Tag Archives: Niels Schneider

UN PEUPLE ET SON ROI *

3 Avr

1sur5 Encore un film historique théâtral recyclant les clichés et les ‘acquis’ idiots quant à la représentation d’un épisode important. On retrouve ce côté choral infect et tronqué, avec des ouailles enchaînant la parole. Cette façon d’aliéner tout et tous dans une chorégraphie inepte et bien-pensante est au-delà de la propagande (c’est de l’habitude et de l’imitation molle), ou alors une propagande usée, médiocre, d’un académisme dégénéré. Mais ce film est avant tout un raté ou une aberration irrécupérable.

L’individu, le collectif, la communauté, l’Histoire même : tous sont figurants. Le film accumule les scènes entendues, en plus biaisées par l’ordre du jour (on se marre à table en évoquant la femme citoyenne), au milieu desquelles s’insinuent des palanquées de séquences oniriques ou vaguement abstraites (les cauchemars du roi principalement). Les auteurs ont voulu capter la substance émotionnelle des acteurs de la Révolution et aboutissent à un spectacle abrutissant, avec une atmosphère obscure, une mise en scène poseuse et pesante, des acteurs en démonstration, des émotions subites faites pour être récupérées dans des tableaux – mais quel goût bizarre et laid dans ce cas. En-dehors de toutes considérations propres au sujet, ce qui marque dans ce Peuple sans roi c’est son inanité technique et narrative : absence effarante de dynamisme, enchaînements bâclés, scénario confus, barbouillé et seulement ajusté par la chronologie de la période.

Nous sommes au stade où la confusion et la pesanteur confinent à l’avant-garde. Un tas de complications futiles envahit jusqu’aux petites histoires (celle entre Adèle et Gaspard), la préférence pour les uns ou les autres est injustifiable, la poésie essaie de s’en mêler. Il y a probablement quelques clubs ou sectes où ce film apparaît rempli de sens car on aura pu s’étendre sur ses intentions, voire préférer les garder fumeuses comme doit l’être l’idéologie de la maison un siècle après la disparition des têtes pensantes capables d’assurer intégrité et cohésion à tous les étages. Naturellement on voit les visages de la culture avancée défiler, car ce ballet reflète tout de même une sorte d’Acte 1 démocratique ou d’avènement de l’Histoire civilisée – Garrel en Robespierre serait le comble de la farce s’il n’y avait les époumonements de Denis Lavant en Marat. Le vote concernant la mort du Roi atteint le paroxysme de l’actor’s studio éreintant – ce genre de bouffonneries pimpantes est pourtant obsolète.

Peu importe la position ou les attentes du spectateur concernant le traitement politique voire religieux de la Révolution, le résultat est inadéquat – un public de la vieille gauche ‘radicale’ [centre contemporain] ou bolcho-paternaliste actuel y trouvera davantage son compte mais sous la glu et en s’armant de complaisance ! Il y a bien des bouts de remises en question du despotisme révolutionnaire (et de la représentation politique en général) lors des passages au Parlement. Ces séquences verbeuses et subitement scolaires ont le mérite d’être limpides mais pour mieux se vautrer dans la superficialité, la projection démente (les bons paysans à l’agenda progressiste et d’une cordialité digne des députés actuels) et la pure niaiserie (« le vote censitaire c’est le vote des plus riches » : oh qu’il est lumineux celui-là ! ). La meilleure concession au bloc antagoniste réside finalement en l’incarnation de Louis XVI – malgré la bedaine de circonstances et les tourments du dernier roi d’ordre divin (pour un équivalent chez les révolutionnaires consultez Danton), Laurent Lafitte réhabilite un peu le malheureux Louis XVI – par la contenance, physique inclus.

Le film a beau jeu de laisser la parole à de multiples parties ; on est plus effacé à mesure qu’on appartient ou se trouve dans l’adhésion à la monarchie. Les voix dans le sens de l’Histoire sont toutes essorées pour bien trouver leur petite place lustrée sous la bannière. Le sacrifice du Roi est le comble de l’ambiguïté vaseuse – il est montré comme tel (un sacrifice – inévitable), acte de naissance de la nation républicaine, avant que la place soit envahie de bonheur ; sans doute la nécessité de digérer une mise à mort alors qu’en vertu de ses idéaux de Lumière et d’Humanisme on réprouve le principe. Y aurait-il là une tentative des tenants de la République d’envisager les aspects sombres du pacte ? La douleur et l’indignation des lésés ? Ou bien s’agit-il simplement de jouer la carte de l’inclusion des points de vue sans véritablement élargir ni surtout approfondir la perspective. C’est une méthode infaillible pour parer aux critiques, paraître plus réaliste ou authentique, sans égratigner véritablement le mythe ! Car l’essentiel est intact voire ressourcé. En sortant de ce film, on a bien su se rappeler que si la Révolution a mal tourné c’est car le Roi s’est barré et les chefs ou députés n’ont pas fait le job ; on voit parfaitement combien les révolutionnaires étaient non-violents ; on peut apprécier comme l’Idée a triomphé des fantômes du passé, des contradictions de la population et des complications du réel.

