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BREXIT *

22 Mar

1sur5 Bien que son contenu soit moins enflammé que la moyenne, c’est seulement une nouvelle contribution à la dénonciation de la « post-vérité » à l’heure où les médias du XXe perdent leur crédibilité et où les peuples occidentaux s’agacent. Le seul point via lequel ce téléfilm sème le doute est sa manière de présenter le protagoniste du Yes au Brexit, Dominic Cummings. C’est bien une espèce de gourou miteux d’un nouveau marketing, mais sous les traits de Benedict Cumberbatch (tête d’affiche dans Imitation Game et la série Sherlock) il paraît plus sympathique et potentiellement plus estimable qu’il ne semble l’être réellement ; moins evil genius qu’abusé par son propre malin génie.

Politiquement c’est un cynique. Les professionnels et leur système lui paraissent plus débiles que jamais et un référendum serait par principe une idée de merde. Au lieu de se souiller à aborder l’immigration, il laisse Farage et les autres clowns reproduire leurs numéros. Les électorats acquis d’avance se remobiliseront avec ou sans la piqûre de rappel de l’UKIP (les « indépendants machos » dans le film) et des croûtons conservateurs plombant la cause depuis l’époque de John Major. Lui se sert des algorithmes et reste à distance des débats et acteurs traditionnels, à l’exception de « deux stars » intéressantes à recruter – pour leur poids ou leur charisme, pas pour ce qu’elles profèrent (Michael Gove ministre de la Justice, Boris Johnson maire de Londres aux happening fameux). Au lieu de développer une sainte vision très-zintelligente à même de parler à zelles-et-ceux bien rangés et bien pourvus, Cummings l’excentrique martèle un message : ‘reprendre le contrôle’ (ou le pouvoir) – donc en laissant supposer qu’ ‘on’ l’ait déjà eu. De quoi séduire chez les sceptiques et les déclassés.

La séance sera pleine de trucs bien plus basiques présentés avec pesanteur et soulignés comme s’ils étaient visionnaires – le comble étant de relever que le tiers indécis est la clé : quelle trouvaille ! Tout à sa pédagogie régressive, le film tâche de nous vendre (montage parallèle à l’appui) que la campagne conventionnelle avec les ‘Remain’ s’adressait à la raison, tandis que Cummings et ses acolytes misaient sur les espoirs et émotions ! L’ex-collègue de Cummings et principal visage des propagandistes du Remain dans le film a le beau rôle ; on le verra consterné par les aberrations d’en face, déplorant l’égalité des temps de parole mettant ‘nos’ « Prix Nobel » au même niveau que leurs imbéciles et leurs « perroquets ». Le malheur des pro-Brexit ? Le même que celui des pro-Hillary et de tous les pseudo-libéraux arrimés aux culs des gouvernants. Ils sont trop clairs, instruits, responsables. Une vérité bien complexe et sophistiquée (ou une raison de plus d’inciter les foules et leurs membres à la circonspection, l’indifférence ou l’aigreur envers leurs élites en pratique – aimant à se voir en simples lumières ‘intellectuelles’).

Par sa pratique ce téléfilm s’aligne sur la mode actuelle : dire un peu tout et n’importe quoi sans jamais aller loin (comme l’assommant Peuple et son Roi), insérer des faits (et des archives) sans trop les forcer dans sa direction, mais n’étayer de façon solide que dans le sens de sa thèse ou préférence. Les gens ont l’impression de voir un produit ‘complexe’, ils en trouvent un parfaitement dans la zone de confort pour l’ensemble des journaleux, des anti-complotistes et des socialement centristes. Si l’on vient pour y apprendre ou trouver une perspective neuve ou enrichie, c’est sans surprise du temps perdu ; un film inutile où on accorde aux pro-Brexit d’être des manipulés ou comme Cummings des auto-illusionnés de bonne volonté (souhaitant secouer un Occident décadent). Il ne change rien aux points de vue qu’on peut avoir sur le sujet et nous conforte si on est mou ou anti-Brexit. Comme l’ensemble des autres voies qui se font entendre à la télé/radio (en-dehors des minutes accordées aux représentants anti-establishment, les primates et les showman étant évidemment les invités privilégiés), il accroche les graves maux du moment aux populistes, à l’extrême-droite, bref au repoussoir de service (qui n’est même pas aux antipodes des ‘installés’ qui l’utilisent – en Angleterre comme en France ou aux Allemagne c’est plutôt une fraction aventurière ou crasseuse des nantis et arrivistes qui prend à son compte la part de mauvaise conscience nationale). Ah que la politique est pourrie par les hacker, les démagogues, les messages simplistes et l’émotion ; mais c’est bien l’affaire des autres qui nous y entraînent !

