L.627 ***

2 Nov

3sur5  Cinéaste gauchiste, Tavernier est très sobre dans L.627 (nom d’une loi du Code de la santé publique de l’époque). Il écrit cette chronique sur la brigade des stupéfiants de Paris avec un ancien policier, Michel Alexandre. La perspective se situe au-delà, ou plutôt en-deçà, du politique, en tout cas pour ce qui est de la dissémination de commentaires ouvertement orientés (une constante chez Tavernier, dès L’Horloger de Saint Paul). Le réalisme recherché astreint Tavernier lui-même : pas de ‘traits d’esprits’ ou d’humour, mais une immersion totale auprès du sordide. Seule la musique de Philippe Sarde (fréquent collaborateur et soutien important de Tavernier) indique une franche subjectivité.

Il n’y a pas d’intrigue centrale, mais une succession de petites affaires, reliées par les coutumes de ce monde. La narration est légèrement focalisée sur un membre de l’équipe, Lucien (Bezace), mais lui-même est noyé dans le courant ; il ne se distingue de ses collaborateurs que par une présence un peu plus large, avec le suivi de deux relations chaotiques. Le traitement est sans complaisance, à la limite du déssechement. L.627 est pourtant en mesure de captiver grâce à son foisonnement. Le terrain parle, la sérénité et l’efficacité y sont impossibles. Torreton porte le mieux l’infâmie du milieu et le délitement inévitable des garants de la loi ; quoiqu’il évolue sur la fin du métrage, il demeure un parasite institutionnel au cynisme précoce, pleutre plutôt que moral lorsqu’il inhibe sa veulerie. Sans être un brulot tapageur, L.627 dénonce le manque de moyens affectant cette police et l’obsolescence des ressources et méthodes à disposition.

Cette précarité touche également les consommateurs de drogues et les dealers : ceux auxquels la brigade des stups est confrontée sont souvent des immigrés et toujours des pauvres ou des errants, vivant des conditions déplorables. L.627 souligne cette détresse. Le film n’exprime pas de charge directe mais il est intrinsèquement politique ; cette forme de passivité, ce renoncement au discours en tant que tel, fait de L.627 un produit véritablement offensif et exploitable à des fins concrètes. Ce dépouillement permet aussi de fructifier les qualités récurrentes du cinéma de Tavernier, mettre en valeur son attention aux personnages et ses tendances naturalistes (sans les côtés surréels de Coup de torchon). L.627 est presque l’antithèse du très lyrique Juge et l’assassin. Le film aura une influence considérable sur les séries policières sortant dans les années 1990 et attirera la colère du ministre de l’Intérieur de l’époque, Paul Quilès (PS).

Note globale 70

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Doulos + Tchao Pantin (1983) + Garde à vue (1981) + Tenue de soirée (1986)

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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