Note globale 22

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…  Le Parfum

Les +

  • indéniablement ambitieux (sur tous les plans : visuel, politique, ‘littéraire’, direction d’acteurs)
  • cultive un style
  • Laurent Lafitte

Les –

  • nullité de tous les agents de cette Histoire (sauf dans la sublimation morte et creuse)
  • les auteurs savent-ils ce qu’ils sont en train de fabriquer ?
  • Sont-ils vraiment au clair sur les intentions et le discours ?
  • À quoi riment ces emphases sur certains personnages ? Sur le couple et le métier de Gaspard (c’est une ‘grenouille’ positive) ?
  • Bouffé par ses manières, ses ralentis, ses poses sans frein

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LES AMOURS IMAGINAIRES *

28 Déc

amours imaginaires

1sur5  Son premier film J’ai tué ma mère était brillant, mais il y avait déjà les germes potentiels d’un cauchemar tel que ces Amours Imaginaires. Le second film de Xavier Dolan entretient tous les petits tics déjà ressentis, d’ado narcissique et surdoué, mais aussi de poseur lourdaud enfanté par les plus ardants blaireaux du café de Flore et les intellos policés radotant Camus tout le long de leurs bourgeoises et insipides journées. Si on y est allergique, Les Amours Imaginaires envoie une cohorte de signaux négatifs, la présence de Louis Garrel en guest étant l’objectivisation finale.

Deux amis, Marie et Francis, aiment le même type, un échalas angélique blond et bouclé crétin et vide. Ils vont interpréter tous ses gestes, transis devant ce mec fadasse mais solaire, laissant éclater leurs carapaces grandiloquentes. C’est parti pour 100 minutes de minaudages, de moues perplexes ou de circonstance, de petits gestes hautains maquillant les blessures assassines. C’est un peu comme dans les Chansons d’amour d’Honoré (avec son breton tendre et sauvage), mais en admettant la frustration, en singeant la réalité avec ces désirs grotesques, en contrariant les caprices et s’infligeant des mandales (la pointe de causticité, dont Francis est la première cible, rend la chose plus digeste, presque entraînante pour quelques instants), tout en se laissant toujours une porte ouverte vers l’accomplissement.

On parle culture, on se touche du bout des doigts avant de forniquer avec délicatesse mais en enfiévrant le contexte, on s’applique à être une créature de carte postale du parisianisme romantique tel qu’il est perçu partout dans le monde. D’ailleurs ils le disent eux-mêmes : au lit avec Marie avant d’enchaîner sur l’étreinte (il lui demande au passage si elle est « en amour »), son partenaire s’interroge : Marie, penses-tu à des vedettes de cinéma lorsque tu fait l’amour ? Les Amours Imaginaires contient des répliques fines, des analyses éclairs pas aberrantes mais rebattues sur les amoureux de l’amour et les érotomanes ordinaires [sublimés]. Mais l’agitation intense caractérisant J’ai tué ma mère ou Laurence Anyways n’est pas de mise ici.

Dolan livre au contraire un produit strictement hype, ultra soigneux, cultivant une esthétique d’urbains vintage et délicats, de mondains bavards et d’étudiants ronflants à la conscience servile. C’est tellement exaspérant que l’énergie habituelle à s’enflammer se démobilise ; autant attendre, ça passera, c’est réglé, c’est foutu, inutile de se battre ou de se réjouir en adoptant une approche sarcastique. Toutefois, le rire survient inévitablement, sur la fin en tout cas, passés les soupirs et la douleur. Face à cette sensiblerie extrême, on part nécessairement vers la stase ou le rejet, presque organique. L’argument du « chacun ses goûts » vaut pour le coup, car ce film a le mérite de la radicalité et est en mesure de plonger dans l’extase une cible définie, tout comme d’horripiler à un degré rare ceux qui s’en écartent trop.

Les Amours Imaginaires n’est donc pas intrinsèquement un échec total : oui, mais la nature du délire n’est pas le seul problème. Le manque de substance plombe le film, ses témoignages sont dérisoires, servant sa démarche de wannabee Jules et Jim (eux étaient plus simples et lucides, même avant de mûrir), de wannabee en effet (Truffaut a eu la chance de passer avant tous ses héritiers). Et si Dolan est passionnant et exaspérant d’une seconde à l’autre voire en même temps, il ne l’est ici qu’en tant qu’acteur, en tout cas pendant un certain temps. Le film s’effondre sur la fin, avec les mises au point. Au terme de la descente, une dernière séquence d’une laideur médusante. Au moins, Les Amours Imaginaires incarne quelque chose à la perfection : la chronique de petite chose protégée à la sexualité indéterminée, aux manières doucereuses et aux goûts ‘raffinés’ (au sens bobo lisse du terme), peuplée d’aspirants intellos sartriens et d’imitations de stars glamour et se branlant encore sur Pierrot le fou.

Note globale 32

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La Dolce Vita + Moonrise Kingdom + Guillaume et les garçons   

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (4), Ambition (7), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Note passée de 23 à 32 suite au re-visionnage de janvier 2019 et à la mise à jour des notes. Quelques mots en plus/moins. Lors de cette redécouverte, j’ai simplement vu un film ‘lourd’ avec des qualités, une indéniable force émotionnelle comblant pas grand chose (à la sortie, même en ayant su être complaisant, un « bof » s’impose forcément) – et de toutes manières un film ne s’adressant pas à moi, donc avec lequel je devrais faire un effort de lâcher-prise et de tolérance, chose plus facile 4 ans et demi après.

 

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Xavier Dolan sur Zogarok >> Mommy + Tom à la ferme + Laurence Anyways + Les amours imaginaires + J’ai tué ma mère

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