Tag Archives: Guerre du Viêt Nam

LÉGITIME VIOLENCE ***

21 Fév

rolling eyes 1

3sur5  Basé sur un scénario de Paul Schrader un an après sa contribution à Taxi Driver, Légitime violence subit souvent la comparaison à ce dernier. Il est forcément perdant puisque le rapport au personnage principal est toujours externe et qu’il ne montre aucune sensibilité. Légitime Violence est également moins complexe et les antagonistes de son héros n’ont pas de véritable présence. Enfin le scénario de Schrader a été légèrement retouché par Heywood Gould, amenant Schrader à calomnier le résultat, où son emprunte se ressent toujours fortement.

Rolling Thunder n’est pas un film tout à fait brillant, mais intense et très proche du cinéma de Peckinpah. C’est également un très bon représentant des 70s en tant que décennie des films indépendants brûlants et cyniques. Il est convaincant dans son approche de la condition psychologique des anciens vétérans du Viet-Nam et plus largement des individus ayant subi la torture. La fausse romance avec Linda ajoute au décalage du film et de l’univers du Major Charles Rane.

Le spectateur n’a pas de véritable repère ni exutoire et la froideur parfaite étreignant Rane agit comme une matrice invisible. Tout a un goût amer et cruel à la surface, toute satisfaction semble inutile, tout désir semble impossible. William Devane et son physique original sont parfaits pour interpréter ce sous-vivant, faisant du meurtre de ses agresseurs à son retour aux Etats-Unis la catharsis pour l’ensemble de ses souffrances.

La réalisation est assez nerveuse, les espaces bien choisis, malgré un cachet relativement modeste. John Flynn est efficace même s’il a moins d’idées que ses auteurs et moins d’impact que ses interprètes (Linda Haynes excellente en fausse femme parfaite, fausse « groupie » et vraie dure). Il réalisera dix ans plus tard Haute sécurité et Justice sauvage, films d’action avec en vedette Stallone et Seagal, appréciés par les nanardeux férus de dialogues badass. Enfin en dépit de sa présence parmi les films cultes de Tarantino, Rolling Thunder demeure largement ignoré.

Note globale 69

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BIRDY ***

7 Déc

3sur5  C‘est un poème cinématographique par Alan Parker, le brillant metteur en scène de Pink Floyd The Wall, Midnight Express et Angel Heart. Il y raconte une histoire d’amitié compromise par l’expérience de la guerre et le traitement mesquin accordé à ses victimes. Puis aussi par la folie d’un homme dont le rêve est de voler comme un oiseau ; et qui passe désormais ses journées prostrés dans sa cage à espérer rejoindre le ciel.

Le sujet objectif, sinon le prétexte, de Birdy est l’impact de la guerre. Adapté du roman éponyme de William Wharton, il en délaisse cependant le cadre, pas seulement pour passer de la seconde guerre mondiale au conflit du Viet-Nam de 1968. Le traumatisme exprimé dans Birdy est celui d’un homme que le monde extérieur n’a pas réussi à percer et se retrouve enchaîné et brimé avant de pouvoir s’épanouir. Birdy évoque la confiance en ses rêves de façon figurative et explicite.

Birdy est un spectacle très original, reposant beaucoup sur l’émotion, apparaissant conventionnel de loin et totalement inimitable de près. C’est une des caractéristiques du cinéma de Alan Parker, tout comme cette photographie légèrement granuleuse et saturée. Le message du film est à la fois minuscule et fondamental, il pourra donc sembler ridicule ou être un enchantement, parfois à la même personne. Dans tous les cas, les prestations de Matthew Modine (le rôle phare) et de Nicolas Cage (Al Columbato, brave gars et ami de Birdy) rendent le film aimable.

Birdy jouit de toute façon d’une facture technique élaborée. L’OST de Peter Gabriel amène un climat hybride, aérien puis oppressant, mais aussi très vivace. Elle amalgame des sons d’oiseaux, des rythmes indiens et une pop adaptée aux besoins du film. Ensuite, Birdy s’octroie les ressources pour aller au bout du rêve de son héros et propose une vision subjective en vol d’oiseau marquant le premier usage au cinéma de la skycam.

Note globale 68

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Suggestions… Un homme d’exception + Forrest Gump

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PUNISHMENT PARK **

1 Juin


2sur5  Peter Watkins est l’artisan d’un cinéma militant profondément original, malmenant les frontières entre la fiction et le documentaire, l’artificiel et le témoignage pur. Dans plusieurs de ses films, il imagine un futur immédiat, en extrapolant sur un sujet actuel (comme dans La Bombe) ou anticipant une dérive sur des bases présentes, ce qui place alors son œuvre dans le mode de l’uchronie.

