Tag Archives: Nicolas Cage

VOLTE/FACE ***

24 Mar


4sur5 Volte/Face est un des principaux films d’action et thriller de la décennie 1990. À l’époque, John Woo enchaîne les gros projets (période hollywoodienne) mais son style tend à se galvauder. Volte/Face est une sorte de renaissance. Le film oppose Nicolas Cage et John Travolta dans des rôles interchangeables, avec un principe ambitieux et ultra kitsch : un terroriste et un agent du FBI, ennemis jurés, ont subis une modification chirurgicale faisant apparaître l’un sous les traits de l’autre et vice versa.

Le résultat est un blockbuster lyrique et haut-en-couleur, appelé à défier les outrages du temps. Il a l’ampleur d’un film-testament où Woo aurait investi le maximum, se serait permis les écarts et les envolées compromettantes. La mise en scène est explosive, la narration intense, avec une tendance à englober un maximum de possibilités. L’émotion est là et les deux personnages découvriront que leurs destins étaient encore plus emmêlés qu’a-priori.

De son côté, la vraisemblance est légèrement torturée. Cela concerne le principe de base d’une part (les cordes vocales font partie du lot?) et quelques faits anodins mais cruciaux (prélèvement de sang à l’aveugle). La conséquence, c’est d’amener l’opportunisme et la folie du bis sur un tournage de prestige, ouvert aux cascades et gunfight les plus explosifs.

Le dernier grand argument c’est le duel au sommet. Nicolas Cage et John Travolta campent tour à tour un Castor Troy démoniaque, proche du Joker de Batman. Au final, ce divertissement dense et virtuose est au niveau voir dépasse la trilogie des Die Hard.

Note globale74

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LORD OF WAR **

3 Mar

2sur5 Déçu par le rendu final de S1m0ne, son précédent film brimé par les lois du spectacle mainstream hollywoodien, Andrew Niccol s’est exilé en Europe pour mettre au point le brûlot nihiliste Lord of War. Le programme consiste à exhiber un personnage amoral et vain, Nicolas Cage alias Yuri Orlov, émissaire de la perversion sur Terre et marchand d’armes prolifique sur sa carte de visite. Extrêmement sec et noir, le film emprunte un ton satirique, quitte à flirter avec certaines caricatures genrées (celle du film choral notamment, ainsi que de l’épopée scorsesienne). L’écriture met les bouchées doubles pour fabriquer un narrateur  »désabusé », rempli de distance à l’égard de ses actes. Derrière le recul, l’univocité : si urgent et intolérable soit le sujet (le trafic d’armes mène le monde « plus sûrement que les votes »), l’ensemble est parfois peu crédible, avec ce héros surgit de la misère la plus anonyme pour devenir une tête de gondole de l’internationale criminelle.

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Lord of War a tout du pensum  »dénonciateur », généraliste à l’excès, universaliste au point de perdre pieds et faits de vue. Il permet d’emprunter l’état du citoyen excédé tout en goûtant le plus possible au parfum de la vie de mercenaire de haut lieu. Assez terne et pompeux, le film n’est appréciable qu’en tant que shoot paradoxal et discret au rêve d’affranchissement ou comme label moral. La première partie simule l’inscription dans la légende, de façon traître donc honnête, puisque ces fastes maladroits et un peu fanés expriment bien le dégoût de Niccol à l’égard de son ignoble patient. Néanmoins on en sort avec sa conscience bien gavée d’écœurement sur commande, l’esprit indemne. Il n’y a pas qu’Hollywood pour bien prendre soin que pas un sourcil ne soit percuté, afin que chacun puisse partager la posture d’angoisse morale sans effort ni effet.Dommage, Niccol, cinéaste rationnel et conceptuel devant l’éternel, est ostensiblement engagé dans son sujet : il a choisi les mauvais sous-traitant pour exprimer l’émotion et la colère qui probablement l’habite, mais qu’il ne sait pas exprimer judicieusement, car elle n’appartient pas à son registre mais plutôt à ses projections.

