter d’eux-mêmes ni de l’autre ni des contingences, s’épanouiraient sans avoir à se justifier. Ces criminels ont beau être froids et mauvais, dans la méthode et dans une certaine mesure dans leur être, Wilder cultive l’empathie à leur égard.

Pourtant, Walter Neff est un vrai anti-héros, très sombre, calculateur, avec les traits durs de Fred MacMurray et cette face de sadique oscillant entre certitude et anxiété. Apparemment plus douce et surtout plus animée, sensible, Phyllis Dietrichson (Barbara Stanwyck) se trouve transformée en femme fatale. Ces deux acteurs mettent alors leur image en danger ; pour MacMurray, il s’apprêtait à rejoindre un nouveau studio et la Paramount tenait à casser son crédit en l’assimilant à un produit sulfureux. Elle l’a poussé à prendre le rôle le plus important de sa carrière.

Malgré et même avec ses petits côtés amphigouriques du départ, Assurance sur la mort est globalement un thriller remarquable, un classique et une expérience vibrante dans ce domaine, par-delà la catégorie spécifique des films noirs. Sur ce terrain-là, entamé en 1941 par Le Faucon Maltais et refermé par La Soif du Mal en 1958 selon les acceptions puristes, Double Indemnity règne sans partage, faisant également de l’ombre au Troisième Homme. Seul La Nuit du Chasseur le surpasse mais il ne saurait lui voler le statut d’emblème ou dominant du genre compte tenu de son caractère iconoclaste ; Assurance sur la mort au contraire honore les traditions du film noir tout en assumant sa sève la plus sulfureuse.

Loin du simple cynisme maniéré et poseur de ses camarades, c’est aussi une tragédie romantique ne disant pas son nom, reflétant la fuite en avant du tandem Walter/Phyllis. Des ambitions dangereuses et sentiments amoureux les travaillent, mais sont complètement étouffées ou dépassées par la jouissance puis le vertige ressentis dans un engrenage hors-de-contrôle. Il faut toujours négocier la sortie ou lutter contre l’implacable échec. Ces sentiments sont si contrariés et les comportements des deux personnages si mécaniques que le pacte se conclue sur un baiser à la fois fougueux et très raide. Il ne serait pas crédible, si ce n’était pas celui de deux pantins torturés, deux tyrans possédés par leurs passions.

Note globale 84

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…  Blow Out  

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :