MA LOUTE **

10 Nov

2sur5  Vous passez votre temps à vous convaincre que chacun a ses raisons, que tout est le plus normal possible dans le plus légitime ou logique des mondes. C’est bien lourd et quelquefois vous avez des moments de faiblesses : par exemple, ces moments où vous vous mettez à parodier une image, un style, qui meublait l’arrière-fond de votre système de représentations, en perdant tout recul ou jugement. Même votre conscience aurait des doutes sur certaines de vos private joke, d’ailleurs elle a préféré s’éteindre (au mieux, se faire remplacer par une autre). Ces petites plages de sénilité précoce préparent doucement le pétage de plombs qui bientôt fera fondre votre cerveau et buguer votre âme durablement. Voilà une situation comparable à ce processus amenant les éternels humiliés à réaliser, au comble des lamentations, qu’ils sont les élus de quelque divinité ; toutes ces épreuves avaient du sens et maintenant que tout est compris, la brave victime va pouvoir entrer dans un délire en boucle, totalement patraque et monstrueux, mais sûr de lui-même.

L’état général du peuple de Ma Loute, c’est celui-là, sauf qu’il est inné. Les pêcheurs et quelques gens de la terre (ou plutôt de la mer) font exception, voient le monde tel qu’il se donne et font avec – ce qui ne suffit pas à relever leur niveau et encore moins leur humanité. Le reste est totalement déglingué. On déboule avec son lourd passif génétique et son corps-fardaud. Luchini bat des records avec ses allures dégingandées et son phrasé chaloupé. Fin de course et de race pour les nobles consanguins pantelants et hautains. Il faut bien un ange pour s’en tirer. Le gros des Laurel & Hardy roule et boule au lieu de résoudre le mystère des disparitions. Personne n’est en mesure de trouver des solutions et en dernière instance on sera toujours aussi égaré, il faudra simplement se faire les petites congratulations et les rituels de vainqueurs épanouis ; les apparences il n’y a que ça qu’on puisse espérer maîtriser. Les corps sont déglingués, faux, menteurs, fuyants, le petit monde est sur le fil entre le consenti et le refoulé. Le regard du film semble celui d’un survivant à la fin des illusions, cynique et compatissant, repus par ce sinistre et finalement bien avec soi, ou alors oublieux.

Passé à la mode avec la série P’tit Quinquin, Bruno Dumont (La vie de Jésus) se lâche, de façon autre, régressive mais sophistiquée. ‘En roue libre’ systématisé. Il n’y aura pas tellement de progression, des enjeux rachitiques ; des ‘perdus’ traversent une séance déserte en somme. Voilà une Humanité échouée ; ou plutôt, on s’isole pour décliner le même sketch sur deux heures, dans un coin penaud et tranquille, adéquat pour rester dans un autisme en réseau sans être interrompu et donc remis en question. Dans cette jolie presqu’île, aucune intimité n’est admise, pas de plans rapprochés ou ‘gros’ : admirons ces fous dans leur aquarium ! Ils sont heureux comme des humains à la cervelle fondue qui auraient gardé le reste de leurs habilités – les motrices et des restes de capacité d’élocution. À l’aise comme des poissons sur terre, mais ça ne dérange personne. La séance est très lente, entretient ses rimes unilatérales. Elle rebondit sur les mêmes gags et repose sur des jeux outranciers (Luchini en croulant radical, Binoche en hystérique sentant venir la grande éclipse). La matière psychique est sapée, désintégrée, il n’y a de fond et de caractère que soigneusement dégénéré. On veut juste des surfaces grotesques et gâteuses, en train de déambuler. Ça fera de superbes micro-séquences à reprendre ; des tronches, des instants, tableaux bouffons en mille variations à reproduire en gifs.

Ma Loute est délibérément insipide et perfectionniste. Il s’attache à une grossièreté minimaliste mais ‘zoomée/dupliquée’, en semblant dégagé par rapport à ces réalités émotionnelles, tout en étant obsédé au plus haut degré par toute cette imbécillité. Il ne fait que relancer (quelques excentricités imprévisibles sur la fin, ou rafraîchissant le circuit – temps de la cérémonie religieuse) ; on rit à nouveau de quelques simagrées, une fois qu’on a finit d’être lassé ; puis c’est reparti pour l’immobilisme masqué mais revendiqué dans l’allégresse. La connivence avec des représentations médiocres, ressorts vulgaires et vieillots, déporte vers une mouise supplémentaire la pantalonnade raffinée. Son originalité est ambiguë pour les mêmes raisons, mais ne sera jamais compromise grâce au culot dément. Mais la monomanie ne pourra jamais porter de grands fruits dans ces circonstances. L’écriture est problématique ; la fainéantise dans les dialogues et l’expression verbale en général est éclatante (se justifier ne change rien au résultat). C’est que tout le travail est mis sur les sons et les attitudes. Les détails d’ambiance sont exagérés à fond, pour un résultat voisinant le burlesque. Le cadre, compris dans tous les sens du terme et du spectacle (Typhonium de Wessant, esthétique Belle Époque), offre la seule valeur ajoutée tenant debout et fort face au chaos délabré et rétracté étalé sur le néant.

Note globale 52

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (1), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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