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Lord of War affirme un pessimisme globalisant auquel chacun adhérera, car effectivement le pouvoir est toujours corrompu et les hommes de biens sont faibles face aux forces du mal. C’est exactement le message du film, dont le tort est de s’enfermer dans une grille de lecture binaire pour évaluer un ordre spontané particulièrement cynique et délabré. Comment ne pas regretter un tableau si peu nuancé et un désespoir si compassé. Lord of War semble surgir de l’esprit d’un adolescent soudain confronté au choc de la vie ; le problème, c’est qu’on ne ressent pas le vertige d’une révélation, mais simplement la tristesse d’une résignation polie mais bien mal avertie, aussi sérieusement documentée qu’elle est déchargée d’éléments cinglants. C’est très noble dans l’esprit, très lourd et fonctionnel dans le trait, c’est un peu le Babel de l’anti-criminalité internationale.

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Le cinéma de Niccol garde sa puissance en établissant une géopolitique du trafic d’armes, et une hygiène du pire ; mais lorsqu’il fait sonner la trompette de l’essentialisme résurgent, on se gausse devant tant d’emprunts besogneux au registre du briscard humanitaire, probablement trop fraîchement dévasté par la nature des rapports de force entre ses semblables. Toutefois, le film est tapissé de saillies d’une ironie mordante et pleines de philosophies, atteignant leur paroxysme lorsque Cage se fait le promoteur relativiste du trafic d’armes. C’est sur le fond que Niccol a du courage ; et sur la forme, toujours du style, avec cette mise en scène conceptuelle et immaculée, dont la focalisation flirte avec l’onirisme didactique. Brillante mais ratatinée, c’est l’œuvre d’un surdoué exagérément sacrifié à des manies impersonnelles (formalisme mainstream, compulsion à créer l’illusion de grand maître, bienséance penaude, réflexion amortie et balisée), à tort. Lorf of War ou la facette acrimonieuse du consensus mou.

Note globale 51

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SNAKE EYES (DE PALMA) ****

24 Sep

snake eyes

4sur5  Le dernier « grand » film de Brian De Palma (1998) est aussi son plus visionnaire. La réflexion sur l’image et la fragilité de la réalité perçue, travaillant comme une lame de fond Mission Impossible, Body Double et surtout Blow Out, trouve ici son accomplissement final. La virtuosité dialectique de Snake Eyes est assommante, mais grisante.

 

Toutefois De Palma semble devoir se justifier dans la dernière partie du film, jusqu’à un faux-happy end qu’il tourne à la farce. Si le manège devient plus limpide, l’euphorie est contrariée par cet arrimage brutal. Mais là encore c’est un trompe-l’œil et De Palma sape ce cahier des charges si lourd et brocarde cette réalité télévisuelle fissurée d’indices traîtres, d’angles morts indomptés.

 

Et il décide de refuser l’optimisme et la soumission de sa propre image, en rebelle conséquent, bien que conceptuel et ingurgité par un Hollywood auquel il se résigne. C’est somme toute une bonne chose puisque cette contrainte a canalisé son goût pour la subversion et l’exposition explicite, en dopant de maturité ses manières (combien d’autres Furie plombantes si De Palma s’était laissé aller ?).

 

Le film démarre sur un long plan-séquence introductif, une des signatures de De Palma qui trouve ici un sens et une fonction extrêmement théorique, puisqu’elle sera la matrice du récit, de l’intégralité de ses nuances et ressorts. Il s’agit d’y démêler le vrai du faux malgré l’enfumage envoûtant, de voir qui vit dans l’illusion, qui la fabrique et ce qui la nourrit. C’est Rashômon réactualisé.

 

Snake Eyes donne une sensation de finitude : De Palma nous fait parcourir cet organisme à huis-clôt, une matrice étourdissant ceux qu’elle absorbe, mais dont les rouages sont toujours perceptibles dès qu’un point de vue extérieur ou désimpliqué survient. Sur le plan plus strictement formel, on retrouve à nouveau cet usage raffiné et très singulier des profondeurs de champ (la conversation avec la rousse), qui peut parfois être zappé selon le support de diffusion (télé, ironiquement). L’intrigue est assez grossière en elle-même, en revanche vécu pour ce qu’il est somme toute à l’arrivée, un polar, le film est passionnant.

 

La mise en scène abonde de détails renforçant l’idée du regard déréalisant. Et puis certaines scènes sont simplement géniales pour des raisons traditionnelles de spectateur : en particulier la scène du match racontée par le boxeur est magnifique, où l’on cède au mythe sans supercherie à la racine cette fois, tandis que la prestation de David Anthony Higgins (Craig dans Malcolm) est hilarante. Enfin l’injustement mal-aimé Nicolas Cage est ici dans un de ses meilleurs rôles, avec un personnage vulgaire, flic pataugeant avec allégresse dans ce casino et cette ville devenue un « égout ».