Avec ce film le déni se poursuit. Sans nier carrément les réalités menant au vote Brexit, quoiqu’elles soient essentiellement subjectives (ou justement qu’on ne voit que ce qu’elles ont de tel – comme si les manifestations gênantes des gueux étaient la source du mal), le film entretient l’idée qu’il n’aurait pas eu lieu sans ce détournement de la ‘data’. C’est peut-être vrai mais ne fait qu’en rajouter dans la psychose aux ‘fake news’. Dans une certaine mesure le représentant du Remain peut concevoir une source plus ancienne, mais il l’attribue encore à la communication politique. Depuis une vingtaine d’années on aurait nourri la haine et le ressentiment, jouant avec une fièvre populiste devenue incontrôlable ! Pour autant le réel n’est pas absent de cette fiction, ni ses aspects fâcheux. Quand Cummings se demande pourquoi son équipe tarde à devenir la cible des pro-Remain et des journalistes, l’expert technique lui répond que les citadins n’étant pas leur cible, ils ne voient pas leurs publicités. Cette anecdote cruciale renvoie aux propos de Christophe Guilluy sur la France invisible. On a également conscience que les pauvres sont indifférents aux menaces de crise économique puisqu’ils sont déjà à sec ; de façon plus incertaine, que l’absence de perspectives est au moins aussi grave que le chômage dans les zones sinistrées ; puis bien entendu, que la masse des électeurs pro-Brexit est composée de vieux pas spécialement vernis, d’ouvriers, de paumés et de losers à mi-vie.

Ce qui est vraiment intéressant avec un tel film, c’est tout ce dont il ne parle pas ; tous les arguments laissés de côté ; tout ce sur quoi il met l’emphase, à partir de quoi il opère ses grandes pseudo-déductions (« c’est plus la droite contre la gauche, c’est le vieux monde contre le nouveau » : voilà l’habillage niaiseux qu’on aurait pu ressortir à chaque époque, bon à relativiser les orientations enfilées). Il n’est question qu’à une reprise de l’Union Européenne (quand Douglas interrompt une réunion consommateurs), le reste du monde et de la (géo)politique est absent, l’Histoire inexistante sinon pour des bribes à quelques décennies. Pour maintenir la foi dans les institutions, l’illusion de la transparence voire l’illusion démocratique, on s’acharne sur un bout de ce qui met en cause sa pureté (alors que le résultat de ce référendum plaide plutôt en faveur de la démocratie puisque pour une fois il n’est pas prescrit ou du moins chamboule le paysage). On attaque ce qui passe pour irrégularité ou déloyauté (la participation de Robert Mercer, soutien milliardaire aux campagnes du Leave et de Trump) en omettant, probablement par instinct, les équivalents pachydermiques dont les seuls avantages sont de pas être soit-disant nés d’hier – ou alors ce Robert Mercer est un importun d’un nouveau genre puisqu’en deux siècles de démocratie, voire en plusieurs millénaires d’Histoire humaine, on a vu qu’occasionnellement de telles ingérences dans les gros dossiers de la vie publique ! Enfin il faut reconnaître à ce film de nous enseigner ou nous rappeler que nous sommes entrés dans l’ère du micro-ciblage avec les méfaits de Cambridge Analytica ; une période politiquement sombre où les masses seront flouées vient de s’ouvrir ! Il n’y avait probablement rien de tel avant – mais le monde d’hier doit rester obscur.

Note globale 32

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Suggestions… Chez nous + The Iron Lady

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (5), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (2), Ambition (8), Audace (3), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (4)

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LA CHAMBRE DU FILS / IGLESIA **

16 Août

chambre du fils iglesia

3sur5  Aparté dans la carrière d’Alex de la Iglesia, auteur espagnol connu pour son style excentrique : on lui doit Le Jour de la Bête, Le crime farpait et plus récemment Balada Triste. En 2006 il réalise La Habitación del niño, film d’à peine 80 minutes pour la collection« Películas para no dormir » diffusée à la télévision espagnole. Balaguero a réalisé A louer dans le cadre de ce Masters of Thriller qui n’a pas connu de suites. Adoptant un ton grave et premier degré inhabituel pour lui, De la Iglesia s’empare avec diligence de cette histoire de maison hantée et de possession.

