LA CHASSE (2012) **

17 Sep

la chasse vinterberg 1

2sur5  Grâce à sa sélection à Cannes et la présence au rôle principal de Mads Mikkelsen, Jagten a apporté une visibilité internationale et grand-public à Thomas Vinterberg. Co-fondateur du Dogme95 avec Lars Von Trier, qu’ils ont enterrés en 2005, Vinterberg a signé le film inaugural de ce mouvement, Festen, un drame familial en 8mm où s’engageait une mise à mort du patriarche incestueux. La Chasse est beaucoup plus académique (et sophistiqué) dans sa forme mais l’emprunte de Vinterberg s’y reconnaît. Il raconte la mésaventure d’un éducateur dans une école maternelle, subitement accusé de pédophilie. Le spectateur sait qu’il y a erreur : les personnages croient l’enfant qui s’est mal exprimée. Bientôt, ils lui pardonnent d’avoir oublié et s’attachent à aller au bout de cette affaire.

Démonstration unilatérale, La Chasse fait forte impression. En cumulant des qualités conventionnelles et une dénonciation choc, sous la houlette d’un metteur en scène intuitif, il rejoint cette catégorie de drames froids et obséquieux, ne lâchant jamais la pression, en restant toujours paradoxalement ‘léger’. Lorsque Jagten s’achève et qu’on a finit d’être indigné par l’odieuse chasse à l’homme, on se trouve bien perplexe. On s’est fait manipuler de la façon la plus lourde qui soit, aussi obèse que le contenu de l’exercice s’avère ‘dégagé’. Pendant deux heures, des personnages sans le moindre relief circulent, y compris les protagonistes clés, lesquels ont par conséquent la permission d’agir ou réagir comme des pantins crispés.

Le peuple de La Chasse est un conglomérat de pattes molles, forgées par les circonstances : un Vinterberg venu dénoncer les vilains beaufs et le vilain fond de l’âme de la communauté. Ce dégoût n’est pas illégitime en soi, son expression est médiocre : si l’Humanité est pourrie, si le cancer des cons intolérants et bas-de-plafonds menace le citoyen honnête et droit, encore faudrait-il qu’on ait la matière qui fasse cette Humanité, ou au moins des cons tenant debout. Ici nous n’avons que des figurants ; façon adroite de montrer la force d’un groupe où le jugement individuel s’est dissout, mais projection d’un ennemi fasciste cartoonesque sur le fond – pour une forme maline, parfois brillante.

Vinterberg a un talent pour isoler le spectateur, en le détachant pleinement de ce qui défile sous ses yeux mais n’a de cesse, par ses extrémismes obscènes, de l’interpeller – c’est d’ailleurs cette faculté qui lui permet d’atteindre une telle ampleur dans le film démago dénonçant le populo (lequel naturellement est cette foule en colère, ces collectifs d’hystériques – qui probablement ne comprennent pas l’Autre ni La Différence). Jagten fonctionne par images fortes (et fonctionnelles ; la ‘rencontre’ avec la petite et le final au fusil sont puissants) et par aperçus (la virilité tapageuse et bon enfant, exhibition de forces brutes et candides que le spectateur s’attend déjà à voir retournées contre l’accusé à tort) : tout s’y réduit et s’y rattache.

La réalisation suggère rapidement au spectateur la menace pesant sur Lucas, au point que nous guettons son piège, juste avant que tout le village et même ses proches ne tombent dans la suspicion puis dans le rejet. De cette manière, La Chasse fait ressentir cette solitude immense et cette injustice terrifiante, tout en restant connecté à un cadre et surtout des caractères assez lestes, dans lesquels chacun peut s’installer et par lesquels la démonstration peut se faire paisiblement ; avec donc ce risque d’agiter des légos et des sentences gratuites, dans lequel on tombe totalement.

S’ensuit ce défaut de crédibilité, criant au premier mouvement de recul. Vinterberg nous prend pour des enfants prêts à se laisser abattre et flouer par la première pression (l’interrogatoire est un peu absurde). Vinterberg décontextualise tout : c’est lui qui invente un terrain libre pour l’irrationnel, en ne précisant jamais rien, en éludant la moindre nuance qui pourrait surgir, dans le déroulement de l’intrigue, dans les détails des procédures comme dans les attitudes des gens. Superbe synthèse sur l’ostracisation si on s’en tient au langage visuel (le supermarché et surtout la sortie de Lucas) ; sinon, escroquerie titillant le pseudo individualiste bien-pensant et haineux sommeillant en nous.. individualiste, pas veau conformiste, entendez bien !

Note globale 52

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… The Woodsman + Garde à vue/Serrault + Les risques du métier/Brel + Funny Games + We need to talk about Kevin

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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