 

Sa transformation morale aussi est une supercherie qui se dégonflera : elle est due à la simple réponse à des opportunités excitantes (être le sauveur de cette belle espionne) et plus encore à la prise de conscience qu’il a beau être du milieu, il est un pantin de rien du tout dans un théâtre bien plus écrasant qu’il le croyait et même, destructeur à son égard sitôt qu’il le décidera. Il ne connaît rien du système et celui-ci peut le broyer ; et celui médiatique aussi peut s’en charger, y compris de sa propre initiative.

 

Complexe mais prompt à se dévoiler, Snake Eyes est surtout un jeu entre De Palma et le spectateur, qu’il laisse le rattraper. Un jeu à démonter les masques du complot, tout en pénétrant dans la bulle artificielle, en l’occurrence le casino (et jouissant de ce vertige), dont la logique de divertissement et de falsification ouverte a pour effet de protéger la toile des quelques-uns. De Palma et le metteur en scène de cette falsification organisée : même travail. Différent combat. Mais dans les deux cas, De Palma nous dit que l’architecture reprend son œuvre, au cinéma ou dans le jeu social et politique, peu importe si le directeur aux manettes change, la manipulation fonctionne tant qu’il y a des ressources et une asymétrie de l’information.

Note globale 82

 

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Note arrondie de 81 à 82 suite à la mise à jour générale des notes.

 

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Brian De Palma sur Zogarok > Passion (2012) + Redacted (2007) + Le Dahlia Noir (2006) + Femme Fatale (2002) + Mission to Mars (2000) + Snake Eyes (1998) + Mission Impossible (1996) + L’Impasse (1993) + L’esprit de Caïn (1992) + Le Bûcher des Vanités (1990) + Outrages (1989) + Les Incorruptibles (1987) + Mafia Salad (1986) + Body Double (1984) + Scarface (1983) + Blow Out (1981) + Pulsions/Dressed to Kill (1980) + Home Movies (1980) + Furie (1978) + Carrie au Bal du Diable (1976) + Obsession (1976) + Phantom of the Paradise (1974) + Sœurs de sang (1973) + Get to Know Your Rabbit (1972) + Hi, Mom ! (1970) + Dionysus in ’69 (1970) + The Wedding Party (1969) + Greetings (1968) + Murder à la mod (1968)

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LEAVING LAS VEGAS ****

15 Sep

5sur5  Leaving Las Vegas est une tragédie amorale, une romance d’un cynisme impitoyable, réunissant deux âmes démissionnaires. Ben Sanderson (Nicolas Cage) est l’homme que tout le monde évite. Il boit toute la journée et écume les restes de sa vie, passe aux putes, aux bars, etc. Tous savent qu’il est fini. Il n’y a pas d’agressivité de la part des autres, juste de la gêne. C’est la même chose avec son supérieur : lorsqu’il le licencie, il se montre prévenant, ferme et résigné. C’est fini, il est temps de refermer la page, inutile d’être hostile ou d’enfoncer le clou. Et Ben comprend, ne s’oppose pas.

Il a la conscience de la situation ; il est incapable de la surmonter. Alors il va poursuivre sa descente et l’assume à fond désormais. Il part à Las Vegas, du sur-mesure pour le loser flamboyant qu’il est devenu. Il faut rester en accord avec qui on est : c’est sa dernière victoire possible et c’est la plus importante pour un Homme. Là il rencontre Sera (Elisabeth Sue), une prostituée. Elle s’émancipe de son mac, de sa vie pourrie ; elle veut vivre avec lui. Bien sûr lui aussi le veut ; mais son suicide à l’alcool est en marche et rien ne pourra le changer – ni le suicide ni sa nature à lui. Elle accepte cela, l’assimile et accepte de considérer le problème comme une donnée inaltérable.