Si ce film reste assez peu connu, il a beaucoup enthousiasmés les quelques fans de pellicules horrifiques l’ayant découvert. Pourtant Alex de la Iglesia réalise un métrage efficace mais foncièrement banal. Il abuse d’effets horrifiques faciles, emploie une BO tonitruante et est un héritier très conforme et minimaliste de Shining. Son tempérament exalté pas toujours bien employé rejailli dans l’écriture et crée un résultat intéressant, balançant tout en soulignant son effort de sérieux. Posture régressive par endroits : au départ s’alignent les dialogues de lourdauds autour de la vie de couple. Sorti de ses intrigues haut perchées où l’outrance est norme, De la Iglesia devient lui-même très ordinaires dans ses vannes comme dans ses analyses lorsqu’il est branché sur des thèmes communs.

Heureusement De la Iglesia finit par laisser de côté ses commentaires sur les hommes, sur les femmes et bien sûr les relations hommes/femmes. Il peut alors se montrer réellement percutant, jouant sur la confusion : assistons-nous à un véritable mythe en action, au triomphe d’une maladie mentale, à la combinaison des deux où on ne sait plus lequel nourrit l’autre ? La dissociation et les doutes du héros sont installés avec habileté, la photo et l’ambiance font vaguement penser aux débuts de Guillermo del Toro (Cronos et Mimic), qui lui sont supérieurs mais n’ont pas son dynamisme.

C’est lorsque la femme est partie (avec l’enfant) que le film est le plus captivant. Juan est entré dans un cycle dont il est le héros malgré lui et lutte contre un ennemi invisible : pire qu’un fantôme, il pourrait être un double, à moins qu’il ne s’agisse d’un retour du refoulé pour le futur papa.. Au-delà de cette tension réussie, De la Iglesia apprend à amuser de façon économique : le collègue Garcia est un antihéros jubilatoire. Un espèce de passager clandestin à la présence d’autant plus efficace que son doubleur français fait la voix du flic de South Park. Cette modeste réussite a pu servir de tour de chauffe à De la Iglesia ; son projet suivant s’inscrit également dans un registre conventionnel et bien codifié, en visant le grand-public : Crimes à Oxford.

Note globale 57

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Suggestions… La Chambre du fils (Moretti) + Malveillance 

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LE ROMAN D’ELVIS ***

7 Nov

le roman d'elvis

3sur5  Le roman d’Elvis est une rareté des débuts de Carpenter, tournée juste après son premier (immense) succès, Halloween. Entre deux films d’épouvante, Big John travaille ainsi pour la seconde fois sur une œuvre destinée à la télévision, dans un registre étranger à ses habitudes, contrairement à Meurtre au 43e étage un peu plus tôt (1978). Tourné pour ABC, Le roman d’Elvis est un biopic sur le premier roi du rock, d’une durée initiale de 168 minutes. Il est sorti en salles dans quelques pays (dont la France) dans une version de 115 minutes, sans attirer l’attention hors des Etats-Unis. Cette version pour le cinéma est celle communément vue en Europe et traitée par les cinéphiles.

Au-delà du caractère improbable de l’investissement de Carpenter sur un tel projet, l’approche elle-même est une relative surprise. Le roman d’Elvis est un biopic classique, passant l’essentiel en revue, faisant énormément profiter de la musique du King (avec quelques autres morceaux lors de sa rencontre romantique). Il élude les travers connus du personnage (sa violence physique) et sa décadence finale, pour achever le spectacle sur une victoire d’Elvis malgré les difficultés extérieures et les doutes intimes. Carpenter évoque les traumas du King, sa solitude malgré l’argent et le succès, mais n’opère pas un grand plongeon en eaux troubles.

Et cette relative superficialité sert le film, ou au moins n’entame pas ses qualités, son rayonnement tranquille. Rétrospectivement, on peut affirmer que Carpenter en sentimental est bon : il n’est pas profond, juste bon et Starman sera assez délicieux. Simple et percutant, Le roman d’Elvis apporte une joie paisible, surtout dans sa première partie. On apprécie le personnage, garçon naïf et brave, avançant avec vigueur et sincérité ; on apprécie aussi sa relation avec sa mère et elle-même, débordée par les changements et les soins que son fils célèbre peut lui offrir.