Punishment Park répond à ce dernier critère et imagine une bande de pacifistes et contestataires soumis à un tribunal et à un camp, le  »Punishment Park ». L’action se déroulerait au moment où est tourné le film, soit en 1971 sous la présidence de Nixon. Celui-ci tenterait ainsi d’étouffer les voix dissidentes au moment du conflit avec le Viet-Nam. Les otages doivent marcher sur 80 km, dans le désert et sans ressources, en espérant être relâchés en cas de succès. Ceux qui n’ont pas voulu affronter cette épreuve sont simplement conduits vers le tribunal, pour la prison ou peut-être la peine capitale.

Watkins présente la mise en œuvre de l’expérience, entrecoupée de témoignages et d’échanges diverses. Le processus reflète avant l’heure la télé-réalité et les faux-documentaires devenus courants trois décennies plus tard, avec notamment les séquences de tribunaux. Dans cette partie là, la parole accordée aux accusés tourne à l’affrontement de deux visions, celle des collaborateurs validant la guerre, celle des opposants qui ont réponse à tout. Aucun problème ne leur résiste : comment se nourrir ? « ce pays a assez pour nous nourrir tous éternellement » ; ils rationalisent à outrance sans laisser exister la moindre parcelle de réalité. Et bien sûr, Peter Watkins leur donne la priorité dans le débat, l’avantage moral et le brio dans la joute. Se succèdent les discours arrogants et démagogiques, sans aucun contexte, rejoignant toujours des images floues dont on ne connaît rien de la référence matérielle, se posant comme anti sans avoir eux-mêmes de remèdes.

Ces parti-pris, Watkins les met en valeur d’autant plus facilement qu’il leur a taillé sur mesure un opposant parfait, injuste, insensible, sans nuance. Le rejet de la guerre du Viet-Nam et de l’idéal américain est une chose, peut-être louable et sûrement légitime, en particulier à ce moment-là de l’Histoire ; mais ensuite, que pose le film à ce sujet ? Il valide ses protagonistes opprimés jusqu’à l’absurde, partant de résistances valables (refuser la répression gouvernementale, l’engagement de force dans l’armée) pour faire passer les convictions les plus ineptes comme la désintégration de toute organisation sociale ou, inévitablement, le rejet de la réaction positive face à la violence (car bien sûr alimenter la violence est plus grave que mourir dans la passivité mais la dignité d’avoir portés haut ses idéaux !). Dans la foulée, il est de bon ton de revendiquer une logique d’inversion sous prétexte que les institutions sont corrompues : être un criminel est digne alors qu’être policier est démoniaque.

Le seul à opposer courage, fierté et activisme consistant est un défenseur de la cause noire. Il est clair que la souffrance et l’oppression dont lui est témoin est la seule, dans tout ce film, qui n’est pas inventée, ni partielle ou abstraite. Une autre intervenante soumise au tribunal revendiquera sa loyauté au peuple, motif profond de son engagement contre des forces injustes. En-dehors de ces deux-là, les autres sont des idéologues creux, le plus souvent de parfaits idiots utiles ou lorsque le cas est plus sérieux, des destructeurs équivalents à leur antagonistes, simplement d’une nature et aux buts différents et dotés d’une plus faible capacité de nuisance. Un aspect intéressant toutefois, Punishment Park réussit à tracer un fossé moral entre les deux camps, notamment lorsqu’il les montre s’accusant mutuellement de subversion (les porcs subvertissent la morale, les hippies l’ordre public et la moralité).

Foncièrement cet essai dégoûte, à l’égard de ce camp odieux des « porcs » « impérialistes », mais aussi envers ses alternatives possibles ; il dégoûte carrément de devoir être un atome à l’intérieur d’une société donnée, car il nous rappelle que c’est encore trop, puisque les bourreaux et les idiots, les parasites et les conformistes seront toujours les voies dominantes et qu’il n’y en aura pas d’autres, sauf à être seul sur son îlot. Pourquoi se battre si ceux qui croient au changement sont aussi lâches que les bêtes suiveurs de la règle du dominant ?

Punishment Park est un film intéressant et utile car il envisage une réalité permanente, celle de l’embrigadement de la population, toujours effective à un certain degré ; étendue lorsqu’un système prédateur est en crise. Sa loi d’exception est comparable dans ses principes au Patriot Act de l’ère Bush-Obama. Malheureusement cet avertissement est tributaire d’une grille de lecture idiote. Quel modèle après la résistance et le cri du cœur ? Quelle perspective en-dehors des subtiles prévisions sur le registre « un jour ça va péter » ? Ça quoi ? Contre ces dérives autoritaires, que pourra finalement, à long-terme alors que déjà se pose la question de l’efficacité dans l’immédiat, ce monde sans responsabilités ni structures ?

Ressorti en 2007, Punishment Park est devenu au fil de la carrière de Watkins un de ses film-clé. Malgré son considérable succès d’estime et ses auréoles critiques, son ton et son propos sont trop faillibles pour convaincre en-dehors des apathiques et des acquis d’avance. Lesquels continuent de le porter haut sans que le film profite de son exposition.

Note globale51

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Suggestions… La Stratégie du Choc + Tropa de Elite + La Colline a des Yeux + Battle Royale

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