Et lui accepte tout ce qu’elle est : une putain notamment. Leur résignation à tous les deux est magnifique. C’est une relation peu conforme, mais un couple tout de même. Ils ne cherchent pas à mourir, ils ont juste décidés de partager leur solitude et de ne chercher plus rien dans le monde ni dans l’avenir : au lieu de ça ils vont rester des passagers, ne devant rien à personne, coulant tranquillement hors de tout. Forcément le sursaut se fait ressentir, chez le spectateur ! Cette situation est peut-être légitime, mais elle est trop terrible au quotidien ! Et pour Sera aussi : il y aura l’envie de rompre avec tout ça, on ne peut choisir la mort même douce !

Et pourtant si. À un moment Sera veut croire à un espoir, car elle veut vivre, avec lui. Mais il la condamne à être une infirmière stoique à ses côtés, sur la pente vers l’évaporation. Et tout en prenant des distances finalement, elle devient elle aussi une épave élégante et sensuelle, bientôt refoulée partout. Cette volonté de le réparer est encore plus courte que l’errance qui suivra : l’affaire est à conclure, concluons-la sans leurre, nous aurons l’authenticité pour nous. La disposition de ces personnages est horrible, mais insidieusement réconfortante, car il n’y a plus à se battre, juste à être.

Leaving Las Vegas, c’est l’acceptation de voir sa fin, c’est deux personnages cessant de gesticuler pour avouer : oui, je ne suis qu’une ombre, oui je vais quitter la vie sans y avoir été à la hauteur de mes rêves, oui ma situation est incurable et mon caractère est fatigué. D’ici le saut vers l’oubli, il y a moyen de trouver du plaisir. Repli, honnêté intégrale, attitude de survivant délicat. L’auteur du roman dont le film est adapté s’est suicidé juste après avoir vendu les droits d’adaptation au réalisateur Mike Figgis. L’impasse a ça de positif : elle force à concrétiser l’oeuvre au lieu d’encore s’éparpiller. Le film est conçu avec cette même énergie fataliste, l’objet raffiné et le sujet pathétique.

Note globale 86

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Suggestions… L’Impasse + The Canyons + Bad Lieutenant + Showgirls

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JOE **

8 Mai

2sur5  Star des 90s, Nicolas Cage est devenu abonné aux mockbusters et blockbusters ringards, généralement en action hero (Ghosts Rider étant le  »gros » film le plus délicat à assumer). Il inspire des attitudes disproportionnées en étant couvert de quolibets depuis une décennie, avec son visage détourné pour des meme folkloriques ou assassins.

 

Déchaînement d’une intensité rare sur un acteur qui, de surcroît, ne s’est pas dégradé personnellement, mais s’est au pire compromis puis enfermé dans de mauvais films (certes, mais d’ampleur tout de même). Joe est tenu pour son retour à un cinéma plus respectable, qualitatif, bien qu’il y ait eu Lord of War et Bad Lieutenant entre-temps. Il y joue un alcoolique en rédemption copain des serpents et sa prestation est louée. En vérité il est bon, comme il l’est à peu près toujours.

 

D’ailleurs deux autres acteurs attirent davantage l’attention : le jeune Tye Sheridan, révélé dans Tree of Life et Mud ; et Gary Poulter (SDF promu star pour l’occasion), jouant le vieillard pervers. Les autres richesses du film sont la photo et les lieux de l’action. Mais qu’en est-il pour le reste : voilà juste le drame à prétentions sociales habituel. Des pauvres, dans l’Amérique profonde, avec un héros abîmé par la vie et rentré dans le rang. Il y aura de la baston et du désespoir, avec des outrances subites.

 

Entre ces petites fulgurances convenues, le désert, les portraits poussifs, avec un réalisateur restant au-dehors de ses personnages, ainsi que quelques manies privées pas très nettes. Les Brasiers de la Colère est déjà passé par là cette année et balaie Joe. Mais pas de soucis : Joe est pataud tout seul, il n’a pas besoin d’être comparé pour laisser sur sa faim. C’est lourd et joli, avis aux collectionneurs.

Note globale 46

 

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Suggestions… Volte/Face 

 

Cinéma en 2014 12 Years a Slave + American Bluff + Carrie la Vengeance + Dans l’Ombre de Mary/La Promesse de Walt Disney + Dallas Buyers Club + Ida + Her + Homefront + La Vie Rêvée de Walter Mitty + La Voleuse de Livre + Le Loup de Wall Street + Les Brasiers de la Colère + Pompei+ Robocop + The Baby + The Canyons


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