C’est parfois un peu mou, mais attachant, mielleux sans être niais, un plaisir. Elvis Presley en sort grandi, pas comme un héros, mais comme un bonhomme très innocent, prévenant. Sa nature profonde d’ataraxique touche d’autant plus qu’il n’est jamais dans le déni de la réalité, ni un être rondouillard et effacé ; au contraire, il inspire le contentement. Ce très joli mélo, sobre voir un peu minimaliste, dénote par rapport aux visions ‘décadentes’ ou bêtement hagiographiques devenue les seules options par la suite. Il marque aussi la première collaboration de Carpenter avec Kurt Russell, parfait en Elvis et bientôt acteur fétiche du maître de l’Horreur.

Note globale 69

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Suggestions… Boogie Nights

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John Carpenter sur Zogarok >> The Ward + Ghosts of Mars + L’Antre de la Folie + Le roman d’Elvis + Halloween la Nuit des Masques + Dark Star 

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EN PRÉSENCE D’UN CLOWN ***

2 Avr

3sur5  À la fin de sa carrière – et de sa vie, Bergman aligne les téléfilms ; des drames de chambres, comme Sarabande ou Efter repetitionen. En présence d’un clown en est un sur deux espaces : l’hôpital psychiatrique dans un premier quart, une salle d’animation locale (ou type ‘municipale’, quelque soit le terme) pour les trois suivants. Le fil général est le projet de cinéma parlant d’un ingénieur excentrique, en 1925 ; son « cinématocaméra » qui correspondrait à une création de R.W.Paul (l’auteur anglais de The Countryman and the Cinematograph). En réalité le parlant s’apprêtait à naître officiellement, Le chanteur de jazz étant la référence (1927 – mais des tentatives antérieures existent, comme La rue des rêves de Griffith en 1921).

Mais le cinéma n’est plus la préoccupation du scénariste et réalisateur, pas plus que le garant du salut de ce vieil hurluberlu qu’est Carl Åkerblom (joué par le tonton pétomane de Fanny et Alexandre, Börje Ahlstedt). Au lieu de célébrer sa passion en grandes pompes et en révolutionnant la face du monde, il va la communiquer avec les moyens du bord et sans fards, avec l’imagination apaisée pour seule défense. La présentation de l’hommage à Schubert et son rattrapage sont l’occasion d’animer la galerie et plonger dans la mélasse les spectateurs dans le film et devant lui – entre toutes ces réflexions tristes et ces contritions lasses. Car le film est bavard, avec des séquences déconnectées (l’entrevue avec la belle-mère débarquée).

Après le flirt animé avec la folie, le film « coule » sciemment avec ses invités blasés mais confiants. Les vieux de ces groupes, c’est-à-dire l’écrasante majorité, savent ‘se faire une raison’ ou même trouver le contentement dans les petites occasions, les éclaircies – comme Bergman peut-être. La trajectoire de l’original est proche de la sienne, lui aussi est passé du cinéma au théâtre voire à la représentation posée mais en roue-libre en petit comité. Comme cette petite foule disciplinée il apprécie de se recueillir avec une société réduite, attentive ; comme Carl il chérit encore l’élan créateur, la petite flamme d’orgueil bénéfique – il y a là de quoi armer une révolte face à la mort – lui gâcher la victoire. Les belles heures sont passées, la terreur aussi s’est diluée.

Cette fantaisie se nourrit d’inspirations littéraires (avec des déclamations issues de MacBeth et de Schopenhauer) et renvoie à l’œuvre voire à la biographie de son auteur (l’asile d’aliénés est à Uppsula, ville de naissance de Bergman). Le clown en visite, Rig-mor (nommé en référence à la ‘rigor mortis’, source latine de la ‘rigidité cadavérique’), est une petite tante ou nièce grotesque et foraine de la faucheuse du Septième Sceau. Le film est resté assez confidentiel pendant une dizaine d’années, avec quelques projections spéciales à la sortie (la plus éminente étant à Cannes) et deux diffusions à la télévision suédoise. Il a profité d’une sortie en salles en France en 2010 pour émerger et se propager hors de Suède.

Note globale 64

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Suggestions… Family Life/Loach  

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (3)

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LE CITOYEN X (Tv) ***

14 Sep

3sur5  En 1995, les américains présentent la première adaptation [en fiction à l’écran] de l’affaire du tueur de Rostov. Cet instituteur ukrainien a été reconnu coupable de 52 meurtres, la plupart sur des enfants qu’il a dévorés, souvent aussi torturés et violés. Le téléfilm Citizen X (tiré d’un livre de Robert Cullen) montre au minimum et avec pudeur ces exploits. La présence de trois acteurs à la notoriété internationale, dont les deux principaux, souligne l’ambition de cette production HBO (premier long par Chris Gerolmo – Certain prey). Max von Sydow a un rôle crucial (le docteur Bukhanovsky) mais une exposition mineure, intervenant pendant l’interrogatoire du tueur qu’il a nommé ‘citoyen X’ dans sa thèse.

Stephen Rea et Donald Sutherland occupent le plus d’espace et le film s’intéresse avant tout à l’investigation dont le premier est le héros, le second l’avocat. C’est donc l’histoire d’une lutte contre les éléments humains, sociaux et pour faire la lumière sur une menace, toujours bassement humaine, que la société doit ignorer. C’est aussi la peinture convaincante d’un système politique sclérosé et à bout de souffle, piège pour ses membres et réciproquement – puisque les camarades se rigidifient et rentrent dans le déni avec, par et pour lui. Rea aka Victor Burakov interprète le légiste dépêché pour une sale besogne promu directeur d’une vaste enquête, occasion de mettre à profit son caractère fort, bien que taciturne. C’est un de ces demi-blasés, avec un fond un peu capricieux par ‘absolutisme’ de la bonne volonté, malgré la cuirasse forgée et la modestie acquise à propos des comportements humains.

Au lieu de confronter ou de louvoyer, il a déplacé sa compulsion à l’engagement et aux nobles desseins sur sa tache d’enquêteur. On lui découvrira une émotivité étrange (crises de larmes en contradiction avec son air froid, résolu et les traits toujours circonspects de l’acteur). Le colonel puis général Fetisov (Sutherland) est son unique soutien face à la commission composée de bureaucrates soviétiques, mais c’est un allié indéfectible, puissant et surtout malin. La duplicité de ce fataliste responsable permettra de tenir et gagner sur la durée (les changements de 1990-1991 seront d’un grand secours). En effet admettre l’existence d’un tueur en série compromet l’URSS, affiche l’échec de ses idéaux fondateurs et une certaine impuissance matérielle, technologique et même ‘opérationnelle’ (car le défaut [même ‘choisi’] d’intelligence a des effets sur le terrain).

Tchikatilo a une place moindre aux deux hommes et il est sciemment négligé. C’est un vieux minable prédateur dépourvu des charmes et de la contenance qui lui seront prêtés dans Evilenko (thriller italien sorti en 2004, mettant l’accent sur la signification politique de ces exploits). L’ensemble des scènes impliquant le tueur tendent à l’humilier tout en inspirant le malaise à son égard. Dès sa première apparition, il est affiché en piteuse posture : ce n’est déjà plus un professeur, mais un ouvrier méprisé au travail et en famille. Concentré sur ses crimes, il a délaissé le reste, répond aux devoirs sociaux comme un ‘nul’ distrait, mais trop replié et manifestement embarrassé pour en devenir drôle. Il sera capturé une première fois en 1990 mais relâché, à l’époque où la kommandantur est encore trop écrasante.

Malgré les hautes ambitions, un certain raffinement et des qualités surprenantes dans l’écriture ou les ‘éclats’ des personnages (mais aussi des manières bas-de-gamme pour la musique), Citizen X opère sur un champ restreint. Le jugement est trop fort et surtout emprunt de négativité ; ces deux qualités combinées empêchent d’atteindre un degré notable de profondeur et de compréhension. Le traitement normatif du tueur n’est nuancé de loin que par le psychiatre, qui prend de la hauteur pour le considérer mais dont l’arrachage de confessions et les analyses savantes resteront bannies. Le méchant asocial, bête craintive mais malsaine, tire sa révérence avec le film, décuplant cette sensation d’un jugement parasitaire, obtus à son endroit, c’est-à-dire sur le cœur du sujet. En revanche, si l’occasion de souligner les défaillances des rouges est saisie, là aussi la sobriété est de mise (le recours à certaines anecdotes grotesques, notamment lors du procès, manquerait de charité).

Note globale 68

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Suggestions… Clean Shaven

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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